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Qu'il est bon d'être futile !

Mardi 3 mars 2015 à 18:36

On a la chance, dans le beau monde de la francophonie, d’avoir des auteurs adorables qui acceptent de nous confier leurs nouveaux romans en échange d’une honnête critique. Jess Swann est de ceux-là, et je suis absolument ravie de pouvoir découvrir ses livres peu après leur sortie.
 
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Constance & Séduction est une réécriture moderne de Raisons et sentiments de Jane Austen, l’un de mes livres préférés de cette auteure. Dans cette version so 21th century, Isobel et Helen Westlake viennent de perdre leur père. Celui-ci tenait l’essentiel de sa richesse, y compris sa maison, de sa première épouse. Lorsqu’il meurt, ses biens passent donc à l’unique enfant de son premier mariage, Lowell, qui avec son épouse Lauren, n’a aucun scrupule à mettre ses demi-sœurs à la porte. « Vous comprenez, c’est la crise, les affaires vont mal... » Isobel et Helen déménagent donc à Chester où Isobel a heureusement trouvé un travail grâce à un ami de son père en tant que juriste dans son entreprise et où Helen pourra poursuivre ses études en art. Cet éloignement signifie pour Isobel dire au revoir à Adam, frère de sa belle-sœur, avec qui elle vivait une idylle naissante, et pour Helen rencontrer Oliver, un jeune homme d’affaires séduisant...
 
J’ai lu ce livre en trois fois en fait. Je l’ai commencé un soir. Juste un chapitre me suis-je dit, et j’en ai lu trois. Puis je me suis replongée dedans le dimanche, quand la folie de la semaine s’est calmée. Et là j’ai lu sans m’arrêter, jusqu’à ce que je sois obligée de faire autre chose et de remettre à plus tard la lecture des trente pages restantes (à un moment super intense en plus !), ce qui n’a pas traîné puisqu’après notre film, j’ai terminé ce roman. C’est dire si j’ai été embarquée dans cette histoire !
 
Jess Swann a pris le parti de suivre au plus près la trame du roman d’origine. Ainsi, c’est Isobel/Elinor que nous suivons en tant que narratrice. Malgré toutes les qualités que je reconnais au personnage de Jane Austen, j’avoue que je ne l’ai jamais adoré. Et pourtant, je me suis énormément attachée à Isobel ! Elle est plus naturelle et plus vraie que son modèle, plus faillible aussi, donc je me suis davantage retrouvée en elle. Et puis elle est juriste, ce qui me parle ! (Je ne suis pas juriste mais je travaille dans un domaine où on utilise sans arrêt le droit, ce qui revient grosso modo au même au final.) Comme dans Amour, Orgueil et Préjugés que j’avais adoré aussi, Jess réussit parfaitement à retranscrire, au détail près, à notre époque une histoire inventée à la toute fin du XVIIIème siècle, et de manière réaliste en plus. Le seul regret que j’ai est qu’il n’y a pas tant de mordant que dans AOP. Les sujets de fond traités dans Raison et sentiments sont moins faciles à mettre en valeur de nos jours, car la place des femmes dans la société n’est vraiment plus la même, non plus que les conditions de succession, la qualité de vie, etc. À mon sens, c’est déjà un exploit d’avoir réussi à respecter le pitch de départ du roman. J’ai lu plusieurs fois que ça n’a pas été réussi dans the Austen Project avec la réécriture de Joanna Trollope...
 
Je suis plus mitigée sur le personnage de Helen/Marianne. Alors que j’ai de la tendresse pour Marianne tout au long de Raison et sentiments, j’ai eu ici un gros « passage à vide » avec elle. Je l’ai beaucoup aimée au début, lorsqu’elle ne cache pas le mépris que lui inspirent son demi-frère et sa belle-sœur, mais à partir du moment où elle rencontre Oliver, j’ai eu du mal avec elle. Heureusement, cela s’arrange avant la fin. Sur les personnages masculins, j’ai trouvé Adam/Edward fidèlement retranscrit (d’ailleurs, comme sa version originale, je l’ai trouvé assez fade, comme quoi je suis vraiment une Marianne au fond de moi !), pareil pour Oliver, qui est un excellent Willoughby. Par contre, j’ai ressenti une pointe de déception en suivant James. Il aurait mérité, à mon sens, d’être davantage mis en valeur, mais là je ne suis pas impartiale vu que le Colonel Brandon dont il est inspiré est peut-être bien mon héros austenien préféré... Il aura eu le mérite de beaucoup me faire rire à la fin !
 
Concernant les personnages secondaires, ils sont très bien réussis. Le couple Lowell/Lauren est presque pire que John/Fanny, et c’est dire ! Mrs Norwood est aussi une vraie vipère. Les Burgess/Middleton m’ont tout à fait convaincue aussi. Jess Swann a eu de très bonnes idées
 
concernant les liens de Darla/Lady Middleton, Shannon/Mrs Jennings et Georgia/Mrs Palmer. Mike/Mr Palmer m’a beaucoup fait rire. Ayant relu Sense and Sensibility il y a peu, j’en attendais plus des sœurs Anne et Lucy Steele, ici Vera et Prue. J’aurais voulu Vera plus fourbe que ça, on a un peu de mal à voir pourquoi il ne faut pas l’aimer, en dehors de la raison liée à la situation d’Isobel.
 
L’écriture de Jess Swann est toujours aussi agréable et entraînante, je dévorais les pages. Il y a des coquilles, mais très peu de fautes, je suis donc passée rapidement dessus. Surtout que lorsqu’on dévore un livre, on s’attarde moins sur ce genre de choses ! L’auteure a en tout cas su ménager des temps forts et du suspense, et faire des clins d’œil aux lecteurs qui connaissent ses précédents textes...
 
Tout ça pour dire que j’ai passé un excellent moment de lecture et que j’ai extrêmement hâte de voir ce que Jess fera de Northanger Abbey !

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Lundi 19 janvier 2015 à 19:30

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Miss Austen Regrets (intitulé Le Choix de Jane en français) est un film qui revient sur les dernières années de Jane Austen, alors qu’elle tente de véritablement vivre de ses romans et que la maladie qui la tuera commence déjà à la miner. Je voulais le voir depuis longtemps, mais je crains d’avoir été trop longue à faire ma chronique. Je vais essayer de vous donner mes impressions, mais j’aurais dû vraiment prendre des notes !
 
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Le film commence par la seule demande en mariage dont on est certains que Jane l’a reçue : celle de Harris Bigg-Wither, le frère de deux de ses amies. Puis on fait un saut dans le temps, on la retrouve à l’approche de la quarantaine, alors que sa nièce Fanny est à l’âge des fiançailles et lui demande des conseils (aux alentours de 1814 il me semble). J’ai trouvé ce film très intéressant. Rien  que son titre déjà pose des questions, fait s’interroger sur la personnalité de cette auteure qu’on admire tant. Contrairement à « l’autre » film consacré à cette femme, Becoming Jane, qui mise tout sur le romantisme et la jeunesse (en taillant dans le vif de la réalité historique), Miss Austen Regrets se penche sur Jane Austen à l’âge mûr, alors qu’elle avait suffisamment de recul pour repenser aux choix qu’elle a faits, tous tendus vers la conservation de cette possibilité d’écrire. Bien qu’elle soit restée parfois plusieurs années sans écrire de romans, elle n’a jamais accepté de prendre une décision qui risquerait de l’empêcher irrévocablement de recommencer. Et le mariage faisait certainement partie de ces décisions.
 
Il y a aussi l’affection bien sûr ; aimait-elle suffisamment Harris Bigg-Wither et les autres prétendants que le film lui prête (avec beaucoup moins de certitude) pour se lier à l’un d’eux par le mariage ? Apparemment pas. Ce qui m’a vraiment étonnée, c’est de présenter Miss Austen non seulement comme vive, intelligente, malicieuse, mais aussi un peu comme une langue de vipère, dont les traits acérés étaient craints par certaines personnes de son entourage. Et ça m’a plu. Comment ne pas imaginer qu’en vieillissant, en voyant le monde changer autour d’elle, lui échapper, avec les douleurs qu’elle ressentait certainement du fait de sa maladie, elle soit devenue un peu... irascible ? Un peu aigrie par moments, devant la jeunesse de Fanny, qui ingénument lui demande des conseils et retourne le couteau dans la plaie ? Plutôt qu’une héroïne au même titre que celles qu’elle a créées, ce film nous présente une femme en chair et en os, avec son lot de défauts et de qualités. Je l’ai trouvée touchante, cette Jane Austen affaiblie mais toujours vivace, dont l’ironie mordante va plus loin que la simple taquinerie. Son entourage n’était pas épargné par ses piques acérées, mais leurs soirées auraient été bien ennuyeuses sans Miss Austen pour les animer !

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De même, son comportement presque enjôleur envers certains hommes me paraît tout à fait plausible. C’était une femme, par une enveloppe de chair vide ! Sans doute avait-elle conscience qu’en préférant ses romans au mariage, elle était passée à côté d’autres bonheurs. Les biographes s’accordent à dire qu’étant jeune, elle aimait les assemblées, aller danser, et certainement flirter (gentiment cela dit, pas comme une Isabella Thorpe !). Je crois donc probable qu’elle n’ait pas renoncé à ce genre de plaisirs innocents, et cette attitude de la part d’une spinster (vieille fille) devait certainement en énerver plus d’un, tout comme cela devait en charmer d’autres.
 
Ce film met en avant des choses qu’on voit moins dans d’autres « austeneries ». Davantage de réalité, débarrassée des côtés brillants des soirées, des babillages mondains. Le début du XIXème est bien là, comme toujours grâce à une reproduction minutieuse de la BBC. J’ai trouvé les acteurs justes aussi, dans le bon ton selon qu’on est sur la scène sociale ou dans l’intimité. Olivia Williams fait une excellente Jane, physiquement (elle a presque un air de ressemblance avec le portrait qu'on a d'elle je trouve) et dans son interprétation. Il y a plusieurs beaux garçons en plus, même si le pauvre Tom Hiddleston n'a pas un rôle très reluisant je trouve ! Cependant, il manque quelque chose en tant que film. Une ligne conductrice plus affirmée peut-être, et davantage d’explications pour les non-initiés à la vie de Jane. Une musique pour soutenir les propos aussi, qui nous donnerait des indications sur l’état d’esprit du personnage. Pour ma part, je suis aussi un peu gênée par ma mauvaise mémoire (ma lecture de la biographie de Claire Tomalin remonte à plusieurs années déjà), qui m’a empêchée de faire la part entre le biographique et le cinématographique si je peux dire. Le besoin de lire une biographie d’Austen se fait de plus en plus pressant, surtout que j’en ai plusieurs qui traînent dans ma PÀL !

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C’est un film que j’ai trouvé résolument plus intéressant que Becoming Jane en ce qu’il essaie vraiment de retranscrire à l’écran une partie de la vie et la personnalité de l’une des plus grandes romancières britanniques. En tant que film en revanche, il n’est pas extraordinaire, et décevra ceux qui y cherchaient le même plaisir que dans les romans de Jane Austen. Il faudra que je le revoie après m'être replongée dans la vie de Jane, mais en tout cas c'est un film qui m'a marquée et qui m'a plu !
 
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Dimanche 18 janvier 2015 à 10:28

J’ai beau me creuser la tête, je ne sais pas pourquoi je n’avais pas encore chroniqué l’adaptation de Sense and Sensibility de 1995, c’est-à-dire le film d’Ang Lee. Je l’ai pourtant vu de nombreuses fois ! Le mal est à présent réparé !

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Je ne vous refais pas le pitch, si vous voulez vous pouvez le trouver sur ma chronique du roman. Je n’ai vu que deux adaptations de ce livre, et même si l’autre est pleine de qualités, il lui a toujours manqué un quelque chose qui fait que je préfère cette adaptation-ci… Malgré ses défauts également ! Commençons par parler acteurs. Le casting est évidemment de haut vol : Emma Thompson (Elinor), Kate Winslet (Marianne), Hugh Grant (Edward), Alan Rickman (Colonel Brandon), Gemma Jones (Mrs Dashwood mais aussi Mrs Pomfresh dans Harry Potter !), Imelda Staunton (Mrs Palmer, et aussi Dolores Ombrage…), Hugh Laurie (Mr Palmer), Harriet Walter (Mrs John Dashwood)… Bref, tout un tas d’excellents acteurs britanniques ! L’ennui, et ce qui hérisse le poil de nombreuses Janéites, c’est l’âge de certains acteurs par rapport à l’âge du personnage dans le roman. Emma Thompson est beaucoup, beaucoup trop âgée, et ça se voit. Alan Rickman, aussi parfait soit-il, était également trop vieux pour incarner Brandon. Gemma Jones également campe une Mrs Dashwood plus vieille qu’on ne l’imagine, Mrs Palmer idem. Par contre je n’ai pas de souci avec l’âge de Kate Winslet ou de Hugh Grant personnellement. Et je pardonne ces quelques écarts bien volontiers, car les acteurs sont très bons, voire excellents. J’ai toujours un peu bugué sur la réaction d’Elinor à la fin, mais bon, c’est un détail. Et puis je pardonne à Emma Thompson, car le scénario est d’elle, et je le trouve très très bon.
 
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L’ouverture du film est géniale. Aussitôt Mr Dashwood passé de l’autre côté, on assiste à un dialogue savoureux entre John et Fanny… L’esprit Jane Austen à 200% ! L’humour est de toute façon quasi-omniprésent lorsqu’on n’est pas dans des scènes d’émotion ou de tension. La première scène avec les sœurs Dashwood et leur mère est également super, elle pose très bien les personnages et nous immerge immédiatement dans le film. J’aime aussi beaucoup le personnage de Margaret, elle est tellement attachante dans cette version, petite sauvageonne bien habillée, qui n’aime rien tant que ce qui est réservé aux garçons. Hugh Grant signe à mon avis l’un de ses meilleurs rôles (je ne l’ai pas vu dans beaucoup de films en même temps). Il est un peu différent du roman, sa timidité est très poussée mais c’est réussi je trouve, il arrive à me toucher alors qu’il m’est assez indifférent dans le livre. J’aime aussi la façon dont son idylle avec Elinor est développée, alors qu’elle n’est que survolée dans la version originale. Leur couple est en tout cas plus touchant que dans le livre. La scénariste en a profité pour parler un peu à un moment de la condition des femmes, peu enviable, qui souvent ne peuvent ni hériter d’une fortune ni la gagner. On sent bien le côté XIXème. 
 
Je trouve Kate Winslet parfaite en Marianne. Elle est jolie comme un cœur, avec ses joues rondes et ses boucles blond vénitien. Sa franchise me plaît beaucoup et me fait souvent rire ou sourire. Elle est très taquine avec Elinor au début, c’est mignon tout plein ! Je trouve en revanche la « misère » des Dashwood un peu exagéré. Certes, leur situation est difficile, mais là-dessus Emma Thompson en a trop fait. Je suis en adoration devant la scène d’arrivée de Brandon. Il y a tellement d’admiration et d’amour dans ses yeux quand ils se posent sur Marianne ! Ah, Alan Rickman est vraiment parfait ! Et sa voix… En faire un musicien (dommage qu’on ne le voit pas jouer d’ailleurs) et un enthousiaste de l’art romantique est une très bonne idée. Il est juste dommage que son histoire ait été simplifiée, mais eh, on est dans une adaptation en film, donc impossible de tout mettre ! 




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Sir John et Mrs Jennings sont tout à fait fidèles à leur version littéraire. Ils sont très drôles ! La réalisation, comme les dialogues, sont souvent subtils, c’est un vrai plaisir de traquer tous les indices implicites. Elinor fait parfois un peu trop « victime », et en même temps elle a aussi une très bonne répartie. Miss Steele est présentée différemment mais elle est aussi fourbe que dans le livre en fait ! Je ne m’en étais jamais rendu compte ! Ses petits regards en biais sont d’une sournoiserie extraordinaire ! Les Palmer sont géniaux, Willoughby aussi (je préfère de loin cet acteur à celui de la mini-série). Le nom de Mrs Smith est changé en Mrs Allen (pour coller avec « Allenham » ?), je ne vois pas l’intérêt pour le coup… Les costumes des femmes ne sont pas les plus beaux que j’ai vu dans un film retraçant cette époque, par contre j’aime bien ceux des hommes. Le bal à Londres est très bien reconstitué je pense, mais dommage d’avoir fait un scandale, c’est plus discret dans le livre. Le jeu des acteurs dans la confrontation Marianne/Willoughby est très bon en revanche. Robert Ferrars est tout en dents et c’est un vrai c*nn*rd… Tout le passage chez les Palmer est très émouvant. La fin est exactement ce qu’il me faut pour me remonter le moral !



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Après un avis aussi détaillé (j’ai pris des notes devant le film) (mais un avis plutôt bordélique, je l'avoue), la mini-série de la BBC mériterait un visionnage supplémentaire et que je reprenne mieux ma chronique ! Petit extrait du script pour finir !

MARIANNE
But time alone does not determine intimacy. Seven years would be insufficient to make some people acquainted with each other and seven days are more than enough for others.
 
ELINOR
Or seven hours in this case.

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Jeudi 15 janvier 2015 à 17:56

Après avoir relu avec délices Sense and Sensibility, j’étais super motivée pour continuer l’histoire avec un sequel de Jane Odiwe intitulé Willoughby’s Return, en VO aussi (il me semble avoir lu quelque part que Jane Odiwe allait voir certains de ses livres traduits en français, mais je ne sais plus lesquels).
 
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Nous sommes quelques années après la fin écrite par Jane Austen. Margaret a l’âge de se trouver un époux, tandis que ses sœurs poursuivent leur vie maritale, sans heurt pour Elinor mais avec plus de difficultés pour Marianne. Elle voit d’un mauvais œil les visites de son époux le Colonel Brandon à sa pupille, Eliza, et la fille de celle-ci, Lizzie.
 
Ce sequel a pas mal de bonnes idées mais souffre de plein de petits défauts qui, accumulés, nuisent grandement à sa qualité globale et me laissent mitigée. Commençons par le plus important, ce que va automatiquement regarder une janéite : la fidélité au roman original. Et tout de suite ça coince. Certains personnages sont parfaitement repris, Jane Odiwe a su se les approprier impeccablement, tels qu’Elinor (qu’on voit très peu mais qui est présentée vraiment comme ennuyeuse, ne fait que sermonner ses sœurs et dont le bonheur domestique a l’air sincèrement barbant), Mrs Dashwood, Sir John, Mrs Jennings, mais aussi Mrs Robert Ferrars ou encore, plus notable, mon cher Colonel. La transition de l’admirateur discret au mari prévenant est très réussie, et je l’aime plus que jamais !
 
Là où ça n’a pas été, c’est sur Marianne et Margaret, les deux héroïnes de ce sequel. Marianne ne semble quasiment pas avoir changé, si ce n’est que dorénavant elle aime Brandon. La fin de Sense and Sensibility nous promettait une jeune femme toujours passionnée par ce qu’elle aime mais plus posée, moins à même de foncer tête baissée. Or, la Marianne qu’on a ici est bouffie d’ingratitude (j’ai encore du mal à croire que l’auteure l’ait fait parler ainsi de Mrs Jennings après tout ce qu’elle a fait pour les Miss Dashwoods ! Et le pire, c’est que ça vaut aussi pour le Colonel par moments !) et désireuse de jouer les femmes marieuses pour sa benjamine (euh, vraiment ? alors que Marianne ne supportait pas les insinuations et taquineries de la même Mrs Jennings ?). Quant à Margaret, elle aussi est « ratée ». Il est bien fait allusion une ou deux fois à son envie de voyager qui la démarquerait de ses aînées, mais à part ça elle est présentée comme un « entre-deux » qui ne ressemble finalement pas à grand-chose. Exemple : elle pense que la conduite de Marianne était mauvaise et se place donc du « côté » d’Elinor mais se comporte en fait comme Marianne et prend des risques très similaires. Je n’ai pas du tout aimé que dès le début du livre elle se déclare avoir été amoureuse de Willoughby (mais genre vraiment), avant de se rétracter quelques chapitres plus tard en disant que ce n’était qu’une amourette de gamine. Vous me direz qu’elle est si peu détaillée dans le roman d’Austen que Jane Odiwe peut faire ce qu’elle veut. Certes. Mais l’adaptation d’Ang Lee en 1995 et celle de la BBC en 2008 ont tellement marqué les janéites que je comprends mal comment on peut souhaiter faire l’impasse sur la Margaret qui est présentée, si vivante et attachante.
 
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J’ai aussi du mal avec le traitement de Willoughby en général. À mon avis, les Dashwood sont déjà trop complaisantes à son égard dans S&S, alors même qu’Elinor a bien compris lorsqu’il présente ses « excuses » qu’il a agi uniquement par égoïsme. Il évolue encore un peu plus dans cette suite, et je pourrais y croire si les explications nécessaires accompagnaient ce changement. Quant à l’évolution de Marianne, pas mal calquée sur celle qu’elle a déjà vécu, on la voit venir de loin, de très loin... L’idée de base était pourtant alléchante : après un premier amour dévastateur, comment s’attacher de nouveau, comment éviter les comparaisons, la jalousie ? Et cela dans les deux sens, tant pour Marianne que pour le Colonel. Jane Odiwe a eu de bonnes inspirations, mais leur application est par trop bancale. Elle a aussi souhaité faire des clins d’œil au roman d’origine (la chute et la maladie de Marianne sont repris notamment, mais je ne vous dis pas dans quelle mesure), ce qui peut plaire, ou pas. Personnellement ça me laisse l’impression que l’auteure n’avait pas d’idée propre.
 
Je dois en revanche reconnaître que Jane Odiwe a fait des efforts louables. C’est loin d’être la pire austenerie que j’ai lue, et en plus elle n’est pas mal écrite. Il y a un peu trop de descriptions (les tenues, les lieux, les physiques), quand Jane Austen se concentre plutôt sur une ambiance, sur un détail (comme les yeux d’Elizabeth Bennet) plutôt que de s’étendre inutilement. Certains dialogues sont très bien rendus, avec Mrs Jennings ou Mrs Robert Ferrars par exemple. L’ensemble est assez dynamique, et si je râlais au début en voyant ce qu’étaient devenues Marianne et Margaret, j’ai fini par me prendre au jeu.
 
Finalement, j’ai plutôt apprécié Willoughby’s Return, il est simplement dommage que des éléments prometteurs soient gâchés par des écueils qui auraient facilement pu être évités. Ça reste une lecture plaisante et qui change des austeneries que j’ai lues jusqu’à présent puisqu’elle est consacrée à S&S plutôt qu’à P&P !
 
"If she could not entirely forget Willoughby, who had injured her, how could Brandon ever be freed from the memory of his first love, the woman who had been taken from him by circumstances beyond his control?"
 
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Mercredi 14 janvier 2015 à 18:27

Malgré mon grand enthousiasme pour Jane Austen, je n’ai pas beaucoup relu ses textes. Dans ses six romans majeurs, seul Persuasion avait fait l’objet d’une relecture (VF) il y a deux ans, afin de voir si mon avis sur ce roman demeurait le même. J’ai relu en VO Lady Susan l'an dernier. Avec les austeneries, j’ai aussi relu plusieurs fois le texte inachevé de Sanditon. Il était temps que je me mette à la relecture en anglais des autres romans de l’auteure, tous adorés à la première lecture (Mansfield Park m’avait laissée plus mitigée, il sera intéressant de remettre mon nez dedans !). J’ai choisi Raison et Sentiments, ou plutôt Sense and Sensibility, parce que j’avais commencé à le relire pour une correspondance avec Miss Elody. Pendant les vacances, je l’ai vraiment relu, pour mon plus grand plaisir !
 
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Mr Dashwood vient de mourir. Ses biens reviennent entièrement à son fils, John, issu d’une première union, laissant sa belle-mère et ses demi-sœurs dans une situation financière précaire. Elles sont obligées de quitter Norland Park. Un cousin éloigné de Mrs Dashwood, Sir John Middleton, lui propose un petit cottage dans le Devonshire. Sans dot, Elinor et Marianne ont bien peu de chances de trouver à se marier. Pourtant, l’amour va vite s’inviter dans leurs vies.
 
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C’est vraiment l’une de mes histoires préférées, et ce pour de nombreuses raisons (oui, cet article est de ceux où j’essaie vivement de vous convaincre de lire et d’aimer ce livre !). Commençons par les personnages. Paradoxalement, on suit davantage Elinor, l’aînée puisque nous avons accès à ses pensées plus qu’à celles de Marianne, la cadette, mais l’arc narratif consacré à Marianne est plus développé que celui consacré à Elinor. Personnellement je le comprends, parce qu’il y a beaucoup plus de péripéties pour Marianne que pour Elinor ! J’y reviendrai après.
 
Elinor donc, l’aînée, pas encore vieille fille mais à écouter son frère et l’épouse de celui-ci elle n’en est plus très loin. Calme, réfléchie, sensée et respectueuse des convenances, elle a tout de la jeune fille parfaite du XIXème. Elle sait masquer ses émotions, se comporter en société, et passe une bonne partie de son temps à s’occuper de la maison grâce à ses compétences toutes pragmatiques, en jugulant l’enthousiasme souvent peu réaliste de sa mère et de sa sœur. Le calvaire qu’elle endure une bonne partie du roman nous la rend sympathique – comment ne pas avoir pitié d’elle, qui ne mérite absolument pas ce qui lui arrive ? –, en plus de son caractère dévoué et de sa gentillesse, néanmoins je dois dire qu’elle est un peu ennuyeuse... Mis à part les moments où elle entre en joute orale avec une certaine Miss. J’étais bien contente de la voir s’indigner (intérieurement bien sûr) et se défendre face à une vraie chipie. C’est un personnage que j’apprécie et que je respecte, mais que je ne peux pas adorer.
 
Sa sœur Marianne, dont la personnalité est presque à l’opposé, me plaît infiniment plus malgré ses défauts. C’est encore une adolescente, elle a des rêves plein la tête, nourris par des lectures romantiques et des morceaux mélancoliques, en plus d’une sensibilité à fleur de peau, exacerbée dès le début du roman par le décès de son père. Son caractère est riche mais la conduit à faire des erreurs de conduite et de jugement. Son comportement est délicieusement décalé dans la société policée où elle doit évoluer. J’aime son côté presque provocateur et indifférent aux racontars. Elle a une grande confiance en elle et je ne peux m’empêcher de l’admirer, même si elle est un peu trop capricieuse au début du roman ! C’est aussi le personnage qui évolue le plus. N’étant pas parfaite, elle peut s’améliorer et le fait, à l’inverse d’Elinor qui ne bouge pas d’un iota. Je m’identifie énormément à Marianne, car comme elle j’ai commis des erreurs qui auraient pu me coûter cher, et comme elle j’ai réussi à m’en remettre et à finir avec la bonne personne. Suivre deux sœurs aussi différentes permet donc de trouver son compte, quel que soit notre type de personnage préféré.

"The more I know of the world, the more I am convinced that I shall never see a man whom I can really love. I require so much!"

"It is not time or opportunity that is to determine intimacy;—it is disposition alone. Seven years would be insufficient to make some people acquainted with each other, and seven days are more than enough for others."
 
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Leur mère, Mrs Dashwood, est rigolote et/ou exaspérante selon les moments. Ce que j’apprécie le plus chez elle, c’est son amour infini pour ses trois filles, et sa capacité à rester jeune dans sa tête. Ce n’est pas forcément une mère idéale, car elle est trop laxiste, surtout avec Marianne, mais quelle mère est parfaite ? Je m’interroge sur les raisons qui ont poussé Jane Austen a créé la benjamine, Margaret. Elle est totalement insignifiante dans le roman. Les films lui font davantage justice. J’ai l’impression qu’elle sert surtout à rapprocher Edward et Elinor au début du roman.
 
"Yet there is something so amiable in the prejudices of a young mind, that one is sorry to see them give way to the reception of more general opinions."
 
Les personnages masculins sont aussi très variés et là encore Jane Austen nous laisse le choix. Edward peut être le pendant masculin d’Elinor, à la différence notable qu’il n’a pas sa force de caractère, en tout cas pas dans la façon dont il nous est présenté. Il s’améliore sur la fin, mais je dois dire que sa conception du devoir, partagée par Elinor, va trop loin à mon sens. Je m’efforce de me remettre dans le contexte de l’époque où ce roman a été écrit, où la religion était très prégnante, néanmoins je n’adhère pas à leur conception trop radicale. Je vais arrêter là sur ce sujet sinon je vais partir dans des considérations de philosophe du dimanche sur le bonheur et tutti quanti ! Le Colonel Brandon est indubitablement l’un de mes héros austeniens préférés. Il est extrêmement romantique, a ses blessures cachées, il est un ami attentif et prévenant, un homme sur lequel on peut compter... Son interprétation par Alan Rickman me bouleverse systématiquement ! Quant à Willoughby, je n’envie pas sa situation mais je suis loin de le plaindre et de lui pardonner comme le fond trop volontiers les autres protagonistes ! Ouais, je ne suis pas une gentille.
 
"I wish, as well as everybody else, to be perfectly happy; but, like everybody else, it must be in my own way."

"I never wish to offend, but I am so foolishly shy, that I often seem negligent, when I am only kept back by my natural awkwardness. [...] Shyness is only the effect of a sense of inferiority in some way or other. If I could persuade myself that my manners were perfectly easy and graceful, I should not be shy."
 
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Les personnages secondaires sont extraordinaires, parmi les plus vivants que j’ai lus, qu’ils soient détestables, énervants ou même attachants. Sir John Middleton et sa belle-mère Mrs Jennings sont à la fois énervants et adorables. Au final, ce sont des gens biens, de ceux qu’on apprécie de voir lors des réunions de famille. L’épouse de Sir John est en revanche d’un autre genre. Je ne me souvenais plus d’elle je dois dire, et elle est vraiment déplaisante. Elle va très bien avec Fanny, la Mrs John Dashwood (la belle-sœur d’Elinor et Marianne), même si cette dernière est bien plus mauvaise ! Son mari est un lâche doublé d’un imbécile, sans le moindre tact. Le frère de Fanny Dashwood est tout aussi décérébré, et leur mère est une vraie harpie. Avec eux, il y a des baffes qui se perdent ! Mais celle qu’on exècre par-dessus tout, c’est Miss Lucy Steele. Sa sœur est une idiote qui se contente de se croire attirante et de rapporter des commérages, mais au moins elle contribue à débloquer la situation d’Elinor, alors que Lucy est une vipère, sournoise et fourbe, méchante comme une teigne et pleine de duplicité. Sa conduite envers les autres personnages est abominable. Bref, je la déteste. Elle ne paraît pas si mauvaise dans les adaptations, je trouve que la dimension qu’elle a dans le livre est beaucoup plus intéressante.
 
"He was not an ill-disposed young man, unless to be rather cold hearted, and rather selfish, is to be ill-disposed."

"As it was impossible however now to prevent their coming, Lady Middleton resigned herself to the idea of it, with all the philosophy of a well bred woman, contenting herself with merely giving her husband a gentle reprimand on the subject five or six times every day."
 
Je passe à l’histoire. Après cette relecture, je ne vois vraiment pas comment on peut dire qu’il ne se passe rien dans les romans de Jane Austen. Il y a des tonnes de péripéties ! Petites ou grandes, d’importance moindre ou capitale, elles sont en tout cas constantes et variées. On a des secrets, des révélations, des retournements de situation, et on lit avidement pour savoir comment les choses vont tourner pour nos personnages chéris. C’est généralement très détaillé, pour mon plus grand plaisir. Mon seul vrai regret est que la fin ne développe pas davantage sur Marianne. J’apprécie beaucoup le fait que Jane Austen laisse passer du temps avant de la marier (temps pas vraiment respecté dans les adaptations), mais j’aurais voulu en savoir plus sur la façon dont elle arrive à l’autel ! Le récit est en tout cas très bien construit. On suit les sœurs Dashwood pendant plusieurs mois, et ce qui leur arrive est tout à fait plausible, même si j’imagine que ce genre de happy end arrivait peu souvent. De ce fait, le récit est réaliste avec juste ce qu’il faut de plus pour y croire, et pour donner une irrépressible impression d’espoir et d’optimisme au lecteur. C’est bien pour ça que je lis Jane Austen en tout cas, pour me sentir heureuse à la fin de la lecture.
 
Et bien sûr, toutes ces qualités sont portées par l’écriture de Jane Austen, avec des monologues irrésistiblement drôles, des dialogues vivants, des personnages croqués à la perfection, un style soutenu mais absolument pas snob... Le vocabulaire n’est pas trop dur, surtout si vous connaissez déjà un peu l’époque, mais la tournure des phrases peut dérouter au début. Une fois le pli pris, c’est que du bonheur. Mes prochaines relectures seront en VO sans faute !
 
Je suis ravie de cette relecture, et je compte bien continuer avec Emma dans l’année. Je n’ai pas voulu quitter Marianne et Brandon tout de suite, il y a donc un autre article à venir sur le sequel de Jane Odiwe Willoughby’s Return. Et mon avis sur le film d’Ang Lee devrait aussi arriver prochainement. Si ça vous intéresse, vous pouvez aussi lire mon article sur la version de la BBC de 2008 !
 
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Mercredi 24 décembre 2014 à 18:17

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Vous allez vous dire « nan mais elle est folle la fille, elle a détesté tout ce qu’elle a lu d’Elizabeth Aston et pourtant elle a encore dépensé 1,99€ pour acheter son dernier bouquin paru chez Milady ! ». Vous n’auriez pas tout à fait tort.
 
Un Noël avec Darcy raconte un Noël cinq ans après le mariage d’Elizabeth et de notre cher Mr Darcy. Il est centré sur le personnage de Georgiana, que je ne me souviens pas avoir vu dans les autres romans que j’ai lus de cette auteure. Ici, c’est d’ailleurs plus une novella qu’un roman. Nous découvrons Georgiana fiancée à un homme « rassurant ». Après sa mésaventure avec Wickham, elle est devenue très, très méfiante envers les hommes, et a jeté son dévolu sur un gentleman mûr, à l’opposé de Wickham. Son choix ne convainc pas tout à fait son entourage, mais tant qu’elle est heureuse tout va bien. Sauf que...
 
Je l’admets sans souci, j’ai plutôt bien aimé, c’était meilleur que les autres textes catastrophiques de l’auteure ! Déjà, bon point, on voit des personnages qu’on connaît : Elizabeth, Darcy, Jane, Bingley, Caroline... Ils ne sont pas 100 % fidèles aux originaux, ni à l’idée que je m’en fais quelques années après la fin d’Orgueil et Préjugés, mais ça va. Je n’adhère pas vraiment à la vision que nous donne l’auteur des personnages d’Austen, mais on n’a pas ici de grosse dissonance. Et on voit peu les « créations » d’Elizabeth Aston. Enfin, les cinq gourdes qui servent de filles au couple Darcy ne sont pour l’instant que deux si j’ai bien suivi, et sont toutes petites. C’était déjà un grand soulagement pour moi.  Je m’étonne assez de la « vraie » (j’utilise beaucoup de guillemets dans cet article) personnalité de Georgiana, je ne la voyais pas comme ça, mais pourquoi pas après tout ? Jane Austen en dit si peu de choses qu’il est permis d’extrapoler un peu.
 
Le format novella ne laisse pas trop le temps à l’auteure de m’énerver – quoique, j’ai quand même soupiré pas mal de fois devant l’écriture (et peut-être aussi la traduction, mais je n’irai pas acheter la VO pour vérifier si mes suspicions sont fondées ou non) niaise et simple. Exemple :
 
"Une fois le marchepied abaissé, Georgiana descendit prestement et fut accueillie par une chaleureuse étreinte de sa belle-sœur, puis de Jane tandis qu'Elizabeth serrait les mains de son époux en souriant, leurs visages exprimant tout l'amour qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre."
 
Ce n’est pas long, ce qui est bien, mais la fin est un peu expéditive. Le tout se passe un peu trop rapidement pour que j’y croie complètement. Cependant, ce petit livre numérique a un atout : l’ambiance de Noël à Pemberley, avec traditions british so 19th century comprises, et là c’était quand même assez sympa, même si là encore Elizabeth Aston ne peut pas s’empêcher d’en faire un peu trop, au point qu’on se demande si Elizabeth aurait réussi à faire changer Darcy à ce point-là (en mettant de côté pas mal de dignité) et si elle aurait cherché à aller dans ce sens, car c’est à la limite du vulgaire parfois.

Donc c'était pas trop mal, surtout vu ce que j'avais pu lire de l'auteure avant. C'est sans doute le meilleur que j'ai lu, mais ce n'est pas encore une austenerie vraiment bonne.
 
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Mercredi 12 novembre 2014 à 18:57

J’ai lu il y a quelques mois la version de Sanditon « terminée par une autre dame », soit Marie Dobbs. Un peu plus tard je me suis plongée dans la version VO de Sanditon, tel que laissée par Jane Austen. Milady a sorti une autre version, achevée également, cette fois par Juliette Shapiro.
 
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Pour rappel (bah oui, vous n’êtes pas obligés de connaître cette histoire), Sanditon est un petit village de la côte anglaise, dont les bienfaiteurs, Mr Parker et Lady Denham, veulent faire une station balnéaire en vogue. Charlotte Heywood est invitée par Mr Parker et son épouse à séjourner chez eux. Charlotte trouvera-t-elle à Sanditon le bonheur promis par l’enthousiaste Mr Parker ?
 
Pour mon avis sur la partie du texte de Jane Austen, je vous renvoie aux deux chroniques ci-dessus. Je ne parlerai ici que de la partie « achevée » par Juliette Shapiro.
 
Il faut être honnête. Dès qu’on laisse le texte de Jane derrière une page, ça devient n’importe quoi. Vraiment, dès les pages qui suivent, ça ne tarde pas. Ce n’est d’abord qu’une bizarrerie ici ou là, mais bientôt ça part dans tous les sens. Plusieurs arcs narratifs sont développés, beaucoup trop éloignés de l’héroïne (enfin, si tant est qu’on puisse dire ça, mais j’y reviendrai) pour être fidèle à l’esprit des romans de Jane Austen.
 
On sent pourtant que l’auteure a essayé d’imiter son modèle, mais elle ne peut même pas prétendre être une pâle copie. Rien ne va, tout est de travers, c’en est absolument ridicule. (Comme les passages qu’elle essaie d’adresser au lecteur ! Argh ! une calamité !) Les personnages ne sont pas du tout austeniens, les péripéties non plus (certaines se rapprochent plus de celles des romans gothiques et d’aventure je trouve). Les caractères qu’Austen avait eu le temps de brosser rapidement en début de roman ne sont même plus respectés. Et de toute façon, Charlotte n’est rapidement plus le personnage central. Trop de divagations nous éloignent d’elle, des passages entiers sont narrés d’un autre point de vue, ce qui fait que cette héroïne qui promettait d’être si attachante demeure finalement une inconnue pour nous.
 
Aurai-je le courage de vous parler de l’histoire d’amour ? Il le faut pourtant... Eh bien, on voit son futur époux si peu que pas, mais vraiment. Leur relation n’est absolument pas vraisemblable, tout va vite, et ce n’est absolument pas touchant. Le « héros » m’énerverait presque. Je ne trouve pas du tout que Juliette Shapiro ait su exploiter les nombreux indices prometteurs présents dans les chapitres écrits en 1817. Elle a même plutôt réussi à les mettre en bouillie.
 
Je crois tout simplement que Juliette Shapiro n’a rien compris à ce que voulait faire l’auteure dont elle se réclame. Elle a tout poussé à l’excès, en particulier l’hypocondrie. Il en va de même pour l’écriture, qui essaie de pasticher celle de Jane Austen, et qui ne parvient qu’à être lourde et horriblement répétitive.
 
Donc voilà, un gros raté. Je ne sais pas si j’irais jusqu’à dire que c’est aussi mauvais que du Elizabeth Aston vu qu’on est sur des exercices très différents, mais tout de même, ça vole pas haut, et ça s’écrase vite.
 
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Dimanche 26 octobre 2014 à 13:12

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N’en pouvant plus de ne pas voir paraître chez Milady le reste des journaux d’Amanda Grange, j’ai pris mon parti de continuer en VO, avec le titre que j’attendais le plus : Henry Tilney’s Diary. En effet, s’il n’y avait pas parmi les héros austeniens le Colonel Brandon et Mr Darcy, je pense que Tilney remporterait haut la main la première place dans mon cœur.
 
Henry Tilney est le deuxième fils du Général Tilney et de son épouse. Son frère aîné, Frederick, est cause de désappointement éternel pour leur père. Eleanor, sa petite sœur, est aussi férue de romans que lui, goût qu’ils tiennent de leur mère. Ils se délectent des aventures des héros de romans gothiques, mais Henry et sa sœur trouveront-ils eux aussi leur héroïne et leur héros ?
 
‘You will never make a good villain,’ she said. ‘You will have to resign yourself to being a hero.’ ‘I have been thinking just the same thing, for I have the necessary dark eyes and rather dark hair. Alas, honesty compels me to mention that I do not have a hero’s height, nor his noble mien nor his wounded heart.’
 
Juste avant de commencer ce livre, j’avais le nez dans la version originale de Raison et sentiments. Aussi, en débutant ma lecture, j’ai remarqué presque avec violence la différence de qualité d’écriture entre Jane Austen et Amanda Grange (avec les auteurs para-austeniens en général en fait, même si certains se débrouillent beaucoup mieux que d’autres). J’avoue que ça m’a gênée au début, parce que je ne m’en rendais pas tant compte avec les traductions. Mais au fil des pages, la plume s’affirme davantage, et lorsque se mêlent des passages du roman original, Northanger Abbey, la différence étonnamment s’estompe un peu. Bref, c’est loin d’être extraordinaire, mais il y a de vrais efforts faits sur le vocabulaire et le tout est plaisant à lire.
 
‘When I marry – if I marry – my wife must love to read. I shall make it the one condition. Her dowry is unimportant, her family is irrelevant, but she must be a lover of novels, or else no wedding will take place!’
 
À part ces remarques au niveau du style, je n’ai que des choses positives à dire de ce roman. C’est pour l’instant mon préférée de cette auteure. Cher Mr Darcy était franchement bof bof, Le Journal de Mr Darcy n’apportait pas grand-chose, celui de Knightley non plus, celui de Wentworth m’avait légèrement réconciliée avec cette histoire, et celui du Colonel Brandon m’avait davantage plu (mais je suis partiale). Mais là, je suis obligée de mettre le coup de cœur même si le livre n’est pas parfait.
 
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"To be able to tease a woman is surely as important as a part of love as being able to like her or respect her."
 
Je trouve que l’auteure a parfaitement saisi et rendu le caractère d’Henry Tilney. Dès le début, j’ai adoré le suivre avec sa sœur, son équilibre entre la fiction et la réalité (il adore les romans mais sait avoir les pieds sur terre, son humour est extrêmement bien rendu et ce bien avant sa rencontre avec Catherine. D’habitude dans ces journaux, on trépigne un peu en attendant l’apparition de l’héroïne, mais là je restais chez les Tilney avec délectation et avançait sans me presser, en savourant autant que possible. Toutes les entrées de journal avant 1799 sont intéressants car elles éclairent les différents personnages secondaires, notamment la famille Tilney et Mr Morris. Amanda Grange a très bien exploité les détails que Jane Austen n’avait pas pu ou pas voulu approfondir.
 
"In the meantime I am winning the respect of my parishioners, who were at first bemused by my sermons but, I flatter myself, now find them refreshing. Certainly attendance has gone up since I was ordained and took over the living, and it cannot all be because I am young and unmarried."
 
J’ai deux petits bémols : la péripétie qui arrange les choses pour Eleanor (mais je dois dire que ça m’a bien fait rire, donc c’est pardonné !) et l’explication de Frederick à la fin, mais ce sont des broutilles qui ne m’ont aucunement gâché mon plaisir. Ce livre est plein d’humour et de satire, on retrouve les sujets qui avaient tenu à cœur à Jane Austen, éclairés sous un autre aspect puisque les Tilney font partie plutôt de la haute société, ce qui n’est pas le cas de Miss Morland.
 
"I smiled, for Miss Morland certainly had all the hallmarks of a heroine. She was sweet and innocent and honest and loving."
 
Enfin bon bref je ne vais pas m’étendre davantage, j’ai passé un excellent moment avec cette réécriture de Northanger Abbey, que je vous conseille de tout mon cœur !
 
The person, be it a gentleman or a lady, who has not pleasure in a good novel, must be intolerably stupid […].’
 
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Lundi 21 juillet 2014 à 17:33

J’avais acheté en même temps Confessions et Tribulations d’une fan de Jane Austen de Laura Viera Rigler puisque ce sont les deux versants d’une même histoire et pour une fois je n’ai pas traîné pour finir une saga, même si elle ne comporte que deux tomes.
 
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Dans Tribulations d’une fan de Jane Austen, nous faisons la connaissance de Jane Mansfield, trentenaire qui jusque là vivait au XIXème siècle chez ses parents, et qui tout à coup se réveille dans le corps de Courtney Stone, au XXIème siècle. Désorientée par cet univers totalement nouveau, elle va devoir s’adapter à sa nouvelle vie et à l’imbroglio amoureux laissé derrière elle par Courtney.
 
J’ai voulu le lire tant que l’autre tome était frais dans mon esprit, mais je me suis rapidement rendue compte que j’en avais déjà presque tout oublié, ce qui montre bien que c’était une lecture sympa mais pas du tout marquante, et il en va de même pour ce tome. L’effet miroir entre ces deux romans pendants l’un de l’autre est assez réussi, car tout en faisant de nombreux parallèles, il mène des intrigues différentes. Je me suis tout de même largement ennuyée, car Jane n’est pas capable de faire grand-chose en arrivant au XXIème siècle et c’est long à se débloquer. Comme Courtney, elle comprend assez rapidement ce qu’il en est, mais comme Courtney elle est assez exaspérante parfois puisqu’elle n’agit pas en conséquence de ses déductions. Je trouve aussi qu’il y a un certain déséquilibre maintenant que j’ai terminé la série. Dans cette histoire, Courtney m’a tout l’air de s’être fait avoir ! En effet, j’avais mal compris la fin de Confessions d’une fan de Jane Austen, maintenant éclairée par la fin de Tribulations, et je ne trouve pas ce choix de l’auteure tout à fait satisfaisant pour la lectrice que je suis. Tous les éléments sont remis dans l’ordre mais au final je ne suis pas très convaincue.
 
Les passages avec la voyante m’ont déplu dans les deux livres, alors que ce sont des points culminants où l’auteure s’exprime directement par la bouche de ce personnage. Concernant les personnages, non seulement je n’ai pas beaucoup apprécié Jane qui a du mal à se départir de sa manie de juger hâtivement les autres (certes, cela se justifie par son éducation et par tous les codes sociaux dans lesquels elle a baigné sa vie durant, mais le mode moralisateur c’est vite énervant, pour ne pas ire de gros mot cette fois) mais en plus Anna et Paula m’ont paru vraiment désagréables la majorité du temps et pour couronner le tout, Wes est si parfait que son personnage n’est même plus crédible. Fait-il aussi des pets qui sentent la rose ce gentleman ? Il n’y a que Deepa que j’ai bien aimée, mais on la voit peu. Heureusement que son rôle est tout de même important.
 
Et puis il faut l’avouer, même si l’auteure parvient plutôt bien à se mettre dans la peau d’une jeune femme du XIXème siècle qui débarquerait dans notre monde moderne, et si les messages qu’elle fait passer sont pertinents sur notre vision des autres et notre comportement, ce type d’histoire nous fait moins rêver. Certes, Jane découvre tout et use donc de descriptions et de périphrases étonnantes pour désigner nos objets du quotidien, mais quel intérêt pour nous ? On assiste à tout ça avec détachement, et ce qui est drôle une fois ou deux l’est nettement moins la dixième fois.
 
En bref, ce roman n’a d’intérêt qu’en ce qu’il complète son frère. Je me dis maintenant que faire un seul roman où les chapitres auraient alterné entre les deux héroïnes (en retravaillant des choses hein, pas en plaquant le tout tel quel !) aurait peut-être été plus captivant pour moi. Le titre original me semble bien plus proche du contenu du livre que le titre un peu bateau français qui sert surtout à faire le lien entre les deux tomes. Je tiens quand même à dire que d’habitude ce genre de couverture ne me plaît guère, mais là elles sont vraiment choupies !
 
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Mercredi 16 juillet 2014 à 17:40

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Pour célébrer les 200 ans de la publication de Pride and Prejudice, la BBC avait encore concocté un fantastique documentaire intitulé Pride and Prejudice: Having a ball. L’historienne Amanda Vickery, accompagnée d’Alastair Sooke, un habitué de ce type de documentaires, nous emmène dans les préparatifs et le déroulement d’un bal comme celui de Netherfield Park à l’époque Régence. Et le truc encore plus super, c’est qu’ils ont vraiment organisé un bal, et ce à Godmersham Park, la demeure d’Edward Knight, un frère de Jane Austen, qui a donc connu ce lieu.
 
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J’ai eu l’impression que ce documentaire abordait absolument toutes les questions possibles relatives à un bal : la danse, la musique, les vêtements, la nourriture, le social, la table, les chandelles… Tout je vous dis ! Et c’est absolument passionnant. J’étais verte de jalousie de voir les jeunes d’une école de danse qui ont « joué » les invités. On voit qu’ils s’amusent comme des petits foufous ! Et puis certaines choses qu’ils boivent ou mangent ont l’air d’être délicieuses…
 
Inutile de dire qu’on apprend beaucoup de choses, mais je vous le dis quand même. Par exemple, les gentlemans étaient forcés à l’époque de se tenir très droits (d’où l’expression facilement hautaine de Mr Darcy !) car les vêtements étaient très serrés dans le dos, provoquant un redressement de la personne. Les danseurs, hommes et femmes, arrivaient sur le lieu du bal en bottes ou bottines et changeaient de chaussures pour enfiler des souliers plus confortables pour la danse, qui était si vive et fatigante qu’elle venait souvent à bout de la paire de chaussures ! Il y a bien quelques incohérences, mais je comprends bien pourquoi elles n’ont pas été corrigées. (Par exemple, l’un des danseurs est noir. On ne va pas lui interdire de participer au bal, même si ce n’était pas envisageable à l’époque !)

Le documentaire alterne entre les différents sujets, quelquefois avec les commentaires d’Amanda Vickery ou d’un spécialiste invité pour l’occasion et quelquefois avec une voix off. La préparation du bal est assez logue, ce qui fait que j’en suis venue à trépigner en attendant qu’il commence ! Je voulais absolument voir les images du bal ! C’est magnifique, ça fait vraiment envie. Je n’aimerais pas vivre dans le passé à cause (dans le désordre et non exhaustif) de la condition des femmes, de l’hygiène, de la santé, du corset, mais ça je rêverais vraiment de le vivre !

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La BBC offre un très beau documentaire que je vous conseille absolument de voir, surtout qu’il est disponible en HD sur Youtube ! Par contre, c'est sans sous-titre. Il est disponible dans la boutique de la BBC en DVD, mais je ne sais pas s'il y a des sous-titres avec, même anglais.

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