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Qu'il est bon d'être futile !

Lundi 2 février 2015 à 17:19

J’avais suivi assidûment les deux premières saisons de The Borgias, la série de Showtime consacré à la fameuse famille espagnole qui a « régné » sur l’Italie de la Renaissance pendant quelques années. Désireuse de démêler le vrai du faux, je m’étais dit que je lirai un ouvrage d’historien sur le sujet un jour. Voilà qui est fait avec Les Borgia de Marcel Brion. Sauf que…
 
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La première édition de ce livre date des années 1970 si ma mémoire est bonne. L’édition que j’ai lue est celle de Texto, qui date de 2011 ou quelque chose comme ça. Première remarque : j’aurais bien aimé une postface ou autre pour savoir si ce qui était dit restait valable ou non, des découvertes ayant pu être faites depuis. Mais Marcel Brion est décédé il y a un moment et l’éditeur n’a pas pris cette peine. Pas non plus de bibliographie à la fin pour rassembler les sources (données en notes de bas de page) ou orienter le lecteur vers d’autres ouvrages. Je suis habituée à « mieux » quand je lis ce genre d’ouvrage.
 
Ensuite, j’ai trouvé le style pas très accessible ni très beau, mais plutôt empâté, assez lourd. L’écriture ne donne pas envie et ne contribue pas à nous plonger dans l’ambiance, pourtant si particulière, de la fin du XVème et du début du XVIème italiens.
 
Ajoutons à cela que Marcel Brion était incapable d’argumenter. Il a son idée, apparemment préconçue, que les Borgia n’étaient pas pire que les autres. Il assène cette « vérité » tout au long du bouquin, et lorsqu’il rapporte des avis divergents du sien, il les écarte sans se donner la peine d’expliquer pourquoi dans le détail, se contentant de se rattacher à sa vision des personnages étudiés et des mœurs de l’époque. Et lorsqu’il ne veut pas se mouiller sur un sujet particulièrement épineux, ce qui est très fréquent vu la multitude de choses écrites et rapportées sur les Borgia, il expose les différents avis et surtout ne tranche pas. Ça m’a rendu la lecture très difficile, car je n’arrivais pas à partir d’une hypothèse précise pour fonder ma propre opinion et avancer dans l’Histoire sur cette base.
 
Le livre est construit en partie chronologiquement et en partie thématiquement. On suit à peu près le cours des événements mais chaque chapitre est consacré à un sujet particulier, ce qui fait que par moments on revenait en arrière, ce qui m’a un peu perdue vu que je connais mal la période et les querelles intestines des seigneurs italiens, fort nombreux au demeurant. L’ouvrage n’est donc pas très bien organisé de mon point de vue. On s’y perd facilement, et les néophytes peuvent avoir du mal à y trouver leur compte.
 
À vouloir parler de la famille Borgia de façon générale et à les intégrer dans l’ensemble plus largue qu’est l’Italie des micro-États dans un livre peu volumineux (moins de 400 pages), Marcel Brion a survolé beaucoup de points qui, pourtant, m’auraient beaucoup intéressée. Je trouve par exemple qu’il ne parle pas du tout assez de Lucrèce, alors qu’il semble vouer une profonde admiration à César (ce que j’ai bien du mal à comprendre vu la façon dont il est dépeint). Quant à Michelotto, Vanozza ou Giliua Farnèse, il n’en dit quasiment rien.
 
Je suis vraiment mécontente de cette lecture, avec laquelle j’ai franchement perdu mon temps parce que j’ai l’impression de n’avoir rien appris de valable. Je ne suis pas plus avancée qu’avant ma lecture. Si vous avez un bon ouvrage sur la famille Borgia à me conseiller, je suis preneuse ! Il me reste dans ma PÀL Lucrèce Borgia, un ouvrage de Magda Martini qui date de 1965 mais qui m’en apprendra peut-être plus, au moins sur cette femme. Je pense également éviter les Texto à l'avenir, car ce n'est pas la première fois que je suis déçue par un de leurs titres.
 

Dimanche 31 août 2014 à 14:41

C’est sur le blog d’Alicia que j’ai lu une critique sur Letters from Skye, roman de Jessica Brockmole, dont j’avais entendu parler à sa publication française sous le titre Une lettre de vous. Le pitch me plaisait au départ, mais quand j’ai vu sa chronique, je me suis dit qu’il fallait absolument que je le lise et grand bien m’en a pris !
 
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Elspeth est une jeune poète Écossaise vivant sur l’île de Skye. En 1912, Elle reçoit une lettre d’un étudiant Américain, sa première lettre de fan, qui va initier une correspondance de plusieurs années.
Margaret aide à mettre des enfants à l’abri en 1940. L’appartement où elle vivait avec sa mère est bombardé, et elle ramasse une lettre adressée à une certaine Sue. Sa mère s’enfuit alors. Margaret décide alors d’en apprendre plus sur le « premier volume » de la vie de sa mère dont elle a toujours refusé de lui parler.
 
J’adore les romans épistolaires, dont c’était déjà bien parti. Les chapitres alternent entre Elspeth (1912, etc.) et Margaret (1940), et j’admets avoir largement préféré ceux avec Elspeth, qui est de toute façon le personnage principal, même si David, Margaret et Paul sont aussi très présents avec leurs lettres. J’ai immédiatement accroché à cette jeune femme qui vit sur Skye, une île que j’ai absolument adorée, et qui écrit des poèmes. C'est une femme moderne, malgré son éloignement des grandes villes où on bousculait l'ordre des choses. Elle a un côté mystérieux qui séduit tout de suite. L’auteure livre petit à petit des informations sur elle, nous surprenant fréquemment. David est plus transparent. C’est un personnage moins intéressant lorsque le roman débute, mais au fur et à mesure il mûrit et devint plus complexe. Le couple Margaret/Paul m’a beaucoup moins passionnée. L’arc narratif consacré à Margaret ne sert qu’à éclairer le passé, d’ailleurs les chapitres qui lui sont consacré sont plus courts.

"Dear boy,
Why is it that things as languages are “feminine” courses of study? No censure to you, David. I know you were repeating a universal truth – albeit a questionable one. We are in an age where women work in professions previously prohibited."
 
Je n’aime pas beaucoup l’Histoire du XXème siècle, et si je prends très au sérieux les deux guerres mondiales, ce n’est pas une période que j’aime étudier. Pourtant, comme dans 14 – 14, j’ai complètement accroché. Jessica Brockmole a très finement construit son roman grâce à des recherches historiques suffisamment précises pour nous emporter dans la première partie du siècle. Les tranchées, le Blitz, l’angoisse des familles, mais aussi la vie d’un jeune Américain de bonne famille dans l’Illinois, le quotidien sur Skye… J'ai vu l'île de Skye il y a deux ans et c'est un de mes endroits préférés. Pouvoir me replonger dans les souvenirs de ces paysages magnifiques en même temps que je lisais, c'était un vrai bonheur ! De plus, j’ai été ravie de voir que la plume de l’auteure était travaillée : impossible de se tromper de rédacteur entre David et Elspeth, ne serait-ce qu’avec les expressions qu’ils utilisent, américaines pour l’un et écossaises pour l’autre. On retrouve également le jargon de l’armée. Bref, on y croit, on y est. Ce qui ne gâche rien, c'est que le roman n'est pas dénué d'humour ! Tout cela m’a énormément plu et m’a tenue accrochée au livre au moins aussi efficacement que l’intrigue.

"Dear Margaret,
Thinking is good. It’s what separates humans from cockroaches.
Mother"
 
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Concernant l’histoire justement, elle a fait battre mon petit cœur. Appréciant très vite les personnages, on veut que de bonnes choses leur arrivent, mais la guerre fait rarement des heureux. L’histoire d’amour est de celle dont on se souvient, contrariée par mille choses de la vie. Je dois dire que les rebondissements ne m’ont jamais surprise, mais ça n’a pas terni mon plaisir. J’attendais que telle ou telle chose se produise, ainsi que les dénouements, avec impatience. Elspeth et David étant des jeunes gens cultivés, le livre était bourré de références culturelles en plus des historiques. J’ai noté plein de titres de livre et de noms d’auteur, j’ai des recherches à faire !
 
"I should have told you, should’ve taught you to steel your heart. Taught you that a letter isn’t always just a letter. Words on a page can drench the soul. If only you knew."
 
En conclusion, un très bon roman épistolaire et historique avec sa belle touche romantique. Ce n’est pas un coup de cœur du genre du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, mais je m’emploie déjà à le conseiller activement tant il m’a plu et tant j’ai passé un bon moment de lecture. Je vous laisse sur encore plus de citations et des photos que j'avais prises de Skye, dont certaines se trouvaient déjà dans cet article, mais la plupart sont "inédites" ! Merci de me demander la permission si vous souhaitez les utiliser, à des fins non lucratives bien sûr. (Et oui, par les temps qui courent on est obligés de dire ça !)
 
"A wild, pagan, green place of such beauty that I couldn’t imagine being anywhere else."

"You can’t believe anything said in wartime. Emotions are fleeting as a quiet night."
 
"Bad news will find you, no matter how far you run."
 
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Vendredi 29 août 2014 à 17:53

J’ai entendu parler de Soie par le film d’abord. Je fais partie de ces personnes qui apprécient beaucoup Keira Knightley, et ce film fait partie de sa filmographie. Quand j’ai vu qu’il s’agissait d’une adaptation d’un roman d’Alessandro Baricco généralement très apprécié et en plus très court, je me suis dit que je ferai l’effort de le lire avant de voir le film. Le voilà lu, j’espère voir le film bientôt, même s’il est apparemment un peu différent.
 
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Dans les années 1860, un homme nommé Hervé Joncour voyage une fois par an pour aller acheter des œufs de vers à soie. Lorsqu’il devient impossible de passer par le fournisseur habituel en raison d’une épidémie, il est envoyé au Japon par les sériciculteurs de Lavilledieu pour rapporter des œufs sains. Ces voyages à l’autre bout du monde vont changer sa vie.
 
Il est vraiment difficile de faire une chronique d’un livre si court et si bon. Je ne savais pas à quoi m’attendre en commençant ce roman, et j’ai été très agréablement surprise. L’écriture et le héros semblent liés : ils se laissent aller, coulent leurs jours sans y prêter attention. Comme le dit l’auteur, Hervé Joncour est un homme qui ne vit pas sa vie mais qui y assiste, en tout cas au début. Baldabiou lui demande d’aller chercher des œufs, il va chercher des œufs. Il ne se pose pas de question, il n’est pas prise de tête. Il a une femme, Hélène, alors il l’aime.
 
Seulement, le Japon ce n’est pas n’importe quel pays. À cette époque, il commençait seulement à s’ouvrir au monde extérieur, et ce avec mille précautions. Les différences culturelles étaient encore plus énormes qu’aujourd’hui. Alessandro Baricco fait passer cela très finement, sans en faire des tonnes et sans dire de bêtises. Quelque part, il reste assez prudent. Je pense aussi que s’il n’a pas creusé davantage (il aurait pu décrire dans le détail les vêtements, les lieux, la nourriture…), c’est pour garder ce côté évanescent du roman qui participe grandement de sa poésie et de sa pureté, qui en fait un livre inoubliable. Je pense vraiment m’en souvenir pendant longtemps et je le relirai avec plaisir.
 
Et voir cela, rencontrer Hara Kei et sa concubine, change Hervé Joncour. Le désir, la passion s’immiscent en lui, malgré son autre vie, loin de l’autre côté du globe. Il se perd un peu, se reprend aussi, puis retombe. L’auteur nous mène avec sa plume, nous fait voyager et instaure une sorte de complicité avec le lecteur par des répétitions qui font penser à un doux conte (la citation reproduite au bas de l'article revient chaque fois que Hervé Joncour fait le voyage jusqu'au Japon, avec une légère variante). Cette douceur côtoie la violence du désir, sexuel mais pas que, mais si je poursuis cette analyse je vais vous raconter la fin, que j’ai trouvée poignante, magnifique, inattendue en plus, car elle change notre regard sur les personnages. Le passage de la lettre est véritablement sublime.
 
Je ne peux que vous encourager à lire ce roman, il prendra peu de votre temps tout en vous procurant une magnifique expérience de lecture. Pour ma part, il m’a vraiment marquée.
 
"Il passa la frontière près de Metz, traversa le Wurtemberg et la Bavière, pénétra en Autriche, atteignit par le train Vienne puis Budapest et poursuivit jusqu’à Kiev. Il parcourut à cheval deux mille kilomètres de steppe russe, franchit les monts Oural, entra en Sibérie, voyagea pendant quarante jours avant d’atteindre le lac Baïkal, que les gens de l’endroit appelaient : mer. Il redescendit le cours du fleuve Amour, longeant la frontière chinoise jusqu’à l’Océan, et quand il fut à l’Océan, resta onze jours dans le port de Sabirk en attendant qu’un navire de contrebandiers hollandais l’amène à Capo Teraya, sur la côte ouest du Japon."
 
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Vendredi 8 août 2014 à 17:51

Je le disais dans mon bilan du mois de juillet, Kate Quinn est extraordinaire ! Les héritières de Rome est le troisième roman que je lis d’elle et le troisième coup de cœur ! Je ne me lasse pas de ses personnages et de ses histoires, et je n’ai qu’une hâte : en lire d’autres !
 
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Dans Les héritières, nous suivons quatre jeunes patriciennes du clan Corneli. Cornelia et Marcella, qui sont sœurs, ainsi que leurs cousines, Lollia dont le grand-père est richissime et Diane, dont le père est sculpteur. Après le prologue, l’histoire commence alors que Galba vient d’être fait empereur suite au suicide de Néron. L’année 69 après J.-C. va être des plus dramatiques pour Rome et les quatre cousines.
 
Quel plaisir de découvrir une nouvelle galerie de personnages et de voir nos impressions envers eux évoluer en même temps qu’ils le font ! Au début, je n’accrochais pas du tout à Cornelia, avec ses airs de pimbêche et son plan pour devenir impératrice. Marcella au contraire me plaisait bien, avec sa manie de tout observer pour être historienne. Lollia m’exaspérait un peu avec son côté superficiel. Il n’y a que Diane qui est restée fidèle à elle-même du début à la fin et qui m’a plu tout du long. Toutes n’ont pas évolué dans le meilleur sens, mais à la fin on les comprend toutes, à défaut de pouvoir toutes les aimer (j’hésite encore à ce sujet…).
 
Dans les personnages secondaires, on en découvre et pour ceux qui ont déjà lu les deux autres romans de l’auteure traduits en français, on en retrouve aussi quelques-uns, ce qui n’est pas toujours agréable. J’ai adoré revoir Marcus Norbanus, entendre parler de Flavie et Julie, et surtout apprendre d’où vient l’impératrice Domitia… (C’est évident dès le début du roman, mais je ne voulais pas y croire ! J’espérais qu’on n’en arriverait pas là. C’est en tout cas un point qui m’a grandement bouleversée !) Concernant les nouveaux, ce sont surtout les hommes qui gravitent autour de nos quatre héroïnes ou qui sont au pouvoir à Rome. Des empereurs, patriciens, militaires, éleveurs de chevaux et autres astrologues… Même si on s’attache au prétorien et à l’esclave, on tourne plutôt notre affection vers leurs amantes.
 
Quant à l’histoire, difficile de lâcher prise une fois plongé dedans ! Ce que j’adore avec Kate Quinn, c’est qu’on apprend des choses tout en passant un excellent moment de lecture. Je connaissais l’Année des Quatre Empereurs, mais je mélangeais facilement tout. C’est à présent beaucoup plus clair. Avec le roman, les explications de l’auteure en fin de livre et son glossaire des personnages fictifs et réels, plus mes propres recherches ensuite, je pense que je vais mieux me souvenir de cette période à présent.
 
La narration est un peu différente de celle des deux autres romans de la saga de Rome, où on alternait entre des passages à la troisième personne et à la première. Dans Les héritières, tout est à la troisième personne, toujours en focalisation interne. On suit tour à tour les quatre cousines et on a ainsi une vision globale de cette année 69 où se concentre la majeure partie de l’intrigue. L’épilogue fait le lien avec La Maîtresse de Rome, qu’il précède, et je me dis que lorsque je relirai cette saga en anglais, je le ferai en suivant l’ordre chronologique. L’écriture se concentre davantage sur l’intrigue, il y a un peu moins de descriptions que dans les autres romans que j’ai lus, mais cela se justifie pleinement par le contexte. Tout est allé vite cette année-là, il y avait comme une urgence dans tout (je trouve qu’on le sent particulièrement du point de vue fictif avec les mariages de Lollia !), et ça se retrouve dans le style, plus direct.
 
Je n’ai plus qu’à prendre mon mal en patience avant la sortie de Lady of the Eternal City, la suite de L’Impératrice des sept collines
 

Mardi 15 juillet 2014 à 21:04

L’avantage d’avoir des beaux-parents encore plus foufous que vous sur l’Histoire et qui ont des bibliothèques admirablement fournies en la matière, c’est qu’on peut leur piquer des bouquins qui ne se vendent plus vu qu’eux les accumulent depuis 30 ans (au bas mot). C’est ainsi que j’ai découvert Le XIXème siècle, l’éclat et le déclin de la France, ouvrage de Gabriel de Broglie qui comme son titre l’indique, parle du XIXème français.
 
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L’originalité de ce livre est de traiter ce siècle par grands thèmes, formant ainsi une synthèse de ces années particulières et évitant le catalogue de faits et d’explications. Par contre, il faut déjà bien connaître le siècle, sinon on manque de notions pour comprendre à quoi il est fait allusion, par exemple le boulangisme. C’est assez bien passé pour moi, mais j’avoue que j’attendais un ouvrage plus facile d’accès et que j’ai été un peu décontenancée au début.
 
Parmi les thèmes très intéressants qui sont traités, je retiens le romantisme, l’éducation, la science, le suffrage universel (là il vaut mieux avoir quelques notions de droit !) et l’excès de confiance. Au final, j’ai trouvé l’ouvrage assez négatif quant à la vision qu’il donne de la France à cette époque, mais aussi sans faux semblant. J'ai plus retenu "le déclin" que "l'éclat" en somme. J’ai apprécié le travail de synthèse de grande qualité de l’auteur, qui est honnête en admettant qu’il n’a rien inventé, c’est bien une synthèse de dizaines d’ouvrages qui traitent déjà du sujet. J’apprécie également son travail d’historien, logique en allant au-delà des dates car non, le XIXème siècle ce n’est pas 1800-1899. C’est 1814 (fin de l’Empire) et 1914 (début du premier conflit mondial). Il fait également beaucoup de comparaisons avec d’autres pays (souvent à notre désavantage mais pas toujours !), surtout la Grande-Bretagne et l’Allemagne.
 
Gabriel de Broglie est historien et conseiller d’État ; autant dire qu’il est difficile de soutenir qu’il écrit mal ! Et ce n’est assurément pas le cas, j’ai aimé le lire malgré la longueur de certaines phrases ou de certains paragraphes, mais là encore ça en fait un ouvrage qui n’est pas à mettre entre les mains d’une personne qui souhaiterait acquérir des bases sur le XIXème. Le découpage en thèmes permet de poser le livre pendant plusieurs jours et de le reprendre sans se sentir perdu pourvu qu’on se soit à un nouveau thème, mais n’est pas idéal quand on souhaite le lire d’une seule traite, comme je l’ai fait (mais c’est parce que je suis têtue et que je voulais le rendre rapidement !).
 
Je ne vais pas m’étendre plus. Je ne sais pas si j’en aurai retenu énormément de choses (les informations ont du mal à rester dans mon crâne ces temps-ci) mais je l’ai trouvé réellement intéressant et change des autres livres d’histoire que j’ai pu lire jusqu’à présent.
 
"Comment, du fait de cet emboîtage des débuts et des fins, porter un jugement sur une époque si foisonnante ? Un siècle se juge à ce qu’il fait, à ce qu’il pense être, non pas à son épisode final ni exactement à ce sur quoi il débouche. Commencé sous le signe du romantisme, du mouvement, de la confiance et de la résolution, il s’achève sous celui du tragique, de la relativité, du désarroi, de l’indétermination. Dans l’intervalle, la France accomplit, sinon toujours réussit, une transformation profonde. Elle passe de la hiérarchie à la démocratie, des privilèges de l’élite à l’instruction pour tous, de la richesse accumulée à la richesse répandue. Le déclin permanent des anciens pouvoirs n’a pas contrarié les forces de transformation. La puissance de ces forces fournit, malgré la dureté des relations sociales, une capacité d’adaptation utile dans un monde qui change d’échelle. Et la mutation permet la poursuite d’un rayonnement français différent, moins dominateur, sans doute plus étendu, encore universel même si c’est la dernière fois et, là est l’essentiel, plus novateur."

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Lundi 23 juin 2014 à 16:20

Toujours curieuse et prompte à acheter un nouveau livre, j’ai voulu participer à une LC dans le cadre du challenge XIXème autour de La déchéance de Mrs Robinson de Kate Summerscale.
 
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Ce livre est le fruit des recherches de l’auteure sur un procès un peu singulier qui eut lieu en 1858 (ce n'est pas un roman). Alors que la procédure de divorce s’ouvrait plus largement, un homme a demandé le divorce en se fondant sur le journal intime de son épouse. Kate Summerscale nous raconte une époque, une femme, une grande affaire oubliée.
 
Le livre commence par un poème poignant de William Allingham puis pose le décor avec des arbres généalogiques et les hommes de loi intervenus au procès. Après un rapide prologue qui annonce clairement le procès (mais sans en donner l’issue), Kate Summerscale commence à nous parler d’Isabella Walker. Son premier mariage avec un Mr Dansey, son premier fils, le décès de son époux, et le remariage avec Henry Robinson, de nouveau des enfants, mais une vie insatisfaisante aux côtés d’un mari pétri de défauts, et une société qui ne lui convient pas. Femme intelligente et qui aime se cultiver, elle va coucher sur papier chacun de ses sentiments, même les plus honteux, ceux qu’elle devrait cacher, qu’elle devrait taire, en particulier sa passion naissante pour un certain Edward Lane.
 
Il faut se l’admettre, Isabella n’est pas vraiment une femme attachante. Je ne pense pas, contrairement à d’autres lectrices, que c’est dû au style de l’auteure. Elle nous livre de nombreux extraits de son journal, et celui-ci nous permet de connaître la femme telle qu’elle se représentait elle-même. Malgré un certain talent littéraire et des circonstances « atténuantes » (son deuxième mari était vraiment un gros c**), Isabella Robinson m’a fait l’effet de ne pas bien se rendre compte. Je ne l’ai pas appréciée, mais j’ai su la plaindre. La société victorienne est viciée par des convenances trop éloignées de la nature humaine et favorise le développement des défauts chez les uns et les autres. Entre l’hypocondrie et le traitement artisanal de véritables pathologies (j’ai frissonné d’horreur lors du passage consacré à la gynécologie de l’époque), la façon dont les individus, et bien sûr en particulier les femmes, étaient considérés, et les règles de bonne conduite, il y a de quoi se sentir piégée, comme Isabella, et faire des grosses bêtises.
 
Il est difficile de dire si oui ou non elle est « coupable » de ce dont son mari l’accuse. Je pense qu’elle l’était, et Edward Lane avec elle, ce qui fait de lui un sacré *bip* aussi. Trop facile de dire que l’autre affabule, a des crises de délire ou que sais-je encore ! Quel beau monde que celui où on accuse les autres pour se laver de tout soupçon ! Pas besoin d’aller dans les rues de Whitechapel pour constater que cette époque n’était pas si reluisante qu’elle veut bien le faire croire.
 
J’ai donc trouvé ce livre extrêmement intéressante. Les développements sur d’autres personnes, qui peuvent paraître trop s’éloigner du sujet principal (comme l’histoire de George Drysdale), m’ont beaucoup plu parce qu’il permettait de vraiment avoir une photographie réaliste de la vie de ces gens bourgeois. Cela permet aussi de croiser des personnages « historiques », qui ont fortement compté, et là je pense surtout à Darwin, qu’on voit régulièrement à partir d’un certain moment. J’ai appris beaucoup de choses (enfin, si tant est que je les ai retenues !) sans avoir l’impression d’avaler un manuel. J’ai trouvé l’écriture de Kate Summerscale très fluide. Sa démarche est tout à fait passionnante.
 
Là où je m’interroge, c’est sur les notes… Il y en a sur des dizaines de pages, mais elles ne sont pas indiquées dans le corps du texte, et j’ai eu du mal à comprendre l’intérêt de les lire après coup ! Le format n’est pas très bien pensé. De même, le livre porte en sous-titre "Journal intime d'une dame de l'époque victorienne", ce qui a induit en erreur beaucoup de lecteurs, qui pensaient lire un journal. Je m'étais renseignée avant de l'acheter et n'ai donc pas été surprise, mais c'est vrai que la nature de ce livre n'est pas clairement indiquée. Mais à part ça, rien à redire.
 
En bref, ce fut une très bonne lecture, vraiment intéressante à tous points de vue, et je suis curieuse de lire d’autres livres de l’auteure, qui a écrit sur d’autres affaires.
 
"Ne pas ébruiter l’adultère – pour le bien des enfants, du conjoint, des parents et du reste de la parentèle – était la norme au sein de la gentry. Dans ces milieux, où la réputation avait tant d’importance, la famille d’une femme trompée e celle de son mari s’employaient avec acharnement à étouffer tout écart de conduite. Les critères variaient quand la transgression était le fait de l’épouse, mais le principe restait le même : tant que cela ne sortait pas de la famille, il était possible de s’en remettre. Seul un signe manifeste du péché – une trace écrite, engagement ou confession – pouvait se révéler impossible à dissimuler."

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Mercredi 2 avril 2014 à 11:35

L’année dernière, à la même époque, j’ai lu La Maîtresse de Rome, de Kate Quinn. Son roman qui reprend une partie des personnages intitulé L’Impératrice des sept collines a été traduit l’an passé, et comme pour La Maîtresse de Rome, je l’ai demandé au Père Noël. En deux romans, Kate Quinn s’est hissée sans aucun mal parmi mes auteurs préférés.
 
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Dans ce livre, nous suivons quatre personnages en particulier : Vix et Sabine, déjà croisés enfants dans La Maîtresse de Rome, et Titus et Plotine, deux nouveaux personnages. Nous sommes sous le règne de Trajan. Vix est revenu à Rome, en quête de son avenir. Sabine est devenue une jeune femme, il lui faut choisir se marier. Plotine, la femme de Trajan, intrigue pour favoriser « son cher Publius » et Titus, jeune patricien dont le destin va se révéler bien différent de ses aspirations toutes simples.
 
Au début de ma lecture, je savourais le plaisir de retrouver la plume de Kate Quinn, l’Antiquité romaine et les personnages déjà présents dans le roman précédent, mais le coup de cœur du premier tome ne paraissait pas. Je trouvais les personnages moins attachants, l’histoire moins prenante… Et puis à un moment donné, il y a eu comme un déclic, et ça a été le coup de foudre. J’ai été incapable de reposer le livre avant de l’avoir terminé.
 
Certes, Vix et Sabine m’ont paru moins attachants que Thea et Arius en tant que couple (difficile d’ailleurs de dire qu’ils sont un couple), mais j’ai vraiment adoré Sabine en tant que personnage. Elle me plaisait déjà petite fille, j’ai adoré la femme qu’elle est devenue. Vix m’enchante moins, mais j’ai pris plaisir à le suivre également. Plotine est très particulière… D’une certaine façon, elle tient un rôle assez proche de celui de Lepida dans La Maîtresse de Rome, et en même temps elle est complètement différente. Je l’ai bien sûr détestée, et c’est bien le but (Kate Quinn fait ce qu’elle veut du lecteur de toute façon). Quant à Titus, c’est mon chouchou. On n’a pas l’impression qu’il va rester dans la première partie du roman. Il a l’air de ne faire que passer, et c’est très révélateur de son caractère. Mais plus les pages se tournent, plus on apprend à le connaître, et au bout d’un moment j’attendais impatiemment les passages où il était character PoV.
 
Dans les personnages secondaires, j’aime toujours autant le père de Sabine, le sénateur Norbanus. Parmi les nouveaux, j’ai beaucoup apprécié Faustine, qu’on voit surtout à la fin, mais qui je pense sera très importante dans une prochaine histoire. La vision donnée de Trajan est très plaisante et j’en venais à comprendre l’admiration de ses légionnaires. Je n’ai pas trop accroché au personnage de Mirah sans trop savoir pourquoi. On voit peu Calpurnie, la nouvelle épouse de Marcus Norbanus, et c’est bien dommage car je la trouve fort sympathique ! Quant à « ce cher Publius » de Plotine, il s’agit en fait d’Hadrien. Si vous aimez un peu l’histoire romaine, ce nom ne vous est pas inconnu je pense ! Il ne l’était pas pour moi en tout cas, puisque j’ai lu il y a quelques années les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar, que j’avais adoré mais dont je n’avais pas compris grand-chose. Néanmoins, ce livre m’avait laissé un certain sentiment sur Hadrien, que Kate Quinn bat très largement en brèche. Il faut dire que nous le voyons jeune, avant qu’il accomplisse bien des choses. Vu ce que je sais de sa vie, l’image qu’on a de lui changera peut-être dans le prochain livre.
 
L’auteure sait toujours nous surprendre. J’ai bondi et crié plusieurs fois pendant ma lecture (par exemple quand on apprend le prénom d’un certain petit garçon, qui présage de nombreux problèmes pour Vix…), j’étais vraiment à fond dedans, complètement happée par l’ambiance, les voyages où nous emmène Kate Quinn aux côtés de Vix et Sabine et l’écriture fluide, impeccable de l’auteure. L’intrigue n’est pas du tout la même que dans La Maîtresse de Rome, donc si vous l’avez lu, ne craignez pas une redite. Je vous conseille de l’avoir lu avant, afin de mieux apprécier le déroulement chronologique de cette magnifique fresque historique, où Kate Quinn mêle à la perfection l’histoire et la fiction. Là encore, les dernières pages sont consacrées à une note explicative. Ainsi, vous connaîtrez quels éléments qu’elle s’est permis de changer pour l’écriture de son roman. Cette sincérité avec le lecteur me plaît énormément, j’ai l’impression qu’elle ne nous prend pas pour des cons, au contraire. Ces deux livre sont tellement géniaux que je pense que je ne pourrais jamais apprécier correctement d’autres romans historiques se déroulant à cette période.
 
J’ai frôlé la crise cardiaque à la fin du livre. Je croyais que ce roman allait au bout de son histoire, mais en fait il s’arrête en plein milieu. En voyant sur quoi l’auteure nous laissait, je me suis précipitée sur le net pour chercher la suite. Son prochain roman à paraître en France, Les Héritières de Rome, n’est pas la suite, c’est une histoire qui se déroule avant La Maîtresse de Rome et qui est, a priori, sans lien (mais ça ne m’étonnerait pas de croiser certains persos tout de même !), mais je me disais que la suite de L’Impératrice des sept collines existait déjà en VO. En fait non. J’ai eu un gros moment de stress, croyant que l’auteure allait nous laisser nous lamenter sur cette fin horrible, mais en fait ouf ! elle est en train de l’écrire, c’est à paraître en 2015. L’attente va être insupportable.
 
Heureusement qu’un nouveau livre de Kate Quinn sort bientôt pour nous faire patienter en attendant la parution de la suite de L’Impératrice des sept collines. Je vais me jeter sur Les Héritières de Rome, je ne patienterai pas jusqu’à Noël cette fois ! Et je compte essayer la saga en deux tomes qu’elle a écrite avant de commencer la suite des aventures de Vix et Sabine et qui est consacrée aux Borgia, avec Giulia Farnese en personnage principal, disponible en anglais uniquement pour le moment. Tout ça pour dire que j’ai trouvé au final L’Impératrice des sept collines encore meilleur que La Maîtresse de Rome et qu’il faut absolument lire les romans de Kate Quinn. Vous n’avez pas d’excuse, ils existent en poche chez Pocket. Je vous jure que vous ne le regretterez pas.
 
"Sabine aimait la terrasse de la villa de Baïes. Par les belles soirées d’été, elle demandait à l’intendant de sortir les lits de table afin que le dîner soit servie dehors, à la brise tiède, quand les ombres s’allongeaient sur les tuiles et que la mer étincelait au loin, immense et bleue. Parfois, son regard se perdait au-dessus des coupes de raisin, et elle imaginait qu’elle voyait bien au-delà de l’horizon, jusqu’aux grands promontoires qui fermaient la Méditerranée."
 

Samedi 15 mars 2014 à 11:09

Vous ne le savez peut-être pas, mais je suis passionnée par les Indiens d’Amérique depuis que, petite fille, j’ai vu Danse avec les loups et Pocahontas. Quand je jouais aux Playmobil avec mon frangin, les Indiens gagnaient toujours sur les cow-boys. Depuis quelques années, j’ai envie d’en découvrir plus sur ces peuples. Alice avait dans sa PAL un roman intitulé Mille femmes blanches, de Jim Fergus, qu’elle n’avait pas l’intention de lire et me l’a gentiment offert. Merci beaucoup à elle ! Ça a été l’occasion de renouer un peu avec cette passion laissée en sommeil depuis longtemps.
 
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Nous sommes en 1875. Cette histoire est celle de May Dodd, jeune femme de Chicago injustement envoyée à l’asile par sa famille mécontente d’elle, qui va trouver le moyen de recouvrer sa liberté en acceptant une « mission » du gouvernement américain : se rendre dans les grandes plaines et épouser un Cheyenne, afin d’intégrer les Indiens aux Blancs. Les enfants de ces « mille femmes blanches » devront servir de pont entre les deux peuples. Nous la suivons dans son voyage vers l’ouest, puis dans sa vie de squaw. En filigrane, c’est l’histoire des Indiens d’Amérique qui se déroule sous nos yeux, par la plume de May qui note tout dans ses carnets.
 
Le début m’a paru un peu lent : il faut plus d’une centaine de pages avant de voir les Cheyennes. Avec le recul, je m’aperçois que ce temps était nécessaire : on fait connaissance avec May, elle nous raconte son histoire, dresse un peu les enjeux. On rencontre ses compagnes, on commence à comprendre le contexte historique, le point de vue des Blancs à l’époque et certains éléments de l’intrigue sont placés. May est différente des autres personnes de la classe sociale aisée. Elle a moins de préjugés, est plus ouverte d’esprit, plus grande gueule aussi, elle dit ce qu’elle pense. De ce fait, son style, quoique soigné, reste assez familier. Dans ses carnets, elle alterne entre coucher ses réflexions, raconter les évènements, décrire les paysages ou les us et coutumes des Cheyennes. Elle n’est pas une fervente chrétienne, mais se trouve un peu limitée parfois par cette culture blanche. Elle aussi tombe dans la facilité de parler des « sauvages », si difficiles à comprendre pour les peuples « civilisés ». Elle a parfois un côté un peu défaitiste qui m’a un peu chagrinée. J’aurais voulu qu’elle prenne des positions un peu différentes parfois… J’ai aimé la suivre, mais au final je ne me suis pas attachée à elle. C’est un peu mon regret concernant ce livre. D’autres personnages m’ont bien davantage conquise !
 
Il y a en effet une foule de personnages secondaires, dont certains m’ont beaucoup touchée. Gretchen, une femme d’origine suisse, m’a beaucoup fait rire. Elle est courageuse et forte, c’est le personnage qu’on admire souvent. La petite Sara, muette, si frêle et dont le destin m’a ébranlée, et son époux Cheyenne, ?. Les sœurs Kelly, des Irlandaises pleine de malice au franc-parler qui mettent toujours de l’animation. Phemie, ancienne esclave bien décidée à profiter de sa liberté retrouvée. Martha, la « meilleure amie » de May, timide et gauche, pas vraiment jolie mais amusante. Jimmy le muletier, dont je ne dirais rien de plus ! Feather on Head, une Cheyenne qui sera la première amie de May parmi ce peuple, et Pretty Walker, toute jeune femme, presque encore une enfant. Horse Boy, un jeune garçon pour lequel May se prendra d’affection. Au final, j’ai aussi bien aimé Little Wolf, l’un des chefs cheyennes. Et j’ai beaucoup apprécié un personnage qui arrive tardivement, le moine Anthony. Il est typiquement le personnage religieux que je peux respecter, comme Philip dans Les Piliers de la terre.
 
Il y aussi les personnages que je n’ai pas aimé, comme le Capitaine Bourke, qui franchement m’a saoulé. Il est gonflé lui ! C’est facile de tenir des beaux discours, de conter fleurette, et puis finalement de faire une connerie quand même, et d’essayer de se rattraper après. Moi je dis non. En plus, il se veut non macho et au final il n’est pas mieux que les autres. Bien entendu, j’ai détesté Jules Seminole, qui m’a sacrément foutu froid dans le dos. Je n’ai pas du tout apprécié le révérend Hare, un affreux personnage, mou et inutile, et dont les actes sont répréhensibles à tout niveau. Il représente facilement tout ce qu’on peut détester chez les cléricaux.
 
J’ai particulièrement apprécié dans ce roman la façon dont les émotions, les sentiments sont magnifiés. On dirait que la vie chez les Indiens provoque cela. Le bonheur est encore plus éclatant, la nature plus belle qu’ailleurs, mais quand le malheur frappe, c’est de façon encore plus violente et la tristesse est encore plus grande. Il y a vraiment des passages magnifiques, qui m’ont prise à la gorge, et les évènements m’ont fait pleurer plusieurs fois. Ce livre est parfait pour apprendre plein de choses sur les Cheyennes, leur vie quotidienne et leur culture, sans devoir se plonger dans un livre d’histoire ou un traité d’ethnologie. Globalement, le livre est très crédible. Jim Fergus a fait ses recherches, il a intégré des éléments du langage cheyenne. L’intrigue est intéressante, on a envie de connaître la suite. Par contre, attention, ce n’est pas une histoire toute gentillette, loin de là. C’est souvent dur. Personnellement, j’ai toujours trouvé l’histoire des Amérindiens d’une tristesse absolue et je continue à m’en offenser chaque fois que j’y pense.
 
"C'est au contraire une race d'hommes robustes et minces, aux visages basanés, bruns comme des châtaignes, à l'ossature fine nouée de muscles vigoureux. Ils paraissent dotés d'une agilité proprement féline, avec une vraie noblesse d'attitude. Ma première impression est que ces hommes sont plus proches du règne animal que nous autre caucasiens. Ces propos n'ont rien de dévalorisant ; je veux seulement dire qu'ils ont une apparence plus "naturelle" que la nôtre, parfaitement en harmonie avec les éléments. Je les avais imaginé de quelque façon plus grands, plus massifs, ainsi que les dépeignent les portraits dans les périodiques, très loin de ces créatures élancées, presque féeriques."
 
Le style est assez travaillé, car la narratrice, May, est issue d'une "bonne famille". En même temps, elle écrit assez librement parce qu'elle s'est affranchie de cette classe sociale. C'est très agréable à lire et je pense que dans l'ensemble Jim Fergus a vraiment fait les bons choix, de façon à ne pas alourdir son texte avec une écriture un peu pompeuse comme on peut parfois en trouver au XIXème siècle, tout en restant suffisamment crédible pour ne pas nous gâcher notre plaisir.
 
En bref, j’ai vraiment adoré ce livre que je vous conseille très, très fortement ! J’ai envie de m’acheter un livre plus détaillé sur le sujet depuis longtemps, par exemple sur les différents peuples indiens. Ce sera peut-être l’occasion de le faire bientôt. Je lorgne aussi sur des livres historiques sur Pocahontas, dont je connais la « vraie » histoire (le film d’animation de Disney n’a bien entendu rien à voir même si je l’adore) mais que j’aimerais connaître davantage.
 
"Et c'est une bonne tribu avec qui tu es ici. Certains des gars du sud ont une sale influence, c'est sûr. C'est qu'ils ont passé trop de temps avec les Blancs. Mais, en fin de compte, si on leur avait fichu la paix, tout irait bien. Si les Blancs les laissaient tranquilles, arrêtaient de leur mentir, de leur donner du whiskey, tout se passerait comme il faut."
 
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Jeudi 27 février 2014 à 12:17

Je vais commencer cette chronique en remerciant chaleureusement Babelio de m’avoir fait confiance pour la première fois à l’occasion des dernières opérations Masse Critique. J’ai terminé le premier des deux livres que j’ai reçus : D’un Rouge Incomparable, de Véronique Chouraqui.
 
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Ce roman historique se passe sous la Révolution française, à Montpellier, ville que je ne connais pas du tout. Il suit plusieurs personnages, et en particulier Elisabeth Coste, drapière dont la famille a le secret pour donne une teinte d’un rouge écarlate aux tissus ; et Joseph Durand, issu d’une famille ouvrière mais devenu juge de paix. Au début du roman, Elisabeth adopte une petite fille abandonnée et revoit pour la première fois Joseph, qui avait quitté Montpellier il y a plus de vingt ans avant d’y revenir. Ils s’aimaient étant enfants, mais que vont-ils devenir à présent que la vie les a séparés et que la Révolution gronde ?
 
C’est le premier roman de cette auteure, et l’idée lui en est venue en lisant des archives du département de l’Hérault qui racontaient un procès pour avoir fait cuire des galettes. C’est très intéressant d’avoir fait un roman qui se situe à cette période de l’histoire et pas à Paris ou dans d’autres lieux où les choses ont beaucoup dégénéré. Je connais assez mal cette période en plus, et le fait que le roman s’étale sur plusieurs mois permet bien de voir l’évolution de la Révolution (enfin, je connais bien les régimes qui se sont succédé, ça fait partie des cours de droit constitutionnel de première année…). On commence sous la monarchie constitutionnelle puis on apprend la mort du roi, de la reine, et l’avènement de la Convention et des comités, jusqu’à la Terreur. On voit ce que la Révolution a changé - ou pas - pour les gens, on apprend des choses sur la manière de faire des teintures, de pétrir et de cuire le pain, sur ce que portaient les gens... Tout l’aspect historique du roman était donc intéressant et plutôt bien fait. Je ne m’y connais pas assez, mais je ne pense pas que beaucoup d’erreurs se soient glissées de ce point de vue là.
 
Sur l’intrigue en elle-même, il faut que je précise qu’alors que j’en étais aux deux tiers de ma lecture environ, je suis tombée sans le faire exprès sur une chronique qui spoilait la fin… Ce n’est pas idéal. L’histoire croise plusieurs intrigues, et comme toujours je me suis davantage plu à suivre le destin de certains personnages. J’ai trouvé les sœurs Ferrard assez intéressantes et je voulais aussi savoir ce qu’il adviendrait de la petite Marianne. Benezech aussi est un personnage que j’ai pris plaisir à suivre, mais on le voit peu. La « romance » (je mets entre guillemets parce qu’il ne faut pas vous attendre à ne trouver que ça dans le roman) entre Elisabeth et Joseph m’a laissée assez froide, je n’ai pas été touchée, mais c’est sans doute à cause de quelque chose que je vais vous expliquer ensuite. Les thèmes abordés permettent de se faire une bonne idée de ce qu’était la vie à cette époque et sont très variés : la question des prêtres qui refusaient de prêter serment à la Constitution, le renversement de l’aristocratie, l’opportunisme, la disette, la place des femmes dans la société…
 
La construction du récit est un peu particulière. La narration est chronologique mais de nombreux retours en arrière sont effectués dans les souvenirs tantôt d’Elisabeth, tantôt de Joseph. Je comprends bien pourquoi l’auteure a utilisé ce procédé, cela nous permet d’apprendre chaque fois plus de détails sur leur relation et des secrets du passé, mais je dois dire que j’ai trouvé que c’était mal fait. En tout cas, je m’en suis rapidement lassée.
 
Dans la même veine, j’en viens à parler du style. J’ai vraiment eu un problème avec ça. Quand j’ai lu le premier chapitre, je me suis vraiment demandé si j’allais réussir à aller au bout, il était vraiment mal écrit. C’était un peu moins marquant ensuite, et donc je déplore le fait que cet incipit n’ait pas été mieux travaillé, car c’est très important pour le lecteur, on se forme aussitôt une idée du bouquin, et la mienne a clairement été défavorable. Le style est tantôt lourd, tantôt simpliste, des phases sont mal construites (règles de syntaxe), il y a pas mal de fautes aussi, d’orthographe et de conjugaison. Les dialogues sont particulièrement mal écrits. La distinction entre ce que dit le personnage et les indications que donne l’auteure sur le dialogue est mal faite, ce qui est gênant à la lecture. Ils sonnent faux la plupart du temps et enlèvent beaucoup de crédibilité à l’histoire. L’utilisation des italiques semble aussi très aléatoire… Tout un tas de choses comme ça qui font que j’ai vraiment eu du mal à passer outre pour apprécier le roman.
 
Si j’ai trouvé le contexte historique et l’histoire racontée plutôt intéressants, la faiblesse de l’écriture m’a vraiment empêchée de penser que D’un Rouge Incomparable est un bon roman. Je ne serai pas contre l’idée de lire un prochain roman de Véronique Chouraqui, car tous les auteurs doivent bien commencer quelque part et écrire n’est pas facile, mais j’essaierai d’en lire quelques pages avant de me lancer pour voir si les aspects qui m’ont beaucoup dérangée ont été corrigés. Merci encore à Babelio pour cette découverte !
 

Mercredi 19 février 2014 à 18:03

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Vous vous souvenez, il y a quelques temps j’ai lu Joséphine, l’obsession de Napoléon de Gerald Messadié. J’ai voulu continuer mes lectures sur les femmes de Napoléon en lisant un livre qui traînait dans ma PAL depuis plusieurs années : Marie-Louise, l’impératrice oubliée de Geneviève Chastenet. Avec le recul, je trouve vraiment que le livre sur Joséphine était mal fichu. Au final, je connais très mal et très peu Joséphine, qui était « loin », alors que j’ai vraiment eu l’impression de suivre Marie-Louise au plus près. J’éviterai Gerald Messadié à l’avenir. Non pas que Geneviève Chastenet ait fait un livre parfait, mais en tout cas largement meilleur. Je me demande donc si mes impressions sur ces deux impératrices ne sont pas biaisées… J’ai un autre livre sur Joséphine, qui me permettra d’appréhender cette femme sous un autre angle.
 
Pour vous situer un peu le contexte : en 1809, Napoléon est au summum de sa puissance. Il a perdu très peu de batailles et fout les jetons à tous les autres souverains d’Europe. Mais il sent que son Empire croulera après lui, en premier lieu parce qu’il n’a pas eu d’enfants de Joséphine. Il lui faut un héritier, et tant qu’à faire un héritier qui fera le lien entre lui et une grande famille régnante, une aristocratie pure et dure, une monarchie absolue… Comme toujours, l’Empire d’Autriche a un sacré vivier d’archiduchesses. En 1810, Marie-Louise d’Autriche, âgée de 18 ans et fille de l’Empereur François II, est mariée à Napoléon, dont elle avait dû fuir les armées jusqu’en Hongrie et qu’elle haïssait.

Je vais commencer par ce que j’ai à reprocher à ce livre. Déjà, Geneviève Chastenet prévient dès la quatrième de couverture : son but est de réhabiliter Marie-Louise contre ses détracteurs (de nombreux historiens français lui prêtent une sorte de légende noire, par opposition à l’admiration qu’ils portent à Napoléon). De ce fait, je me demande si parfois elle n’est pas un peu beaucoup partiale par moment. Si je prends pour argent comptant tout ce que j’ai lu, cette femme n’avait aucun défaut. Ensuite, l’auteure oublie par moments que nous ne sommes pas tous spécialistes de l’Empire (français ou autrichien) et de la configuration de l’Europe à cette époque. Il est donc parfois un peu dur de suivre, ce n’est pas forcément un livre à mettre entre les mains de néophytes. De même, elle fait plusieurs fois états d’éléments ou de rumeurs qu’elle n’explicite pas, laissant le lecteur patauger et se demander qu’est-ce qui est vrai. Je suis aussi un peu déçue du choix fait de concentrer le livre sur la vie de Marie-Louise avec Napoléon. Sur les 340 pages, plus de 200 sont consacrées à sa vie d’impératrice, alors qu’elle ne l’a été vraiment que durant 4 ans, comme si tout le reste de sa vie (son enfance et l’après-Napoléon) avait moins d’importance. Or, je trouvais ce reste très intéressant, n’étant pas une admiratrice de l’Empire et de Napoléon. Enfin, l’écriture laisse parfois à désirer (beaucoup de fautes vers la fin de l’ouvrage, et tout au long des problèmes de syntaxe).

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[L'impératrice Marie-Louise par François Gérard, vers 1812.] 
 
J’ai vraiment aimé découvrir cette archiduchesse souvent oubliée. C’était pourtant la mère de l’Aiglon, mais comme il est mort très jeune, on zappe les deux. Je m’aperçois que je porte beaucoup d’intérêt à l’Autriche en général. Ça a commencé avec Sissi, puis je suis remontée vers Marie-Antoinette, au passage je me suis intéressée à Isabelle de Bourbon-Parme qui a épousé le fils aîné de Marie-Thérèse et qui était donc la belle-sœur de Marie-Antoinette, là j’ai fait Marie-Louise (arrière-petite-fille de Marie-Thérèse et petite-nièce de Marie-Antoinette), mais j’ai encore un livre sur Louis II de Bavière et un sur le fils de Sissi, Rodolphe, et je compte bien continuer. J’ai aussi furieusement envie de visiter l’Autriche qui regorge de merveilles (et monter un peu vers la Bavière). Bref, Marie-Louise n’a pas dérogé à cet enthousiasme et les premiers chapitres sur son enfance m’ont beaucoup plu. Elle a toujours eu une relation fusionnelle avec son père, et lui a toujours tout pardonné (il l’a quand même « vendue » à l’ogre pour des fins politiques. Oui je sais, c’était normal à l’époque, mais ça leur a fait mal à tous les deux). Par contre, sa mère (qui s’appelait aussi Marie-Thérèse) était d’une sévérité effrayante, heureusement qu’elle a fini par mourir de ses multiples couches, laissant la place à une gouvernante aimante, puis à une très jeune belle-mère un tantinet passionnée (elle vouait une haine farouche à Napo), Maria Ludovica. Une enfance globalement heureuse, mais assombrie par la guerre permanente, et brutalement arrêtée lorsqu’elle part pour la France.
 
J’ai été très étonnée de son abnégation et de ses relations avec Napoléon. Ils se sont au final bien entendus. Il avait beaucoup d’égards pour elle (peut-être ménageait-il par-là son alliance avec l’Autriche) et elle en est venue à l’aimer, surtout qu’il est le père de son fils, qu’elle aimera profondément. J’ai justement à lui reprocher une certaine naïveté et crédulité, alors qu’elle était intelligente. Elle voyait bien que sa dame d’honneur, la duchesse de Montebello, ne jouait pas franc-jeu avec elle, et pourtant elle lui accordait sa confiance. Elle avait des idées politiques, elle a bien vu quand son mari a commencé à sérieusement déconner et s’enfoncer, mais peut-être manquait-elle de courage (elle était si jeune en même temps…), en tout cas elle n’a pas fait grand-chose, elle est restée à subir. En fait, je lui reproche exactement que je me reproche à moi-même… Sauf que je ne me trouve pas attachante, alors qu’elle a réussi à m’émouvoir et me plaire. Comme beaucoup de femmes à cette époque, elle avait un côté dévot assez énervant, mais c’était assez peu prononcé chez elle, ça va encore.

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[Le duc de Reichstadt par Thomas Lawrence, vers 1818-1819.]
 
C’était une femme instruite et intelligente, qui jouait de la musique, peignait, parlait plusieurs langues. Le livre contient de nombreux extraits de lettres, mémoires et journaux, et je trouve qu’elle écrivait un français admirable. On a aussi des lettres que Napoléon lui a envoyées, et clairement elle écrivait mieux que lui ! J’ai du mal à voir ce qu’on pouvait lui reprocher. Certes, elle n’a pas suivi Napoléon sur l’île d’Elbe. En même temps, il a tout fait pour qu’elle ne le rejoigne pas au moment de la chute de l’Empire, alors qu’il était à Fontainebleau (môssieur avait trop honte d’avoir chopé une maladie avec l’une de ses maîtresses et ne voulait pas qu’elle l’apprenne). Sa famille autrichienne n’était pas non plus motivée pour la laisser y aller et l’a ramenée à Vienne avec son fil de deux ans. Elle a essayé de le rejoindre plus tard, mais son entourage lui a alors révélé les nombreuses infidélités de son mari. Ensuite il a refait le con avec les Cent-Jours, donc il y a un moment où la fidélité a ses limites.

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[Le comte de Neipperg vers 1820.] 
 
Elle a ensuite commencé à vivre pour elle, se battant pour obtenir une souveraineté (le duché de Parme), et pour son fils, à qui elle essayait d’assurer un avenir. Mais ce prince enfant était très mal vu de tous côtés. Heureusement la famille de sa mère l’a « adopté » et il a vécu une vie plutôt heureuse jusqu’à sa mort à 21 ans, des suites de la tuberculose qui faisait des ravages chez les Habsbourg (Marie-Louise mourra de cette maladie aussi, et sa belle-mère Maria Ludovica y a succombé également). Elle s’est découverte une vie de femme aussi, et non plus une vie d’impératrice et de représentation. Quand enfin elle s’est détachée de son mari volage (et j’ai envie de dire : et fou), elle a découvert l’amour avec le comte de Neipperg, dont elle aura deux enfants hors-mariage. L’année de la mort de Napoléon, elle peut enfin épouser l’homme qui sera le seul qu’elle a aimé et le seul à l’avoir aimée. Ils n’eurent pas beaucoup d’années à passer ensemble, le comte est mort assez rapidement. Elle se mariera une troisième fois, avec l’homme qui l’aidera à gérer son duché, et qui sera son compagnon dans la « vieillesse ». Elle est morte à 56 ans, ayant vécu beaucoup de deuils et beaucoup de bonheurs, avec généralement un courage et une bonté extraordinaire. A sa place, j’aurais été désenchantée et aurais bien vite abandonné.
 
C’est vrai qu’elle mérite d’être davantage connue. C’est une femme intéressante, qui a eu une vie intéressante, et ce livre nous permet d’apprendre beaucoup de choses sur elle et sur son époque, mais aussi sur des gens qui l’entouraient. J’aimerais bien trouver une autre biographie d’elle, qui aurait une approche différente. Un ouvrage plus récent me conviendrait peut-être encore mieux. J'ai appris des choses sur l'époque et le contexte politique, par exemple je retiendrais les noms de certains personnages de la cour impériale que je ne connaissais pas (le duchesse de Montebello, Méneval), l'étiquette à cette cour encore plus ridicule que sous Louis XIV (c'est l'impression que j'ai eue !) et cet imbroglio avec les noms... Prenons le fils de Marie-Louise. Il a été titré dès sa naissance roi de Rome, et ce sera son "nom" pendant ses premières années. Il a été baptisé Napoléon François Charles Joseph Bonaparte, mais à partir du moment où rappeler ses ascendances Bonaparte n'étaient plus d'actualité, dans le livre il est appelé François-Charles. Mais comme il est éduqué en Autriche, voilà qu'on l'appelle Franz ("Franzi" pour le petit nom). Et comme il était "prétendant" au duché de Parme, pendant un moment on a essayé de l'appeler le duc de Parme. Au final il aura vécu comme un archiduc et le titre qu'il emporte dans la tombe est celui de duc de Reichstadt. Enfin, les bonapartistes vont l'appeler Napoléon II, même s'il n'a jamais régné et n'en a jamais eu l'intention. J'ai bien aimé aussi recroiser des personnages que je connaissais déjà par d'autres ouvrages.

En tout cas je suis très contente de cette lecture. Plus j’avançais, plus je voulais continuer, le livre a vraiment fini par m’accrocher. Cette chronique porte plus sur le personnage en lui-même que sur le livre, mais c’est que j’essaie de vous communiquer mon intérêt !
 
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