sans-grand-interet

Qu'il est bon d'être futile !

Mercredi 19 février 2014 à 18:03

http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Livres2/Marie.jpg
Vous vous souvenez, il y a quelques temps j’ai lu Joséphine, l’obsession de Napoléon de Gerald Messadié. J’ai voulu continuer mes lectures sur les femmes de Napoléon en lisant un livre qui traînait dans ma PAL depuis plusieurs années : Marie-Louise, l’impératrice oubliée de Geneviève Chastenet. Avec le recul, je trouve vraiment que le livre sur Joséphine était mal fichu. Au final, je connais très mal et très peu Joséphine, qui était « loin », alors que j’ai vraiment eu l’impression de suivre Marie-Louise au plus près. J’éviterai Gerald Messadié à l’avenir. Non pas que Geneviève Chastenet ait fait un livre parfait, mais en tout cas largement meilleur. Je me demande donc si mes impressions sur ces deux impératrices ne sont pas biaisées… J’ai un autre livre sur Joséphine, qui me permettra d’appréhender cette femme sous un autre angle.
 
Pour vous situer un peu le contexte : en 1809, Napoléon est au summum de sa puissance. Il a perdu très peu de batailles et fout les jetons à tous les autres souverains d’Europe. Mais il sent que son Empire croulera après lui, en premier lieu parce qu’il n’a pas eu d’enfants de Joséphine. Il lui faut un héritier, et tant qu’à faire un héritier qui fera le lien entre lui et une grande famille régnante, une aristocratie pure et dure, une monarchie absolue… Comme toujours, l’Empire d’Autriche a un sacré vivier d’archiduchesses. En 1810, Marie-Louise d’Autriche, âgée de 18 ans et fille de l’Empereur François II, est mariée à Napoléon, dont elle avait dû fuir les armées jusqu’en Hongrie et qu’elle haïssait.

Je vais commencer par ce que j’ai à reprocher à ce livre. Déjà, Geneviève Chastenet prévient dès la quatrième de couverture : son but est de réhabiliter Marie-Louise contre ses détracteurs (de nombreux historiens français lui prêtent une sorte de légende noire, par opposition à l’admiration qu’ils portent à Napoléon). De ce fait, je me demande si parfois elle n’est pas un peu beaucoup partiale par moment. Si je prends pour argent comptant tout ce que j’ai lu, cette femme n’avait aucun défaut. Ensuite, l’auteure oublie par moments que nous ne sommes pas tous spécialistes de l’Empire (français ou autrichien) et de la configuration de l’Europe à cette époque. Il est donc parfois un peu dur de suivre, ce n’est pas forcément un livre à mettre entre les mains de néophytes. De même, elle fait plusieurs fois états d’éléments ou de rumeurs qu’elle n’explicite pas, laissant le lecteur patauger et se demander qu’est-ce qui est vrai. Je suis aussi un peu déçue du choix fait de concentrer le livre sur la vie de Marie-Louise avec Napoléon. Sur les 340 pages, plus de 200 sont consacrées à sa vie d’impératrice, alors qu’elle ne l’a été vraiment que durant 4 ans, comme si tout le reste de sa vie (son enfance et l’après-Napoléon) avait moins d’importance. Or, je trouvais ce reste très intéressant, n’étant pas une admiratrice de l’Empire et de Napoléon. Enfin, l’écriture laisse parfois à désirer (beaucoup de fautes vers la fin de l’ouvrage, et tout au long des problèmes de syntaxe).

http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Livres2/MarieLouiseofAustriaFrancoisGerard.jpg
[L'impératrice Marie-Louise par François Gérard, vers 1812.] 
 
J’ai vraiment aimé découvrir cette archiduchesse souvent oubliée. C’était pourtant la mère de l’Aiglon, mais comme il est mort très jeune, on zappe les deux. Je m’aperçois que je porte beaucoup d’intérêt à l’Autriche en général. Ça a commencé avec Sissi, puis je suis remontée vers Marie-Antoinette, au passage je me suis intéressée à Isabelle de Bourbon-Parme qui a épousé le fils aîné de Marie-Thérèse et qui était donc la belle-sœur de Marie-Antoinette, là j’ai fait Marie-Louise (arrière-petite-fille de Marie-Thérèse et petite-nièce de Marie-Antoinette), mais j’ai encore un livre sur Louis II de Bavière et un sur le fils de Sissi, Rodolphe, et je compte bien continuer. J’ai aussi furieusement envie de visiter l’Autriche qui regorge de merveilles (et monter un peu vers la Bavière). Bref, Marie-Louise n’a pas dérogé à cet enthousiasme et les premiers chapitres sur son enfance m’ont beaucoup plu. Elle a toujours eu une relation fusionnelle avec son père, et lui a toujours tout pardonné (il l’a quand même « vendue » à l’ogre pour des fins politiques. Oui je sais, c’était normal à l’époque, mais ça leur a fait mal à tous les deux). Par contre, sa mère (qui s’appelait aussi Marie-Thérèse) était d’une sévérité effrayante, heureusement qu’elle a fini par mourir de ses multiples couches, laissant la place à une gouvernante aimante, puis à une très jeune belle-mère un tantinet passionnée (elle vouait une haine farouche à Napo), Maria Ludovica. Une enfance globalement heureuse, mais assombrie par la guerre permanente, et brutalement arrêtée lorsqu’elle part pour la France.
 
J’ai été très étonnée de son abnégation et de ses relations avec Napoléon. Ils se sont au final bien entendus. Il avait beaucoup d’égards pour elle (peut-être ménageait-il par-là son alliance avec l’Autriche) et elle en est venue à l’aimer, surtout qu’il est le père de son fils, qu’elle aimera profondément. J’ai justement à lui reprocher une certaine naïveté et crédulité, alors qu’elle était intelligente. Elle voyait bien que sa dame d’honneur, la duchesse de Montebello, ne jouait pas franc-jeu avec elle, et pourtant elle lui accordait sa confiance. Elle avait des idées politiques, elle a bien vu quand son mari a commencé à sérieusement déconner et s’enfoncer, mais peut-être manquait-elle de courage (elle était si jeune en même temps…), en tout cas elle n’a pas fait grand-chose, elle est restée à subir. En fait, je lui reproche exactement que je me reproche à moi-même… Sauf que je ne me trouve pas attachante, alors qu’elle a réussi à m’émouvoir et me plaire. Comme beaucoup de femmes à cette époque, elle avait un côté dévot assez énervant, mais c’était assez peu prononcé chez elle, ça va encore.

http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Livres2/Napoleon2parThomasLawrence18181819.jpg
[Le duc de Reichstadt par Thomas Lawrence, vers 1818-1819.]
 
C’était une femme instruite et intelligente, qui jouait de la musique, peignait, parlait plusieurs langues. Le livre contient de nombreux extraits de lettres, mémoires et journaux, et je trouve qu’elle écrivait un français admirable. On a aussi des lettres que Napoléon lui a envoyées, et clairement elle écrivait mieux que lui ! J’ai du mal à voir ce qu’on pouvait lui reprocher. Certes, elle n’a pas suivi Napoléon sur l’île d’Elbe. En même temps, il a tout fait pour qu’elle ne le rejoigne pas au moment de la chute de l’Empire, alors qu’il était à Fontainebleau (môssieur avait trop honte d’avoir chopé une maladie avec l’une de ses maîtresses et ne voulait pas qu’elle l’apprenne). Sa famille autrichienne n’était pas non plus motivée pour la laisser y aller et l’a ramenée à Vienne avec son fil de deux ans. Elle a essayé de le rejoindre plus tard, mais son entourage lui a alors révélé les nombreuses infidélités de son mari. Ensuite il a refait le con avec les Cent-Jours, donc il y a un moment où la fidélité a ses limites.

http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Livres2/Neippergvers1820.jpg
[Le comte de Neipperg vers 1820.] 
 
Elle a ensuite commencé à vivre pour elle, se battant pour obtenir une souveraineté (le duché de Parme), et pour son fils, à qui elle essayait d’assurer un avenir. Mais ce prince enfant était très mal vu de tous côtés. Heureusement la famille de sa mère l’a « adopté » et il a vécu une vie plutôt heureuse jusqu’à sa mort à 21 ans, des suites de la tuberculose qui faisait des ravages chez les Habsbourg (Marie-Louise mourra de cette maladie aussi, et sa belle-mère Maria Ludovica y a succombé également). Elle s’est découverte une vie de femme aussi, et non plus une vie d’impératrice et de représentation. Quand enfin elle s’est détachée de son mari volage (et j’ai envie de dire : et fou), elle a découvert l’amour avec le comte de Neipperg, dont elle aura deux enfants hors-mariage. L’année de la mort de Napoléon, elle peut enfin épouser l’homme qui sera le seul qu’elle a aimé et le seul à l’avoir aimée. Ils n’eurent pas beaucoup d’années à passer ensemble, le comte est mort assez rapidement. Elle se mariera une troisième fois, avec l’homme qui l’aidera à gérer son duché, et qui sera son compagnon dans la « vieillesse ». Elle est morte à 56 ans, ayant vécu beaucoup de deuils et beaucoup de bonheurs, avec généralement un courage et une bonté extraordinaire. A sa place, j’aurais été désenchantée et aurais bien vite abandonné.
 
C’est vrai qu’elle mérite d’être davantage connue. C’est une femme intéressante, qui a eu une vie intéressante, et ce livre nous permet d’apprendre beaucoup de choses sur elle et sur son époque, mais aussi sur des gens qui l’entouraient. J’aimerais bien trouver une autre biographie d’elle, qui aurait une approche différente. Un ouvrage plus récent me conviendrait peut-être encore mieux. J'ai appris des choses sur l'époque et le contexte politique, par exemple je retiendrais les noms de certains personnages de la cour impériale que je ne connaissais pas (le duchesse de Montebello, Méneval), l'étiquette à cette cour encore plus ridicule que sous Louis XIV (c'est l'impression que j'ai eue !) et cet imbroglio avec les noms... Prenons le fils de Marie-Louise. Il a été titré dès sa naissance roi de Rome, et ce sera son "nom" pendant ses premières années. Il a été baptisé Napoléon François Charles Joseph Bonaparte, mais à partir du moment où rappeler ses ascendances Bonaparte n'étaient plus d'actualité, dans le livre il est appelé François-Charles. Mais comme il est éduqué en Autriche, voilà qu'on l'appelle Franz ("Franzi" pour le petit nom). Et comme il était "prétendant" au duché de Parme, pendant un moment on a essayé de l'appeler le duc de Parme. Au final il aura vécu comme un archiduc et le titre qu'il emporte dans la tombe est celui de duc de Reichstadt. Enfin, les bonapartistes vont l'appeler Napoléon II, même s'il n'a jamais régné et n'en a jamais eu l'intention. J'ai bien aimé aussi recroiser des personnages que je connaissais déjà par d'autres ouvrages.

En tout cas je suis très contente de cette lecture. Plus j’avançais, plus je voulais continuer, le livre a vraiment fini par m’accrocher. Cette chronique porte plus sur le personnage en lui-même que sur le livre, mais c’est que j’essaie de vous communiquer mon intérêt !
 
http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Pourleblog/ChallengeXIXeme2.jpg
 

Choses � dire

Dire quelque chose

Par Tasse de Culture le Mercredi 19 février 2014 à 19:18
C'est vrai qu'on a tendance à oublier Marie Louise. C'est d'ailleurs la première biographie de cette souveraine que je vois. Merci pour la découverte. Je note ce titre même si l'auteure prend quelque peu parti...
Par Demoiselle-Coquelicote le Mercredi 19 février 2014 à 19:44
En même temps, elle semble vraiment avoir besoin d'être "défendue" face aux admirateurs de Napoléon qui se font une joie de la faire passer pour la pire des femmes. Je viens de regarder sur le net, et en effet il n'y a qu'un ou deux autres ouvrages qui ont l'air sérieux sur elle.
Par DoloresH le Mercredi 19 février 2014 à 21:24
Oh qu'elle est oubliée Marie-Louise, ça c'est sûr. Tu vois, ton article m'a carrément rappelé son existence... Mais en tout cas il a l'air de t'avoir plu, c'est le principal, et à travers ta chronique j'ai appris beaucoup de choses, c'est parfait =)
Par Demoiselle-Coquelicote le Jeudi 20 février 2014 à 12:58
Alors c'est super ^^
Par A-Little-Bit-Dramatic le Jeudi 27 février 2014 à 16:23
Marie-Louise est un peu connue et surtout, elle a une certaine mauvaise réputation...je ne sais pas si c'est à cause de ça qu'on en parle pas, mais j'aimerais bien lire un écrit sur elle. Je vais noter cette biographie qui m'a l'air sympa. Je n'aime pas spécialement Napoléon par contre, je trouve les destins des femmes qui ont marqué sa vie très intéressants .
Par Demoiselle-Coquelicote le Jeudi 27 février 2014 à 18:10
Oui, elle a une légende noire, apparemment largement inventée par les "fans" de Napoléon. Il y a très peu de livres sur elle. Je peux te le prêter si tu veux :)
Par A-Little-Bit-Dramatic le Dimanche 1er mars 2015 à 19:35
Je n'étais pas repassée sur cette page depuis longtemps mais, comme on dit, mieux vaut tard que jamais et, près de douze mois après la lecture de ce livre eh bien je tenais à te remercier encore une fois de me l'avoir envoyé afin que je le découvre, parce que ce fut vraiment une bonne lecture, je dois le dire et j'ai beaucoup appris sur le personnage. Malheureusement pour elle, la pauvre Marie-Louise ne jouit pas d'une très bonne réputation en France et c'est dommage parce que, finalement, quand on prend le temps de s'intéresser à sa vie, on se rend compte que c'est une jeune femme très attachante.
Merci pour ce prêt, NyRA ! ^^
Par Demoiselle-Coquelicote le Mardi 3 mars 2015 à 18:22
Je t'en prie ! Je croise peu de gens intéressés par les ouvrages 100% historique, donc ça me fait plaisir de partager !
 

Dire quelque chose









Commentaire :








Votre adresse IP sera enregistrée pour des raisons de sécurité.
 

La discussion continue ailleurs...

Pour faire un rétrolien sur cet article :
http://sans-grand-interet.cowblog.fr/trackback/3261032

 

<< Je l'ai dit après... | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ... Et ça je l'ai dit avant. >>

Créer un podcast