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Qu'il est bon d'être futile !

Mardi 17 juin 2014 à 18:03

Il y a de cela plusieurs mois, Fanny et moi avons décidé de faire ensemble une LC autour d’un roman de Daphne Du Maurier. Après moult réflexions, nous nous sommes décidées pour L’amour dans l’âme, réédité en début d’année par Le Livre de Poche, qui avait déjà publié ce roman sous le titre La chaîne d’amour. J’avais très envie de faire cette lecture, car même si j’ai relu il n’y a pas si longtemps Rebecca et que j’ai eu grand plaisir à regarder l’adaptation de la BBC de L’Auberge de la Jamaïque, cela faisait des années que je n’avais pas découvert une de ses œuvres (je n’ai lu que les deux précédemment citées et Ma cousine Rachel, que j’avais un peu moins aimé, et Le bouc émissaire, que j’ai adoré).
 
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Ce roman est une fresque familiale qui s’étend de 1830 à 1930, en commençant au jour du mariage de Janet Coombe avec son cousin, Thomas Coombe, dans le village de Plyn en Cornouailles. Janet est une jeune fille un peu sauvage, qui rêve de bateaux et de s’échapper sur la mer, mais va-t-elle pouvoir suivre ses envies une fois mariée ? Le destin des Coombe sera-t-il toujours le même ?
 
Le roman est divisé en quatre parties et est précédé d’un arbre généalogique qui nous permet de suivre les Coombe de génération en génération. Je m’y suis référée quelquefois parce que c’est bien pratique mais sans trop regarder, car il peut contenir quelques spoils. On suit tour à tour Janet, puis Joseph, ensuite Christopher et enfin Jennifer. Chacun a sa personnalité, fait face à ses soucis, veut s’évader tout en cherchant sa voie, et tous ont un lien particulier avec la mer et Plyn. Je dois dire que des quatre, c’est Jenny que j’ai préféré, j’ai donc terminé le roman sur une note très positive. Janet m’a plu aussi, particulièrement grâce à l’immense talent de Daphne Du Maurier, qui se manifestait déjà magnifiquement dans ce premier roman paru en 1931. Elle a un don pour décrire une ambiance, pour faire vivre des personnages et leurs sentiments. Revenons-en à Janet. J’ai aimé son parcours (largement intérieur) et c’est la première Coombe qu’on suit, je me suis donc attachée à elle de manière un peu particulière. Un passage (doublé) particulièrement onirique se déroule avec elle, et c’est le personnage qui au final mène tous les autres, c’est le fil rouge de cette histoire, mais je ne peux pas vous dire pourquoi sans en dire trop, donc je me tais. Je regrette un peu qu’elle en soit restée à la procuration, et en même temps les métaphores qui lui sont dédiées sont très belles.
 
J’ai un peu moins accroché avec Joseph, dont j’ai eu du mal à comprendre le comportement, notamment vis-à-vis de ces enfants. J’ai presque envie de dire « ce n’est qu’un homme », un homme du XIXème qui a suivi ses désirs en profitant de son statut de mâle, et qui n’a guère pensé aux autres, même si je l’ai plaint plus d’une fois. La vie a été un peu crasse avec lui, mais il lui a rendu aussi quelquefois. Quant à Christopher, j’ai eu du mal avec lui au début. D’abord un peu trouillard, il se laisse dominer par les souhaits des autres, avance et recule, bref je le trouvais un peu ridicule, jusqu’à ce que sa vie d’adulte prenne un tournant différent, et là j’ai commencé à vraiment l’apprécier, malheureusement ce fut un peu sur le tard, mais l’impression positive que je commençais à avoir sur lui s’est grandement renforcée grâce à Jenny. J’ai réussi très facilement à me glisser dans sa peau. Toutes ses peines étaient les miennes, comme ses joies, et si j’attendais le dénouement de l’intrigue nouée autour d’un autre membre de la famille, c’était surtout pour elle, pour son avenir et son bonheur.
 
J’ai aussi beaucoup aimé la façon de Daphne Du Maurier de traiter des relations familiales et de tout ce qui y a trait. Les liens qui unissent la famille Coombe sont très divers : de l’amour fusionnel qui unit Janet et son fils à la haine de Philippe pour son frère, en passant par l’indifférence, la peur, la simple affection, la solidarité, le devoir... Tous sont illustrés à un moment ou un autre. On ne peut pas lire ce roman attentivement sans passer par la condition des femmes (et son évolution), l’éducation des enfants (j’ai eu envie de fiche des claques à certains personnages tellement leur conduite envers les enfants est destructrice), l’avancée de l’industrie ou encore les relations sociales, par exemple entre époux. Je ne vous cache pas que ce n’est pas un roman joyeux, et pourtant il s’en dégage des moments d’amour qui m’ont attendrie, et des passages émouvants ou tellement plein de réalisme et de vérité sur la vie de l’homme que j’en étais bouleversée. Là encore, la faute à Daphne Du Maurier, qui a une écriture sublime et accessible. À aucun instant je n’ai peiné dans ma lecture, tout est fluide et les cinq cents pages n’ont vraiment pas l’air d’être cinq cents.
 
Je ne veux pas en dire plus, car le mystère quant au contenu de ce livre a participé à ce que j’ai autant apprécié autant de le lire. Je ne peux que vous le recommander, surtout que vous n’avez pas d’excuse depuis qu’il est ressorti et peut se trouver dans toutes les librairies. Aux deux tiers de ma lecture j’hésitais un peu sur ce que j’en penserais au final, et maintenant c’est tout décidé : coup de cœur.

 
 
"La pièce était éclairée par quatre bougies dont les femmes brillaient et dansaient dans le vent frais soufflant par la fenêtre ouverte. Un chat couché près de la cheminée se léchait les pattes. Un buffet ancien, bourré d’objets de porcelaine, occupait un angle de la chambre. Au-dessus, une horloge battait solennellement les secondes. Un bouilloire chantait sur le feu."
 
"N’est-ce pas étrange, John, tous ces gens qui se sont aimés et auxquels il a toujours manqué je ne sais quoi pour que cet amour fût parfait ? Ils sont partis, se sont querellés, se sont perdus… Il y avait toujours quelque chose, quelque part, qui n’allait pas bien pour eux. Ils avaient toujours un sentiment de solitude. J’éprouve la même chose."
 
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Choses � dire

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Par Scarlett Julie le Mardi 17 juin 2014 à 19:25
Ohhhh, il a vraimengt l'air excellent ! Je suis heureuse de l'avoir choisi !
Merci pour ce beau billet !
Par Fanny Danslemanoirauxlivres le Mardi 17 juin 2014 à 20:02
Nos avis se rapprochent sur cette lecture. Quelle plume! J'en ai pris plein les yeux! Par contre, nous avons chacun notre petit préféré : toi Jennifer et moi Christopher. J'ai hâte de découvrir Les oiseaux. Il m'attend sagement dans la bibliothèque grâce à toi. Encore merci!
Par Demoiselle-Coquelicote le Mercredi 18 juin 2014 à 19:31
Merci à toi de souvent commenter ^^
Par Demoiselle-Coquelicote le Mercredi 18 juin 2014 à 19:32
Vu comment tu apprécies cette auteure, je ne regrette pas du tout de te l'avoir envoyé !
Par Scarlett Julie le Mercredi 18 juin 2014 à 22:31
Tes lectures et tes articles me plaisent vraiment beaucoup, donc je trouve logique de te le partager :)
Par Soie le Mardi 24 juin 2014 à 18:21
Je l'ai lu il y a longtemps. Je me rappelle d'une chronique familiale, mais de rien de plus. J'ai été longtemps sans rien lire de cette auteure, puis je m'y suis remise récemment.
Par Demoiselle-Coquelicote le Jeudi 26 juin 2014 à 17:41
Moi aussi ça faisait longtemps que je n'avais rien lu d'elle, et je compte moins "l'oublier" à l'avenir !
 

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