sans-grand-interet

Qu'il est bon d'être futile !

Dimanche 1er février 2015 à 10:35

C’est mal, j’ai traîné avant de faire ma chronique d’Une place à prendre, et maintenant les mots vont être encore plus difficiles à apposer à mon ressenti à la lecture !
 
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Pagford est une petite bourgade du sud de l’Angleterre, le coin typique dont on penserait qu’il ne s’y passe jamais rien. Mais voilà que Barry Fairbrother, conseiller paroissial, meurt subitement. Son décès entraîne une vacance fortuite (a casual vacancy, comme le titre VO du roman) au conseil de Pagford, et bientôt cette place à prendre provoque un déchaînement dans les vies tranquilles des habitants. Le conflit se cristallise rapidement entre ceux qui tiennent notamment à se débarrasser de l’encombrante cité des Champs et de la clinique pour toxicos de Bellchapel, et ceux qui continuent de soutenir ces projets sociaux.
 
Ce qui m’a frappée dès les premières lignes, c’est encore et toujours l’écriture et la narration de J. K. Rowling, sans tache, parfaite. Avant même de distinguer les différentes forces en présence, incarnées à travers la riche galerie des personnages, j’étais déjà coincée dans les mailles du filet de l’auteure, qui a su m’intriguer par sa mise en scène de l’élément déclencheur – la mort de Barry – et sa description de la bourgade. Ensuite, j’ai fait connaissance avec les nombreux personnages : Barry à travers ce que les autres disent de lui, Mary, Sam, Miles, Howard, Shirley, Maureen, Gavin, Kay, Gaia, Terri, Krystal, Tessa, Colin, Fats, Arf, Simon, Ruth, Parminder, Sukhvinder pour les principaux, donc pas moins de 20 personnalités à retenir et d’histoires à relier entre elles. Ça peut paraître top, mais faites confiance à J. K. Rowling, elle gère. Tous ces personnages sont si réalistes, si vrais, qu’on n’a pas de mal à se les approprier. Les chapitres passent de l’un à l’autre et à aucun moment je ne me suis perdue. Je n’ai pas eu à faire d’efforts pour tout me rappeler, car à chaque fois que je lisais, j’étais tellement immergée dedans que le monde extérieur ne m’atteignait plus.
 
Quand je posais le livre, je continuais à y penser, je m’inquiétais ou me réjouissais de ce que je venais de lire, et je voulais continuer. Pour moi, ce roman est un page-turner diaboliquement efficace. J’étais tellement prise dans ma lecture que j’ai donné envie à mon chéri de lire ce bouquin (c’est suffisamment rare pour être souligné !). Les catastrophes, grandes ou petites, s’enchaînent sans temps mort, et les pièges se referment sur les personnages, qu’ils en aient conscience ou pas. On voit parfois certaines choses venir, ou on les pressent – tel plan va forcément foirer, tel autre est bien audacieux… – mais là plupart du temps, j’ai été prise au dépourvu, j’ai retenu mon souffle quand le drame se produit. De nombreux personnages sont antipathiques au début. Certains le restent : Howard, Shirley et Maureen forment un groupe bien désagréable ; Gavin me met hors de moi, chiffe molle qu’il est ; Simon est l’archétype de l’homme auquel je ne ferai JAMAIS confiance… D’autres ont fini par me toucher, car ils sont tout en nuance. Certains de leurs actes ou de leurs pensées ont pu m’horripiler, mais en les voyant en entier, je finis par les comprendre, leur pardonner : Miles et Sam, Kay et Gaia.
 
J. K. Rowling réussit une chose extraordinaire, en nous montrant les personnages sous tous les angles. Jamais je n’avais eu une connaissance si parfaite de personnages. Non seulement on a leur vie intérieure et la façon dont ils veulent se montrer, mais aussi tels qu’ils apparaissent aux yeux de leur entourage, qu’il soit bienveillant ou non à leur égard. Les personnages les plus réussis sont les ados je pense. Tous sont bouleversants de justesse. Leurs pensées m’ont vraiment marquée et m’ont fait réaliser plein de choses sur moi et sur des gens que je connaissais. En outre, ils sont généralement plus sympathiques que les adultes, sauf Fats pour qui j’avais des sentiments neutres au début et qui s’est révélé de plus en plus détestable, jusqu’à ce que je me dise que c’est vraiment bien fait pour sa gueule. Je sais que beaucoup ont été très touchés par Krystal, et il est clair que le sort de sa famille ne m’a pas laissée indifférente. Malheureusement, j’ai du mal à me retrouver dans des situations aussi extrêmes et donc à m’identifier au personnage. C’est Sukhvinder qui m’a vraiment émue, et tout au long du roman j’ai eu peur de ce que l’auteure lui réservait.
 
L’ambiance d’Une place à prendre est évidemment à des années-lumière de celle d’Harry Potter. Je confirme que si vos enfants adorent le jeune sorcier, il ne faut pas les laisser lire ce roman, ni à vos ados d’ailleurs. Je pense qu’il faut une certaine maturité, un certain recul pour comprendre et apprécier ce roman. Si je l’avais lu il y a 3 ans (j’en ai 23 actuellement), je ne suis pas sûre que je l’aurais autant aimé. C’est un livre dur, parfois glauque ou malsain, souvent très cru. Pas de faux-semblant, pas de filtre. Si ça complote, si ça baise, si ça se shoote, si ça se branle, si ça se mutile, si ça fait une dépression, si ça maltraite, si ça viole, c’est dit tel quel. Attention, J. K. Rowling ne fait pas dans la surenchère, non. Elle n’en fait jamais trop, mais elle est honnête. Elle nous empêche de détourner le regard, de fuir la réalité en nous mettant sous le nez les travers des êtres humains et de la société actuelle. Dans mon boulot je travaille avec les collectivités, et c’était intéressant de voir la vision qu’à J. K. Rowling de l’administration territoriale de l’Angleterre, puis de comparer avec ce que je vois au quotidien.
 
Je suis certaine que j’aurais encore des dizaines de points à détailler, mais si je ne vous ai pas déjà convaincus à ce stade, je ne pense pas y arriver avec des paragraphes en plus, alors j’arrête là, en vous conseillant de ne pas vous appuyer sur les avis que vous avez pu lire : lisez Une place à prendre et forgez-vous votre propre opinion. J'ai vraiment hâte de voir la série de la BBC, qui sera diffusée à partir du 15 février !
 

Choses � dire

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Par Scarlett Julie le Dimanche 1er février 2015 à 11:37
Ton avis plus qu'élogieux me dit que je suis passée à côté de quelque chose : je l'avais commencé à sa parution, et pourtant pas moyen d'accrocher (j'ai abandonné après 100 pages). Je me dois de le reprendre !
Par Demoiselle-Coquelicote le Dimanche 1er février 2015 à 12:30
J'ai accroché dès le début, et rapidement adoré... Bien sûr je te conseillerai de lui redonner une chance, mais quand ça passe pas ça passe pas !
Par Marie et Anne le Dimanche 1er février 2015 à 20:58
Tu m'as convaincue! je le note!
 

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