sans-grand-interet

Qu'il est bon d'être futile !

Mercredi 7 janvier 2015 à 18:51

Pour le Challenge Cold Winter, je n’avais pas d’idées particulières, alors le titre Fleur de neige, un roman de Lisa See, m’a paru coller à l’hiver, même si j’ignorais totalement de quoi parlait le roman. Il n’y avait pas grand rapport, mais je suis contente d’avoir enfin lu ce titre qui m’attirait depuis longtemps.
 
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Fleur de lis et Fleur de neige sont liées par le destin. Elles sont nées le même jour, portent quasiment le même prénom, leur bandage a commencé le même jour, etc. Alors leurs familles décident de lier leurs vies, en les faisant laotong. Cette alliance élève considérablement Fleur de lis dans la hiérarchie sociale de ce coin de la Chine du XIXème siècle, mais qu’en est-il pour Fleur de neige ? Les épreuves de la vie resserreront-elles leurs liens ou au contraire vont-elles s’éloigner l’une de l’autre ?
 
Fleur de lis est notre narratrice, et par ses yeux, qui s’étonnent quelquefois mais se soumettent toujours à ce qu’ils voient, nous découvrons ce que pouvait être – ce qu’était certainement – la vie des Chinoises encore au XIXème siècle. On peut être choqué des conséquences désastreuses pour le corps et la santé des Européennes du port du corset, mais ce n’est rien à côté de la pratique du bandage des pieds à laquelle on soumettait une grande partie des petites filles Chinoises. Seules les classes très pauvres, dans lesquelles on avait besoin du travail physique des femmes, étaient « épargnées » par cette pratique, mais vivaient dans une misère noire pour la plupart. Dès lors qu’on appartenait à la classe moyenne ou aisée, il n’y avait d’espérance pour un bon mariage qu’à condition d’avoir de tout petits pieds (Fleur de lis est très fière de ses 7 centimètres) – et pour cela les pieds étaient enserrés jusqu’à ce que les os se brisent, les petites filles forcées à marcher sur leurs membres abîmés jusqu’à ce que leurs os se ressoudent, leur donnant ensuite une démarche très particulière. Une fillette sur 10 environ en mourait, des suites des infections.
 
Je ne vous cache pas que ces passages ont été très durs ! Heureusement, ils sont surtout concentrés au début. J’ai trouvé que Lisa See parvenait complètement à se mettre dans la peau de Fleur de lis. Ainsi, son personnage principal a conscience de la brutalité de cette pratique et de ses dangers, mais les accepte vite comme un moyen de s’élever socialement et comme composante de la vie d’une femme... On est donc dans un récit réaliste, où les personnages vivent avec leur époque – Fleur de lis n’est pas une femme émancipée du XXIème siècle coincée dans une Chinoise du XIXème. Cela n’empêche pas qu’elle contourne parfois le système, se bat pour des petites victoires personnelles sur le carcan imposé par la famille et réussit, globalement, à être maîtresse de sa vie.
 
La relation de ces deux femmes – car nous suivons ces deux Fleur toute leur vie – est d’une rare intensité. Là encore, je l’ai trouvée affreusement réaliste. Elle nous jette au visage nos travers, nos erreurs, nos défauts. Des petits mensonges au gros scandale, on suit parallèlement leurs deux vies, avec bien plus de détails du côté de Fleur de lis. Pourtant, certains détails manquent pour réellement s’attacher à elle, en plus du fait que sa façon de penser est très éloignée de la mienne. Par exemple, j’ai eu du mal à comprendre qu’elle fasse vivre à sa fille quasiment le même calvaire que sa mère auparavant, et je ne parle pas que du bandage des pieds. Psychologiquement aussi, ce roman est très dur. À bien des égards, les femmes ne sont rien ; et pourtant elles sont tout. Sans elles, pas d’union avec d’autres familles, pas d’alliances, pas de prestige pour de beaux atours et une maison bien tenue, et surtout pas d’enfants. Malgré tout, difficile de la « suivre » dans ses raisonnements. Mais revenons à son amitié avec Fleur de neige. J’ai été ébranlée, parce que j’ai reconnu dans le comportement de Fleur de lis des tendances qui existent chez moi. Heureusement, je suis encore à un stade de ma vie où je peux me retenir, tout faire pour ne pas me laisser aller aux mêmes errements.
 
Fleur de neige n’est pas forcément plus attachante. Un peu trop secrète, un peu trop fière, mais là encore il faut remettre les choses dans son contexte. Elle m’a toutefois fait beaucoup de peine à la fin. Sur les autres personnages, pas grand chose à dire. Certains m’ont paru vraiment odieux, comme Madame Gao, résolument vulgaire. Ce qui me fait penser que je ne suis pas sûre que je mettrai ce bouquin entre les mains d’un(e) ado. À travers les hommes et femmes qui croisent le chemin de Fleur de lis, c’est en tout cas tout un mode de vie et une époque qui sont présentés, et c’était rudement intéressant, le style de Lisa See nous emportant tout à fait. Elle dit dans la postface qu’elle a sûrement fait des erreurs. Néanmoins, on sent son travail immense, et le résultat est à la hauteur de ses efforts.
 
Un très bon roman, souvent dur, qui peut mettre mal à l’aise, parfois très beau, porté par une plume convaincante et deux Fleur qui vont me rester en tête un moment.
 
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Choses � dire

Dire quelque chose

Par Marie et Anne le Vendredi 9 janvier 2015 à 7:03
En fait je suis tellement sensible en ce moment ( avec tout ce qui se passe )que je n'arrive pas à finir la lecture de ton article. Je n'arrive pas à dépasser ta description des pieds brisés des fillettes. Excuses moi, je reviendrai le lire plus tard. *Marie*
Par pinly le Lundi 12 janvier 2015 à 18:53
Il me semble que je le possède dans ma PAL... Il serait bon que je refasse un inventaire de mes livres x)"
En tout cas, ce n'est pas une lecture que j'entreprendrai tout de suite-tout de suite... Besoin de lectures un peu plus légères en ce moment :)
Par Demoiselle-Coquelicote le Lundi 12 janvier 2015 à 19:44
Pas de souci !
Par Demoiselle-Coquelicote le Lundi 12 janvier 2015 à 19:45
C'est sûr que ce n'est pas la lecture la plus joyeuse du monde, mais ça pourrait être pire je pense. Le détachement des personnages y est pour beaucoup...
Par Enigma le Vendredi 16 janvier 2015 à 16:11
Il a l'air top, je note! =)
Par Aaliz le Lundi 2 février 2015 à 20:58
Tout comme toi j'ai beaucoup apprécié ce livre et je me suis posée la même question que toi, à savoir : comment a-t-elle pu faire vivre la même chose à sa fille ? C'est ça que je n'arrive pas à comprendre, on dirait que ses femmes maintiennent elles-mêmes, de leur propre volonté, cette tradition cruelle et mutilante. Heureusement cette pratique est à présent interdite. Et je te rejoins sur les passages au début du livre, j'en avais mal aux pieds, je ne supportais même plus mes chaussettes ! ^^
Par Demoiselle-Coquelicote le Mardi 3 février 2015 à 18:51
Contente de voir que je ne suis pas la seule à m'être fait la remarque !
 

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