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Qu'il est bon d'être futile !

Lundi 25 juin 2012 à 14:07

Encore un article programmé, mais je n'ai pas encore décidé quand je le publierai... Bon allez, disons demain lundi. Thérèse Raquin, c'est l'un des premiers romans de Zola, avant les Rougon-Macquart. C'est aussi, si je ne me trompe, une histoire qu'il a publié au fur et à mesure, en feuilleton. C'est l'histoire d'une jeune femme élevée par sa tante, avec son cousin. Son père, militaire en Afrique, l'a eue avec une indigène avant de la confier à sa sœur, Madame Raquin. Elle a un fils, Camille, enfant souffreteux et assez idiot. Thérèse a grandi avec lui, dans l'ambiance propre aux malades, étouffant son tempérament fougueux. Pendant des années, elle ne dit rien, elle reste passive devant son cousin et sa tante. Quand celle-ci décide de marier ses "deux enfants", Thérèse consent encore. Mais bientôt Laurent entre dans sa vie, et là tout bascule.

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Mon édition était précédée d'une préface d'Auguste Dezalay et de la préface écrite par Zola pour la seconde édition. J'ai lu les deux, et je vous conseille, si vous avez aussi ces deux préfaces, de ne surtout pas lire la première, qui spoile absolument toute l'histoire ! C'était très intéressant, mais vraiment ça m'a dégoûtée et de ce fait je n'ai pas eu envie de lire tout le dossier qui suivait le roman, je l'ai seulement parcouru rapidement. Par contre, lisez les quelques pages de Zola, qui m'ont bien fait rire ! Il les a écrites pour répondre aux critiques de l'époque qui avait descendu son histoire. J'ignorais qu'il eût tant d'humour et surtout de mordant. On lui reprochait d'avoir écrit quelque chose d'obscène, d'immoral, de licencieux, et lui répond qu'il a simplement cherché à étudier certains tempéraments à travers une histoire. Au XIXème siècle, les scientifiques se succédaient pour expliquer rationnellement la nature humaine, les caractères, l'influence de l'hérédité et de l'environnement. Zola a été très marqué par ces idées, toute son œuvre en est traversée, comme La Bête humaine, seule autre roman de l'auteur que j'ai lu au lycée, et qui a fait de lui l'un des plus grands auteurs naturalistes. Obscène, Thérèse Raquin ne l'est certainement pas selon nos critères actuels vu toutes les saletés qui pullulent dans notre société de consommation, mais immoral oui, dans un certain sens. Les personnages de Thérèse et Laurent n'ont en effet pas grand chose à voir avec la morale. Thérèse semble contre (immorale), Laurent semble simplement ne pas en avoir (amoral). Mais ce n'est pas comme si Zola encourageait ces comportements, il me semble plutôt que c'est le contraire vu ce qu'il fait vivre à ces deux personnages.

C'est un roman définitivement sombre, sale, fait pour dégoûter des turpitudes auxquelles on peut être tenté de se laisser aller. La mort, la violence, le remords, sont autant de thèmes développés tout au long de l'histoire, et avec une force peu commune ! Zola nous détaille énormément les tréfonds des âmes de Thérèse et Laurent, les étudie avec minutie, et nous livre ses conclusions. Les descriptions se portent davantage sur la psychologie de tous ses personnages que sur les décors dans lesquels ils évoluent, ce roman est donc moins lourd au niveau du style que d'autres de Zola. Quand il nous dépeint le passage du Pont-Neuf, la boutique de Madame Raquin, ce ne sont que reflets de l'état intérieur des caractères qu'il étudie. Il ne tend pas ici à exprimer une vision de la société alors en pleine transformation, mais seulement un drame individualisé à un petit nombre de personnes liées entre elles.

Au niveau de la maîtrise de l'écriture, Zola est époustouflant, comme toujours ai-je envie de dire. Certains mots, qualificatifs, reviennent énormément d'un chapitre à l'autre, donnant un ton lancinant, tragique, empreint de fatalité à l'histoire. Ses descriptions sont minutieuses sans être lourdes, ses mots nous font entrer au cœur du drame qui se joue. Le roman en lui-même ne fait que deux cents pages, une fois les premiers chapitres lus ça va tout seul, surtout que le récit est très rythmé, les chapitres ne font jamais plus de quelques pages.

C'est une lecture que j'ai beaucoup aimée, qui est proprement hallucinante quand on pense que Zola n'avait jamais que 27 ans au moment de la publication. Ce n'est pas le genre de roman que je relis, il est trop déprimant, il manque d'un peu de joie pour me donner envie de le relire, ce qui n'empêche pas que c'est une lecture que je conseille vivement pour ceux qui aiment les auteurs du XIXème !

Choses � dire

Dire quelque chose

Par Ptyx le Lundi 25 juin 2012 à 15:50
Merci pour ce billet très intéressant.^^ C'est peut-être paradoxal, mais si je lis une préface, c'est après avoir lu le roman qu'elle commente, car bien souvent on y trouve des spoilers.
Les romans de Zola sont sombres et effectivement on en ressort rarement joyeux (mais j'ai l'impression que les premiers sont plus révoltants que les suivants, même si on continue à avoir occasionnellement des morts tragiques).
Par Demoiselle-Coquelicote le Lundi 25 juin 2012 à 16:42
Je devrais prendre cette habitude concernant les préfaces, car ce n'est pas la première fois que je me fais avoir ! En tout cas je te conseille ce Zola, même s'il est effectivement assez déprimant, car il ne s'étale pas et donc n'a pas le temps de trop miner le moral ^^
Par Ptyx le Lundi 25 juin 2012 à 19:07
Je compte bien le lire un jour.^^ Mais pas tout de suite. Je suis justement en train de terminer la série des Rougon-Macquart (une odyssée de lecture commencée il y a deux trois ans !), j'ai besoin de lire d'autres trucs aussi. :p
Par Jamestine' le Lundi 25 juin 2012 à 21:30
Il me semble bien ne pas l'avoir lu celui-là mais tu me donnes bien envie de le ressortir de derrière les fagots :D
Par Kyra le Lundi 25 juin 2012 à 22:24
Je t'ai déjà dit que j'adorais tes critiques de livre ? Non franchement c'est hallucinant, j'ai l'impression que t'as mit trois ans pour nous sortir ça et que tu l'as bichonné comme un texte auquel tu tiens plus que ton âme et franchement chapeau.
Pour le livre tu m'as donné envie de le lire, je suis curieuse de savoir ce que tu appelles un livre "immoral".
Par A-Little-Bit-Dramatic le Jeudi 14 février 2013 à 12:00
J'ai adoré ce roman. Il est très noir, glauque par moment, mais tellement intense ! J'ai vraiment eu un coup de coeur pour Thérèse Raquin (pour le roman, pas pour le personnage). La psychologie des personnages est fouillée, recherchée...je n'ai pas retrouvé la même ambiance que dans les Rougon-Macquart mais j'ai tout de même trouvé ce roman très plaisant.
 

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