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Qu'il est bon d'être futile !

Mardi 2 juillet 2013 à 19:33

Cette chronique va être difficile à faire. C’est vrai qu’il est beaucoup plus simple de dire du mal que de dire du bien. Je n’ai jamais de problème pour rédiger les articles des livres ou des films que je n’ai pas aimés, mais j’ai souvent des difficultés avec ceux que j’ai adorés. Alors quand c’est un coup de cœur énorme comme pour Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, je ne vous dis pas… Comme quasiment tout le monde, j’ai beaucoup entendu parler de ce livre à sa sortie. Je m’y intéressais, mais sans plus. Il faut dire que les histoires de guerre ça n’a jamais été trop mon truc. Je voulais quand même essayer, tellement de personnes l’avaient adoré ! Et puis je suis curieuse. Mon amie Dawn a eu l’excellente idée de me l’offrir lors de notre swap « Jane Austen & England », et après moult encouragements et conversations à son sujet, je me suis lancée la semaine dernière… Vraiment, heureusement que j’ai de si bonnes copines, sinon je serai passée à côté d’un moment de lecture inoubliable !
 
De quoi ça parle ? Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates est un roman épistolaire, tout en lettres, télégrammes et quelquefois d’autres supports. Nous sommes en 1946. Le personnage principal s’appelle Juliet Ashton. Elle est écrivain, et ses chroniques durant la guerre lui ont valu la renommée. Elle écrivait des petites choses drôles pour adoucir les cœurs, mais à présent elle est en panne d’inspiration, et ne sait pas du tout quoi faire pour un nouveau livre, quand elle reçoit une lettre d’un certain Dawsey Adams, habitant de l’île anglo-normande de Guernesey, qui lui explique qu’il a lu un livre de Charles Lamb lui ayant jadis appartenu, et qu’il aimerait bien lire d’autres choses de cet auteur. Il mentionne aussi un certain Cercle d’amateurs de littérature et de tourtes aux épluchures de patates… C’est le début de la correspondance entre Juliet et des Guernesiais, qui va changer sa vie…
 
Ce roman est séparé en deux parties très logiques : durant la première partie Juliet est en Angleterre, en particulier à Londres, et dans la deuxième elle va visiter Guernesey. Nous avons une petite carte en début de livre qui permet de visualiser à quel point cette île n’est pas grande. A part ça, je n’en vois pas beaucoup l’utilité. J’ai préféré aller regarder des photos de l’île sur Internet après avoir fini le roman, en gardant en tête les descriptions qui sont faites dans le roman. Car oui, ce livre donne envie de visiter Guernesey ! Pour ma part j’ai envie d’y aller depuis que je sais que Victor Hugo y a séjourné pendant son exil et y a écrit quelques unes de ses plus belles œuvres, mais maintenant encore plus ! Le choix de cette petite île apporte une touche d’originalité dans le traitement de la Seconde Guerre mondiale. C’est très agréable de découvrir un endroit qu’on connaît si peu. De plus, le caractère des insulaires en général colle bien avec les personnages créés par Mary Ann Shaffer !
 
Pour moi, ce roman est très, très proche de la perfection. Il y a tout de ce que je souhaite, tout ce que je peux rechercher dans un livre. Le sujet est sérieux (oui, on parle quand même de la façon dans les habitants de Guernesey ont survécu à l’Occupation et des séquelles qui en restent), mais très bien traité, de façon originale et sans dramatiser outre mesure ni prétendre que ce n’est pas grave. C’est l’une des rares fois où j’ai vraiment aimé un roman traité de l’une des deux Guerres mondiales. Il y a de l’humour à la pelle (j’ai ri aux éclats à plus d’une reprise !), et c’est un humour fin, le genre qui me plaît tout à fait. En même temps, j’ai été prise à la gorge par des émotions très fortes : la colère, l’espoir, la tristesse… J’ai détesté cordialement certains personnages et ai eu envie de les gifler à la volée (y’en a un qui en méritait une bonne mais malheureusement ne l’a pas reçue). J’ai espéré tout le long du roman avant de pleurer comme une madeleine, deux fois. J’ai été ravie par la fin. Je me suis attachée aux personnages comme s’il s’agissait de mes propres amis : Juliet, bien sûr, mais aussi Isola, qui m’a fait beaucoup rire (mais faut arrêter la phrénologie Isola, c’est des conneries !), Dawsey bien sûr (même si en fin de compte on ne le voit pas tant que ça et je trouve qu’il n’arrive pas à la cheville d’autres personnages de la littérature dont je tairai les noms), Amelia, Kit, Eben, Eli, Susan, et évidemment Elizabeth. Je regrette qu’on ait peu vu Sidney et Sophie finalement, mais j’imagine qu’il ne fallait pas trop alourdir le roman.
 
L’amitié, l’amour, le courage, la confiance, l’intimité, la complicité, autant d’émotions et de qualités que l’on retrouve dans ce roman. L’histoire est belle et juste, tout simplement. J’ajouterais que c’est bien écrit mais très accessible et que ça se lit très vite (il y a quand même de belles marges, c’est écrit assez gros et il y a beaucoup d’espaces vides et de lettres courtes ou de télégrammes). J’adore le format épistolaire (Les Liaisons dangereuses n’est pas l’un de mes romans préférés pour rien !), ça nous permet vraiment de nous plonger dans l’histoire et de nous croire aux côtés des personnages (je leur aurais bien fait un câlin de réconfort à un certain moment). J’ai beaucoup apprécié aussi toutes les références littéraires. Les sœurs Brontë, Charles Lamb (que je ne connaissais pas), Marc-Aurèle, Agatha Christie, Jane Austen, Victor Hugo, Oscar Wilde (les développements à son sujet sont un vrai délice !)... Le roman traite beaucoup aussi des relations hommes-femmes, et c’est assez triste de voir que certaines personnes se comportent aujourd’hui comme au moment de l’après-guerre...
 
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Il m’arrive souvent de ne pas comprendre pourquoi de nombreux lecteurs ont eu un coup de cœur sur tel ou tel livre après l’avoir lu. Mais pour Le Cercle littéraire, je ne comprends pas ce qu’ils peuvent bien trouver à lui reprocher. Je suis triste que Mary Ann Shafer soit décédée, peut-être aurait-elle pu nous écrire d’autres magnifiques romans !
 

"Passer le restant de mes jours avec un être à qui je n’aurais rien à dire, ou pire, avec qui je ne pourrais pas partager de silences ? Je n’imagine pas d’existence plus solitaire." (Juliet)
 
"Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu’à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas." (Juliet)
 
"J’adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C’est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l’argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l’amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser. Et l’idée d’avoir la primeur des nouveaux livres." (Juliet)
 
"Vous connaissez sans doute l’immense mémorial que Victoria fit ériger pour son époux bien-aimé, le prince consort Albert. C’est un joyau des jardins de Kensington, un monument au goût raffiné de la reine autant qu’à la gloire du défunt. Juliet félicitait le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche d’avoir ordonné que des petits pois soient plantés dans les pelouses entourant ce mémorial, et écrivait qu’il n’était de meilleur épouvantail dans toute l’Angleterre que le prince Albert." (Lady Bella Taunton)
 
"Vivez-vous au bord de la Tamise ? Je l’espère, car les personnes qui habitent à proximité d’un cours d’eau sont bien plus sympathiques que les autres." (Isola)
 

Lundi 24 juin 2013 à 19:04

Lorsque j’ai commencé à suivre le blog et-en-plus-elle-lit de DoloresH, j’ai rapidement remarqué ses avis très enthousiastes sur les romans de Laura Kasischke. Pendant plusieurs mois, je me suis dit que j’allais en acheter un et essayer, et j’ai fini par prendre au Furet Rêves de garçons. Je voulais le lire aussitôt acheté, mais il a tout de même fait un séjour de quelques semaines dans ma PAL. Je l’ai emporté pour cet été, et ça y est, il est lu !
 
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Rêves de garçons donne la parole à Kristy, une adolescente de dix-sept ans en camp de cheerleaders pendant l’été. Nous sommes à la fin des années 70. Par une belle journée, elle, sa meilleure amie Desiree et une autre fille du camp, Kristi (mais avec un i !), n’ont pas envie de faire les abdominaux ordonnés par la coach, et s’en vont faire une balade en voiture, dans l’idée d’aller jusqu’au Lac des Amants et d’y faire trempette. Alors qu’elles se sont arrêtées à une station-service, Kristy croise le regard de deux garçons dans un vieux break rouillé. Et à  partir de là, lentement, tout bascule.
 
Le style de cette auteure américaine m’a sur le coup un peu déroutée. Beaucoup d’images et de va-et-vient dans la narration me poussait à me demander où elle voulait en venir. Pourquoi nous raconte-t-elle tant de souvenirs de Kristy ? Est-ce pertinent, est-ce que c’est un puzzle à reconstituer ? Rien de tout cela je pense. Laura Kasischke nous met vraiment le nez dans les pensées d’une adolescente typique américaine. Elle saute d’une idée à une autre, et possède une foulitude de « petites madeleines ». Une image apporte un souvenir et nous fait dériver avec l’esprit de Kristy. Ces instants de vie sont d’un réalisme incroyable et nous montrent, au final, une réalité de l’âme humaine qu’on ne veut pas toujours voir, et qui met en lumière les évènements du roman.
 
Je ne dirais pas que les personnages sont attachants, mais intrigants, oui. Qui sont-ils vraiment ? Qui sommes-nous vraiment, sortis de tout contexte ? Et ce suspense… La façon dont l’auteure amène les évènements rend complètement parano. On voit le diable dans chaque petit détail, on attend la catastrophe, imminente. Et ce n’est pas du tout ce qu’on pense. Le dénouement de l’intrigue m’a vraiment serré la gorge. Je ne m’y attendais pas (surtout pas à ce moment-là, dans cette ambiance), ni à la tournure des évènements à la suite de ce dénouement. Et les derniers phrases du roman m’ont vraiment laissée perplexe… C’est le genre de chose sur lequel on peut échafauder chacun nos théories et les confronter ensuite.
 
Laura Kasischke intrigue, fascine, avec un espèce de voyeurisme pour la vie quotidienne qui ajoute à notre malaise. Et pourtant, comment ne pas continuer de lire ? Et comment ne pas vouloir découvrir d’autres romans de cette auteure ? Laura Kasischke est pour moi très atypique, mais assez fascinante... Affaire à suivre donc ! Pour finir, je vous mets un bout intéressant su prologue, qui donne bien le ton...

"Tous les ans, on raconte des histoires autour du feu de camp. Au cœur de la flambée, il y a toujours une branche fine pourvue de mille aiguilles qui s'embrasent, rougeoient puis explosent tour à tour dans un sifflotement rapide avant de se flétrir. [...] Année après année, on répète les mêmes histoires - épouvantables, terrifiantes et véridiques -, et il y a toujours des filles pour se cacher le visage dans les mains pendant le récit. [...] Puis celle-ci : La jeune fille qui, un après-midi d'été, file en douce de Pine Ridge, la colo des pom-pom girls, avec deux copines dans une petite voiture de sport rouge, et qui sourit à deux garçons à bord d'un break mangé par la rouille..."
 

Lundi 10 juin 2013 à 21:32

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Il y a un moment de ça, je ne saurais plus vous dire combien de temps (mais je le saurai quand je pourrais vous mettre le lien, ce qui est pour l’instant impossible), j’ai vu sur le blog Grignoteuse une chronique du roman Adorable Sophy, de Georgette Heyrer, paru chez Milady Romance. Je me suis dit que ça avait l’air d’une bonne lecture détente, et que je le lirai cet été. C’est chose faite !
 
Quand Sir Horace Stanton-Lacy débarque chez à Londres chez sa sœur, la comtesse Ombersley, et lui demande de bien vouloir accueillir sa fille Sophy le temps de l’une de ses missions diplomatiques, la tante ne sait pas bien dans quoi elle met les pieds. C’est tout Berkeley Square qui va être chamboulé par l’arrivée de cette cousine…
 
Dès le début, j'ai aimé le style. C’est léger et plein de dialogues savoureux. Certains échanges sont d’un piquant qui m’a bien plu, notamment entre Sophy et son cousin plus âgé, Charles. Mais Sophy a également le don de moucher ceux qui l’ennuient (j’ai adoré le moment où elle envoie balader Lord Bromford l’air de rien). J’ai vu quelques lectrices dire que trop de dialogue tue le dialogue, et pour le coup c’est vrai qu’il y en a beaucoup. Mais dès le départ, Georgette Heyer nous plante bien le décor et, surtout, les caractères, si bien qu’avec peu d’indications « scéniques », je m’imaginais parfaitement l’expression et les gestes des personnages. Les dialogues rendent le livre très vivant et animé. L’histoire en elle-même est aussi très dynamique. On ne perd pas de temps ; s’il ne se passe rien, on passe au mois suivant, etc.
 
Sophy est vraiment un personnage haut en couleurs. Elle m’a fait beaucoup sourire, voire rire. Elle est malicieuse, gaie et maline, une jeune femme forte comme on les admire (cette scène avec Goldhanger… terrible !). Son caractère est tellement extraordinaire pour une jeune fille du XIXème siècle qui côtoie le monde que l’histoire en devient peu probable. Néanmoins, c’est une vraie bonne lecture détente, et qui a le mérite de tourner en ridicule les caractères à l’opposé de ceux de Sophy, et notamment ceux des pimbêches, qui sont il faut l’avouer, de ces personnages qu’on adore détester.
 
L’intrigue est, bien évidemment, très prévisible. Avant la moitié du bouquin j’avais tout compris ; les couples qui se feront, ceux qui se déferont, et comment tout ce petit monde finit. Et pourtant j’ai pris plaisir à suivre les petites histoires de chacun et à voir Sophy se mêler de tout. Pour moi c’est une bonne romance, plaisante, qui ne m’a pas rendu marshmallow mais qui m’a fait passer un vrai bon moment. Je ne crois pas que ce roman plaira à tout le monde, mais il a le mérite de se lire vite et de nous faire oublier nos préoccupations le temps de la lecture. J’ai vu que Milady sort bientôt un autre titre de Georgette Heyer, Cotillon, et si j’ai l’occasion je le lirai aussi. Pour finir, je vous inonde de quelques phrases que j'ai surlignées et qui m'ont plu.
 
 
"— Bonsoir Evrard !, dit-il. Je ne savais pas que vous étiez déjà remis. Comment ça va ?
— Mal, Cyprien, mal ! Ce que j'ai souffert dans les oreilles n'est rien auprès de ce que mon cœur endure. Pourrai-je jamais y survivre ?
— On survit à tout, sauf à la mort, répliqua joyeusement Wychbold."

"Les parents sont les meilleurs juges de ce qui convient aux enfants. Par ailleurs, il y a quelque chose de quelque peu... inconvenant dans le fait de voir une jeune fille tomber amoureuse, comme on dit. C'est une attitude qui convient au peuple, mais pas aux gens de notre monde."

"Je suis bien embarrassé, déclara tout à coup lord Bromford, d'une voix assez lamentable. J'étais venu ici pour provoquer ce monsieur en duel, mais j'ai attrapé un rhume !"

"Monsieur ! dit Lord Bromford, avec autant de dignité qu'en pouvait assumer un homme dont les deux pieds trempaient dans la moutarde, vous me répondrez des mots que vous venez de prononcer."

Vendredi 3 mai 2013 à 16:05

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C’est l’avis de Méli qui m’avait donné envie de découvrir La Femme du Vampire, roman de l’auteure allemande Nina Blazon. Elle m’avait convaincue de tenter ma chance avec ce roman en soulignant que ce roman n’était pas de la bit-lit (ne vous fiez pas à la couverture !). Non pas que je n’aime pas la bit-lit (je prends beaucoup de plaisir à lire Maeve Regan pur l’instant !), mais renouer avec les « vrais » vampires, j’adore (voir mon article sur Le Mal en la Demeure, de Stéphane Soutoul). Sur cet aspect traditionnel, j’ai été comblée. D’autres choses cependant m’ont moins plu, et c’est pour cela que malgré que ce fût une très bonne lecture, ce n’est pas un coup de cœur.
 
Nous sommes au XVIIIème siècle. Jasna a quinze et vit avec son père et ses cinq sœurs en Serbie quand, lors d’une nuit de tempête, surgit Jovan. Rapidement son destin va être scellé : son père la vend à Jovan pour qu’elle épouse le fils de celui-ci, Danilo. Jasna doit quitter sa famille et partir vivre dans le domaine des Vuković, les trois tours. Pourquoi Jovan a-t-il choisi une jeune fille vivant si loin des trois tours comme épouse pour son fils ? Pourquoi la famille est-elle mise au ban du village ? Comment expliquer les choses étranges auxquelles Jasna assiste dans la tour où elle vit ? Des objets déplacés ou cassés, des ombres dans la nuit, un visage affreux derrière une vitre. Lorsqu’elle pose des questions, tout le monde s’échine à la mettre sur une mauvaise piste. Mais Jasna veut la vérité, surtout quand des bêtes et des gens du village meurent étrangement…
 
La première chose qui m’a plu, avant même de commencer ma lecture, c’est que juste après la page de garde, on trouve une page intitulée « Prononciation des sons et des noms slaves ». Ça met de suite dans l’ambiance ! Ainsi, Jasna se dit « Yassna ». Il y a plein d’accents bizarres sur les consonnes, et si au début je devais souvent retourner sur cette page pour savoir comment prononcer correctement un nouveau mot, je m’y suis faite assez vite et ça donne un charme certain à la lecture. Je n’avais jamais rien lu se passant en Serbie, et si je savais qu’on situe généralement les origines du vampire dans ces pays, je connaissais mal ces vieilles légendes. Se plonger ainsi dans les superstitions, dans les traditions à la limite de la Serbie, de la Hongrie mais aussi de l’Autriche et de la Turquie, était très intéressant, même si au final je ne pense pas avoir retenu beaucoup de choses (il y a trop de choses dans ma tête en ce moment).
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L’histoire nous mène de surprise en surprise, de découverte en découverte à la suite de Jasna. Mais quand elle croit trouver une réponse, une autre vérité se cache encore derrière, jusqu’à ce que tout s’éclaire à la fin. Chacun a son secret et personne ne connaît toute l’histoire. Le lecteur doit attendre la fin, et lui aussi se poser des questions, soupçonner chaque personnage. De quoi doit-on se méfier ? De Jovan, le beau-père ? Danilo, l’époux ? Nema, la vieille servante sourde ? Siméon, l’ami de la famille ? Marja, la défunte épouse ? Ou Dušan, le bûcheron nomade ?  Personnellement je n’avais rien deviné des tenants et des aboutissements de cette histoire, et le suspense a duré jusqu’au bout ! Et je reste très intriguée par le personnage de Bela, qui est pour moins de loin le plus intéressant de tous. Le roman est globalement bien dosé, équilibré.
 
Mes réserves se portent notamment sur la narration. C’est Jasna qui parle, ce qui permet de la sentir assez proche de soi et de douter avec elle. J’ai eu du mal à me l’imaginer, à vraiment l’aimer malgré son fort caractère. Impossible non plus de croire qu’elle a quinze ans, même si l’ont était adulte plus tôt qu’aujourd’hui à cette époque-là. Je n’ai pas non plus adhéré vraiment à la romance qui s’ajoute à l’histoire. L’écriture est la plupart du temps agréable, mais j’ai repéré d’assez nombreuses erreurs dans la traduction qui m’ont parfois gênée (oubli de mots notamment). Et par moments, la narration passait au présent, chose qui est très difficile à faire correctement en français et qui m’a bien embêtée. En outre, impossible de savoir si c’est là maladresse de la traductrice ou de l’auteure.
 
Dans l’ensemble, cette lecture était un vrai plaisir d’ailleurs mais qui ne m’a pas totalement convaincue. Je suis néanmoins très curieuse de lire d’autres romans de Nina Blazon, et j’emporterai mon exemplaire pour dédicace aux Imaginales !
 
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Dimanche 28 avril 2013 à 11:54

Grâce à Faëlys, le club de lecture L’Île aux livres a reçu plusieurs exemplaires du roman Beauvoir in love d’Irène Frain. J’ai récupéré l’un des volumes et me suis lancée dans cette grosse lecture de quatre cents pages qui raconte l’aventure amoureuse de Simone de Beauvoir, philosophe et écrivaine française, avec Nelson Algren, auteur américain, au milieu du XXème siècle.
 
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Le roman s’ouvre sur l’arrivée de Simone à New-York, en janvier 1947, pour son premier voyage aux Etats-Unis. Elle s’y est rendue en ambassadrice de l’existentialisme, et donc de Sartre, son amour, son âme sœur intellectuelle. Mais leur système d’« amours contingentes » (l’infidélité autorisée, pour faire simple), lui pèse. Surtout que Sartre s’est entiché de cette Américaine, Dolorès, et qu’il est fou d’elle. Simone pourrait bien y perdre sa place. Seulement, lors de son passage à Chicago dont elle souhaite visiter les bas-fonds, elle fait la rencontre de Nelson Algren, et aussitôt une quatrième personne se trouve prise aux pièges de ces amours complexes.
 
Personnellement, je connais très peu et très mal Beauvoir et Sartre. Je n’ai jamais lu Simone de Beauvoir. En revanche, j’ai étudié Sartre en philo (l’un des auteurs les plus nébuleux à mon sens, j’ai été traumatisée par l’étude d’un passage de L’Etre et le Néant !), je l’ai même lu pour le plaisir (Huis clos et Le mur et autres nouvelles). Cependant, de leurs vies et de leurs personnalités, je ne savais presque rien, et le peu que j’en savais m’intriguait et me répugnait à la fois. Je me disais « Quelle étrange façon de vivre ils semblaient avoir ! ». Je ne me trompais pas de beaucoup. Bien sûr, ici, on suit Beauvoir. Sartre est toujours présent par ses courriers, mais physiquement on le voit très peu. Plus précisément, on suit alternativement ou en même temps Simone et Le Castor. Simone, c’est la femme qui va tomber amoureuse de Nelson, la femme sous les vêtements, sous le chignon impeccable, sous l’agrég’ de philo. Le Castor, c’est le surnom donné par ses amis de Paris et notamment par Sartre, c’est la femme engagée politiquement, la machine de travail, les idées philosophiques, les livres… Au fil des pages, je découvrais cette femme fascinante. J’ai du mal à dire si elle m’est sympathique ou non. Je pencherais plutôt vers le oui, mais cette mise à nu(e) romancée d’Irène Frain la montre aussi sous des jours moins favorables. Elle ma paraît vouloir le beurre et l’argent du beurre. Elle a du mal à faire des choix, à mettre de l’ordre dans ses priorités, et ça lui a coûté beaucoup au final sur le plan personnel.
 
Sur l’amour entre Nelson et Simone, on en comprend bien l’évolution, il y a quelques très beaux moments. Mais ça vire rapidement à la passion et donc aux déchirements. Pour moi lectrice, ça s’est manifesté par un sentiment de malaise et à certains moments d’ennui. De plus, Nelson Algren ne m’a pas été du tout sympathique. A la limite, je préfère Sartre. Oui c’est un bonhomme manipulateur, ais au final il correspond mieux à Simone et j’avais l’impression de « mieux » le comprendre. En même temps, Nelson m’a parfois touchée avec sa Maudite Sensation, mais dans l’ensemble il m’a plutôt exaspérée, il se comporte souvent comme un gamin, au final c’est un gros macho irrespectueux et à mon sens il ne méritait pas de s’être attaché une femme comme Simone de Beauvoir. Néanmoins, si elle n’avait pas vécu cette folle passion en approchant de la quarantaine, peut-être n’aurait-elle jamais réussi à écrire « son livre sur les femmes » auquel elle tenait temps, Le Deuxième Sexe.

http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Pourleblog/SimonedeBeauvoirNelsonAlgren1.jpg[Nelson et Simone. Je n'ai pas trouvé de quand date cette photo ni où elle a été prise, mais je pense que c'est pendant leur voyage en Amérique centrale.] 

Irène Frain a fait un travail de recherches absolument magnifique. Bien sûr cette histoire est romancée, ne serait-ce que parce qu’on ne peut pas savoir ce qu’il y avait dans la tête de ces deux amants, mais chaque fois que l’auteure devait s’hasarder à faire des conjectures, elle explique pourquoi, au vu des documents qu’elle a étudié et recoupé entre eux, elle a fait le choix de raconter l’évènement de cette façon. Cette démarche toute historienne m’a évidemment beaucoup plu ! Une autre lectrice du club, Lilith, qui a également terminé sa lecture, n’a pas du tout apprécié le style de l’auteure, très haché. C’est effectivement assez étonnant, mais ça donne du rythme à la lecture, qui finalement n’était pas trop longue (j’ai mis quasiment un mois pour le lire à cause de mes examens, et ce n’était pas vraiment une lecture détente, donc j’ai eu peu peiné de ce point de vue). Une phrase à un moment m’a fait réaliser pourquoi Irène Frain a fait ce choix dans sa rédaction. Elle indique à un moment que Simone de Beauvoir parlait très vite, un débit de mitraillette, surtout quand elle était sujette à des émotions particulières. En outre, comme c’était une femme très intelligente, elle devait penser « très vite », sauter d’une idée à l’autre sans cesse. J’ai donc vraiment ressenti à certains moments que j’étais dans ses pensées, et c’était une très bonne immersion. Par contre, il est dommage que pour les passages consacrés à Nelson, surtout ceux où Simone est absente, l’auteure n’ait pas changé de style. Peut-être est-ce pour montrer la proximité entre les deux êtres, mais comme je l’ai dit plus haut, je ne les trouve pas particulièrement bien ensemble, donc j’aurais préféré un changement bien marqué dans la narration. Je termine en précisant qu’Irène Frain a posté de nombreuses photos de son voyage aux Etats-Unis, effectué pour marcher sur les pas de Simone de Beauvoir. C’est à cette adresse.
 
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[Cliché pris par Art Shay, ami photographe de Nelson. Tout un mystère entoure cette photo et les autres prises au même moment !]

Cette lecture était vraiment très intéressante, et change beaucoup de ce que je lis ordinairement. Il me reste un peu de Sartre à lire dans ma bibliothèque (Qu’est-ce que la littérature et Les Mouches je crois) et je suis de plus en plus curieuse de découvrir ce qu’a pu écrire Beauvoir. Je suis très attirée par son Deuxième Sexe, et en même temps, je suis tellement nulle en philo que j’ai peur de ne rien comprendre et de vraiment passer à côté de quelque chose. Par contre, lire Nelson Algren ne m'intéresse pas du tout... En tout cas, Beauvoir in love est un beau livre, seulement je pense qu’il ne peut pas plaire à beaucoup de monde.
 

Lundi 4 février 2013 à 15:07

Le club de lecture lillois L’Île aux livres a été contacté il y a quelques temps pour faire un mini-marathon lecture autour de Dévoile-moi, premier tome de la trilogie de romance érotique Crossfire de Sylvia Day, auteure américaine qui sera à Lille en mars. Le but est qu’un maximum de membres du club lise le livre d’ici la venue de l’auteur. N’ayant jamais lu ce genre de littérature, je me suis lancée !
 
Nous suivons Eva, qui raconte son arrivée à New-York avec son ami Cary. Elle a déniché un job fantastique dans une très bonne agence de pub, sise dans le bulding Crossfire. Avant même de commencer son premier jour, elle rencontre un homme au magnétisme irrésistible, beau à se damner, qui va très vite s’intéresser de près à elle. Mais est-ce une bonne idée de se lancer dans une telle histoire, avec son passé difficile ? Sans compter que son passé à lui a l’air bien tumultueux également…
 
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Globalement, j’ai bien aimé, ce n’est pas une épreuve que de lire ce roman. Sur la question des scènes érotiques, elles sont généralement bien décrites, quoiqu’un peu redondantes sur la fin. C’est assez émoustillant, et ça reste soft, rien ne m’a choquée (un moment j’ai eu peur qu’on bascule sérieusement vers un truc qui ne me plairait pas du tout, mais non, ça viendra peut-être dans les tomes suivants par contre). Toutefois, tout ça manque un peu (voire beaucoup) de réalisme à mon humble avis. Je ne vais pas vous détailler pourquoi, ce n’est pas vraiment le lieu je pense ! Ce sera plus facile d’en discuter au club avec des gens que je connais (je ne vais pas raconter ma vie sexuelle non plus, rassurez-vous les coupains !).
 
Sur les personnages, c’est agréable d’avoir deux adultes vraiment adultes, qui révèlent peu à peu leurs faiblesses et leurs défauts. Ils ne me sont pas antipathiques, mais pas vraiment sympathiques non plus, je ne me suis pas franchement attachée à eux. Et j’ai été un peu embêtée par le côté « riche et célèbre ». Les personnages n’ont aucun problème d’argent et vivent vraiment dans un autre monde. Il y a bien quelques scènes où ils redeviennent des personnes « normales », mais bon, tout ça reste trop éloigné du lecteur. Après il y en a qui aiment bien, qui ont l’impression de s’échapper et de rêver à une vie différente, mais bon là je trouve ça un peu facile parce que l’argent semble leur être tombé tout seul dans les mains (bon pas vraiment tout seul, mais je me comprends). J’espérais que certains personnages soient plus creusés, notamment le père d’Eva, qu’on voit très peu. Je m’attendais aussi, après avoir lu le premier chapitre, à rencontrer pas mal d’humour. Ça n’a pas été le cas, et c’est dommage car je pense que ça aurait vraiment été un plus pour le roman. Certains personnages en ont le potentiel en plus (Cary notamment). Tous les personnages ont un passé douloureux, don ça aurait été bien de contrebalancer avec des moments drôles.
 
On m'a demandé si c'était un roman "pour filles", mais je n'ai pas trouvé. L'histoire est vraiment axée sur la relation entre les deux personnages principaux. On entend occasionnellement parler de robe et de bijoux, mais moi qui ne suis pas très fille justement, ça ne m'a pas embêtée. Après, c'est sûr que c'est de la romance, même s'il y a beaucoup de sexe, donc ce n'est peut-être pas très "garçon". Sur l’intrigue, il faut quand même être honnête, ça ne casse pas trois pattes à un canard. C’est une histoire d’amour rendue compliquée par le bagage que se traînent les deux personnages, donc on alterne entre engueulades et réconciliations au lit, en gros. Des obstacles se dressent dans leur relation, venant de différentes directions, et la fin de ce premier tome laisse des questions en suspens pour la suite. Néanmoins, je ne pense pas qu’il était nécessaire de faire une trilogie, c’est juste à la mode. Je ne me suis pourtant pas ennuyée, ça se lit tout seul et si j’ai l’occasion, je lirai la suite.
 

Mardi 15 janvier 2013 à 18:12

Sous le règne de Bone de Russell Banks était la lecture pour le club Lillois de L’Île aux livres du mois de janvier 2013. Lecture imposée donc, et en particulier pour moi, qui ne serais jamais allée chercher ce roman de moi-même car ce n’est pas du tout mon genre de lecture.

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Chappie a 14 ans lorsque sa vie change. Jusque là, il vivait avec sa mère et son beau-père, et ça se passait mal. Il finit par se barrer pour vivre avec son pote Russ et passe ses journées à traîner dans le centre commercial, à fumer des joints et à dealer un peu. Mais ça, ce n’est que le début du changement, car Chappie va voyager, va changer, y compris de nom.
 
La personne qui a présenté le roman l’a présenté comme un énorme coup de cœur et même une révélation littéraire. Je m’attendais donc à voir mon cerveau retourné par ma lecture. Bah, pas vraiment… Ce n’est pas un mauvais roman, loin de là, mais je ne comprends pas ce qu’il a de si extraordinaire. Je n’ai pas vraiment apprécié l’écriture de l’auteur et la narration qu’il a choisie. Ça se lit vite une fois qu’on y passe un peu de temps. L’histoire s’est déroulée sans vraiment que j’y prête attention, je n’attendais pas la suite. Par contre, je me suis attachée au gamin, qui se débrouille vachement bien étant donné les circonstances. L’histoire est très… glauque. Il y a plein de passages où on aimerait être ailleurs, lire autre chose. Ils alternaient avec d’autres passages plus légers, mais tout de même, la sensation qui domine est le malaise.
 
Ce qui m’a vraiment dérangée en fait, c’est que l’auteur semblait à chaque page accuser le lecteur. En tout cas c’est ce que j’ai ressenti. Il accuse la société toute entière pour ce que vit Chappie. D’abord, l’histoire se passe aux Etats-Unis. Un monde qui n’a rien à voir avec la réalité française. Je sais que la France est loin d’être parfaite, mais je ne crois pas que ça passerait, par exemple, de vendre ta fille à un mec qui tourne des films porno pour t’acheter du crack. Je dis pas que ça n’existe pas, seulement que ce n’est pas « ma » réalité, et donc ça ne me touche pas. Il y avait beaucoup de choses comme ça, très américaines, qui me repoussent. Bon, il y avait aussi des horreurs qu’on retrouve partout (je pense à la raison pour laquelle Chappie se barre). Mais je ne sais pas, l’ensemble a fait que pour moi, c’était complètement improbable. La plupart des personnages m’ont gonflée. Les parents, Russ, les bikers, Evening Star, Doc… Il n’y a que la petite Froggy que j’ai bien aimé, et un peu I-man aussi.
 
Je ne déconseillerai pas ce roman, ni ne le conseillerai. C’était juste un roman pas pour moi.
 
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Samedi 22 septembre 2012 à 14:47

Aujourd'hui, je vais vous parler rapidement de La cloche de détresse, écrit par Sylvia Plath. Merci à Cydre qui m’a prêté ce livre. Il l’avait présenté au club de lecture lillois, et il avait réussi à m’intriguer. L’histoire est contée par Esther Greenwood, jeune fille qui au début du roman, au début des années 50, est à New York après avoir gagné un concours. Avec d’autres jeunes filles, elle assiste à des défilés, travaille pour un grand magazine, participe à des fêtes. Mais très vite, elle se sent enfermée dans une cloche de verre qui déforme la réalité, et qui la plonge dans la dépression.
 
En tout cas, j’ai mieux compris ce roman que La transparence des choses, de Vladimir Nabokov, que Cydre m’avait prêté auparavant. J’ai apprécié certaines tournures de phrases poétiques, on sent bien que Sylvia Plath était plus poétesse que romancière. Elle a les mots justes pour dépeindre la morosité, le spleen, l’ambiance étouffante d’une vie et la désillusion de ces années. Le roman démarre lentement (et même de façon ennuyeuse pour ma part) mais monte en intensité. Seulement, l’explosion finale n’est pas celle que j’attendais. A la place, une note d’espoir, aussitôt anéantie à la lecture de la notice biographique qui suit le dernier chapitre. A la limite, si vous voulez ne pas être trop déprimé après ce roman, ne lisez pas les annexes.
 
Les défauts de ce roman tiennent surtout à son manque de construction. Je crois qu’il y en avait une, l’auteure a écrit chapitre après chapitre en sachant ce qu’elle allait y mettre, mais l’ensemble est assez, voire très décousu. La narratrice s’éparpille avec ses anecdotes et perd notre attention, du moins la mienne en tout cas. Et surtout, il serait temps de faire une nouvelle traduction, parce que « college » (qui veut dire université) traduit par « collège », ça me gonfle sérieusement, sans compter les phrases mal tournées et les fautes de syntaxe.
 
Oui c’est un roman assez dur puisque c’est l’histoire d’une chute, mais il n’a pas su me toucher, et je pense que je n’en garderai qu’un vague souvenir sans lumière.

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Lundi 3 septembre 2012 à 8:44

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Avec le film qui sort bientôt, je voulais absolument lire Le Magasin des Suicides ! Surtout que le livre est très court et se lit super vite. Nous sommes dans un monde désespérant : l’humanité a raté, tout a échoué, il n’y a plus de nature, tout va très, très mal. Alors le magasin tenu par la famille Tuvache est une vraie bénédiction ! Là-bas, on peut acheter tout ce qu’il faut pour mourir de la façon qui nous plaira le mieux ! Les affaires de Mishima et Lucrèce tournent bien, leurs deux enfants sont déprimés à souhait et reprendront la boutique, mais voilà un jour une cliente lâche une phrase qui va tout changer : leur petit troisième, le dernier, prénommé Alan, sourit. Oui messieurs-dames, il ose sourire le saligaud ! Et pire, en grandissant, il se révèle être la joie de vivre incarnée !
 
J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à le lire. J’ai énormément souri en découvrant tous les produits proposé par le magasin, le trait est poussé jusqu’au bout et ça marche très bien. Humour noir à gogo, je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire à certains moments. Le petit Alan est une perle : déjà, il a un ç’eveu sur la langue, et en plus il est toujours à contretemps de tous les autres personnages. Les prénoms ne sont pas choisis au hasard, et ça m’a vraiment plu. Explications : le papa s’appelle Mishima, comme Yukio Mishima, écrivain japonais qui s’est suicidé par seppuku en 1970 (vous savez, avec le sabre et tout…). Lucrèce fait référence à une légende romaine liée à la République romaine, et vous l’aurez deviné, elle s’est suicidée. Pour plus d’infos, je vous invite à aller voir la page wikipédia qui raconte l’histoire. L’aîné s’appelle Vincent, comme Van Gogh, et la fille Marilyn, comme Monroe (bon on ignore si elle s’est suicidée, mais c’est une possibilité, en tout cas ça n’allait pas fort). Et le petit dernier s’appelle Alan, comme Alan Turing, mort suite à un empoisonnement au cyanure (là aussi, on n’est pas sûr que ce soit un suicide même si c’est la thèse la plus probable, et sur ce personnage, je vous invite à lire le livre, car j’ai beaucoup aimé le passage où l’on parle de lui !). Il y a beaucoup de clins d’œil comme ça, de jeux de mots, de sarcasme…
 
J’ai beaucoup aimé ce petit bouquin, donc c’est définitif je pense, moi Teulé j’accroche. En plus, il me fait rire quand il intervient dans l’émission Secrets d’Histoire. Vivement que j’aille voir le film ! Il passait en avant-première vendredi soir mais on avait déjà quelque chose de prévu.
 
http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Films/336375patriceleconteetlecrivainjeanteuledevantlaffichedufilmlemagasindessuicidesaannecyle5juin2012.jpg[Patrice Leconte, réalisateur du film, à gauche et Jean Teulé à droite devant l'affiche du film.]

Mardi 28 août 2012 à 12:28

En ce moment, je m’attache à lire tous les livres qu’on m’a prêté. J’ai donc lu Mémoires d’une geisha, et je me suis attaquée hier à Charly 9, de Jean Teulé prêté par mes parents (avec beaucoup d’appréhension vu qu’on m’a dit que c’était l’un de ses plus mauvais livres).

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D’abord, rien à voir avec le film ni le livre dont il est tiré, Geisha de Arthur Golden. Ici nous ne sommes pas dans la fiction. L’auteure a rencontré Kinu, alors âgée de plus de quatre-vingt ans, qui lui a raconté ses souvenirs de la vie des geisha depuis l’ère meiji (qui a débuté en 1868, Kinu étant née elle-même en 1892). La narratrice est Yuki Inoue, mais souvent elle laisse la parole à Kinu ou indirectement aux paroles d’autres geishas, rapportées par Kinu. On ne peut pas nier que sur le plan scientifique, c’est un livre bien détaillé. Beaucoup de termes techniques (ne serait-ce que pour les noms des différentes pièces de vêtement utilisées pour habiller une geisha !) sont utilisés et expliqués. Toutes la vie d’une geisha, de sa vente à l’okiya jusqu’à la cérémonie par laquelle elle annonce qu’elle cesse d’exercer ce métier, est racontée sans fioriture et sans romance. La vie culturelle à Kanazawa, ville du Japon de l’envers située entre deux rivières et pas très éloignée de la mer, est également très développée. On apprend quelles fêtes y étaient célébrées, pourquoi, les noms des différents quartiers, les habitudes surtout dans les « quartiers réservés » (où se situent les maisons de plaisirs, les okiyas, les maisons de thé…), mais aussi à la fin du livre comment a été vécue la Guerre.
 
J’ai donc appris plein de choses (j’espère réussir à en retenir durablement quelques unes…), et j’ai pu vérifier que la version d’Arthur Golden est très light (de toute façon, je n’aime pas ce type, trop narcissique). La vie d’une petite fille destinée à devenir geisha, puis d’une apprentie, et enfin d’une geisha confirmée, est très difficile. C’est loin d’être la joie. Et justement, je regrette que Yuki Inoue conserve un ton aussi détaché. On dirait presque qu’elle se fiche de ce qu’elle écrit, et presque aucune émotion ne transparaît à travers les pages. Malgré les choses très difficiles vécues par Kinu et son entourage, je suis restée de marbre. Je pense que l’auteure n’a pas su choisi entre faire une biographie pure, la démarche d’une historienne, et faire un roman. Résultat, un livre assez bancal et très certainement ennuyeux pour quelqu’un qui n’est pas curieux sur ce sujet (des fois ça me gonflait un peu, et pourtant ça m’intéresse beaucoup et le livre est court !). Je vais donc tenter de lire d’autres ouvrages sur les geishas, plus factuels peut-être, ou bien Ma vie de geisha, de Mineko Iwasaki, qui aurait inspiré Arthur Golden pour son roman. Petite déception pour moi donc...

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