sans-grand-interet

Qu'il est bon d'être futile !

Lundi 23 juin 2014 à 16:20

Toujours curieuse et prompte à acheter un nouveau livre, j’ai voulu participer à une LC dans le cadre du challenge XIXème autour de La déchéance de Mrs Robinson de Kate Summerscale.
 
http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Livres2/Ladecheance.jpg
Ce livre est le fruit des recherches de l’auteure sur un procès un peu singulier qui eut lieu en 1858 (ce n'est pas un roman). Alors que la procédure de divorce s’ouvrait plus largement, un homme a demandé le divorce en se fondant sur le journal intime de son épouse. Kate Summerscale nous raconte une époque, une femme, une grande affaire oubliée.
 
Le livre commence par un poème poignant de William Allingham puis pose le décor avec des arbres généalogiques et les hommes de loi intervenus au procès. Après un rapide prologue qui annonce clairement le procès (mais sans en donner l’issue), Kate Summerscale commence à nous parler d’Isabella Walker. Son premier mariage avec un Mr Dansey, son premier fils, le décès de son époux, et le remariage avec Henry Robinson, de nouveau des enfants, mais une vie insatisfaisante aux côtés d’un mari pétri de défauts, et une société qui ne lui convient pas. Femme intelligente et qui aime se cultiver, elle va coucher sur papier chacun de ses sentiments, même les plus honteux, ceux qu’elle devrait cacher, qu’elle devrait taire, en particulier sa passion naissante pour un certain Edward Lane.
 
Il faut se l’admettre, Isabella n’est pas vraiment une femme attachante. Je ne pense pas, contrairement à d’autres lectrices, que c’est dû au style de l’auteure. Elle nous livre de nombreux extraits de son journal, et celui-ci nous permet de connaître la femme telle qu’elle se représentait elle-même. Malgré un certain talent littéraire et des circonstances « atténuantes » (son deuxième mari était vraiment un gros c**), Isabella Robinson m’a fait l’effet de ne pas bien se rendre compte. Je ne l’ai pas appréciée, mais j’ai su la plaindre. La société victorienne est viciée par des convenances trop éloignées de la nature humaine et favorise le développement des défauts chez les uns et les autres. Entre l’hypocondrie et le traitement artisanal de véritables pathologies (j’ai frissonné d’horreur lors du passage consacré à la gynécologie de l’époque), la façon dont les individus, et bien sûr en particulier les femmes, étaient considérés, et les règles de bonne conduite, il y a de quoi se sentir piégée, comme Isabella, et faire des grosses bêtises.
 
Il est difficile de dire si oui ou non elle est « coupable » de ce dont son mari l’accuse. Je pense qu’elle l’était, et Edward Lane avec elle, ce qui fait de lui un sacré *bip* aussi. Trop facile de dire que l’autre affabule, a des crises de délire ou que sais-je encore ! Quel beau monde que celui où on accuse les autres pour se laver de tout soupçon ! Pas besoin d’aller dans les rues de Whitechapel pour constater que cette époque n’était pas si reluisante qu’elle veut bien le faire croire.
 
J’ai donc trouvé ce livre extrêmement intéressante. Les développements sur d’autres personnes, qui peuvent paraître trop s’éloigner du sujet principal (comme l’histoire de George Drysdale), m’ont beaucoup plu parce qu’il permettait de vraiment avoir une photographie réaliste de la vie de ces gens bourgeois. Cela permet aussi de croiser des personnages « historiques », qui ont fortement compté, et là je pense surtout à Darwin, qu’on voit régulièrement à partir d’un certain moment. J’ai appris beaucoup de choses (enfin, si tant est que je les ai retenues !) sans avoir l’impression d’avaler un manuel. J’ai trouvé l’écriture de Kate Summerscale très fluide. Sa démarche est tout à fait passionnante.
 
Là où je m’interroge, c’est sur les notes… Il y en a sur des dizaines de pages, mais elles ne sont pas indiquées dans le corps du texte, et j’ai eu du mal à comprendre l’intérêt de les lire après coup ! Le format n’est pas très bien pensé. De même, le livre porte en sous-titre "Journal intime d'une dame de l'époque victorienne", ce qui a induit en erreur beaucoup de lecteurs, qui pensaient lire un journal. Je m'étais renseignée avant de l'acheter et n'ai donc pas été surprise, mais c'est vrai que la nature de ce livre n'est pas clairement indiquée. Mais à part ça, rien à redire.
 
En bref, ce fut une très bonne lecture, vraiment intéressante à tous points de vue, et je suis curieuse de lire d’autres livres de l’auteure, qui a écrit sur d’autres affaires.
 
"Ne pas ébruiter l’adultère – pour le bien des enfants, du conjoint, des parents et du reste de la parentèle – était la norme au sein de la gentry. Dans ces milieux, où la réputation avait tant d’importance, la famille d’une femme trompée e celle de son mari s’employaient avec acharnement à étouffer tout écart de conduite. Les critères variaient quand la transgression était le fait de l’épouse, mais le principe restait le même : tant que cela ne sortait pas de la famille, il était possible de s’en remettre. Seul un signe manifeste du péché – une trace écrite, engagement ou confession – pouvait se révéler impossible à dissimuler."

  http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Pourleblog/ChallengeXIXeme2.jpg
 

Choses � dire

Dire quelque chose

Par Le Chat du Cheshire le Lundi 23 juin 2014 à 17:11
Je le lorgne depuis sa sortie, et je crois que je ne vais pas tarder à craquer....
Par Julie Scarlett le Lundi 23 juin 2014 à 19:53
Il m'intrigue depuis sa parution !!!
Par Elodie le Lundi 23 juin 2014 à 20:11
J'ai préféré la seconde partie sur le procès qui laisse du mystère sur cette affaire même si comme toi je pense qu'elle est coupable (et Edward Lane aussi!)
Par Soie le Mardi 24 juin 2014 à 18:14
Les notes ne sont pas très faciles à exploiter. Je l'ai ai lu à la fin de chaque chapitre, mais je n'ai tenu que jusqu'au chapitre 5, après j'ai laissé tombé !
C'est très intéressant mais j'ai un peu peiné sur certains passages concernant la médecine. En tout cas j'ai noté son autre livre, L'affaire de Road Hill House.
Par Demoiselle-Coquelicote le Jeudi 26 juin 2014 à 17:42
Je suis d'accord avec toi sur les notes !
Par Soie le Jeudi 26 juin 2014 à 17:50
Je vois que j'ai fait des fautes !!
"Je les ai lues", bien sûr
Par Demoiselle-Coquelicote le Dimanche 29 juin 2014 à 13:21
Ce n'est pas grave ;)
 

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