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Qu'il est bon d'être futile !

Mardi 10 septembre 2013 à 13:37

Ma passion pour Clamp ne datant pas d’hier et ayant diminué depuis mes plus jeunes années, j’avais depuis un moment dans ma mangathèque les cinq premiers tomes de la série RG Veda. Il y a peu, j’ai trouvé d’occasion les cinq tomes qui me manquaient et je me suis relancée dans cette série que j’avais dû mettre en pause. J’en connaissais les grandes lignes grâce à ma lecture des premiers tomes et aussi grâce au numéro de Clamp Anthology qui lui est consacré, mais j’ai vraiment redécouvert cette histoire et c’est un magnifique coup de cœur !

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Dans le Tenkaï règne l’empereur du ciel Taïshaku-ten, qui s’est rebellé contre le précédent empereur lors de la guerre sainte, il y a trois cents ans. Ce nouvel empereur est cruel et sans merci et a fait massacrer de nombreux clans qui protégeaient pourtant le Tenkaï des démons. L’histoire commence lorsque l’empereur demande à Yasha-ô, chef du clan Yasha, d’aller exécuter son amie la « rebelle » Kuyo, un oracle. Yasha laisse vivre son amie, qui l’attendait pour lui confier une terrible prophétie…
 
« Six étoiles s'abattront
Des étoiles noires qui se révolteront contre le ciel
L'annonciateur de la destinée qu'elles tisseront
Tu devras le protéger toi-même
Appelant ainsi ceux de ton sang à s'éteindre
Tu partiras avec l'enfant
Bien que partagé entre le bien et le mal, cet enfant
Fera tourner la roue de la destinée du Tenkaï
 
La réunion des six étoiles décidera du sort du ciel
Mais du sein des ténèbres un être descendra doucement
Il gouvernera de ses mains le cours des étoiles
Il manipulera les étoiles noires comme les étoiles du ciel
Tu le protègeras, et les flammes de l'enfer
Réduiront en cendres tous les obstacles
Les six étoiles domineront la terre entière
Et puis
Vous serez les « destructeurs » du ciel »
 
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On ne peut lutter contre le destin et la course des étoiles. Yasha se rend donc au lieu indiqué par Kuyo et réveillé Ashura, le dernier représentant du clan qui fut autrefois le plus puissant du Tenkaï. Une quête s’engage alors pour trouver les six étoiles et abattre Taïshaku-ten…
 
Le premier tome est un peu déroutant. Il y a beaucoup de personnages, aux noms pas forcément faciles à retenir. On saute d’un lieu à un autre, on se prend une prophétie dans la face et l’hémoglobine commence à couler. Mais grâce au talent de Clamp, que ce soit pour dépeindre des caractères différents ou dessiner des personnages aux physiques remarquables, on ne se perd pas. Je pense par contre qu’il est mieux de lire tout ça à la suite, en tout cas sans trop longue pause entre deux tomes, car l’action est très concentrée et ce serait dommage de se couper dans une si délicieuse lecture !
Les dessins sont entre les vieilles œuvres de Clamp où ce n’est pas toujours terrible et certains de leurs mangas plus récents qui sont de vraies merveilles. Il faut deux-trois tomes pour que le coup de crayon se stabilise puis on a droit à de très belles illustrations couleurs en début de tome ou en couverture et à de magnifiques doubles-pages. L’esthétisme dans la mort ou dans la souffrance est particulièrement développé et on trouve aussi de très beaux vêtements.
 
Car oui, RG Veda ce n’est pas un truc tout mignon. Il y a des combats, des morts à la pelle, des rebondissements et des cris d’orfraie pour ma part. Tout ça prend place dans un univers passionnant fait de dieux-guerriers et de généraux du ciel, où les armes balancent du chi et où les humains côtoient les immortels (ou ceux qui vivent très très longtemps). Les décors sont merveilleux et nous plongent immédiatement dans un autre monde.
 
L’intrigue est un peu lente à se mettre en place – au profit du développement des personnages et de certaines histoires annexes trèèèèès intéressantes – mais s’accélère énormément à la fin, avec un suspens insoutenable (la preuve : j’ai lu les trois derniers tomes d’un coup). J’ai trouvé que beaucoup de personnages étaient extrêmement attachants, même si on en voit peu certains et malgré la noirceur de l’histoire et de plusieurs de ses protagonistes. J’ai aussi retrouvé ce que j’aime tant chez Clamp : l’absence de tout manichéisme. On croit avoir tout compris de tel personnage et pan ! dans les dents. Le fait que l’histoire se déroule dans un monde qui n’existe pas permet de prendre beaucoup de recul et offre simplement une magnifique histoire, belle mais triste comme je les adore.
 
Bref, je vais m’arrêter là : RG Veda c’est un manga qu’il est vachement bien et je le conseille très fortement.
 
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Lundi 26 août 2013 à 15:22

En janvier, j’ai lu le premier tome de la série Lily Bard de Charlaine Harris, l’une de ses séries écrites avant le succès de La communauté du sud. J’avais aimé le premier tome, mais ce deuxième m’a beaucoup surprise, de manière positive, et j’ai véritablement adoré !
 
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Nous retrouvons Lily quelques mois plus tard. Sa routine a repris plus ou moins comme avant, même si à présent tout le monde à Shakespeare connaît son histoire et qu’elle a un peu abaissé ses barrières, se liant d’amitié avec plusieurs personnes. Shakespeare semble tranquille, et pourtant quelque chose de mauvais couve. Un matin, alors qu’elle se rend à sa salle de sport, elle découvre le cadavre d’un autre assidu du club, la trachée écrasée par une barre de musculation. Lily se retrouve mêlée à une affaire de meurtre une fois de plus…
 
Contrairement au premier tome où Lily furetait d’elle-même pour comprendre le décès, cette fois elle se retrouve au cœur des évènements de façon involontaire. L’enquête policière est moins « suivie » que dans le tome précédent car dès le début du roman, elle fait du sur place. D’autres meurtres ont secoué Shakespeare dans les semaines précédentes et la police n’a aucune piste. Lily ne veut pas s’en occuper mais remarque des choses étranges, ou au moins inhabituelles, dont l’accumulation ne peut pas être un hasard. Comme toujours, elle se montre calme et réfléchie, c’est une héroïne mature qui fait face même quand elle est morte de trouille, et elle n’est pas épargnée. Décidément, je l’aime sacrément bien. J’admire sa détermination et son courage à continuer malgré les épreuves.
 
J’ai beaucoup aimé voir comment elle parvient à mieux s’intégrer. Alors qu’elle est restée étrangère à sa ville d’adoption pendant des années, elle s’intègre enfin, et se lie d’amitié. Elle m’a émue dans ses relations avec les autres. Avec Marshall, Claude, Carrie, et elle rencontre un certain Jack, qui si je ne me trompe pas aura son importance dans tous les tomes suivants !
 
Ce qui a déclenché le coup de cœur sur ce tome, c’est son ambiance. L’intrigue de fond est bien plus dure que celle du premier tome. Rapidement, on se rend compte que Shakespeare est en proie à un conflit racial. L’intolérance est partout, les propos racistes, d’un racisme tenace et fou, font froid dans le dos. Charlaine Harris a su distiller la peur et la tension avec talent. J’ai eu le frisson plus d’une fois, j’avais peur pour les personnages (et pas toujours à tort…). Tout fait très vrai, ça pourrait l’être sans problème. L’auteure montre encore une fois qu’elle connaît bien ses compatriotes (l’Américain de base n’est pas toujours un enfant de chœur, hein…) et l’âme humaine.
 
Le hic ? Les erreurs de traduction et fautes de français. Je ne sais pas ce qu’ils ouillent chez J’ai Lu, mais il y a des moments c’est n’importe quoi. Un exemple ? Tenez-vous bien :
"Tandis que Claude sortait de sa Buick, je retirai le prospectus bleu de sous l’essuie-glace. Je supposai qu’il s’agissait d’une publicité pour la nouvelle pizzeria. Je lisai négligemment le titre."
Rien que de le lire ou de l’écrire, ça fait mal. "lisai", vraiment ? Le passé simple de lire, ce ne serait pas "lus" plutôt ? Et non, ça ne peut pas être un oubli du s à l’imparfait (ce qui ne serait pas moins pardonnable de mon point de vue). Ça m’a vraiment fait tiquer, j’ai arrêté de lire pendant cinq minutes, et je trouve ça vraiment déplorable d’en être encore là pour une maison d’édition de cette taille. C’est bien dommage, car le livre en lui-même est génial. Que ça ne vous empêche pas de le lire.
 
Pour moi, c’est donc un très bon polar, et j’ai vraiment hâte de lire la suite. J’achèterai au moins le tome 3 en septembre, j’espère. Je recommande vivement cette série policière aux tomes courts et prenants.
 

Dimanche 25 août 2013 à 15:53

Even Dead Things Feel Your Love, roman de Mathieu Guibé, est paru en mars 2013 aux éditions du Chat Noir. Il m’a fait de l’œil tout de suite, car je connaissais déjà un peu l’auteur et que le pitch était très tentant. Et malgré que je connaisse bien le catalogue du Chat Noir, je n’avais encore jamais lu l’un de leurs titres ! Voilà qui est fait, grâce à une lecture commune avec Jamestine’. Je peux dire que j’ai adoré ce roman, je le classe même en coup de cœur !
 
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Josiah Scarcewillow est vampire depuis une cinquantaine d’années lorsqu’il décide, au milieu du XIXème siècle, de délaisser Londres devenue trop risquée pour un être comme lui et de rentrer dans le manoir familial. Sa vie d’immortel va alors radicalement basculer…
 
Je vais commencer avec la seule chose qui m’a déplu, mais qu’on oublie vite face à tout le reste. Ce sont les fautes de conjugaison et de syntaxe, un peu trop nombreuses pour un livre achevé. Je suis maniaque avec ça, j’ai donc crissé des dents à plusieurs reprises. J’imagine que nombre de lecteurs ne les remarqueront même pas ! Je dois dire aussi que je n’ai pas beaucoup aimé la préface de Georgia Caldera, je ne trouve pas du tout qu’elle rendre hommage au livre, mais c’est un avis très subjectif, et d’ailleurs ça n’empêche pas que j’ai envie depuis des mois de découvrir Les Larmes Rouges et que je suis bien contente qu’il sorte bientôt en poche.
 
La première chose qui m’a enchantée, c’est la plume de Mathieu Guibé. Je l’appréciais déjà grâce aux nouvelles et contes que j’ai lus de lui, mais là on monte encore à un niveau supérieur qui m’a époustouflée. L’écriture est belle, très imagée, et retranscrit à la perfection les émotions du livre, qui m’ont prise à la gorge plus d’une fois. Elle sert pleinement le romantisme sombre et souvent violent de l’histoire. Cette violence m’a fait penser aux écrits d’Anthelme Hauchecorne et m’a surprise, donnant encore plus de relief et de véracité à l’histoire, qu’on suit avec passion au travers des différentes parties. Attendez-vous à quelques surprises si vous pensiez que ce vampire-ci est « civilisé » !
 
L’histoire reprend le personnage mythique du vampire d’une façon rarement abordée et qui s’est révélée extrêmement intéressante. Les errements de l’esprit de Josiah m’ont fascinée, ainsi que ses sentiments, souvent contradictoires et toujours très forts. L’amour présent tout au long du roman est celui des amants maudits par les étoiles, et la fin qui leur est réservée me convient tout à fait. J’adore le titre du roman, qui correspond tellement bien au contenu et à la personnalité de l’un des personnages.
 
Je finirai en disant que le livre est un bel objet, agréable à avoir en mains, et les pages se tournent très vite. Je n’ai aucun regret d’avoir acheté ce livre (ce n’est pas un prix que je mets souvent dans un roman). Je suis plus que ravie de cette première lecture aux Éditions du Chat Noir et suis bien contente d’en avoir d’autres dans ma PAL ! Bref, un livre que je recommande fortement à tous les amateurs de fantastique, que vous soyez femme ou homme et que vous aimiez ou pas les vampires, car on va au-delà du phénomène de mode avec Even Dead Things Feel Your Love.
 
"L’immortalité vous inculquait comment prendre son temps, ce détail interdit à la race humaine si éphémère. J’avais particulièrement pris soin de lutter contre cette faim irrépressible qui se manifestait soudainement comme une poussée de fièvre tropicale. Je n’avais laissé sur notre passage que le cadavre d’une alléchante serveuse d’une auberge isolée qui avait eu le malheur de terminer ses corvées à une heure trop tardive. J’avais abandonné son corps exsangue dans la porcherie derrière la taverne, étant sûr que la voracité de ses habitants aurait effacé les traces de mon crime."
 
 

Samedi 17 août 2013 à 12:19

Aujourd'hui, je me jette dans la fosse aux lions en faisant mon article sur Orgueil et préjugés, version Joe Wright. C'est ma version préférée. Je le dis d'entrée, parce que je sais que je risque d'avoir plein de janéites qui vont me dire que non non non, la version de la BBC est mieux, et que le seul Darcy auquel il faille se vouer, c'est Colin Firth. Bah non, moi je ne suis pas d'accord (ne vous méprenez pas, j'adore Colin Firth, c'est un excellent acteur. Je l'adore tout particulièrement dans Le Discours d'un roi). Je trouve Matthew Macfayden absolument merveilleux dans ce rôle (je vous raconte pas le choc quand je l'ai vu jouer Frère Philip dans Pillars of the Earth...). Ses seuls sourires, dans le film, surtout celui de la fin, sont absolument bouleversants.

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Je ne suis pas très objective sur ce film, parce que après avoir dévoré le roman, c'est la première adaptation que j'ai vue. Dans mon lit, du haut de mes, quoi, seize ans ? Je ne sais plus. Qu'est-ce que j'ai pleuré, d'émotion, de bonheur. Complètement renversant. Et le film continue à me faire cet effet des années et des dizaines de visionnage après. Je me souviens d'avoir parlé du film à ma prof de philo en terminale (elle nous avait parlé d'Edward Ferrars en classe, j'avais bien le droit de l'ennuyer avec P&P ! Elle était pas géniale, cette prof ?), qui m'avait dit qu'elle l'avait aimé, mais qu'elle avait trouvé que les sœurs Bennet étaient un peu trop modernes, pas assez soumises et respectueuses comme l'étaient les jeunes filles à l'époque. Certes, je comprends la critique et je suis d'accord. Mais j'aime les gloussements de Lydia et Kitty, j'aime l'obstination de Lizzy, ses remarques impertinentes.

Je suis fascinée par l'esthétisme de ce film, qui dépasse de beaucoup, voire infiniment, la plupart des films que j'ai vus, y compris dans les adaptations austeniennes. Les couleurs sont tellement magnifiques. Même les adaptations les plus récentes (je pense à Emma, adapté en 2009 par la BBC) n'égalent pas cette beauté dans l'image. Comme je vous l'ai dit il y a un moment, j'ai acheté le blu-ray, et c'est juste sublime. Et encore, je n'ai pas parlé de la musique ! Ce sont des compositions originales de Dario Marianelli pour le film, à part "Postcard To Henry Purcell". Je ne vais pas tous les nommer, mais je vous conseille d'écouter cette BO. J'adore la reprise du morceau au violon de Henry Purcell, qui sert de musique lors de la danse de Darcy et Elisabeth. Le violon, ça me bouleverse d'une façon incroyable, je pleure quasi-systématiquement. Bref, c'est merveilleux. Et je souligne aussi que c'était le premier long-métrage de Joe Wright. Pour un coup d'essai, il est sacrément bon le pépère.

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Parlons un peu des autres acteurs à présent. Je trouve que Keira Knigthley joue particulièrement bien dans ce rôle, et personnellement je l'ai toujours trouvé très jolie (trop maigre en revanche, mais son visage me plaît). Mais sa beauté n'est rien à côté de celle de Rosamund Pike, qui joue Jane. Elle est tellement belle, c'est à en tomber par terre ! Simon Woods campe très bien un Bingley maladroit et attendrissant, amoureux transi. Mr Collins est tout à fait détestable en petit nabot suffisant et sûr de lui, aux bottes de Lady Catherine de Bourgh (excellente Judi Dench !). Mr Bennet, le papa, est formidable. Il est joué par Donald Shutterland, et à mon humble avis, aucun autre acteur ne fera jamais mieux que lui dans ce rôle. Son humour dans le roman est restitué à la perfection, je suis tout à fait attendrie par l'amour qu'il porte à Elisabeth et à Jane. Mrs Bennet  est également très convaincante, toujours dans l'excès, égoïste et ridicule, mais veut seulement le mieux pour ses filles. Mary n'est pas si affreuse que dans d'autres versions, son personnage n'est que très peu abordé, mais il faut bien avouer qu'elle n'a pas d'importance dans l'histoire. Lydia (Jena Malone) et Kitty (Carey Mulligan) sont parfaites. J'ai été stupéfaite de m'apercevoir que Kitty était en réalité le premier rôle au cinéma de Carey Mulligan (Drive, Shame) ! Un petit mot aussi pour Caroline Bingley, elle me convainc tout à fait. Hautaine et peste mais d'une classe sûre, juste comme il faut.

Le truc génial d'avoir acheté le blu-ray, c'est que dedans il y a plein de bonus. Quel plaisir ! Je leur mets toutes les étoiles du monde à ces bonus. Il y a un journal de tournage avec les propos des acteurs, une explication des lieux où le film a été tourné (il faudra absolument que j'y aille, surtout à Chatsworth), des explications générale sur le roman, sur la vie de l'auteure, sur la façon de séduire à son époque, sur les mœurs, etc. J'ai adoré les regarder, je les ai déjà vus plusieurs fois. Pour toutes ces raisons, même s'il s'agit bien d'une adaptation bien moins fidèle (de toute façon il est évident qu'un film de deux heures ne peut pas être aussi proche du texte qu'une série en cinq heures), je l'adore, je ne m'en lasse pas, ne m'en lasserai jamais. Joe Wright a fait ses choix, et le choix principal, c'était que plutôt de faire une énième adaptation qui ne se démarquerait pas des autres, il s'est approprié l'histoire et a fait une version plus moderne et excessivement romantique. Ça a payé, car même si cette version a ses détracteurs, elle fait parler d'elle !

Je ne vais pas m'étendre davantage, même si je pourrais parler des costumes, des décors, des choix scénaristiques... Alors je terminerai simplement en disant que toutes les adaptations et variations ont le mérite d'exister, et que ce n'est pas parce que vous la jugez moins bonne que d'autres, que vous pouvez dire que c'est du fumier et que ceux et celles qui l'aiment ne sont pas de vraies janéites.

(Vous avez vu, j'ai été sage, c'est court et je ne vous ai même pas noyé sous les photos !)
 
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Lundi 29 juillet 2013 à 19:25

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Comme vous avez pu le voir récemment, je suis tombée amoureuse de la série Sherlock. Je me suis donc dit qu’il était temps de redonner une chance aux écrits de Conan Doyle, que j’avais à peine touchés au collège avec Le Chien des Baskerville. N’étant pas une grande adepte des romans policiers, je me contentais très bien de mes Agatha Christie, mais j’avoue que j’apprécie de plus en plus ce genre ! J’ai voulu commencer avec le roman où apparaissent pour la première fois Watson et Holmes : A Study in Scarlet (Une Étude en rouge). J’ai longtemps hésité entre la VF et la VO, mais comme le roman est court, j’ai tenté en anglais, et je ne regrette pas une seconde !
 
Le roman est divisé en deux parties. Il commence avec la présentation du Docteur Watson. Il nous raconte ses souvenirs à partir du moment où il est rentré en Angleterre après avoir fait la guerre en Afghanistan. Rapidement dans la dèche, il est très enthousiasme lorsqu’une connaissance lui propose de le présenter à Holmes, un homme un peu excentrique qui cherche un colocataire. S’ensuit une période où les deux hommes s’apprivoisent, puis survient le meurtre qui déclenche cette « étude en rouge ».
 
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J’ai beaucoup aimé le style de Conan Doyle. Il va directement où il en veut en venir, nous présente les faits sans perdre de temps avec une qualité littéraire indéniable. Sa plume est loin d’être dénuée d’humour (j’ai bien ri lorsque Watson dresse la liste des savoirs de Sherlock Holmes !). J’ai été très surprise par la construction du récit. On en arrive à attraper le méchant, et au lieu de nous expliquer le pourquoi du comment dans le détail, une histoire complètement différente semble commencer. Du 221 Baker Street, nous sommes transportés vingt ans auparavant en plein désert américain. Un homme et une petite fille sont sauvés par des pèlerins menés par Brigham Young, chef de ceux qu’on appelle les Mormons. Sous prétexte d’une histoire d’amour contrariée, l’auteur nous dépeint assez violemment les premiers préceptes de ce mouvement religieux. C’est une belle critique qui est faite, et si comme moi vous n’y connaissiez pas grand-chose, vous serez très étonnés. Je n’en dirais pas plus à ce sujet.
 
La relation Holmes/Watson n’est qu’à ses débuts mais présage à mon avis de beaux moments. On voit à peine Mrs Hudson, j’espère que ce ne sera pas le cas dans les prochaines lectures holmesiennes que je ferai. J’ai du mal à me faire un avis sur les deux détectives Lestrange et Gregson, ayant eu du mal à les différencier dans ce cas ! Sherlock m’a beaucoup plu avec son côté grand gamin, ses expériences, son décalage par rapport aux autres, ses phrases quelquefois très acérées (quoique j’ai trouvé qu’il se contrôlait bien, il laisse leur heure de gloire aux détectives et évite de trop les enfoncer, même s’il ne peut pas toujours s’en empêcher, surtout en aparté !).  Et je dois dire qu’avoir Benedict Cumberbatch en tête tout le long de la lecture, ça aide à l’apprécier !
 
Ha! Ha!” he cried, clapping his hands, and looking as delighted as a child with a new toy.

His eyes fairly glittered as he spoke, and he put his hand over his heart and bowed as if to some applauding crowd conjured up by his imagination.

Eh oui, me voilà conquise par les aventures de Sherlock Holmes… Je ne pense pas continuer les livres tout de suite, mais ça se fera, c’est sûr ! Et j'ai bien envie de m'offrir cette édition intégrale... Elle n'est pas trop chère, en plus.

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The sight of a friendly face in the great wilderness of London is a pleasant thing indeed to a lonely man.
 
I’m not sure about whether I shall go. I am the most incurably lazy devil that ever stood in shoe leather – that is, when the fit is on me, for I can be spry enough at times.
 
He knows that I am his superior, and acknowledges it to me; but he would cut his tongue out before he would own I to any third person.
 
As I watched him I was irresistibly reminded of a pure-blooded well-trained foxhound as it dashes backwards and forwards through the covert, whining in its eagerness, until it comes across the lost scent.
 
If the man is caught, it will be on account of their exertions; if he escapes, it will be in spite of their exertions. It’s heads I win and tails you lose. Whatever they do, they will have followers. ‘Un sot trouve toujours un plus sot qui l’admire.’”
 
"'To a great mind, nothing is little,' remarked Holmes, sententiously."
 

Mardi 23 juillet 2013 à 19:00

Pour Noël, mon petit frère m’a offert un chèque-cadeau qui me permettait d’acheter des ebooks sur Amazon. Je ne me suis pas privée et parmi mes choix, il y avait Les Chroniques de Siwès, tome 1 : La Guerrière Fantôme, roman fantasy écrit par Syven. Je suis bien embêtée de l’avoir acheté en numérique, car j’ai tellement aimé que je voudrais l’avoir dans ma bibliothèque, surtout que la couverture est sublime ! Et apparemment, impossible de le trouver en occasion, chacun conserve jalousement son exemplaire…
 
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Le livre s’ouvre avec un prologue. Des mages entreprennent un rituel, qui doit appeler un esprit guerrier à leur aide. En effet, la paix en Ès a volé en éclat lorsque l’empire du Llhuan a fait tomber la ville de Labothen.
À présent, ses armées menacent la ville d’Ispare, dont le fabuleux Tadjal est un allié. Une jeune fille est irrésistiblement appelée à travers les brumes de son sommeil. Elle apparaît dans le monde d’Ès en tant qu’esprit, et Tadjal, un tigre du Sitob, est son gardien. Pour le défendre, celle qu’il appelle Siwès va se jeter à corps perdu dans la guerre.
 
Siwès se retrouve donc dans un autre monde par le biais de ses rêves. En suivant la musique des clochettes du Sitob, elle arrive en Ès, laissant son corps mortel endormi dans notre monde. Au départ un peu perdue, se demandant si son rêve n’est rien de plus ou s’il relève d’une autre réalité, Siwès s’intègre très rapidement, grâce à Tadjal. Comme je l’ai déjà indiqué, Tadjal est un fabuleux, un animal doté en grande quantité de cette magie qui court dans chaque être, l’Herrès. Il sait l’utiliser de manière à se battre, ce qu’il a choisi de faire aux côtés des Isparites. Siwès, quant à elle, n’existe dans ce monde que grâce à l’Herrès, qui lui fournit une enveloppe de fortune. Elle est donc une laückfillès, n’apparaît que sous la forme d’esprit, incapable de sentir la chaleur ou le froid, les matières. Mais elle voit et elle entend, et surtout, elle n’est pas dénuée de pouvoir...
 
Il n’y a qu’une seule chose qui m’a gênée pendant cette lecture. Siwès vient de notre monde, mais on ne la voit quasiment jamais dans sa « vraie » vie. On ignore son véritable prénom et presque tout de sa vie, dont elle ne peut se souvenir quand elle se trouve en Ès. Je comprends bien pourquoi Syven a fait ce choix, c’est logique au vu de l’histoire, et je suis certaine que le tome 2, Le Lion à la langue fourchue encore à paraître, nous apportera de nouveaux éléments. Néanmoins, j’étais embêtée de savoir qu’elle venait d’un autre monde sans que ce soit explicité davantage. C’est sûrement ma curiosité qui fait que je veux tout savoir tout de suite !
 
J’ai adoré le monde d’Ès. Les fabuleux sont, eh bien... fabuleux ! Les tigres du Sitob, les adiales, les dragons... Leurs caractéristiques, leurs interactions avec les humains sont passionnantes. J’ai été très touchée par les relations Siwès/Tadjal, Tomas/Hellonne et une autre que je ne révèlerai pas car elle apparaît tardivement dans le roman. L’Herrès et l’Arh, son pendant déformé, sont aussi très intéressants, et je suis sûre que la suite nous révèlera bien d’autres choses à ce sujet ! On croise des mages, des meneurs, des nécromants, des ishtars, mais aussi des humains plus conventionnels, les Stratèges, des généraux, de simples soldats, des arbalétriers, et tout un tas de sorts et de bestioles peu ragoûtants... Syven équilibre bien ses personnages, il y a des hommes et des femmes, tous avec leur caractère. Il n’y a que leur physique que j’ai du mal à retenir. Leurs relations sont bien développées, il y a ce qu’il faut de romance pour faire battre mon petit cœur. Le roman n’est pas non plus dénué d’humour et d’intrigues politiques, ainsi que de beaux combats (j’ai eu très peur moi à un moment ! On ne menace pas de tuer des personnages comme ça, nanmého !).
 
J’ai beaucoup aimé la plume de Syven, travaillée et subtile, qui m’a très bien emportée dans cet autre monde que j’ai très vite voulu visiter moi aussi. Je crois bien n’avoir vu aucune faute et seulement quelques coquilles dans la version numérique, c’est du très beau travail. Les en-têtes de chapitre sont joliment stylisés, et la couverture que j’ai déjà pu admirer en salon est magnifique. Je n’avais pas aimé ma précédente lecture des éditions du Riez, mais là je suis comblée !
 
C’est l’ennui quand on a beaucoup aimé un roman, on ne sait pas toujours comment l’encenser ! Tout ce que je peux vous dire, c’est que je suis exigeante, en particulier en fantasy. Je me lasse vite, alors qu’ici j’étais de plus en plus impatiente de reprendre ma lecture, et la fin de ce premier tome m’a fait trépigner ! J’ai vraiment hâte d’avoir la suite, et je ne sais vraiment pas sous quel format je craquerai... Syven fait partie de ces auteurs français qu’on ne connaît pas assez et qui méritent de l’être bien plus que tout un tas d’auteurs plus ou moins minables. Je la suivrai avec attention, et je compte bien me procurer également son roman Au sortir de l’ombre, qui m’attire aussi beaucoup... Bref, lisez Les Chroniques de Siwès !
 
 
"En proie à une sensation d'étouffement, Siwès voulait fuir à tout prix, mais elle avait beau se concentrer, elle ne voyait rien sauf ces yeux sans prunelle, ces naseaux aux humeurs suintantes, la chair grise putréfiée en transparence sous les écailles, et cette gueule déformée aux crocs irréguliers qui s'ouvrait comme pour l'aspirer."

"Aussi étrange que cela parût, les humains étaient honteux de leurs corps. Ils prétendaient que les vêtements les protégeaient du froid, ce que le tigre admettait volontiers, les pauvres créatures n'avaient quasiment pas de poils pour se tenir chaud ; mais à Ispare, quand le soleil d'été rendait les rues brûlantes et asséchait les gorges, ils s'habillaient de voiles, de chemises bouffantes, de robes... Tout être pourvu d'une minimum de bon sens se serait débarrassé de ces étoffes."

Jeudi 11 juillet 2013 à 21:28

Avant d'entrer dans le vif de l'article, je ne résiste pas à l'envie de vous montrer ce que j'ai acheté grâce aux soldes !

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Tout ça sur la boutique de Maryline Weyl sur Alittlemarket ! Cette artiste est adorable, ses bijoux/MP/livres sont de qualité et ses prix sont tout à fait abordables ! Bref, je vous conseille ses créations.


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Je lis peu de polars, on le sait. Mais j’aime bien ça, et je prends du plaisir à en lire un de temps à autres. Ma préférence va souvent aux « classiques », comme les Agatha Christie. Je ne suis pas non plus très films policiers, et pour les séries encore moins. Mais une amie m’a parlé tant de fois de la série Sherlock, que je me suis dit que je tenterais bien le coup. Je sais que j’ai lu Le Chien des Baskerville étant petite, mais je n’en garde quasiment aucun souvenir. Il a fallu attendre que j’entende, un peu par hasard d’ailleurs, la voix de Benedict Cumberbatch dans Star Trek Into Darkness pour que je me lance dans cette série. Il a suffi d’un quart d’heure pour que je sois conquise, et d’un épisode pour que Sherlock se hisse au rang de mes dix séries préférées. Le coup de cœur quoi !
 
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Alors oui, évidemment, les acteurs font beaucoup dans cette série. Que ce soit Benedict (Sherlock Holmes donc) ou Martin Freeman (John Watson), mais aussi Mrs Hudson, Greg Lestrange ou Jim Moriarty, tous sont excellents et incarnent parfaitement leur rôle. L’acteur qui fait Moriarty est simplement l’un des meilleurs méchants que j’ai jamais vus (il me fiche une de ces trouilles… La fin de l’épisode trois de la saison un était intenable !). Et Benedict, bah… Il est parfait. Sa voix est vraiment extraordinaire (profonde, grave, riche, sensuelle… ahem, je me perds) et  son jeu d’acteur l’est tout autant. En plus, avec ses boucles brunes, il est mignon comme tout (ce qui est loin d’être le cas dans tous ses rôles ! Je n’ai jamais vu une personne dont le visage changeait autant en fonction de la coupe de cheveux). Il peut avoir un débit de parole impressionnant qui rend bien la puissance de son intellect (on dirait Scar ce que je viens d’écrire…) et la rapidité avec laquelle il analyse et réfléchit. Il pleure aussi sur commande (y’a un épisode qui m’a bien fait rire avec ça). C’est un personnage très complexe, bien névrosé, qui fascine et effraie un peu parfois. Il est tout à fait impossible, et on admire Watson de si bien le supporter. Tiens tiens, ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Un être misanthrope, qui n’a pas d’amis, facilement méprisé par ses collègues et pourtant bien supérieur à tous… À mon avis, il y a du House là-dedans ! Le personnage de Conan Doyle a certainement inspiré les créateurs de la série House, et Benedict s’est certainement inspiré du fantastique jeu de Hugh Laurie. Comme ça tout le monde est content (et là tout de suite surtout moi).

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Parlons un peu de la réalisation. C’est ma-gni-fique. Les images de Londres, les intérieurs, les extérieurs, et la façon dont c’est tourné, avec les flous, les zooms, les « indications » qui nous renseignent sur les détails que Sherlock remarque et sur les sms/mails/autres trucs électroniques (ah oui, j’ai oublié de vous dire, Sherlock est une série qui transpose les aventures du célèbre détective à nos jours). Tout est très bien pensé. Quant aux scénarii, wahou… C’est complexe, très bien ficelé, on n’est pas dans du FBI Portés disparus ! Chaque épisode fait une heure trente, ce qui permet de bons développements des protagonistes en cause dans l’enquête, des suppositions de Sherlock et de ses rapports avec son entourage (coloc, logeuse, frangin et ennemi juré pour l’essentiel), faisant aussi avancer une forme de trame de fond dont je suis curieuse de savoir où elle va nous mener. Je peux préciser aussi que la musique est très chouette et que c’est bourré d’humour so brittish que j’adore.

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Mouais, cette série est peu ou proue parfaite quoi. Je suis complètement sous le charme. Elle m’a donné envie de vraiment découvrir les écrits de Sir Arthur Conan Doyle et l’univers qui s’est développé autour. Je compte bien voir plus de films et séries avec ce cher Benedict aussi. Il ne me reste qu’un épisode  regarder (la série n’en compte jamais que six actuellement), l’attente sera longue jusqu’à la diffusion de la saison 3 !
 
http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Series/Sherlock2.jpg Allez, quoi, avouez qu'il est choupi comme ça...

Mardi 2 juillet 2013 à 19:33

Cette chronique va être difficile à faire. C’est vrai qu’il est beaucoup plus simple de dire du mal que de dire du bien. Je n’ai jamais de problème pour rédiger les articles des livres ou des films que je n’ai pas aimés, mais j’ai souvent des difficultés avec ceux que j’ai adorés. Alors quand c’est un coup de cœur énorme comme pour Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, je ne vous dis pas… Comme quasiment tout le monde, j’ai beaucoup entendu parler de ce livre à sa sortie. Je m’y intéressais, mais sans plus. Il faut dire que les histoires de guerre ça n’a jamais été trop mon truc. Je voulais quand même essayer, tellement de personnes l’avaient adoré ! Et puis je suis curieuse. Mon amie Dawn a eu l’excellente idée de me l’offrir lors de notre swap « Jane Austen & England », et après moult encouragements et conversations à son sujet, je me suis lancée la semaine dernière… Vraiment, heureusement que j’ai de si bonnes copines, sinon je serai passée à côté d’un moment de lecture inoubliable !
 
De quoi ça parle ? Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates est un roman épistolaire, tout en lettres, télégrammes et quelquefois d’autres supports. Nous sommes en 1946. Le personnage principal s’appelle Juliet Ashton. Elle est écrivain, et ses chroniques durant la guerre lui ont valu la renommée. Elle écrivait des petites choses drôles pour adoucir les cœurs, mais à présent elle est en panne d’inspiration, et ne sait pas du tout quoi faire pour un nouveau livre, quand elle reçoit une lettre d’un certain Dawsey Adams, habitant de l’île anglo-normande de Guernesey, qui lui explique qu’il a lu un livre de Charles Lamb lui ayant jadis appartenu, et qu’il aimerait bien lire d’autres choses de cet auteur. Il mentionne aussi un certain Cercle d’amateurs de littérature et de tourtes aux épluchures de patates… C’est le début de la correspondance entre Juliet et des Guernesiais, qui va changer sa vie…
 
Ce roman est séparé en deux parties très logiques : durant la première partie Juliet est en Angleterre, en particulier à Londres, et dans la deuxième elle va visiter Guernesey. Nous avons une petite carte en début de livre qui permet de visualiser à quel point cette île n’est pas grande. A part ça, je n’en vois pas beaucoup l’utilité. J’ai préféré aller regarder des photos de l’île sur Internet après avoir fini le roman, en gardant en tête les descriptions qui sont faites dans le roman. Car oui, ce livre donne envie de visiter Guernesey ! Pour ma part j’ai envie d’y aller depuis que je sais que Victor Hugo y a séjourné pendant son exil et y a écrit quelques unes de ses plus belles œuvres, mais maintenant encore plus ! Le choix de cette petite île apporte une touche d’originalité dans le traitement de la Seconde Guerre mondiale. C’est très agréable de découvrir un endroit qu’on connaît si peu. De plus, le caractère des insulaires en général colle bien avec les personnages créés par Mary Ann Shaffer !
 
Pour moi, ce roman est très, très proche de la perfection. Il y a tout de ce que je souhaite, tout ce que je peux rechercher dans un livre. Le sujet est sérieux (oui, on parle quand même de la façon dans les habitants de Guernesey ont survécu à l’Occupation et des séquelles qui en restent), mais très bien traité, de façon originale et sans dramatiser outre mesure ni prétendre que ce n’est pas grave. C’est l’une des rares fois où j’ai vraiment aimé un roman traité de l’une des deux Guerres mondiales. Il y a de l’humour à la pelle (j’ai ri aux éclats à plus d’une reprise !), et c’est un humour fin, le genre qui me plaît tout à fait. En même temps, j’ai été prise à la gorge par des émotions très fortes : la colère, l’espoir, la tristesse… J’ai détesté cordialement certains personnages et ai eu envie de les gifler à la volée (y’en a un qui en méritait une bonne mais malheureusement ne l’a pas reçue). J’ai espéré tout le long du roman avant de pleurer comme une madeleine, deux fois. J’ai été ravie par la fin. Je me suis attachée aux personnages comme s’il s’agissait de mes propres amis : Juliet, bien sûr, mais aussi Isola, qui m’a fait beaucoup rire (mais faut arrêter la phrénologie Isola, c’est des conneries !), Dawsey bien sûr (même si en fin de compte on ne le voit pas tant que ça et je trouve qu’il n’arrive pas à la cheville d’autres personnages de la littérature dont je tairai les noms), Amelia, Kit, Eben, Eli, Susan, et évidemment Elizabeth. Je regrette qu’on ait peu vu Sidney et Sophie finalement, mais j’imagine qu’il ne fallait pas trop alourdir le roman.
 
L’amitié, l’amour, le courage, la confiance, l’intimité, la complicité, autant d’émotions et de qualités que l’on retrouve dans ce roman. L’histoire est belle et juste, tout simplement. J’ajouterais que c’est bien écrit mais très accessible et que ça se lit très vite (il y a quand même de belles marges, c’est écrit assez gros et il y a beaucoup d’espaces vides et de lettres courtes ou de télégrammes). J’adore le format épistolaire (Les Liaisons dangereuses n’est pas l’un de mes romans préférés pour rien !), ça nous permet vraiment de nous plonger dans l’histoire et de nous croire aux côtés des personnages (je leur aurais bien fait un câlin de réconfort à un certain moment). J’ai beaucoup apprécié aussi toutes les références littéraires. Les sœurs Brontë, Charles Lamb (que je ne connaissais pas), Marc-Aurèle, Agatha Christie, Jane Austen, Victor Hugo, Oscar Wilde (les développements à son sujet sont un vrai délice !)... Le roman traite beaucoup aussi des relations hommes-femmes, et c’est assez triste de voir que certaines personnes se comportent aujourd’hui comme au moment de l’après-guerre...
 
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Il m’arrive souvent de ne pas comprendre pourquoi de nombreux lecteurs ont eu un coup de cœur sur tel ou tel livre après l’avoir lu. Mais pour Le Cercle littéraire, je ne comprends pas ce qu’ils peuvent bien trouver à lui reprocher. Je suis triste que Mary Ann Shafer soit décédée, peut-être aurait-elle pu nous écrire d’autres magnifiques romans !
 

"Passer le restant de mes jours avec un être à qui je n’aurais rien à dire, ou pire, avec qui je ne pourrais pas partager de silences ? Je n’imagine pas d’existence plus solitaire." (Juliet)
 
"Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu’à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas." (Juliet)
 
"J’adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C’est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l’argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l’amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser. Et l’idée d’avoir la primeur des nouveaux livres." (Juliet)
 
"Vous connaissez sans doute l’immense mémorial que Victoria fit ériger pour son époux bien-aimé, le prince consort Albert. C’est un joyau des jardins de Kensington, un monument au goût raffiné de la reine autant qu’à la gloire du défunt. Juliet félicitait le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche d’avoir ordonné que des petits pois soient plantés dans les pelouses entourant ce mémorial, et écrivait qu’il n’était de meilleur épouvantail dans toute l’Angleterre que le prince Albert." (Lady Bella Taunton)
 
"Vivez-vous au bord de la Tamise ? Je l’espère, car les personnes qui habitent à proximité d’un cours d’eau sont bien plus sympathiques que les autres." (Isola)
 

Samedi 29 juin 2013 à 12:18

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Comme je suis en Picardie pour tout l’été ou presque, je ne peux pas assister aux réunions du club de lecture L’île aux livres (et donc je ne peux pas voir les copines, snif). Je me tiens tout de même au courant des LC du club. Je n’ai pas eu le temps de lire L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman, et en plus je ne l’avais qu’en VO sous la main, alors je l’ai remis à une date indéterminée. Par contre, quand j’ai vu que la réunion de juillet allait porter sur Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, impossible de passer à côté ! Je voulais relire ce classique que j’avais adoré il y a quelques années mais dont mes souvenirs étaient très flous. Qu’à cela ne tienne, je me suis lancée dans la relecture, mais tant qu’à faire, en VO. C’était absolument génial, mais je ne le conseille pas du tout pour ceux qui tâtonnent encore à lire en anglais, surtout si vous ne connaissez pas déjà l’histoire, car si l’écriture est magnifique, elle est aussi très difficile. Je précise que j’ai commencé ma lecture avec la version numérique gratuite sur ma liseuse, puis, arrivée aux trois-quarts, je me suis rendue compte que j’avais la version papier à Lille, et j’ai terminé comme ça.
 
Je vous fais un petit synopsis, mais je vous préviens, comme c’est un classique, ma chronique contiendra des spoils. Vous voilà prévenus ! Les Hauts de Hurlevent sont la demeure ancestrale de la famille Earnshaw, perdue dans des landes désolées de l’Angleterre. A la fin du XVIIIème siècle, Mr Earnshaw y vit avec son épouse et leurs deux enfants, Catherine et Hindley. Parmi leurs domestiques se trouvent Joseph et Nelly. De retour d’un voyage en ville, il ramène un petit garçon de l’âge de Catherine, dont on ignore d’où il vient, qui sont ses parents, son âge et même son nom. Un enfant probablement abandonné, qui ressemble physiquement à un gitan. Calme et taciturne, le garçon, finalement appelé Heathcliff, se lie d’amitié avec Catherine et s’attire les faveurs de Mr Earnshaw, mais Hindley ne supporte pas que l’affection de sa famille lui soit volée ainsi, et martyrise Heathcliff, qui disparaîtra quelques temps après la décès de Mr Earnshaw. Des années plus tard, il revient, déterminé à rendre la monnaie de sa pièce à tous ceux qui lui ont causé du tort, Hindley le premier, mais aussi les Linton, habitants de Thrushcross Grange et proches de Catherine. Cette histoire nous est racontée par Mr Lockwood, au début du XIXème siècle, alors qu’il est locataire de Thrushcross Grange, et qu’il en apprend tous les détails par Nelly, devenue gouvernante de la demeure.
 
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Parlons d’abord de la structure du récit, qui semble avoir dégoûter plus d’un lecteur au fil des années ! 90% du temps, la narration est une mise en abîme. Les premiers chapitres, c’est Mr Lockwood qui parle. Comme il est curieux et que très rapidement il se retrouve confiné dans sa chambre, il demande à Nelly de lui raconter l’histoire des habitants des Hauts de Hurlevent. La majorité des chapitres sont donc en fait la voix de Nelly, rapportée par Mr Lockwood au lecteur. Et bien sûr, Nelly fait elle-même parler les différents personnages de l’histoire. Ajoutons à cela que l’histoire se déroule sur un laps de temps assez long, et donc sur deux générations, et que la deuxième génération est nommée d’après la première, avec des noms qui se ressemblent ou sont identiques (prénoms ou noms de famille). En général, à ce stade, on a perdu tout le monde. Parce que oui, Les Hauts de Hurlevent est un livre qui demande au lecteur de suivre. Ce n’est pas compliqué ; mais si vous en tentez la lecture à un moment où vous êtes fatigués, ou vous n’avez pas envie, ou vous n’êtes pas du tout bien disposés envers ce roman, bah c’est fini. Par contre, si vous faites un effort, si vous vous laissez emporter par cette histoire violente et cette écriture toute en beauté, vous serez subjugués.
 
Ceci étant dit, passons aux personnages. Mr Lockwood, narrateur officiel et locataire de Thruschross Grange, n’est pas très intéressant de mon point de vue. Je le vois comme figurant le lecteur : il arrive presque à la fin de l’histoire, et nourrit rapidement une fascination assez malsaine pour les drames des Hauts et de la Grange. Il montre un peu ce qu’on est censés penser et ressentir, mais personnellement je ne suis pas toujours d’accords avec lui. D’ailleurs, il se contredit assez facilement. Mais je crois qu’il a été inséré pour nous aider à prendre de la distance de temps à autres par rapport à l’histoire, pour nous secouer et nous ramener quelquefois à la réalité, mais aussi pour que l’on s’interroge sur les réelles motivations des personnages.
 
J’ai beaucoup aimé Ellen Dean, dite Nelly. Si je ne dis pas de bêtise et si j’ai bien tout compris, elle était la sœur de lait de Hindley, le fils de Mr Earnshaw. Elle a vécu la majeure partie de sa vie aux Hauts, et est la mieux placée pour connaître toute l’histoire, et nous la raconter. Sans être bigote, elle possède un grand sens moral et une réserve d’amour et de compassion quasi-inépuisable. Elle est également très courageuse, se battant pour ce en quoi elle croit et pour protéger autant que possible ses maîtres et maîtresses successifs. Dans toute cette folie et cette violence, elle est la voix de la raison et la voie à suivre. Elle m’a émue plus d’une fois dans les sentiments qu’elle porte aux gens qui l’entourent, même lorsqu’ils ne le méritent pas vraiment. Elle m’a par exemple touchée lorsqu’on l’a forcée à abandonner Hareton, dont elle s’occupait depuis la naissance. Sa relation avec Cathy Linton est aussi très belle : nourrice, confidente, amie… Et pas un instant elle ne faillit.
 
Do you believe such people are happy in the other world, sir? I’d give a great deal to know.” (Nelly à Mr Lockwood)
 
Mr et Mrs Earnshaw ont peu d’importance. Ce sont les premiers à mourir, à être emportés par la valse qui nous devient rapidement familière. Cependant, c’est bien Mr Earnshaw qui a tout déclenché en ramenant Heathcliff chez lui et en le traitant comme l’un de ses enfants. On ne voit quasiment pas son épouse, mais il me semble qu’elle se comporte plutôt mal envers le petit gitan entré chez elle, ce qui constitue sûrement l’une des causes de la noirceur d’Heathcliff, leur fils aîné Hindley étant sûrement le responsable principal. Dès le début, il ne peut supporter Heathcliff et le martyrise autant que possible. La placidité du garçon l’énerve encore plus. Il fait tout pour le faire enrager, le faire gronder par les adultes, et pour le séparer de Catherine, qui elle nourrit rapidement une profonde affection pour son nouveau compagnon de jeu. Je ne crois pas qu’Hindley soit véritablement quelqu’un de mauvais. Il nourrit la jalousie des enfants envers ceux qui reçoivent plus d’attention, fait de mauvais choix et finit très mal. Il n’aurait peut-être pas si mal tourné sans le décès de sa femme, Frances, personnage qui ne sert qu'à porter Hareton dans le monde. Et puis l’alcool, ça n’a jamais aidé personne (ni l’addiction au jeu). Je n’arrive tout de même pas à l’apprécier, car à un moment il traite quasiment Heathcliff comme un esclave, et surtout il se comporte très mal envers son propre fils, Hareton. Le passage où il le lâche au-dessus de ma balustrade de l’escalier m’a bouleversée…
 
Dans les serviteurs, celui qui reste tout du long, en plus de Nelly, c’est Joseph. Je crois que c’est le seul personnage que je déteste vraiment. Il est l’exemple type des gens étroits d’esprit, qui se veulent pieux et profondément religieux mais n’ont aucune bonté d’âme et provoquent toujours des catastrophes. Il pousse au vice chaque personne un peu faible qu’il fréquente. C’est le cas pour Hindley, qu’il sert bien mal, mais surtout d’Hareton, qu’il « éduque » de la pire façon possible. Je ne pense pas non plus qu’il ait encouragé la clémence d’Heathcliff… Je ne me souviens plus comment sont traduits les passages où il parle dans la version française, mais en tout cas en VO c’est quasiment incompréhensible, un patois vulgaire de paysan. Je ne comprenais qu’un mot sur trois, mais suffisamment pour saisir le sens (de toute façon toujours méchant) de ce qu’il disait. Ma version papier était pas mal parce qu’il y avait des petites notes qui expliquait certains mots difficiles de vocabulaire. Le dictionnaire d’Oxford dans la liseuse est très pratique aussi, mais pas pour les mots de patois.
 
Il faut que je parle un peu des Linton tout de même. Propriétaires originels de Thrushcross Grange, ils ne sont pas méchants, mais un peu sots, manquent de tact et blessent eux aussi Heathcliff, en se comportant comme s’ils lui étaient infiniment supérieurs, les parents comme les enfants. Il y a une sorte de parallèle avec la famille Earnshaw, car là aussi on trouve deux enfants, l’aîné et la cadette, Edgar et Isabella. Ils sont plutôt d’une nature douce, contrairement aux Earnshaw et à Heathcliff, facilement brutaux. Edgar se révèle un très bon père et semble avoir voué une véritable affection à Catherine, en dépit de son comportement un peu regrettable lorsqu’il était adolescent. Isabella a moins de chance que lui finalement, car elle s’entiche de la mauvaise personne, vit des moments très difficiles et voit son caractère se durcir à force de subir des méchancetés. Elle finit par s’échapper et mettre au monde un fils, mais quel fils… Sa fin est peut-être bien l’une des moins enviables du roman. Seule, exclue de la seule famille qui lui reste… Je vais parler ici rapidement de Linton Heathcliff, son fils donc. Il hérite à la fois de la fragilité physique des Linton et du caractère mauvais de son père, Heathcliff. Là encore, s'il avait vécu avec son oncle Edgar Linton et sa cousine Cathy, peut-être que sa personnalité aurait pu évoluer dans un meilleur sens. Emily Brontë nous fait croire pendant un moment que l'affection que Cathy lui porte pourrait être une bonne chose, nous détournant ainsi du but principal et de l'homme véritablement destiné à Cathy.

 
Don’t be afraid, it is just a boy – yet the villain scowls so plainly in his face; would it not be a kindness to the country to hang him at once, before he shows his nature in acts as well as features?” (Mr Linton à Mrs Linton, à propos d'Heathcliff) Comment voulez-vous qu’un gosse à qui on dit ça grandisse sainement ensuite ?

‘He’s not a human being,’ she retorted; ‘and he has no claim on my charity. I gave him my heart, and he took and pinched it to death, and flung it back to me.’” (Isabella à Nelly, à propos d'Heathcliff)

Heathcliff, if I were you, I’d go stretch myself over her grave and die like a faithful dog. The world is surely not worth living in now, is it? You had distinctly impressed on me the idea that Catherine was the whole joy of your life: I can’t imagine how you think of surviving her loss.” (Isabella à Heathcliff)

Only the deity he implored is senseless dust and ashes” (Isabella à Nelly, à propos d'Heathcliff)
 
Venons-en au noyau dur : Heathcliff, Catherine, Hareton et Cathy. Heathcliff, avec Nelly et Joseph, est le personnage qui vit le plus longtemps dans cette histoire. Tout commence avec son arrivée. Difficile de dire qui il est vraiment. Je pense au départ un être taciturne, facilement solitaire, mais capable de fortes affections et d’une nature très intelligente. Les trop nombreuses vexations subies dans son enfance l’ont transformé en une sorte de monstre humain, où un seul sentiment domine : la passion, sous toutes ses formes. Lors de son retour, les choses auraient pu se passer différemment. Certes, il gardait rancune aux Linton et à Hindley pour ce qu’ils lui avaient fait, mais si Catherine n’avait pas été mariée, s’ils avaient pu s’avouer leurs sentiments, les évènements auraient pris un tour très différent. A sa mort, il ne reste que l’aveuglant désir de vengeance, de soumettre chaque être à un sort aussi peu enviable que le sien propre, précipitant ainsi les Hauts et la Grange dans un cercle de malheur. C’est son personnage qui donne lieu aux plus beaux monologues du roman.

I saw they were full of stupid admiration; she is so immeasurably superior to them – to everybody on earth, is she not, Nelly?” (Heathcliff à Nelly) La candeur d’un jeune garçon amoureux, déjà passionné, et déjà plein de haine envers ceux qui ne sont pas l’objet de son amour exclusif.
 
I’m trying to settle how I shall pay Hindley back. I don’t care how long I wait, if I can only do it at last. I hope he will not die before I do!
‘For shame, Heathcliff!’ said I. ‘It is for God to punish wicked people; we should learn to forgive.’

‘No, God won’t have the satisfaction that I shall,’ he returned. ‘I only wish I knew the best way! Let me alone, and I’ll plan I out: while I’m thinking of that I don’t feel pain.’” (Heathcliff à Nelly) J’ai envie de dire, à ce moment-là (on est au début du roman) c’est déjà le commencement de la fin.
 
I never would have banished him from her society as long as she desired his. The moment her regard ceased, I would have torn his heart out, and drunk his blood! But, till then – if you don’t believe me, you don’t know me – till then, I would have died by inches before I touched a single hair of his head!” (Heathcliff à Nelly, à propos d’Edgar Linton) Petit côté vampire...
 
‘You suppose she has nearly forgotten me?’ he said. ‘Oh, Nelly! You know she has not! You know as well as I do, that for every thought she spends on Linton she spends a thousand on me!’” (Heathcliff à Nelly)
 
Finalement, on voit très peu Catherine en comparaison, car c’est sa mort qui « déclenche » Heathcliff et change le destin des autres personnages. Mais on la voit suffisamment pour comprendre qu’elle est l’exact alter ego d’Heathcliff. La même passion, la même violence, les mêmes humeurs, mais un statut différent : bien née, et femme. L’un des thèmes abordé à travers son personnage m’a cette fois beaucoup marquée, alors que je n’en avais aucun souvenir de ma première lecture, et peut-être même n’avais-je pas compris la chose comme ça. A mon sens, Catherine fait un bon gros déni de grossesse. Elle a épousé Edgar Linton parce que c’était le meilleur parti possible d’un point de vue rationnel, et puis de toute façon Heathcliff s’était barré. Mais elle ne l’aime pas, et c’est à peine si elle a du respect pour lui. Le petite Cathy arrive sans crier gare ou presque, et le sujet est tellement passé sous tabou… Le rapport à la maternité est en général traité de façon très particulière, les mères ne sont pas vraiment aimantes, les grossesses ne sont pas mentionnées ou sont carrément cachées… Peut-être est-ce dû au fait qu’Emily Brontë n’a pas connu de véritable figure maternelle. En même temps, Nelly est une « maman de substitution » géniale, et représente certainement l’idéal d’Emily en la matière.

It would degrade me to marry Heathcliff now; so he shall never know how I love him: and that, not because he’s handsome, Nelly, but because he’s more myself than I am. Whatever our souls are made of, his and mine are the same; and Linton’s is as different as a moonbeam from lightning, or frost from fire.” (Catherine à Nelly) Si ça c’est pas de la déclaration d’amour…
I want to cheat my uncomfortable conscience, and be convinced that Heathcliff has no notion of these things. He has not, has he? He does not know what being in love is!” (Catherine à Nelly) L’incompréhension totale entre deux êtres pourtant si semblables et également amoureux…
 
‘He quite deserted! We separated!’ she exclaimed, with an accent of indignation. ‘Who is to separate us, pray? They’ll meet the fate of Milo! Not as long as I live, Ellen: for not mortal creature. Every Linton on the face of the earth might melt into nothing before I could consent to forsake Heathcliff. Oh, that’s not what I intend – that’s not what I mean! I shouldn’t be Mrs. Linton where such a price demanded! He’ll be as much to me as he has been all his lifetime.'” (Catherine à Nelly) Ces déclarations, ils les déclament à d’autrui, mais l’un à l’autre, jamais ou presque.
 
My great miseries in this world have been Heathcliff’s miseries, and I watched and felt each from the beginning; my great thought in living is himself. If all else perished, and he remained, I should still continue to be; and if all else remained, and he were annihilated, the universe would turn to a mighty stranger: I should not seem a part of it.” (Catherine à Nelly)
 
My love for Heathcliff resembles the eternal rocks beneath: a source of little visible delight, but necessary. Nelly, I am Heathcliff! He’s always, always in my mind: not as a pleasure, any more than I am always a pleasure to myself, but as my own being.” (Catherine à Nelly)

I’m afraid the joy is too great to be real!” (Catherine, quand elle apprend le retour d’Heathcliff)
 
Génération suivante, Hareton et Cathy. Hareton a un bien triste sort : il paye les fautes de son père, Hindley. J’ai toujours un grand moment d’émotion et de stress lors du passage de la balustrade que j’ai déjà mentionné. Pourtant, au début, on pourrait croire que ça va aller, là encore grâce à la bonne Nelly. Mais Heathcliff ne l’entend pas de cette oreille et exerce la majeure partie de sa vengeance sur lui, en le réduisant à l’état de domestique dans sa propre maison, en lui dissimulant son passé, en le spoliant de tous ses biens, et en le privant de la culture la plus élémentaire. Le pauvre Hareton se trouve alors à la portée de Joseph et devient un rustre. Heureusement, les choses finissent bien pour lui, et ça reste un petit bonheur chamallow pour moi.

I kissed Hareton, said good-by; and since then he has been a stranger: and it’s very queer to think it, but I’ve no doubt he has completely forgotten all about Ellen Dean, and that he was ever more than all the world to her and she to him!” (Nelly à Mr Lockwood) Un passage qui m’a vraiment serré le cœur.

Cathy Linton aussi s’en tire très bien par rapport aux autres : son père l’adore littéralement, Nelly lui pardonne tous ses caprices, toutes ses fautes et toutes ses petites méchancetés. On sent combien l'influence de Nelly est bénéfique. Cathy aussi est courageuse, parfois même un peu téméraire, et si elle se montre mauvaise à certains moments, elle garde toujours la capacité d'aimer sans faire souffrir les autres. Elle aussi tombe dans les pièges posés par Heathcliff, mais à un moment où le cercle de la vengeance s’est épuisé. Heathcliff a fait tout ce qu’il pouvait pour tout détruire mais Catherine le hante toujours, et sa dernière solution réside dans la mort. En disparaissant, il laisse le champ libre à Cathy et Hareton, il les libère sans le vouloir (et sans le savoir même, puisqu’il me semble qu’il voulait faire un testament de telle sorte qu’ils n’auraient rien, mais n’en a pas eu le temps). Certes, à part Nelly ils n’ont plus personne, mais il ne tient qu’à eux de bien repartir, de se construire un bel avenir, et c’est comme ça que j’entends la fin du roman.
 
A golden afternoon of August: every breath from the hills so full of life, that it seemed whoever respired it, though dying, might revive. Catherine’s face was just like the landscape – shadows and sunshine flitting over it in rapid succession; but the shadows rested longer, and the sunshine was more transient” (Nelly à Mr Lockwood)
Linton is all I have to love in the world, and, though you have done what you could to make him hateful to me, and me to him, you cannot make us hate each other! And I defy you to hurt him when I am by, and I defy you to frighten me.” (Cathy à Heathcliff)
 
‘I know he has a bad nature,’ said Catherine, ‘he’s you son. But I’m glad I’ve a better, to forgive it; and I know he loves me, and for that reason I love him. Mr Heathcliff, you have nobody to love you; and, however miserable you make us, we shall still have the revenge of thinking that your cruelty arises from your greater misery! You are miserable, are you not? Lonely, like the devil, and envious like him? Nobody loves you – nobody will cry for you when you die! I wouldn’t be you!’” (Cathy à Heathcliff)
 
You have left me so long to struggle against death, alone, that I feel and see only death! I feel like death!” (Cathy à Heathcliff)
 
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Quelques mots sur l’écriture et l’ambiance, tout de même. Une plume superbe, torturée, très imagée et imaginative aussi. Les sentiments sont décrits à la perfection et toujours de manière subtile. Emily Brontë nous fascine pour le destin d’un être qui se comporte très, très mal, et nous interroge sur la nature humaine, dans une espèce de huis clos de landes magistralement mis en scène, malgré la faiblesse de certains personnages qui ne sont pas assez travaillés. On en parle souvent comme d’un roman gothique, dans l’acceptation du XIXème siècle, et je suis d’accord. C’est sombre, ténébreux, avec les résurgences de spectres ici et là, des mentions de créatures folkloriques et des personnages qui perdent de vue le réel pour les fantaisies de l’esprit.
 
Je crois que je vais m’arrêter là, ce n’est plus une chronique, c’est un véritable commentaire de texte ! Maintenant qu’il est fait, je pourrais lire la préface du roman quand j’en aurais envie sans être influencée. J'ai relevé tout un tas de citations pendant ma lecture, j'espère qu'elles vous plaisent autant qu'à moi ! Maintenant que j'ai bien l'histoire en tête, je vais pouvoir enfin regarder les adaptations !
 
 
I’ve fought through a bitter life since I last heard your voice; and you must forgive me, for I struggled only for you!” (Heathcliff à Catherine)
 
I want you to be aware that I know you have treated me infernally – infernally! Do you hear? And if you flatter yourself that I don’t perceive it’, you are a fool; and if you think I can be consoled by sweet words, you are an idiot: and if you fancy I’ll suffer unrevenged, I’ll convince you of the contrary, in a very little while!” (Heathcliff à Catherine)
 
‘Don’t you see that face?’ she inquired, gazing earnestly at the mirror. And say what I could, I was incapable of making her comprehend it to be her own.” (Catherine et Nelly)
 
Oh, I’m burning! I wish I were out of doors! I wish I were a girl again, half savage and hardy, and free; and laughing at injuries, not maddening under them! Why am I so changed? Why does my blood rush into a hell of tumult at a few words? I’m sure I should be myself were I once among the heather of those hills.” (Catherine à Nelly)
 
I’ll not lie there by myself: they may bury me twelve feet deep, and throw the church down over me, but I won’t rest till you are with me. I never will!” (Catherine à Heathcliff)
 
Heathcliff had knelt on one knee to embrace her; he attempted to rise, but she seized his hair, and kept him down. ‘I wish I could hold you,’ she continued, bitterly, ‘till we were both dead! I shouldn’t care what you suffered. I care nothing for your sufferings. Why shouldn’t you suffer? I do!’” (Catherine à Heathcliff)
 
Catherine, you know that I could as soon forget you as my existence! Is it not sufficient for your infernal selfishness, that while you are at peace I shall writhe in the torments of hell?” (Heathcliff à Catherine)
 
‘Let me alone. Let me alone,’ sobbed Catherine. ‘If I’ve done wrong, I’m dying for it. It is enough! You left me too: but I won’t upbraid you! I forgive you. Forgive me!’ ‘It is hard to forgive, and to look at those eyes, and feel those wasted hands,’ he answered. ‘Kiss me again; and don’t let me see your eyes! I forgive what you have done to me. I love my murderer – but yours! How can I?” (Catherine et Heathcliff)
 
And I pray one prayer – I repeat it till my tongue stiffens – Catherine Earnshaw, may you not rest as long as I am living; you said I killed you – haunt me, then! The murdered do haunt their murderers, I believe. I know that ghosts have wandered on earth. Be with me always – take any form – drive me mad! Only do not leave me in this abyss, where I cannot find you! Oh, God! It is unutterable! I cannot live without my life! I cannot live without my soul!” (Heathcliff à Nelly)
 
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Mercredi 5 juin 2013 à 18:50

Voici ma dernière chronique entrant dans le Défi Vider sa PAL Imaginales. Je sais, ça fait dix jours que les Imaginales sont finies, mais comme j’ai commencé Le Déchronologue avant… Et puis je l’ai lu à cette occasion. Au final, ce sont 7 romans qui sont sortis de ma PAL grâce à ce festival, et pas une seule déception ! Même s’il y a eu peu de participant(e)s, l’idée semble avoir plu, et je pense remettre ça pour les Halliennales en octobre.
 
Le Déchronologue, roman de Stéphane Beauverger, était un cadeau de mon chéri qui savait que je le voulais depuis que j’en ai entendu parler au club de lecture L’Île aux livres. Il a été lu avant que j’arrive, et comme il a fait l’unanimité, je voulais le découvrir. Je comprends qu’il ait tant plu, car personnellement j’ai adoré !
 
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Henri Villon, capitaine du Déchronologue, nous annonce que lui et son équipage vont mourir, et que son navire va sombrer. Il nous introduit son carnet de bord, où il a relaté les évènements survenus dans sa vie de capitaine des Caraïbes, et il nous prévient que les feuillets ne sont pas dans l’ordre. Il laisse une trace de son histoire, et demande la clémence du lecteur.
 
Après ce prologue daté de 1653, nous arrivons au premier chapitre, indiqué I, 1640 et Port-Margot. Le chapitre suivant, quant à lui, est marqué XVI, 1646. Au lecteur de suivre, de s’interroger, et peu à peu de comprendre l’histoire du capitaine et du Déchronologue. C’est une lecture active, où on navigue fréquemment dans le roman pour remettre les pièces éparses dans l’ordre, ce qui est tout simplement passionnant. Ajoutons à cela une histoire tout aussi intéressante, où les voiles du temps sont si minces que des choses passent au travers, où l’aventure se mêle parfois à l’horreur ou même à la romance et où le suspens est insoutenable. Mais qui ? Quoi ? Comment ? Qu’est-ce que ce Déchronologue, ce navire qui bombarde du temps ? Contre quels ennemis lui et son équipage luttent-ils ?
 
Au fur et à mesure que les pages se tournent, nous découvrons tout une palette de personnages hauts en couleurs : Francisco Molina, trafiquant (honnête) de son état ; le grand Fèfè de Dieppe, à demi-sauvage mais néanmoins plein de sagesse ; Arcadio, natif du Yucatan ; Simon, étrange homme dont on sait très peu ; le capitaine Brieuc, jeune ami de Villon ; Brodin de Margicoul, le gros capitaine à l’humeur emportée ; Le Vasseur, homme politique : Sévère, l’étrange aimée de Villon…
 
C’est un roman d’aventures qui nous entraîne quasiment contre notre gré dans le tourbillon du temps. Moi qui adore l’histoire, j’ai été servie ! Stéphane Beauverger, en excellent auteur qu’il est, a fait de nombreuses lectures pour rendre au plus vrai ses Caraïbes en proie au temps. La fin de l’ouvrage nous livre la bibliographie des principaux ouvrages qu’il a utilisés, dans une démarche historique que j’admire toujours autant. J’ai lu certains chapitres en écoutant la BO de Pirates of the Carribean, et je peux vous dire que ça a de la gueule !
 
Je ne veux pas en dire beaucoup plus, car je pense que c’est un roman qui se déguste au mieux quand on ignore ce qu’il faut en attendre. Ça a en tout cas été une excellente lecture, que je referai sans aucun doute un jour, et je conseille ce roman unanimement, que vous aimiez la SF ou pas, les romans d’aventures ou pas, et l’Histoire ou pas. Ce sont 550 pages d’une extrême qualité et qui méritent d’être applaudies. Pour ne rien gâcher, l'auteur est super sympa. Bref, un coup de cœur.

"Il y a, je crois, tapie au cœur de chaque homme, une connaissance innée des écueils qui le menacent, comme une prémonition qui susurre à chacun la débâcle qui l'attend s'il devait s'entêter."
 
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