sans-grand-interet

Qu'il est bon d'être futile !

Samedi 26 juillet 2014 à 13:25

Vu notre enthousiasme à Fanny et moi pour les textes de Daphne Du Maurier, je me dis qu’on va pouvoir faire encore plein de LC, surtout si c’est pour découvrir des textes aussi chouettes que L’amour dans l’âme et plus récemment encore Les Oiseaux et autres nouvelles !
 
Il s’agit d’un recueil de sept nouvelles, dont la première est intitulée Les Oiseaux et qui a inspiré Hitchcock pour son célèbre film, mais toutes les nouvelles sont mystérieuses ou angoissantes, flirtant tantôt avec le réel et tantôt avec le fantastique, frôlant parfois l’horreur... Les nouvelles étant toutes très abouties, je vais consacrer quelques mots (voire plus !) à chacune.
 
 
http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Livres2/LesOiseaux.jpg
Les oiseaux
Je pense que c’est celle que j’ai préférée. Je l’ai commencée un soir, dans l’idée de juste lire les premières pages, et j’ai été incapable de reposer le livre avant de l’avoir finie. Nous faisons la connaissance de Nat, ancien combattant et blessé de guerre, qui travaille dans une ferme. Il aime observer les oiseaux, et se rend compte, alors que l’hiver s’installe, que ceux-ci se comportent bizarrement. Il va essayer d’alerter autour de lui, mais personne ne prêtera attention à ses craintes.
L’intrigue est menée avec une grande maîtrise et c’est extrêmement bien écrit. On s’interroge, on suit Nat et sa famille, on frissonne un peu de peur, l’horreur est de plus en plus tangible mais pas au point d’empêcher de dormir (heureusement pour moi…). Je ne sais même pas en parler tellement c’est génial. Je ne voulais pas arriver à la fin mais je ne pouvais pas m’empêcher de continuer ! Tout est très bien pensé, les détails se succèdent, formant un ensemble très cohérent, qui nous plonge immédiatement dans l’ambiance. L’intrigue joue sur des peurs assez universelles (notamment celle l’inexplicable) et peut ainsi toucher tout le monde, mais je n’étais pas mécontente de sentir un peu le climat post Seconde Guerre mondiale des années 50. Le texte en tout cas n’a pas pris une ride. Ce genre de thème marche toujours aussi bien de nos jours ! Le personnage principal est en plus très attachant. Débrouillard et intelligent, il est dévoué à sa famille et a tout du héros qui s’ignore, j’ai aimé le suivre et trembler pour lui. Quant à la fin, eh bien… C’est du Daphne Du Maurier !
 
"Puis il entendit des coups légers à la fenêtre. Il n’y avait point de plantes grimpantes au mur de la maisonnette qui auraient pu se détacher et venir gratter la vitre. Il écouta, et le tapotement continua jusqu’au moment où, agacé par le bruit, Nat se leva et alla ouvrir la fenêtre. A ce moment, quelque chose frôla sa main en bruissant contre ses phalanges et lui égratignant la peau. Puis il perçut un frémissement d’ailes qui s’évanouit au-dessus du toit, derrière la maison."
 
Le pommier
Excellente nouvelle également. Un homme, veuf depuis trois ans et qui se satisfait très bien de sa liberté, remarque un jour dans son jardin un pommier différent des autres. Décharné, les branches tombantes, il a l’air d’être presque déjà mort. Et surtout, il lui fait penser à feue son épouse, Midge…
Ce texte est très subtil et en même temps on sent que l’inéluctable va se produire. Dès le début j’ai senti ce qui allait se passer, mais Daphne Du Maurier décrit si bien le chemin qui y mène que j’étais comme envoûtée, ce qui est assez malsain d’ailleurs. Les descriptions sont particulièrement exceptionnelles dans cette nouvelle. Elle a insufflé une présence incroyable à ce pommier qu’on suit sur plusieurs mois, en tissant les fils de l’histoire du personnage principal en parallèle de l’évolution de l’arbre. Le fantastique est léger tout en semblant être partout. Comme je le disais, la chute n’était pas une surprise, mais dans la construction de ce texte ça n’a aucune importance !
 
"L’arbre était décharné et d’une minceur pitoyable, sans rien de la robustesse noueuse de ses frères. Ses branches peu nombreuses, partant très haut sur le tronc, ainsi que des bras aux épaules étroites, s’étendaient avec un air de martyr résigné, come transies par l’air frais du matin. L’armature de fil de fer entourant la base de l’arbre à la moitié du tronc faisait l’effet d’une jupe de tweed gris sur des jambes maigres ; tandis que la plus haute branche, dressée au-dessus des autres mais légèrement retombante, figurait une tête penchée par la fatigue."
 
Encore un baiser
J’ai légèrement moins aimé ce texte à cause du type de narration choisi et du style qui va avec. C’est le personnage principal qui parle, nous racontant cette fois où il a rencontré une fille, ouvreuse au cinéma, et qu’il l’a suivie dans le bus qu’elle a pris après la dernière séance du soir.
Daphne Du Maurier, pour rendre son personnage réaliste (et c’est réussi), lui donne un air légèrement péquenaud. Il appelle la fille « ma gosse », fait des phrases simples. Il a l’air d’un type un peu ennuyeux, mais ce qu’il va vivre est loin d’être ordinaire. Pour le coup, je n’ai pas du tout deviné la fin, même si je me doutais que ça avait un rapport avec un certain sujet. C’est vraiment la nouvelle à laquelle j’ai le moins accroché, mais ça reste très bon !
 
Le Vieux
Cette nouvelle m’a fait rire car je me suis faite avoir tout du long ! Un homme nous raconte, comme si nous étions devant lui, touriste ou nouvel arrivant dans le coin, l’histoire du vieux qui traîne là.
Pour le coup, je ne voyais pas du tout où l’auteure nous menait, avec ce narrateur un peu fantôme, qui nous met en contact avec ces personnages par son biais mais n’a pas d’importance en lui-même dans l’histoire. À quoi ça rime ? Au final, c’est un jeu subtil de l’auteure, qui réussit parfaitement à nous berner jusqu’à la fin et à nous étonner lors de la révélation, où l’on se pose et réfléchit avant de se dire que oui, elle nous a eus sur toute la ligne. Je n’en dis pas plus, c’est presque déjà trop !
 
Mobile inconnu
Une femme mariée, riche, heureuse, se suicide tout à coup dans sa belle maison, à l’effroi de son mari qui ne comprend pas. La police ne trouve aucun mobile et conclut à un coup de folie, mais Sir John ne croit pas à cette théorie et engage un détective privé pour faire la lumière sur cette histoire. Black va en effet finir par découvrir beaucoup de choses.
Celle-ci était géniale également, ma deuxième préférée on va dire ! Daphne Du Maurier tente ici une nouvelle policière et mystérieuse où elle sème allégrement les indices, nous conduisant sur les traces de la vie passée de Lady Farren. Les ficelles du genre sont absolument maîtrisées et donnent une nouvelle digne d’Agatha Christie ! J’ai trouvé l’écriture très entraînante sur cette nouvelle, on a l’impression que ça va vite, une certaine fièvre nous tient en même temps que Black se rapproche de la solution… et la chute est également très bien.
 
"Un matin, vers onze heures et demi, Mary Farren se rendit dans la salle d’armes, prit le revolver de son mari, le chargea et se tira une balle. Le maître d’hôtel entendit le coup de feu de l’office. Sachant que Sir John était absent et ne serait pas de retour avant le déjeuner, il ne pouvait imaginer qui se trouvait dans la salle d’armes à pareille heure."
 
Le petit photographe
J’ai apprécié cette nouvelle aussi, mais un peu moins, vous allez voir pourquoi. Madame la marquise passe ses vacances dans un hôtel de luxe avec ses deux petites filles et leur gouvernante mais comme toujours elle en vient à rapidement s’ennuyer, jusqu’à ce qu’elle rencontre un photographe.
J’ai eu un gros problème avec l’héroïne, cette marquise qui m’est rapidement apparue comme imbuvable ! Le « petit photographe » n’a pas cette image d’elle apparemment, et bien sûr ça cause des soucis à un moment donné. Je le trouve donc un peu stupide lui, je ne vois pas à quoi il s’attendait, ce qu’il espérait ! Néanmoins, à partir du moment où la nouvelle bascule, l’horreur de la situation nous apparaît bien, et la peur qui transpire dans chaque ligne salit aussi le lecteur. Et la fin, qu’on devine quelques lignes avant qu’elle soit révélée, et conforme à l’esprit de la nouvelle et personnellement me satisfait très bien !
 
Une seconde d’éternité
J’ai un peu moins aimé celle-ci également, mais pour des raisons différentes. On nous présente Madame Ellis, sa vie de veuve bien ordonnée, les joies de l’existence qui se résument à sa fille, Susan, jusqu’à ce qu’un jour, plus rien ne soit comme avant.
Là aussi, le personnage principal ne m’a pas été très agréable, et en même temps on la plaint un peu, car elle nous apparaît très pathétique cette Mme Ellis. Le déroulement de la nouvelle est très intriguant, on se demande où ça mène, les pistes se multiplient, mais la chute est un peu bancale, la fin brutale. Comme souvent avec cette auteure, on n’a pas de réponse claire, mais là c’était un peu trop fuyant, je n’ai pas été convaincue par cette façon de « sortir » de la nouvelle.
 
 
Ce qu’il y a à retenir de ce recueil, c’est que les nouvelles sont très accrocheuses, Daphne Du Maurier possède une plume véritablement magnifique et quelquefois magique, et elle maîtrise aussi bien le format roman que celui plus court de la nouvelle. Hormis la dernière, j’ai trouvé que chaque nouvelle était bien détaillée, on n’a jamais l’impression que ce n’est pas approfondi ou que c’est trop court, autrement que parce que c’est trop bon !
 
Et voilà, encore un Daphne Du Maurier, encore un coup de cœur. Si vous ne la connaissez pas, qu’est-ce que vous attendez ?
 

Choses � dire

Dire quelque chose

Par Fanny Danslemanoirauxlivres le Samedi 26 juillet 2014 à 20:14
Un recueil de grande qualité. La nouvelle est un genre difficile à maitriser. Daphné du Maurier est franchement douée. J'espère lire un autre titre avec toi à la rentrée.
C'est un plaisir de partager des lectures comme celle-ci.
Par Demoiselle-Coquelicote le Lundi 28 juillet 2014 à 12:51
Tout pareil !
Par DoloresH le Lundi 4 août 2014 à 20:00
Ah mais ça m'a l'air très intéressant tout ça, j'ai toujours eu envie de me lancer dans Du Maurier sans jamais sauter le pas, ton article apaise mes hésitations !
Par Demoiselle-Coquelicote le Jeudi 7 août 2014 à 20:29
Il n'y a absolument aucune hésitation à avoir ! Tiens, comme j'ai manqué ton anniversaire, je vais t'en offrir un =)
 

Dire quelque chose









Commentaire :








Votre adresse IP sera enregistrée pour des raisons de sécurité.
 

La discussion continue ailleurs...

Pour faire un rétrolien sur cet article :
http://sans-grand-interet.cowblog.fr/trackback/3267468

 

<< Je l'ai dit après... | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ... Et ça je l'ai dit avant. >>

Créer un podcast