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Qu'il est bon d'être futile !

Jeudi 6 mars 2014 à 15:26

Cet été, en passant pour la première fois dans un Cultura, j’avais acheté Un intérêt particulier pour les morts d’Ann Granger, que j’ai déjà lu, et Demain j’arrête, de Gilles Legardinier. De nombreuses chroniques disaient que c’était un roman drôle, je me le gardais donc pour un moment où j’aurais besoin de détente. Fort logiquement, je l’ai commencé le jour où je passais mon dernier examen. Et effectivement, c’était une bonne lecture !
 
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Julie Tournelle a 28 ans. Après deux ans d’une relation désastreuse et un week-end au loin chez une amie pour se remettre un peu, elle rentre chez elle dépitée, déprimée à l’idée de retourner faire un travail qu’elle déteste. Mais là surprise : il y a un nouveau dans l’immeuble, et il a un nom vraiment très rigolo. Pour se distraire, Julie commence alors à imaginer cette personne, et dans sa hâte de le connaître, elle commence à faire des choses vraiment stupides…
 
Ne vous attendez pas non plus à exploser de rire à chaque page. En comparaison, je m’esclaffe beaucoup plus avec Charley Davidson. Néanmoins, on a très souvent le sourire aux lèvres, à cause des pensées de Julie (auxquelles nous avons complètement accès puisqu’elle est narratrice) ou des bêtises qu’elle fait. Par exemple, au tout début, alors qu’elle se désespère ne pas encore l’avoir vu, elle essaie d’en apprendre davantage sur lui en regardant dans sa boîte aux lettres. Elle l’éclaire même avec une lampe de poche, et ce qui doit arriver arrive : la lampe tombe dans la boîte de son voisin. Paniquée, elle tente de la récupérer, et se coince le bras dedans… Et sur ces entrefaites le voisin arrive. Julie se fait également beaucoup de films, et son imagination débordante, son autodérision et son sarcasme intérieur m’ont beaucoup plu. C’est un personnage attachant, dans lequel je me suis reconnue parfois.
 
Concernant l’histoire, je l’ai trouvée très distrayante. Ça se lit facilement, les chapitres sont très courts et le style est fluide. C’est donc une lecture parfaite quand on ne veut pas se prendre la tête, pour les transports en commun, ou quand on est trop flagada pour lire quelque chose de plus sérieux. Ce que je regrette, c’est que la fin n’est pas très crédible. Vu le caractère de Julie et les gens qui l’entourent, tout ce qui se passe dans le livre me paraissait tout à fait probable, jusqu’à une dernière idée farfelue qui est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase. De plus, j’ai trouvé qu’elle se finissait un peu vite. C’est donc un petit regret de ma part.
 
J’ai apprécié croiser plein de personnages, souvent aussi attachants que Julie, souvent un peu foufous, et voir des tranches de vie de-ci de-là. Je pense en particulier à Mme Bergerot, à Mme Roudan, et à certains des copines de Julie, toutes plus tarées les unes que les autres (entre Sarah, la fan des pompiers, et Léna, obsédée de chirurgie esthétique…) Ce livre est fait pour nous faire du bien, il y a donc des scènes très drôles où les « méchants » paient leurs mauvaises actions. Il y a aussi des moments plus sérieux, plus tristes, parce que la vie c’est profiter des bons moments en ayant conscience des douleurs qu’elle apporte. A mon avis, c’est bien de la littérature contemporaine plutôt que de la chick-lit, mais j’imagine que ça se discute.
 
C’est un livre de détente, avec lequel j’ai passé un bon moment, sans en attendre quoi que ce soit de particulier. Ce sont des bouts de vie, des bêtises que j’ai pris plaisir à suivre. Je vous le conseille !
 
"Il faut tout espérer, au risque d’être déçu. Il faut tout éprouver au risque d’être blessé, tout donner au risque d’être volé. Ce qui vaut la peine d’être vécu vous met forcément en danger."
 

Lundi 3 mars 2014 à 11:02

En traînant sur Amazon il y a plusieurs mois, je suis tombée sur l’ebook de Les gens heureux lisent et boivent du café, d’Agnès Martin-Lugand. J’ai été attirée par le titre et étonnée de son tout petit prix alors qu’il est par ailleurs édité chez Michel Lafon, qui ne fait que du grand format il me semble. J’ai vu que le livre avait d’abord été publié au format numérique uniquement, puis devant son succès il fut récupéré par une maison d’édition. Le pitch me plaisait, donc j’ai craqué et je l’ai pris.
 
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Diane a tout perdu lorsque Colin, son mari, et Clara, leur fille, sont morts dans un accident de voiture. Depuis, elle ne travaille plus, elle fume et boit toute la journée, ne peut s’empêcher de pleurer tous les jours. Plus d’un an après les faits, son meilleur ami la menace de la forcer à se reprendre en main. Pour qu’il lui fiche la paix et tenter d’oublier sa douleur, elle décide de s’exiler en Irlande, dans le petit village de Mulranny.
 
Vous allez vous demander si je ne suis pas un peu maso d’aller lire des trucs pareils, mais il se trouve que j’aime vraiment bien ça. Ça agit comme une catharsis sur moi, ça me donne du courage, ça me redonne un peu foi en l’être humain. L’histoire m’a vraiment accrochée. C’est Diane qui raconte, et elle est juste dans ses propos. Sa douleur est vraie, elle n’en fait pas des tonnes, décrit exactement ce qu’on ressent devant un tel drame. L’auteure apporte une justification (au fait que Diane puisse se permettre de partir en Irlande sur un coup de tête) qui n’est crédible que dans un certain monde auquel Diane appartient manifestement et qui aurait pu m’embêter, mais au final ça ne m’a pas dérangée, j’ai été trop prise dans ses sentiments et dans tout le reste, qui m’a paru tout à fait plausible. La fin n’est pas forcément celle que l’on veut, mais elle m’a plu justement parce qu’elle ne s’occupe pas de ce qu’on veut mais de ce qui serait vraiment.
 
C’était sympathique d’être en Irlande, même s’il n’y a pas énormément de détails à ce sujet. On sait juste ce qu’il faut pour être dans l’ambiance : le cottage cosy, la météo, le pub, les gens que Diane rencontre… Ce pays était un bon choix et donne lieu à de jolies scènes. Les personnages secondaires sont généralement sympathiques, à part un qui arrive à la fin et qui n’est pas fait pour être gentil. Les parents de Diane sont également des personnes peu compréhensives et avec qui je m’entends très mal (en fait, ils ressemblent pas mal à mes propres parents, mais heureusement je ne ressemble pas à Diane). Je n’ai pas trop aimé non plus le meilleur ami de Diane, Félix, qui me gonflerait je pense. Mais sinon j’ai aimé Abby et Jack, Edward, Judith…
 
Pour être honnête, j’avais des appréhensions avant de commencer ma lecture. Je lis très peu de littérature contemporaine, généralement je n’aime pas ça, et notamment parce qu’il est très fréquent que ce soit mal écrit. Je me préparais donc psychologiquement à passer outre le faible style. J’ai été agréablement surprise. Certes, ce n’est pas de la littérature du XIXème, mais c’est tout de même bien écrit, les phrases coulent facilement, c’est très agréable à lire. Le livre ne fait pas deux cents pages et avec ce style facile à lire sans être simpliste, je l’ai lu vite et avec plaisir. Ça m’encourage vraiment à donner d’autres chances à ce genre de littérature.
 
J'ai vu des chroniques très dures sur ce livre. Pour ma part, je n'en attendais rien de particulier, c'est peut-être pour ça que j'ai pu l'apprécier. Les gens heureux lisent et boivent du café n’est pas un livre "extraordinaire" mais il possède des qualités et pour ma part j’en garderai un très bon souvenir.
 
"Je m'étais dit qu'ils étaient morts en riant. Je m'étais dit que j'aurais voulu être avec eux.
Et depuis un an, je me répétais tous les jours que j'aurais préféré mourir avec eux. Mais mon cœur battait obstinément. Et me maintenait en vie. Pour mon plus grand malheur.
"
 
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Mercredi 12 février 2014 à 18:53

Entre Matilda et Jamestine’, je ne pouvais pas faire genre d’ignorer Virginia Woolf. En plus c’était une fan de Jane Austen. Donc quand j’ai vu que Matilda avait lu une nouvelle de cette auteure qui précède l’un de ses romans les plus connus, Mrs Dalloway, je me suis dit que c’était le moment de me lancer ! J’ai donc lu il y a quelques temps à présent (vu que j'ai été malade tout ça tout ça) Mrs Dalloway in Bond Street, une nouvelle écrite dans l’entre-deux guerres si je ne me trompe pas.
 
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Mrs Dalloway, femme d’âge mûr, est sortie dans Londres avec l’intention d’aller acheter des gants. Mais avant, elle se promène dans les rues, au gré des monuments et des rencontres, et ses pensées défilent pour nous pendant ce temps.
 
J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le texte. J’ai voulu y aller directement en anglais vu que Matilda louait fortement le style de Virgina Woolf. Force m’est de constater qu’elle a raison, c'est un très beau style, mais très complexe pour moi ! Ça ne simplifie pas la lecture au début. Sur le coup je n’arrivais pas à me situer, je me perdais dans les phrases, avant de comprendre le sens de la technique du stream of consciousness, dont parlait aussi Matilda. C’est exactement ça, le "flux de conscience". Proust fait de très longues phrases pour montrer le déroulement de sa pensée ; la sienne est construite, suivie, réfléchie ; celle de Mrs Dalloway (enfin, décrite par Virginia Woolf) est erratique, revient sur ses pas, saute d’un sujet à un autre… Ce que j’ai vraiment trouvé extraordinaire, c’est la façon dont le discours indirect libre est amené. C’était difficile de se dire que la narration était à la troisième personne ! On dirait que Mrs Dalloway nous parle directement tellement le narrateur la suit dans ses réflexions.
 
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Je ne vais pas vous mentir : je n’ai pas tout compris. L’auteure nous propulse dans la peau de Mrs Dalloway, elle ne prend donc pas la peine de nous expliquer qui est cet homme qu’elle rencontre, quel est cet endroit qu’elle regarde. Comme en plus je n’ai jamais visité Londres, j’avoue que je n’ai pas tout bien suivi. Et je manquais clairement de vocabulaire, j’ai dû regarder le dictionnaire de ma liseuse bien plus souvent que de coutume. Tout ça ne m’a pas empêchée d’apprécier réellement cette découverte et d’être subjuguée par le style de Virginia Woolf, et par les premiers éléments qu’elle nous donne sur cette Mrs Dalloway. Au début, elle semble dire que tout va bien. Elle est heureuse de se balader dans Londres, à une heure un peu particulière, elle revient sur sa vie déjà bien avancée, et puis à force de réfléchir, certaines pensées l’obsèdent, la hantent presque.
 
En bref, je pense qu’il était encore un peu prématuré de me lancer là-dedans. Je vais donc attendre encore un peu avant de lire le roman Mrs Dalloway, et je relirai cette nouvelle juste avant, car je m’interroge encore sur sa fin.
 
"For all the great things one must go to the past, she thought. From the contagion of the world’s slow stain… Fear no more the heat o’ the sun… And now can never mourn, can never mourn, she repeated, her eyes straying over the window; for it ran in her head; the test of great poetry; the moderns had never written anything one wanted to read about death, she thought; and turned."
 

Lundi 30 décembre 2013 à 11:52

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Ça faisait vraiment longtemps que je n’avais pas lu un Nothomb, plusieurs années au bas mot. En repensant à tous ceux que j’ai lus (et ça en fait quand même un paquet), je me rends compte qu’il y en a très peu qui m’ont laissé un souvenir pérenne. Je ne savais donc pas à quoi m’attendre en commençant Le voyage d’hiver, dont je ne connaissais même pas le pitch de départ.
 
En fait, j’ai passé un bon moment. Ça se lit vite, comme toujours, mais de temps en temps ça fait du bien de lire un livre en deux heures au lieu de deux semaines ou plus. Il contient plein de références, dont un certain nombre que je ne comprends pas, plus tout le symbolisme et les sous-entendus que je ne comprends pas forcément non plus.
 
Toujours ce grain de folie, qui en fait se trouve en chacun de nous – et surtout en l’auteure et ses trois personnages, Zoïle qui est un peu trop à fond, raisonnant avec une logique extrême ; Astrolabe, qui a trouvé la grandeur avec un choix de vie proche de l’abnégation ; et Aliénor, qui m’a l’air de représenter à la fois l’auteure de ce livre et son lecteur, en plein voyeurisme, une conscience élevée et débile à la fois. Je crois que cette chronique ne fait pas beaucoup sens, en tout cas encore moins que d'habitude...
 
Bref, j’ai bien aimé, même si la fin n’est pas forcément très satisfaisante. Ce ne sera pas un de mes Nothomb préférés mais je ne le mets pas en bas du classement non plus.
 
"Tomber amoureux l’hiver n’est pas une bonne idée. Les symptômes sont plus sublimes et plus douloureux. La lumière parfaite du froid encourage la délectation morose de l’attente. Le frisson exalte la fébrilité. Qui s’éprend à la Sainte-Luce encourt trois mois de tremblements pathologiques."
 
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Jeudi 21 novembre 2013 à 18:32

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Relire un roman qu'on a adoré, c'est toujours prendre un gros risque. Parfois, on est très déçu, comme ça a été mon cas en relisant il y a quelques années les trilogies Ewilan de Pierre Bottéro, que j'avais lues au début de l'adolescence. Mais heureusement, la plupart du temps pour moi, relire  un livre est un immense plaisir. Je relis régulièrement les Harry Potter, toujours aussi enchantée. A la dernière réunion du club de lecture, avec une autre membre du club, nous avions représenté Rebecca, de Daphne Du Maurier. J'ai découvert cette auteure à mes dix-huit ans, lorsqu'une amie m'a offert L'auberge de la Jamaïque. Je l'avais dévoré, et j'avais continué avec la lecture de son roman le plus connu, adapté ensuite par Hitchcock : Rebecca.
 
"Last night I dreamt I went to Manderley again. It seemed to me I stood by the iron gate leading to the drive, and for a while I could not enter, for the way was barred to me."
 
Ce roman commence lorsqu'une dame de compagnie d'un peu plus d'une vingtaine d'années rencontre à Monte Carlo Maxim de Winter, un veuf de quarante ans. Rapidement, elle tombe amoureuse de lui, et se désespère lorsque son employeuse, Mrs Van Hopper, déclare qu'elles partent vivre à New York. Quand elle annonce la nouvelle à Maxim, celui-ci la demande en mariage, à sa grande surprise. Elle accepte et ils convolent bientôt. Quelques six semaines plus tard, les voilà à Manderley, la demeure anglaise des de Winter. Bien vite, la jeune mariée apprend que la précédente épouse, décédée en mer il y a un peu plus d'un an, manque à beaucoup de gens. Cette Rebecca semble toujours là...
 
"Instinctively I thougt, 'She is comparing me to Rebecca', and sharp as a sword the shadow came between us..."

La réunion du club de lecture sur ce roman a été extrêmement intéressante. Happée par cette histoire et ses personnages, j'avais une vision bien précise du livre, et me suis aperçue en entendant les autres lecteurs en parler qu'on pouvait faire mille interprétations de chaque détail écrit par Daphne Du Maurier. J'ai donc ouvert de grands yeux en m'apercevant que j'étais l'une des rares à apprécier l'héroïne. Je n'avais jamais fait attention à ses défauts, obnubilée par la façon dont je me mettais à sa place, et pourtant c'est vrai qu'elle en a ! Notre narratrice dont on n'apprend jamais le nom est en effet assez énervante dans son genre. Toujours inquiète, prompte à se faire une montage du moindre petit incident, effacée et un peu godiche, elle a de quoi exaspérer, surtout si le lecteur, plus avisé qu'elle, devine avant elle certains non-dits. Pour ma part, je ne suis pas très bonne pour deviner ce qu'il va se passer dans un livre, et d'ailleurs, j'y réfléchis rarement, me laissant simplement porter vers la destination choisie par l'auteur. Pour ma part, je la trouve très attachante, et je la comprends de A à Z, parce que je partageais beaucoup de ses traits de personnalité quand j'étais plus jeune (mais je me soigne). Elle manque terriblement de confiance en elle, doute qu'on puisse lui porter de l'affection et se sent mal à l'aise dans son nouveau rôle de maîtresse de domaine, elle qui n'est pas de l'aristocratie, qui n'est pas particulièrement jolie. Il faut dire aussi que la pauvre n'est pas aidée. Les adorateurs de Rebecca, volontairement ou non, lui mènent parfois la vie dure. Le fait que son nom ne nous soit jamais donné nous titille, et c'est assez frustrant, mais je trouve que ça permet aussi une meilleure identification au personnage, ou de faire de la narratrice le vecteur du lecteur vers le cœur du roman : elle s'efface, nous laisse sa place. Cette idée est corrélée par le fait qu'elle est passive la majeure partie de l'histoire.
 
"She belonged to another breed of men and women, another race than I. They had guts, the women of her race. They were not like me."

"I could fight the living but I could not fight the dead."
 
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Le personnage de Maxim de Winter a également déchaîné les foules, si j'ose dire ! J'ai toujours beaucoup aimé l'histoire d'amour de ce roman, je la trouve très « vraie ». Les deux personnes se tournent autour sans se comprendre, se laissent piéger par des apparences, des sous-entendus, par leurs propres démons... Leur amour n'en est que plus fort au final. Certes, Maxim n'est pas le petit ami rêvé. D'abords, il a presque le double de l'âge de sa nouvelle épousée. Ensuite, niveau communication, c'est plutôt zéro : il ne lui explique pas en quoi consiste son nouveau rôle, ne l'aide pas franchement à s'intégrer à Manderley, se barre à Londres sans elle... Et en même temps, quand on connaît la vérité, je trouve que tout ça s'explique. D'abord, c'est un homme au début du XXème siècle. Non pas qu'il soit misogyne, mais il est quand même pas mal conditionné par son statut social. Être aristocrate, diriger, pour lui, c'est inné, et il ne se rend pas bien compte des difficultés que cela peut représenter. Secundo, il a bien des choses dans la tête, ce qui doit lui laisser assez peu le loisir de penser à autre chose. Tertio, il s'en fout. Les problèmes domestiques, c'est du détail comparé au reste. Et enfin, c'est un personnage très taquin. Il aime bien embêter gentiment sa femme, mais pour elle, la moindre remarque se transforme en reproche. Bref, moi je l'aime beaucoup, ce personnage.
 
"You have blotted out the past for me, you know, far more effectively than all the bright lights of Monte Carlo. But for you I should have left long ago, gone on to Italy, and Greece, and further still perhaps. You have spared me all those wanderings."
 
Parlons un peu des autres tout de même. J'aime bien Frank Crawley, l'archétype du bon métayer, gentil en toute chose, un peu gauche, et très sincère. Frith m'a fait furieusement penser à Carson de Downton Abbey (c'est plutôt dans l'autre sens en fait). D'ailleurs, cette série permet de bien se représenter la vie à Manderley. Mrs Danvers est évidemment super flippante, mais sûrement qu'au fond elle est juste paumée. Fin bon, elle est méchante quand même, je ne voudrais d'elle comme intendante pour rien au monde (Mrs Hughes est juste un million de fois mieux !). La scène de la fenêtre est particulièrement perturbante. Jack Favell est bien le genre de type à qui on a très rapidement envie de coller un direct du droit. Beatrice et Giles n'apportent pas grand-chose, mais j'aime assez Beatrice, bien rentre-dedans malgré sa classe sociale. Tous ces personnages sont parfaitement ancrés dans le réel, on pourrait les croiser. Ils vivent véritablement sous la plume de Daphne Du Maurier.
 
"A black figure stood waiting for me at the head of the stairs, the hollow eyes watching me intently from the white skull's face."

"I could see she despised me, marking with all the snobbery of her class that I was no great lady, that I was humble, shy, and diffident."
 
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L'ambiance. Ah, l'ambiance. À ce niveau-là, cette auteure britannique reste pour moi inégalée. Jamais je n'ai lu d'autres écrivains avec un tel talent pour créer une atmosphère si particulière, pour décrire si bien les ressentis, sentiments, réflexions et autres cheminements de pensée. Comment ne pas être happé ? Et pourtant, il n'y a pas de lourdes descriptions qui s'étalent sur des pages et des pages, pas de phrases à rallonge dont on perd le fil après la dix-septième ligne (bon d'accord, j'exagère un peu, là). Il  y a seulement cette maîtrise de l'écriture et de la psychologie humaine, ainsi qu'un talent d'observatrice hors pair. J'ai relu ce roman en anglais, et vraiment c'est un délice. J'en suis toute gaga, comme vous voyez. C'est une très belle écriture, mais qui n'est pas lourde, pas du tout difficile à lire, en anglais comme en français (la seule difficulté que j'ai rencontrée a porté sur les descriptions du jardin, pas évidente dans les premiers chapitres, mais ensuite ça va tout seul).
 
"I began to understand why some people could not bear the clamour of the sea. It has a mournful harping note sometimes, and the very persistence of it, that eternal roll and thunder and hiss, plays a jagged tune upon the nerves."

"No one would ever hurt Manderley. It would lie always in a hollow like an enchanted thing, guarded by the woods, safe, secure, while the sea broke and ran and came again ine the little shingle bays below."
 
Quant à l'intrigue, personnellement je n'avais quasiment rien deviné à ma première lecture. À la seconde, j'ai traqué tous les petits indices, et en effet ils sont disséminés très tôt et dans tout le roman. Il est donc possible de faire une lecture sans surprise, comme mon amie Cassiopée (qui cependant a beaucoup aimé le livre), ou pleine de rebondissements (surtout à la fin), comme moi, qui ne devine pas grand chose. C'est une histoire bien fourbe, pas forcément joyeuse mais pas déprimante non plus, qui sait tenir son lecteur, parce que quoiqu'il arrive, on veut le fin mot de l'histoire. Parlons-en de la fin, d'ailleurs. Elle est parfaite, et même temps elle m'énerve ! Daphne Du Maurier a un don avec ça (elle m'a tuée dans Le bouc émissaire). Elle nous laisse sur une dernière page magistrale, en soi il n'y a pas besoin de suite, et pourtant... J'en veux une ! Susan Hill a réalisé mon rêve avec son sequel intitulé Mrs de Winter (titre VO), que j'ai dans la bibli. On m'a dit au club que c'était pas mal du tout, ce qui ma rassure vu que les avis lus sur internet étaient plutôt négatifs. Un jour, vous aurez donc mon avis sur cette suite. Et sur les autres livres de Daphne Du Maurier aussi, parce que j'ai bien l'intention de tous les lire (ou relire pour ceux déjà lus, c'est-à-dire L'auberge de la Jamaïque qui a également été adapté par Hitchcock et que je n'ai pas vu, Le bouc émissaire qui est mon préféré pour l'instant et Ma Cousine Rachel). Il y a déjà dans ma PAL La Maison sur le rivage, Mad, Mary Anne et Les Oiseaux (recueil de nouvelles dont la principale a aussi été adaptée par Hitchcock, qu'aurai-il fait sans cette auteure, on se le demande).
 
Au cas où ces longs paragraphes ne vous auraient pas mis la puce à l'oreille, j'adore ce roman, j'adore son auteure, tout le monde devrait lire Rebecca et l'adorer.
 

Mercredi 2 octobre 2013 à 17:31

La dernière réunion du club de lecture a vu triompher mon amie Dawn et le livre qu’elle a proposé, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson. Ça tombait super bien vu que j’avais envie de le lire depuis longtemps. D’ailleurs, je l’ai offert mais je n’avais pas eu l’occasion de l’emprunter pour le lire.
 
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Allan Karlson va avoir cent ans. Une fête est même prévue à la maison de retraite, avec Sœur Alice et l’adjoint au maire, et même quelques journalistes. Mais voilà, Allan n’est pas un vieux grabataire. Il a toute sa tête et la perspective de passer son anniversaire avec des séniles et des imbéciles n’est pas pour lui plaire. Alors il prend la tangente et s’échappe par la fenêtre de sa chambre. Il se dirige vers la gare et attend un bus en partance de loin d’ici, quand un jeune voyou lui demande de lui garder sa valise pendant qu’il se rend aux toilettes. Le bus arrive justement quand l’autre est occupé et Allan prend le bus avec la valise, plus ou moins volée. Commence alors une course-poursuite pour retrouver Allan, par les voyous mais aussi par la police.
 
Le ton est donné dès le début : un sacré pragmatisme et une bonne dose de cynisme, voire d’humour noir qui servent un périple loufoque. Le livre débute en 2005, jour du centième anniversaire d’Allan, mais nous fait aussi voyager dans le temps, à travers les aventures rocambolesques du personnage principal. Il est très sympathique, cet Allan. Son dégoût pour la politique fait tout à fait écho en moi (non pas que je n’aie pas d’opinion ni de valeurs, mais ça me saoule tellement…). Sa philosophie de vie lui a permis de tout traverser sans se prendre la tête. Certains autres personnages sont également sympathiques et le tout fait bien souvent sourire, voire rire. L’écriture de Jonas Jonasson est très entraînante et les 500 pages passent réellement vite. C’était une bonne lecture de détente, facile à lire n’importe où (j’en ai lu beaucoup dans le métro ou en salle d’attente) et qui fait penser à autre chose. J’ai apprécié les références nombreuses et parfois complètement folles, ainsi que l’imagination de l’auteur, qui semble avoir pris sacrément son pied en écrivant ce roman.
 
J’ai tout de même quelques points négatifs à soulever. Rien de grave, mais ce sont les raisons pour lesquelles j’ai apprécié la lecture sans l’adorer. D’abord, certaines péripéties sont vraiment trop « grosses », et de la même façon certains persos sont vraiment incroyables, au sens propre du terme. On n’y croit pas, c’est exagéré, et parfois ça me gênait un peu. Quand j’ai vu la direction que prenait le livre (côté passé d’Allan), j’espérais apprendre des choses. Mais en fait, non, car à faire de la surenchère, rien n’est développé. Chaque lieu et chaque personnage historique sont survolés. A un moment, j’ai bondi, me disant « je ne savais pas qu’il avait un frère comme ça ! » et en fait c’est parce qu’il n’en avait pas (je ne dis pas de qui je parle volontairement, hein). C’était une bonne idée, mais ça m’a refroidie que ce soit faux. Je pense que le livre aurait été meilleur s’il y avait moins de retournements de situation hautement improbables et autres trucs du genre, pour laisser plus de place à des développements sur les personnages secondaires, par exemple. Certains dialogues sont vraiment savoureux aussi, et plus dans la même veine, ça aurait été chouette.
 
"Il tourna la tête, jeta un dernier regard à la maison de retraite, dont il pensait, il n’y a pas si longtemps encore, qu’elle serait sa dernière demeure sur terre. Tant pis, il pourrait toujours mourir ailleurs plus tard."
 
"Et voilà, dit Allan e regardant le soldat chinois sans connaissance à ses pieds. Ça t’apprendra à faire un concours de boisson avec un Suédois alors que tu n’es ni finlandais ni russe."
 
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Vendredi 30 août 2013 à 13:51

J’ai reçu plusieurs cadeaux en finissant mon stage le 31 juillet. L’un d’eux était Demande à la poussière, roman de John Fante, auteur américain très admiré de l’un de mes collègues avec qui je parlais beaucoup littérature et cinéma. Je me doutais déjà quand nous débattions sur les romans que John Fante ne me plairait guère, et je n’avais pas tort. Ça n’enlève rien à la gentillesse du cadeau et à la valeur sentimentale que j’y attache !
 
Le roman s’ouvre alors que le jeune héros et narrateur, Arturo Bandini, a quitté son Colorado natal et s’est installé à Los Angeles pour y devenir écrivain. Une de ses nouvelles a d’ailleurs déjà été publiée dans un magazine, mais à présent l’inspiration le fuit, et son inexpérience de la vie le rattrape.
 
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Ce qui frappe toujours en premier quand on commence une nouvelle lecture, c’est le style. En voyant de nombreuses phrases au présent, je n’étais pas vraiment ravie. L’auteur ne veut pourtant pas nous faire croire que ce qu’il nous raconte est en train de se produire, non. Le roman est bien ancré à la fin des années 30. Mais Fante écrit vivant, son style très oral fait penser tantôt au rythme des pensées, tantôt à du théâtre. Il dresse la scène, passant d’un décor à un autre sans autre transition qu’un changement de transition. Au final, je me suis habituée au style qui m’a moins déplu que ce que je craignais en commençant le roman.
 
Là où vraiment je ne m’y suis pas retrouvée, c’est dans le genre littéraire. Fante est classé en « dirty realism », et je suis bien d’accord. La vie est montrée comme sous une lumière crue, la lumière du soleil incessant de Californie, avec partout la poussière et le sable charriés par le vent du désert tout proche. Les lieux, les personnages sont décrits comme les perçoit Bandini, par quelques détails vivants qu’il a retenus. Une odeur, une courbe. D’une certaine manière c’est très organique, très anatomique. J’ai eu du mal à m’intéresser au propos et certains passages mont vraiment énervée, notamment un sur la suprématie américaine… Et alors que des passages durs auraient pu être émouvants, je suis restée de marbre.
 
Le personnage principal, sorte d’avatar de l’auteur lui-même si j’ai bien compris, et qu’on retrouve dans d’autres de ses œuvres, m’a laissée très mitigée. J’alternais entre pitié et dégoût pour lui. Pitié car il n’est pas facile de devenir écrivain quand on part de presque rien, ni de déménager dans une grande ville où chacun est anonyme. Il me faisait de la peine à se sentir comme un raté à vingt-trois ans. Dégoût car il ne fait pas toujours d’effort pour mériter de s’élever, au début surtout. Alors qu’il a des problèmes d’argent, il quémande à sa mère, en difficulté elle-même, plutôt que de se trouver un job alimentaire ou de se pousser au cul pour écrire. Un peu terrifié par les femmes, il pense que le mieux est de les traiter comme de la merde. Ensuite il se plaint que ça ne va pas comme il faut avec elles. Il passe d’ailleurs une très grande majorité du roman à se plaindre, ce qui est énervant. C’est un personnage très entier, qui vit tout à fond, dans l’excès presque. Il oscille entre des excès d’idiotie, de méchanceté, de bonté et de génie.
 
La fin m’a vraiment rendue perplexe. Quel intérêt ? Tout ce roman, tout ce chemin pour apprendre à être un homme et un auteur, toute cette relation étrange et pour moi peu réaliste avec Camilla, pour finir comme ça ? Je pense être passée à côté du roman. Il me manque des clés pour le comprendre, ou alors ce genre de livre n’est tout simplement pas fait pour moi. Ce n'est pas un mauvais roman, je mentirais si je disais ça, mais je n'ai pas aimé. Il y a un autre roman de John Fante dans notre bibliothèque, Mon Chien Stupide. Mon chéri l’a lu et a bien aimé, alors je réessaierai, mais sans grande conviction.
 

Mercredi 21 août 2013 à 19:30

Quand j’ai appris que la prochaine lecture commune de L’île aux livres, club de lecture lillois, était un roman écrit sous forme de chroniques se déroulant à Édimbourg, j’ai été très enthousiasmée. J’ai déniché 44 Scotland Street, premier tome de la série du même nom écrite par Alexander McCall Smith en VO, et j’ai fini par me lancer, très en avance, car la lecture en anglais est toujours un peu plus lente chez moi.
 
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Les chroniques commencent lorsque Pat, jeune femme au début de la vingtaine, vient visiter un appartement au 44, Scotland Street. Bruce, seul colocataire présent, lui fait visiter et elle accepte d’entrer dans la colocation. Nous découvrons rapidement que Bruce est géomètre et que Pat va travailler dans une galerie d’art, avec un homme prénommé Matthew. Au 44 vivent aussi Domenica, la soixantaine, et une famille composée d’Irene, de Stuart et du petit Bertie. Tout ce petit monde vit sa vie et nous en découvrons des pans au fur et à mesure de la lecture.
 
Je n’ai vraiment pas aimé ce livre. J’aimais beaucoup l’idée de chroniques d’Édimbourg, ça avait l’air tellement sympa ! J’ai adoré cette ville et les gens que j’y ai croisés n’étaient absolument pas – Dieu merci – comme ceux de ce roman. Alexander McCall Smith a souhaité faire des chroniques, avec une sorte de fil conducteur, une trame qui est en fait le 44 Scotland Street. Tous les personnages peuvent être reliés à ce lieu. Il y a également une sorte de petite intrigue à propos d’un tableau. Mais rien, rien du tout de passionnant. Je me suis ennuyée à mourir pendant toute ma lecture, qui m’a pris plusieurs semaines, alors que je suis en vacances. Ça veut tout dire. Son but aussi, il me semble, était de peindre un portrait amusant, un peu cliché des bobos d’Édimbourg. Sûrement ce genre de personnes existe, on a les mêmes dans toutes les grandes villes de France (et même les pas si grandes). C’est un cliché qui se vérifie, c’est vrai. Mais franchement, est-ce la peine de dépeindre tout le monde comme ça ? Autant de personnes insupportables réunies dans un même environnement ? Je ne vois pas l’intérêt. Ce livre n’a eu pour moi aucun intérêt. Heureusement que je connais déjà Édimbourg et que je sais que la représentation qui en est donnée est faussée, parce que sinon je ne voudrais même pas y aller.

http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Pourleblog/Logoanglais.jpgParlons un peu de ces personnages, tiens. Pat n’est pas trop horrible. Elle se cherche, n’est pas méchante, se laisse aller à ses émotions, essaie de devenir adulte. Mais il faut bien admettre qu’elle n’est pas très passionnante. Sa relation avec son père est mignonne, mais voilà, pas de quoi en faire un cake. Bruce est l’insupportable n°1. Narcisse, c’est lui. Ducon, Dugland, c’est lui. Monsieur-je-sais-tout-mieux-que-tout-le-monde se ridiculise à tout bout de champ. Domenica est déjà plus sympathique et un peu plus intéressante, mais l’auteur en a trop fait. Elle a tout vu, elle connaît tout, a toujours le bon mot. Bref, elle n’est pas croyable. À la limite, Angus, Cyril et Matthew sont les plus sympathiques de l’histoire, encore que Matthew ne fasse pas très « authentique ». Bertie m’a sincèrement plu aussi, petit garçon vif et plein d’entrain, étouffé dans son envie de vivre son enfance. Irene, elle mériterait de passer par la fenêtre, tout simplement. Stuart est à peine entrevu mais semble insipide. Je passe sur les Todd et autres riches trous-du-cul.
 
Mince, je suis vraiment dure. Mais voilà, je perds rarement mon temps à ce point sur un livre. J’y ai passé une dizaine d’heures. Je n’ai pas lâché, j’ai vraiment eu envie d’abandonner mais je suis allée jusqu’au bout car je pense que c’est la moindre des choses de lire un truc que quelqu’un s’est échiné à écrire. Donc surtout, retenez bien ceci : 1° Ne jamais lire 44 Scotland Street ; 2° Visiter Édimbourg.
 
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Lundi 12 août 2013 à 13:12

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En farfouillant sur la page Facebook de 10-18 il y a quelques mois, j’étais tombée sur un titre qui avait attiré mon attention : Caresser le velours, de Sarah Waters. La couverture m’étonnait aussi (et je ne la trouve pas super, d'une part parce qu'aucun des personnages du roman ne ressemble à ceux-là, et parce qu'on dirait deux sœurs, or il n'est pas question de ça). En regardant le résumé, j’ai vu que c’était l’histoire de Nancy, jeune écaillère d’huîtres au XIXème siècle, qui tombe amoureuse d’une autre femme, une chanteuse de music-hall qui se produisait en travesti. En voilà une histoire qui change, et qui montre le XIXème sous un angle qu’on ne voit pas souvent. Pour ma part, je connais plus le début de ce siècle en Angleterre, surtout par les romans de Jane Austen, et encore, je crois bien n’avoir jamais lu de romans se passant dans le pauvre Londres à cette époque. Donc, quand je suis tombée sur Caresser le velours à la Bourse aux livres, je n’ai pas hésité à le prendre.
 
J’ai immédiatement accroché au style. Vous aurez « peur » en voyant le livre : presque six cents pages, pas de marges et ce n’est pas écrit gros. Pourtant, les pages se tournent vite car l’écriture de Sarah Waters est très parlante. Elle fait passer les émotions et les sensations directement de sa narratrice, Nancy, à nous et sa façon d’écrire est tout à fait adaptée. Nancy a plus de quarante ans quand elle nous raconte son histoire, et entre ses dix-huit ans, où elle commence, et le moment où elle nous écrit, elle a vécu dans des situations très différentes, du statut le plus indigent au plus riche, elle a donc des manières de parler qui empruntent tantôt à l’un, tantôt à l’autre. Certains mots de vocabulaire sont malgré tout surprenants, pour ma part je ne les connaissais pas, mais on s’y fait bien, ça fait partie du contexte historique qui est très bien rendu, notamment sur la fin, avec les questions sociales. Par contre, je préfère prévenir, certains passages pourront beaucoup déplaire aux prudes et autres personnes vivant avec des œillères. J'ai seulement trouvé que ça ne faisait que mieux passer les messages de Sarah Waters et donnait encore plus e véracité au récit.
 
Le roman est divisé en trois parties. Dans la première, Nancy rencontre Kitty Butler, la jeune artiste qui va transformer sa vie. Grâce à elle, elle va se rendre compte qu’elle est une femme à femmes, et pour l’amour immodéré qu’elle lui porte, va la suivre à Londres, abandonnant sa famille et la vie simple qu’elle menait jusque là. La deuxième partie voit Nancy se débrouiller seule dans la capitale, dans les bas-fonds, avant d’être propulsée dans un univers qu’elle ne connaissait absolument pas. Enfin, la troisième partie la remet sur un chemin différent, qu’elle avait ignoré.
 
Je ne me suis pas posé de questions en lisant ce roman, sauf à la fin, où je me demandais quelle vie elle allait choisir. Les rebondissements ne sont pas vraiment étonnants, car l’auteure nous y prépare. Avec le recul, elle comprend qu’elle aurait dû deviner plus tôt ce qui allait se passer. Ce que j’ai particulièrement aimé, ce sont les relations entre les personnages. Elles sont souvent dures ou ambiguës, parfois tendres, toujours vraies. On suit cinq ans de la vie de Nancy, cinq où il lui arrive des choses toutes plus étranges les unes que les autres, et pourtant rien de tout cela n’est impossible. À coups de déception et d’aigreur, de rencontres et de pertes, Nancy se construit, passe de la jeune fille timide qui subit à la femme qui s’assume, et trouve enfin sa place, là où elle ne l’attendait pas. C’est un beau roman, qui marque, et qui ne m’a pas laissée indifférente. Je trouve qu’il est assez difficile d’en parler sans trop en dire. Je ne sais pas vraiment expliquer pourquoi j’ai beaucoup aimé et pourquoi malgré tout ce n’est pas un coup de cœur. En tout cas, je pense qu’il vaut vraiment d’être lu.
 
Je ne regrette pas une seconde d’avoir passé, quoi, deux semaines, voire trois, sur ce roman. Il n’est pas exigeant, mais il est lent, comme les transformations de Nancy. Avec Caresser le velours, vous serez transportés dans une autre vie que vous n’avez jamais imaginée. Je suis très contente d’avoir déjà un autre roman de l’auteure dans ma PAL, qui s’intitule Du bout des doigts, et j’espère le lire avant longtemps. Maintenant que j’ai découvert le roman, je vais pouvoir regarder l’adaptation de la BBC ! Je vous ferai aussi un billet dessus.

 
"Un coup de marteau pour ponctuer déclencha une maigre salve d’applaudissements. Il y eut aussi quelques bravos, plutôt tièdes, la fanfare attaqua un air gai, un grincement de poulies m’annonça le lever du rideau, sans le vouloir j’ouvris les yeux… J’écarquillai les yeux et relevai la tête. Oubliée la chaleur, oubliée ma fatigue. La pénombre de la scène nue était trouée par le pinceau d’un unique projecteur dont le halo rose encadrait une jeune femme : une femme magnifique – je le savais, au premier regard ! – comme je n’en avais jamais vu."
 

Mercredi 17 juillet 2013 à 19:26

L’été dernier, à la Nuit des livres d’Esquelbecq, je suis tombée sur Le Mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti en occasion. Comme j’en avais pas mal entendu parler, et qu’il était à 2€, je l’ai pris. Je l’ai prêté à l’amie avec qui j’étais allée à cet événement très sympathique, et elle a bien aimé, mais sans plus. En septembre, nouvelle classe, nouvelles rencontres, et une fille me dit que c’est l’un de ses livres préférés. Vu comment a tourné notre « amitié », j’aurais dû me douter qu’elle était de mauvais conseil. Bon, en fait j’ai repensé au fait qu’elle me l’avait conseillé alors que j’en étais déjà à la moitié.
 
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Désirée est une veuve qui approche de la quarantaine. Son mari, Örjan, ne lui manque pas vraiment. Elle travaille dans une bibliothèque et est plutôt fière de son niveau de culture. Leur relation était stable mais pas passionnante du tout. Benny a perdu sa mère récemment et vit en célibataire depuis toujours. Il tient la ferme héritée de son père et aime les choses simples. Ces deux êtres vont se rencontrer au cimetière et, sur un malentendu, vont commencer à se fréquenter. Leurs différences vont-elles permettre à leur relation de fonctionner ou au contraire la condamneront-elles ?
 
Je crois bien que c’est mon premier roman d’un auteur scandinave, de nationalité suédoise pour être plus précise. Je savais que la littérature de ces pays est un peu particulière, le style n’est pas celui auquel on peut être habitué, aussi ça ne m’a pas choquée. Le roman est à deux voix. Il alterne à chaque chapitre entre Désirée et Benny. Le langage alterne des métaphores ou des comparaisons assez déjantées et des passages plus crus. La vie n’est pas ici idéalisée mais montrée telle qu’elle est, du moins telle qu’elle est perçue par deux personnages qui pourraient très bien exister (je me demande si l’auteure s’est inspirée de sa propre expérience ou de personnes de son entourage, ou si elle a tout inventé). Ce sont donc deux réalités qui nous sont dépeintes. L’humour de ce roman est généralement très souligné. C’est vrai qu’il est présent, quelques formulations m’ont faire sourire, mais rire certainement pas, et la plupart du temps il ne sert qu’à « cacher la misère ».
 
Le roman est court, et se lit très vite. Malgré cela, je me suis ennuyée. Je n’ai pas trouvé l’histoire intéressante. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, malgré qu’on soit dans leur tête et qu’ils s’expriment directement. Je les ai trouvés insipides et franchement ch*ants. Ils ne sont pas sympathiques du tout, mais Désirée est encore pire que Benny, elle est juste insupportable. Leur relation m’a encore plus ennuyée, car pour moi elle n’est pas probable. Certes, on dit que les opposés s’attirent, et se complètent, mais pour en voir fait l’expérience quand j’étais plus jeune, ce n’est jamais une bonne chose. Alors s’enticher de quelqu’un de très différent de par son mode de vie, sa culture et en gros tout son être, c’est plausible quand on est adolescents. Mais quand on a la trentaine, qu’on sait plus ou moins consciemment ce qu’on veut dans la vie, je trouve que ce genre d’histoire fait « faux ». Je crois beaucoup plus au « qui se ressemblent s’assemblent ». Non pas qu’il faille être parfaitement identiques, les goûts peuvent diverger, c’est comme ça que l’on enrichit le couple. Mais n’avoir rien en commun et envisager une relation sérieuse, c’est se mettre profondément le doigt dans l’œil. La fin est pour moi du grand n’importe quoi. C’est censé être original, je trouve ça stupide. Ajoutons à cela que le déroulement de l’histoire n’est absolument pas surprenant, et bien ça fait un livre pour lequel je regrette un peu d’avoir passé du temps à le lire.
 
J’ai regardé rapidement ce qui se disait sur la suite de ce roman, Le Caveau de famille. Il m’a l’air encore pire vu ce qui m’a ennuyée dans ce premier tome. Je ne devrais pas le lire vu que je n’ai pas aimé, et pourtant je me connais, je suis trop curieuse et je finirais sûrement par le lire un jour. En tout cas, je ne conseillerai Le Mec de la tombe d’à côté à personne. J’espère que mes prochaines expériences avec des auteurs scandinaves se passeront mieux.
 
"Alors que maintenant, qui suis-je ?

Une femme totalement livrée à ceux qui par hasard la voient. Pour les uns, je suis une électrice, pour les autres, piétonne, salariée, consommatrice de culture, capital humain ou propriétaire d'appartement."


 
"Mieux vaut franchir les minutes

une à une

les avaler comme des pilules amères

essayer de ne pas penser

à toutes celles qui restent"
 

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