sans-grand-interet

Qu'il est bon d'être futile !

Mardi 3 mars 2015 à 18:36

On a la chance, dans le beau monde de la francophonie, d’avoir des auteurs adorables qui acceptent de nous confier leurs nouveaux romans en échange d’une honnête critique. Jess Swann est de ceux-là, et je suis absolument ravie de pouvoir découvrir ses livres peu après leur sortie.
 
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Constance & Séduction est une réécriture moderne de Raisons et sentiments de Jane Austen, l’un de mes livres préférés de cette auteure. Dans cette version so 21th century, Isobel et Helen Westlake viennent de perdre leur père. Celui-ci tenait l’essentiel de sa richesse, y compris sa maison, de sa première épouse. Lorsqu’il meurt, ses biens passent donc à l’unique enfant de son premier mariage, Lowell, qui avec son épouse Lauren, n’a aucun scrupule à mettre ses demi-sœurs à la porte. « Vous comprenez, c’est la crise, les affaires vont mal... » Isobel et Helen déménagent donc à Chester où Isobel a heureusement trouvé un travail grâce à un ami de son père en tant que juriste dans son entreprise et où Helen pourra poursuivre ses études en art. Cet éloignement signifie pour Isobel dire au revoir à Adam, frère de sa belle-sœur, avec qui elle vivait une idylle naissante, et pour Helen rencontrer Oliver, un jeune homme d’affaires séduisant...
 
J’ai lu ce livre en trois fois en fait. Je l’ai commencé un soir. Juste un chapitre me suis-je dit, et j’en ai lu trois. Puis je me suis replongée dedans le dimanche, quand la folie de la semaine s’est calmée. Et là j’ai lu sans m’arrêter, jusqu’à ce que je sois obligée de faire autre chose et de remettre à plus tard la lecture des trente pages restantes (à un moment super intense en plus !), ce qui n’a pas traîné puisqu’après notre film, j’ai terminé ce roman. C’est dire si j’ai été embarquée dans cette histoire !
 
Jess Swann a pris le parti de suivre au plus près la trame du roman d’origine. Ainsi, c’est Isobel/Elinor que nous suivons en tant que narratrice. Malgré toutes les qualités que je reconnais au personnage de Jane Austen, j’avoue que je ne l’ai jamais adoré. Et pourtant, je me suis énormément attachée à Isobel ! Elle est plus naturelle et plus vraie que son modèle, plus faillible aussi, donc je me suis davantage retrouvée en elle. Et puis elle est juriste, ce qui me parle ! (Je ne suis pas juriste mais je travaille dans un domaine où on utilise sans arrêt le droit, ce qui revient grosso modo au même au final.) Comme dans Amour, Orgueil et Préjugés que j’avais adoré aussi, Jess réussit parfaitement à retranscrire, au détail près, à notre époque une histoire inventée à la toute fin du XVIIIème siècle, et de manière réaliste en plus. Le seul regret que j’ai est qu’il n’y a pas tant de mordant que dans AOP. Les sujets de fond traités dans Raison et sentiments sont moins faciles à mettre en valeur de nos jours, car la place des femmes dans la société n’est vraiment plus la même, non plus que les conditions de succession, la qualité de vie, etc. À mon sens, c’est déjà un exploit d’avoir réussi à respecter le pitch de départ du roman. J’ai lu plusieurs fois que ça n’a pas été réussi dans the Austen Project avec la réécriture de Joanna Trollope...
 
Je suis plus mitigée sur le personnage de Helen/Marianne. Alors que j’ai de la tendresse pour Marianne tout au long de Raison et sentiments, j’ai eu ici un gros « passage à vide » avec elle. Je l’ai beaucoup aimée au début, lorsqu’elle ne cache pas le mépris que lui inspirent son demi-frère et sa belle-sœur, mais à partir du moment où elle rencontre Oliver, j’ai eu du mal avec elle. Heureusement, cela s’arrange avant la fin. Sur les personnages masculins, j’ai trouvé Adam/Edward fidèlement retranscrit (d’ailleurs, comme sa version originale, je l’ai trouvé assez fade, comme quoi je suis vraiment une Marianne au fond de moi !), pareil pour Oliver, qui est un excellent Willoughby. Par contre, j’ai ressenti une pointe de déception en suivant James. Il aurait mérité, à mon sens, d’être davantage mis en valeur, mais là je ne suis pas impartiale vu que le Colonel Brandon dont il est inspiré est peut-être bien mon héros austenien préféré... Il aura eu le mérite de beaucoup me faire rire à la fin !
 
Concernant les personnages secondaires, ils sont très bien réussis. Le couple Lowell/Lauren est presque pire que John/Fanny, et c’est dire ! Mrs Norwood est aussi une vraie vipère. Les Burgess/Middleton m’ont tout à fait convaincue aussi. Jess Swann a eu de très bonnes idées
 
concernant les liens de Darla/Lady Middleton, Shannon/Mrs Jennings et Georgia/Mrs Palmer. Mike/Mr Palmer m’a beaucoup fait rire. Ayant relu Sense and Sensibility il y a peu, j’en attendais plus des sœurs Anne et Lucy Steele, ici Vera et Prue. J’aurais voulu Vera plus fourbe que ça, on a un peu de mal à voir pourquoi il ne faut pas l’aimer, en dehors de la raison liée à la situation d’Isobel.
 
L’écriture de Jess Swann est toujours aussi agréable et entraînante, je dévorais les pages. Il y a des coquilles, mais très peu de fautes, je suis donc passée rapidement dessus. Surtout que lorsqu’on dévore un livre, on s’attarde moins sur ce genre de choses ! L’auteure a en tout cas su ménager des temps forts et du suspense, et faire des clins d’œil aux lecteurs qui connaissent ses précédents textes...
 
Tout ça pour dire que j’ai passé un excellent moment de lecture et que j’ai extrêmement hâte de voir ce que Jess fera de Northanger Abbey !

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Choses � dire

Dire quelque chose

Par Scarlett Julie le Mardi 3 mars 2015 à 21:22
Une auteur que je DOIS découvrir !!!
Par Jess Swann le Mardi 3 mars 2015 à 22:44
Coucou ! Déjà merci pour cette belle chronique :). Ensuite, merci pour m'avoir signaler les coquilles auxquelles mon éditeur va remédier.
Je souris, en lisant ton aveu sur Elinor parce qu'entre nous... je ne la supporte pas... Je suis donc ravie d'avoir créé une Isobel qui semble plus attachante (voire humaine hem).
Je suis d'accord avec toi sur le fait que ce soit moins mordant qu'AOP. Je dirais que les relations entre les personnages de S&S sont plus douces que pour ceux de P&P, j'ai exploité au maximum ce qui pouvait l'être ( à titre personnel, le personnage que j'ai préféré écrire c'est Lowell, il m'amuse beaucoup). De plus, cela tient aussi à la personnalité de la narratrice, je vais peut-être me faire des "ennemies" en disant cela mais Elizabeth est nettement plus piquante qu'Elinor qui est somme toute assez linéaire...
Je comprends ce que tu veux dire pour Helen ( Marianne est aussi mon personnage favori dans S&S), j'avoue que le trait est parfois accentué, mais c'est difficile de nos jours de faire comprendre délicatement à quel point un personnage se comporte de manière malséante... Dans l'original, Marianne passe ses soirées à chuchoter avec Willou et ne va pas plus loin que de l'échange de mèches de cheveux... J'ai du forcer le trait (peut-être un peu trop, je le reconnais :) ) En fait, je trouve Marianne exaltée et passionnée, c'est ce que j'ai cherché à faire pour Helen (ça pour être exaltée). Je voulais qu'elle perde la tête pour Oliver ^^.
James... ok j'avoue je suis team Willoughby et je ne comprendrai jamais le couple Marianne/Brandon ^^ du coup, inconsciemment j'ai sans doute pénalisé ce pauvre James ( je suis certaine qu'il ne m'en veut pas^^)
Adam... bah oui il est fade, comme Edward.. tu as bien résumé mdrrr
Sur Véra et Prue, je pense que je n'ai pas été assez claire en fait, je voulais que le lecteur comprenne que Véra choisissait Isobel comme confidente pour la détourner d'Adam (marquer son territoire en fait). J'ai essayé de l'amener subtilement (sans doute trop pour le coup) mais, à ma décharge, je n'ai pas été aidée par le fait de narrer les événements du point de vue d'Isobel... J'aurais du mettre un peu plus d'indices
En tous les cas, merci pour cette chronique avec laquelle je suis d'accord ( dans le sens que j'ai conscience des points "faibles" ). Et tu sais quoi ? Avant d'attaquer ma version de NA ( d'ici quelques mois, je fais une pause réécriture le temps de bosser sur un autre projet), je vais lire... le Joanna Throllope (ENFIN ! ). Oui parce que jusqu'à maintenant, je n'avais pas le droit de le lire :( (je ne voulais ni être influencée ni me miner le moral ^^)
Par Demoiselle-Coquelicote le Vendredi 6 mars 2015 à 18:01
Merci à toi de m'avoir envoyé ton livre !
À force d'endormir ses sentiments, Elinor ne paraît plus très humaine, en effet...
C'est sûr que Lizzie a plus de mordant ! Argh, par contre je ne suis ABSOLUMENT pas team Willoughby ! J'en ai connu des Willoughby, c'pas la peine ! C'est vrai que James est si gentil qu'il ne t'en voudrait pas :p
Pour Vera, je trouve ça moins clair que dans S&S. En même temps, le langage de l'époque de Jane Austen permettait aussi de sous-entendre bien des choses plus difficiles à faire passer implicitement aujourd'hui.
Bonne lecture avec le Trollope alors, je suis curieuse de lire ton avis !
 

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