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Qu'il est bon d'être futile !

Mardi 4 novembre 2014 à 20:41

Ce livre m’a fait envie dès sa sortie en français. Un roman intitulé Quand j’étais Jane Eyre est plein de promesses pour une enthousiaste des sœurs Brontë comme moi ! J’ai lu Jane Eyre il y a 3 ans déjà, mais grâce aux adaptations et aux nombreuses références qui lui sont faites, j’en garde des souvenirs assez précis. J’ai lu plus récemment Agnès Grey et The Professor, et relu aussi Wuthering Heights, sans compter les Devoirs de Bruxelles et Le Palais de la Mort. Comme j’ai tout aimé, voire adoré pour certains, j’avais des attentes assez élevées pour ce roman biographique de Sheila Kohler.
 
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Le livre commence alors que Charlotte, l’aînée, est à Manchester. Elle veille sur son père qui a été opéré des yeux. Dans la pénombre de la chambre, Charlotte a tout le temps de songer à son passé et à ses écrits. Peu à peu, un nouveau roman se forme dans son esprit, et elle commence à écrire Jane Eyre.
 
J’avoue que je n’accrochais pas trop au début. Le style est très impersonnel, froid et distant, et ne me paraissait pas convenir pour parler de cette famille et de Jane Eyre, roman passionné s’il en est. Mais cette écriture n’est que le reflet de la vie des personnes dont ce livre parle. Charlotte en particulier cache les tourments de son âme sous des dehors secs et peu avenants. La violence qui a dû l’animer devant toutes les injustices vécues est au final extrêmement bien rendue. Je crois que Sheila Kholer a très bien réussi à enfiler la peau des gens qu’elle fait vivre dans son livre : Charlotte, Patrick, Emily, Anne et Branwell Brontë, mais aussi des personnages encore plus secondaires, la mère et la tante, l’infirmière…
 
Je n’ai jamais lu de biographie pure sur la famille Brontë mais à force de lire des préfaces, postfaces et annexes et de traîner sur le net, j’ai quelques connaissances à ce sujet. Je ne pense pas que l’auteure ait beaucoup inventé. Elle a donné des détails à des faits connus (grâce à la correspondance de la famille notamment) qu’elle a interprétés et racontés davantage sous la forme d’une fiction que d’un ouvrage historique ; cela ne leur retire pas leur pertinence pour autant. Ces femmes se sont forcément inspirées de leurs lectures et de leur vécu, ainsi que de celui de leur entourage, pour créer leurs histoires. Mettre en avant leurs œuvres pour raconter leurs vies me paraît tout à fait intéressant.
 
Pour leurs admirateurs, s’entend, ou au moins ceux qui les connaissent un peu, car il est évident que quelqu’un qui n’a jamais lu leurs textes et ne s’intéresse pas un peu à ces trois sœurs hors du commun n’aura pas beaucoup de plaisir à lire ce roman, contrairement à moi qui l’ai dévoré dès que j’ai réussi à entrer dedans.
 
Ce format de roman/documentaire ou biographie permet d’apprendre plein de choses sans avoir l’impression de lire un bouquin de cours ou autre, tout en ressentant la passion qui a habité cette étrange famille, faite d’amour et de violence mêlés. Je ne peux que vous conseiller Quand j’étais Jane Eyre, qui frôle le coup de cœur pour moi !
 

"Elle s'inspirera de tous ceux qui l'ont rabrouée ou ignorée. Elle écrira en s'appuyant sur sa rage, sur la conscience de sa propre valeur, sur l'injustice que représente le rejet de ses écrits. Elle traitera de quelque chose qu'elle connaît bien : la passion."
 
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Mercredi 8 octobre 2014 à 19:04

La patronne de la boutique Herbatica (que je vous recommande absolument si vous êtes amateur de thé, de produits bio, d’épices, …) m’a gentiment offert Le Thé dans l’Encrier de Gilles Brochard. À ce que j’ai compris, c’est une réédition en poche et réactualisée d’un livre déjà paru.
 
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Dans ce petit bouquin, Gilles Brochard nous communique sa passion du thé, et son plaisir à traquer ces écrivains qui ont un rapport particulier avec cette boisson, et les références au breuvage dans les textes littéraires.
 
J’ai beaucoup aimé Le Thé dans l’Encrier. J’avais peur que ce soit un peu ennuyeux, mais pas du tout. Personnellement j’adore le bon thé, même si je fais des incartades en achetant de temps à autre du thé en sachet Lipton ou du Kusmi Tea. D’ailleurs, je dois toujours faire un article pour vous montrer mon « matériel » et ma collection de thés, souvent changeante mais toujours bien garnie depuis quelques années.
 
Ce qui m’a plu dans ce petit livre, c’est qu’outre découvrir le rapport au thé de Gilles Brochard et des auteurs dont il a disséqué les habitudes et/ou les œuvres, c’est qu’il donne envie d’aller boire tel thé avec telle friandise à tel endroit, dans tel état d’esprit ; et de lire ces auteurs, dont certains m’étaient connus, d’autres seulement de nom, d’autres encore pas du tout. Il y a vingt-six chapitres, tous courts, plus l’introduction, si bien qu’on ne se lasse pas, on déguste petit à petit. Je ne conseillerai pas de lire ce livre d’une traite ; au contraire, savourez-le sur plusieurs jours. Pour vous donner quelques noms : Proust (évidemment, la madeleine trempée dans le thé), George Brummell (le dandy britannique), Katherine Mansfield (que je ne connais pas mais qui me tente beaucoup à présent), James Joyce, Alexandra David-Néel… Selon l’auteur qui fait l’objet du chapitre, on aura une défense ou une attaque, une anecdote, une analyse de texte, le récit d’une rencontre, un souvenir…
 
Hormis deux ou trois chapitres moins sympathiques, j’ai passé un excellent moment. Beaucoup de citations reprises par Gilles Brochard m’ont plu, malheureusement je ne les ai pas notées…J’ai aussi apprécié le dernier chapitre, où l’auteur réfléchit au thé qu’il proposerait à des écrivains contemporains, comme Jean des Cars, Philippe Delerm ou Amélie Nothomb. De ce que je sais de ces personnes, Gilles Brochard me semble taper juste ! Mais les goûts des uns et des autres pourraient surprendre je pense.
 
À mon avis, c’est un bouquin à lire au moins une fois si vous êtes amateur de thé. Je remettrai sûrement mon nez dedans un jour ! 
 

Lundi 11 août 2014 à 18:06

Même si je n’ai pas pu assister à la réunion du club de lecture du mois d’août (et que je ne pourrai plus jamais y aller, ouiiiiiiiiiiin !), j’ai tenu à lire le roman choisi pour cette séance vu que c’est un ami qui l’avait proposé et que c’était Les belles images de Simone de Beauvoir. Je ne connaissais pas ce titre, mais ça faisait longtemps que je voulais découvrir un de ses textes, d’autant plus depuis que j’ai lu Beauvoir in love d’Irène Frain.
 
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Dans Les belles images, Laurence est une femme qui, en apparence, a une vie idéale. Elle bosse dans la pub, son mari est un architecte qui gagne beaucoup de sous, elle a son père, sa mère, sa sœur et ses deux filles. Mais voilà, Laurence se sent vide. Lorsque sa fille aînée Catherine commence à poser des questions et se trouve bouleversée devant ce qu’elle comprend du monde, Laurence décide que Catherine ne sera pas comme elle, une femme sans cœur, sans sentiment.
 
Quelle lecture ! Je me suis trouvée embarquée par Simone de Beauvoir dès le début. Dawn m’avait prévenue que la narration était spéciale et qu’il était très difficile de s’y retrouver dans les premières pages, donc je m’y attendais et ça ne m’a pas dérangée. J’ai même apprécié de chercher qui était le narrateur, et d’essayer de deviner les relations entre les personnages, leur âge, leur situation… Heureusement tout de même que tout le roman n’est pas ainsi. Au bout d’une dizaine de pages, on sait clairement qui est la narratrice, mais la narration reste dédoublée. On saute de la troisième personne à la première. Tout le roman est émaillé de discours direct et j’ai trouvé que le rendu était extrêmement bien réussi. Je ne ressemble pas à Laurence (enfin je ne crois pas !) mais avec ce procédé de narration, je me suis identifiée à elle aussitôt. La plume de Simone de Beauvoir m’a enchantée !
 
Concernant le fond, c’est extrêmement intéressant. En 180 pages, j’ai l’impression que l’auteure a parlé de tout ce qui importe dans une vie. Elle slalome aisément entre tous les sujets, nous donnant à réfléchir sans partir ans des dissertations insupportables, sans imposer son point de vue. Ce roman date de 1966 mais je l’ai trouvé affreusement actuel, tout en ne pouvant être dissocié de son contexte. Les personnes adultes à cette époque avait connu la Seconde guerre mondiale, ce qui n’est plus le cas de la majorité de la population aujourd’hui. Vraiment, ce roman fout une claque, mais une douce.
 
J’avais un peu peur de la manière dont ça allait se finir vu les différentes intrigues qui se nouent. Je me méfie toujours quand on aborde de trop près certains sujets ! Pourtant, la fin m’a vraiment satisfaite. On ne sait pas exactement ce qui va se passer, mais à mon idée ça va dans le bon sens. Malgré la peinture bien triste de notre société et du monde, il y a de l’espoir, on peut faire quelque chose, pour soi ou pour les autres.
 
Je pourrais parler des personnages, du début des intrigues, des réflexions menées, mais je ne le veux pas, car le roman est court et ce sera bien meilleur pour vous si vous ne savez pas exactement dans quoi vous plongez ! C’est réellement un excellent livre, que je vous recommande vivement si vous êtes intéressés par ce genre de lecture. 
 
"C’est sa mère, elle a de l’affection pour elle. Mais c’est aussi une étrangère. Derrière les images qui virevoltent dans les miroirs, qui se cache ? Peut-être personne du tout."
 
"Pourquoi elle a régressé pendant les premières années de son mariage, elle l’a compris, le cas est classique. L’amour, la maternité, c’est un choc émotionnel violent, quand on se marie très jeune, et qu’entre l’intelligence et l’affectivité il ne s’est pas encore établi un harmonieux équilibre."
 
"Jean-Charles a-t-il raison ? Est-ce de moi qu’elle tient ce caractère inquiet ? C’est effrayant de penser qu’on marque ses enfants rien que par ce qu’on est. Pointe de feu à travers le cœur. Anxiété, remords. Les humeurs quotidiennes, les hasards d’un mot, d’un silence, toutes ces contingences qui devraient s’effacer derrière moi, ça s’inscrit dans cette enfant qui rumine et qui se souviendra, comme je me souviens des inflexions de voir de Dominique. Ça semble injuste."
 

Samedi 26 juillet 2014 à 13:25

Vu notre enthousiasme à Fanny et moi pour les textes de Daphne Du Maurier, je me dis qu’on va pouvoir faire encore plein de LC, surtout si c’est pour découvrir des textes aussi chouettes que L’amour dans l’âme et plus récemment encore Les Oiseaux et autres nouvelles !
 
Il s’agit d’un recueil de sept nouvelles, dont la première est intitulée Les Oiseaux et qui a inspiré Hitchcock pour son célèbre film, mais toutes les nouvelles sont mystérieuses ou angoissantes, flirtant tantôt avec le réel et tantôt avec le fantastique, frôlant parfois l’horreur... Les nouvelles étant toutes très abouties, je vais consacrer quelques mots (voire plus !) à chacune.
 
 
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Les oiseaux
Je pense que c’est celle que j’ai préférée. Je l’ai commencée un soir, dans l’idée de juste lire les premières pages, et j’ai été incapable de reposer le livre avant de l’avoir finie. Nous faisons la connaissance de Nat, ancien combattant et blessé de guerre, qui travaille dans une ferme. Il aime observer les oiseaux, et se rend compte, alors que l’hiver s’installe, que ceux-ci se comportent bizarrement. Il va essayer d’alerter autour de lui, mais personne ne prêtera attention à ses craintes.
L’intrigue est menée avec une grande maîtrise et c’est extrêmement bien écrit. On s’interroge, on suit Nat et sa famille, on frissonne un peu de peur, l’horreur est de plus en plus tangible mais pas au point d’empêcher de dormir (heureusement pour moi…). Je ne sais même pas en parler tellement c’est génial. Je ne voulais pas arriver à la fin mais je ne pouvais pas m’empêcher de continuer ! Tout est très bien pensé, les détails se succèdent, formant un ensemble très cohérent, qui nous plonge immédiatement dans l’ambiance. L’intrigue joue sur des peurs assez universelles (notamment celle l’inexplicable) et peut ainsi toucher tout le monde, mais je n’étais pas mécontente de sentir un peu le climat post Seconde Guerre mondiale des années 50. Le texte en tout cas n’a pas pris une ride. Ce genre de thème marche toujours aussi bien de nos jours ! Le personnage principal est en plus très attachant. Débrouillard et intelligent, il est dévoué à sa famille et a tout du héros qui s’ignore, j’ai aimé le suivre et trembler pour lui. Quant à la fin, eh bien… C’est du Daphne Du Maurier !
 
"Puis il entendit des coups légers à la fenêtre. Il n’y avait point de plantes grimpantes au mur de la maisonnette qui auraient pu se détacher et venir gratter la vitre. Il écouta, et le tapotement continua jusqu’au moment où, agacé par le bruit, Nat se leva et alla ouvrir la fenêtre. A ce moment, quelque chose frôla sa main en bruissant contre ses phalanges et lui égratignant la peau. Puis il perçut un frémissement d’ailes qui s’évanouit au-dessus du toit, derrière la maison."
 
Le pommier
Excellente nouvelle également. Un homme, veuf depuis trois ans et qui se satisfait très bien de sa liberté, remarque un jour dans son jardin un pommier différent des autres. Décharné, les branches tombantes, il a l’air d’être presque déjà mort. Et surtout, il lui fait penser à feue son épouse, Midge…
Ce texte est très subtil et en même temps on sent que l’inéluctable va se produire. Dès le début j’ai senti ce qui allait se passer, mais Daphne Du Maurier décrit si bien le chemin qui y mène que j’étais comme envoûtée, ce qui est assez malsain d’ailleurs. Les descriptions sont particulièrement exceptionnelles dans cette nouvelle. Elle a insufflé une présence incroyable à ce pommier qu’on suit sur plusieurs mois, en tissant les fils de l’histoire du personnage principal en parallèle de l’évolution de l’arbre. Le fantastique est léger tout en semblant être partout. Comme je le disais, la chute n’était pas une surprise, mais dans la construction de ce texte ça n’a aucune importance !
 
"L’arbre était décharné et d’une minceur pitoyable, sans rien de la robustesse noueuse de ses frères. Ses branches peu nombreuses, partant très haut sur le tronc, ainsi que des bras aux épaules étroites, s’étendaient avec un air de martyr résigné, come transies par l’air frais du matin. L’armature de fil de fer entourant la base de l’arbre à la moitié du tronc faisait l’effet d’une jupe de tweed gris sur des jambes maigres ; tandis que la plus haute branche, dressée au-dessus des autres mais légèrement retombante, figurait une tête penchée par la fatigue."
 
Encore un baiser
J’ai légèrement moins aimé ce texte à cause du type de narration choisi et du style qui va avec. C’est le personnage principal qui parle, nous racontant cette fois où il a rencontré une fille, ouvreuse au cinéma, et qu’il l’a suivie dans le bus qu’elle a pris après la dernière séance du soir.
Daphne Du Maurier, pour rendre son personnage réaliste (et c’est réussi), lui donne un air légèrement péquenaud. Il appelle la fille « ma gosse », fait des phrases simples. Il a l’air d’un type un peu ennuyeux, mais ce qu’il va vivre est loin d’être ordinaire. Pour le coup, je n’ai pas du tout deviné la fin, même si je me doutais que ça avait un rapport avec un certain sujet. C’est vraiment la nouvelle à laquelle j’ai le moins accroché, mais ça reste très bon !
 
Le Vieux
Cette nouvelle m’a fait rire car je me suis faite avoir tout du long ! Un homme nous raconte, comme si nous étions devant lui, touriste ou nouvel arrivant dans le coin, l’histoire du vieux qui traîne là.
Pour le coup, je ne voyais pas du tout où l’auteure nous menait, avec ce narrateur un peu fantôme, qui nous met en contact avec ces personnages par son biais mais n’a pas d’importance en lui-même dans l’histoire. À quoi ça rime ? Au final, c’est un jeu subtil de l’auteure, qui réussit parfaitement à nous berner jusqu’à la fin et à nous étonner lors de la révélation, où l’on se pose et réfléchit avant de se dire que oui, elle nous a eus sur toute la ligne. Je n’en dis pas plus, c’est presque déjà trop !
 
Mobile inconnu
Une femme mariée, riche, heureuse, se suicide tout à coup dans sa belle maison, à l’effroi de son mari qui ne comprend pas. La police ne trouve aucun mobile et conclut à un coup de folie, mais Sir John ne croit pas à cette théorie et engage un détective privé pour faire la lumière sur cette histoire. Black va en effet finir par découvrir beaucoup de choses.
Celle-ci était géniale également, ma deuxième préférée on va dire ! Daphne Du Maurier tente ici une nouvelle policière et mystérieuse où elle sème allégrement les indices, nous conduisant sur les traces de la vie passée de Lady Farren. Les ficelles du genre sont absolument maîtrisées et donnent une nouvelle digne d’Agatha Christie ! J’ai trouvé l’écriture très entraînante sur cette nouvelle, on a l’impression que ça va vite, une certaine fièvre nous tient en même temps que Black se rapproche de la solution… et la chute est également très bien.
 
"Un matin, vers onze heures et demi, Mary Farren se rendit dans la salle d’armes, prit le revolver de son mari, le chargea et se tira une balle. Le maître d’hôtel entendit le coup de feu de l’office. Sachant que Sir John était absent et ne serait pas de retour avant le déjeuner, il ne pouvait imaginer qui se trouvait dans la salle d’armes à pareille heure."
 
Le petit photographe
J’ai apprécié cette nouvelle aussi, mais un peu moins, vous allez voir pourquoi. Madame la marquise passe ses vacances dans un hôtel de luxe avec ses deux petites filles et leur gouvernante mais comme toujours elle en vient à rapidement s’ennuyer, jusqu’à ce qu’elle rencontre un photographe.
J’ai eu un gros problème avec l’héroïne, cette marquise qui m’est rapidement apparue comme imbuvable ! Le « petit photographe » n’a pas cette image d’elle apparemment, et bien sûr ça cause des soucis à un moment donné. Je le trouve donc un peu stupide lui, je ne vois pas à quoi il s’attendait, ce qu’il espérait ! Néanmoins, à partir du moment où la nouvelle bascule, l’horreur de la situation nous apparaît bien, et la peur qui transpire dans chaque ligne salit aussi le lecteur. Et la fin, qu’on devine quelques lignes avant qu’elle soit révélée, et conforme à l’esprit de la nouvelle et personnellement me satisfait très bien !
 
Une seconde d’éternité
J’ai un peu moins aimé celle-ci également, mais pour des raisons différentes. On nous présente Madame Ellis, sa vie de veuve bien ordonnée, les joies de l’existence qui se résument à sa fille, Susan, jusqu’à ce qu’un jour, plus rien ne soit comme avant.
Là aussi, le personnage principal ne m’a pas été très agréable, et en même temps on la plaint un peu, car elle nous apparaît très pathétique cette Mme Ellis. Le déroulement de la nouvelle est très intriguant, on se demande où ça mène, les pistes se multiplient, mais la chute est un peu bancale, la fin brutale. Comme souvent avec cette auteure, on n’a pas de réponse claire, mais là c’était un peu trop fuyant, je n’ai pas été convaincue par cette façon de « sortir » de la nouvelle.
 
 
Ce qu’il y a à retenir de ce recueil, c’est que les nouvelles sont très accrocheuses, Daphne Du Maurier possède une plume véritablement magnifique et quelquefois magique, et elle maîtrise aussi bien le format roman que celui plus court de la nouvelle. Hormis la dernière, j’ai trouvé que chaque nouvelle était bien détaillée, on n’a jamais l’impression que ce n’est pas approfondi ou que c’est trop court, autrement que parce que c’est trop bon !
 
Et voilà, encore un Daphne Du Maurier, encore un coup de cœur. Si vous ne la connaissez pas, qu’est-ce que vous attendez ?
 

Dimanche 20 juillet 2014 à 15:15

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En 2009, je suis allée voir au cinéma Ma vie pour la tienne, un film de Nick Cassavetes avec Cameron Diaz et Abigail Breslin dont la BA m’avait donné envie. J’ai appris ensuite que c’était une adaptation d’un roman de Jodi Picoult, et je me suis dit que comme j’avais bien aimé le film, ce serait sympa de tenter le livre un jour. Je suis tombée dessus en occasion lors de mon voyage en Écosse en 2012 mais je ne l’avais pas pris avant finalement de le récupérer au club de lecture et ça y est, je l’ai enfin lu !
 
My Sister's Keeper s’ouvre alors qu’Anna, la benjamine de la famille Fitzgerald, demande à l’avocat Campbell Alexander de l’aider dans sa démarche en justice : elle veut obtenir l’émancipation médicale, afin que ses parents ne puissent plus prendre à sa place des décisions concernant sa santé. Car Anna est née dans un but bien précis, celui d’être un donneur parfaitement compatible avec sa sœur aînée Kate, atteinte d’une rare forme de leucémie. Depuis qu’elle est toute petite, Anna fait des dons à sa sœur, et à présent les reins de Kate ne fonctionnent plus, mais Anna refuse d’effectuer le don.
 
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La narration alterne les points de vue à chaque chapitre, ce qui me plaît souvent beaucoup, et ici aussi j’ai apprécié cette construction. Les narrateurs sont Anna, Campbell, Sara (la mère), Brian (le père), Jesse (le frère aîné) et encore Julia (la tutrice pour l’instance). Dès le début, on note l’absence de Kate. Elle n’a pas la parole, alors qu’elle est au centre de tout. Les personnages se croisent sans cesse et chacun permet de voir l’histoire et les problématiques qu’elle pose sous des angles différents. Le récit est dynamique et même s’il ne se passe pas grand-chose (la totalité du « présent » se site sur deux semaines environ), notamment du fait qu’une bonne partie du livre raconte en fait des souvenirs (en particulier les passages avec Sara qui raconte le diagnostic de Kate, puis la rémission, les rechutes…), je ne me suis pas ennuyée du tout, c’est prenant.
 
Connaître l’histoire ne m’a pas du tout gênée, au contraire j’étais contente d’en découvrir de nouveaux aspects et de constater que des personnages diffèrent de ceux du film. Jesse en particulier change beaucoup d’un support à l’autre. Gamin dyslexique un peu paumé entre ses deux sœurs qui concentrent toute l’attention de ses parents dans le film, il est dans la version originale un véritable délinquant et ses parents ont laissé tomber. Mon avis sur Brian a un peu évolué. Il me paraît très passif dans le film, à part un peu à la fin, mais ici on comprend mieux son rôle, ses décisions, et ce pompier passionné par les astres est finalement très attachant. Difficile de donner mon avis sur Sara, c’est de loin le personnage le plus controversé. Elle est bien interprétée dans le film par Cameron Diaz, on l’admire et on la désapprouve à la fois. Elle le dit, elle ne laissera pas mourir Kate, et pour ça elle fera tout, même si ça revient à quasiment détruire sa famille, abandonner son fils, affronter son mari, ignorer sa fille. Julia était une découverte car le personnage n’a pas été gardé pour le film, ce que je peux comprendre vu qu’elle n’apporte rien d’essentiel à l’histoire des Fitzgerald, même si elle les voit d’un œil neuf, extérieur et donne donc un avis plus objectif de la situation. Elle a toute son importance dans une seconde intrigue, qui les concerne elle et Campbell. Le juge DeSalvo, présenté comme une femme dans le film, est en réalité un homme. C’était sympa de chercher toutes les petites différences et d’approfondir les personnages et les sujets que je connaissais par le film, que dans l’ensemble je ne trouve pas mal du tout pour une adaptation.
 
"I realize then that we never have children, we receive them. And sometimes it's not for quite as long as we would have expected or hoped. But it is still far better than never having had those children at all." Sara
 
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Avec cette histoire, on se demande facilement ce qu’on ferait à la place de Sara et de Brian, et bien sûr elle provoque des sentiments très ambivalents voire opposés. On est horrifiés de voir qu’ils ont été jusqu’à faire un autre enfant pour avoir un donneur 100% compatible sous la main pour Kate et on condamne leur comportement envers Anna (celui de Sara surtout). Ce roman pose des questions d’éthique médicale, parle de la souffrance de la maladie pour la personne concernée et pour son entourage, l’attente, le retour des traitements, la peur constante de la mort, les « surprises » que nous réserve la vie… Difficile de rester indifférent ! Le titre original du roman est particulièrement bien trouvé, avec cette référence à Abel et Caïn. Étonnamment, c'est Jesse qui prononce cette phrase dans le roman et pas Anna, qui serait plus légitime à le faire, mais je pense que c'est justement pour ça que c'est Jesse qui le dit. Les personnages sont très réalistes, l’auteure ne fait pas de concession et ne leur épargne rien. On est très proches d’eux puisqu’ils sont narrateurs et le style renforce encore cette impression en étant proche du langage parlé et ancré dans notre époque avec des références modernes (que je n’ai pas toujours comprises, étant Française et non pas Américaine !). L’anglais est très facile, j’ai seulement eu quelques soucis avec des expressions familières américaines mais globalement c’est très abordable.

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Je termine en disant attention, la fin du roman n’est pas celle retenue par le film ! Je me suis bien fait avoir, ça a été un vrai choc. Je comprends que l’équipe du film ait décidé de la changer, elle n’est pas forcément « satisfaisante » dans le roman, et encore, c’est une question de goût. Je ne saurais dire laquelle je préfère, je garde les deux en tête et puis c’est tout. En tout cas je vous conseille le livre et le film, qui quelque part se complètent bien. La BO du film et les moments partagés en famille mettent quand même du baume au cœur, alors que le livre est plus sombre, les rayons de lumière passent plus difficilement je trouve. Le traitement de la fin ne laisse pas du tout la même impression a posteriori.
 
C’était une bonne lecture même si elle n’est pas particulièrement joyeuse. C’est le genre de livre qu’il faut lire de temps en temps seulement, ne surtout pas en enchaîner plusieurs comme ça ! J’ai un autre roman de Jodi Picoult dans ma PAL, Nineteen Minutes, qui m’a l’air aussi joyeux, donc je le lirai avec plaisir mais pas tout de suite.

"If there was a religion of Annaism, and I had to tell you how humans made their way to Earth, it would go like this: In the beginning, there was nothing at all but the moon and the sun. And the moon wanted to come out during the day, but there was something so much brighter that seemed to fill up all those hours. The moon grew hungry, thinner and thinner, until she was just a slice of herself, and her tips were as sharp as a knife. By accident, because that is the way most things happen, she poked a hole in the night and out spilled a million stars, like a fountain of tears. 
Horrified, the moon tried to swallow them up. And sometimes this worked, because she got fatter and rounder.. But mostly it didn't, because there were just so many. The stars kept coming, until they made the sky so bright that the sun got jealous. He invited the stars to his side of the world, where it was always bright. What he didn't tell them, though, was that in the daytime, they'd never be seen. So the stupid ones leaped from the sky to the ground, and they froze under the weight of their own foolishness. 
The moon did her best. She carved each of these blocks of sorrow into a man or a woman. She spent the rest of her time watching out so that her other stars wouldn't fall. She spent the rest of her time holding onto whatever scraps she had left." Anna
 

Mercredi 9 juillet 2014 à 14:34

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J’étais intéressée par le roman Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro depuis longtemps et je ne regrette pas du tout de m’être lancée dedans. C’est tout à la fois un roman d’anticipation qui traite de grandes questions contemporaines, de quête de soi, de réflexion sur le sens de la vie et des arts.
 
L’histoire est narrée par Kathy H. Alors qu’elle s’apprête à arrêter son travail d’accompagnante (mais qu’est-ce ? il vous faudra lire le roman pour le savoir !), elle se rappelle son enfance et son adolescence dans les années 70 et 80, à Hailsham puis ailleurs, auprès d’autres élèves, et notamment Ruth et Tommy, à travers une série d’événements petits ou grands, pas forcément racontés chronologiquement, même si son récit suit une ligne directrice depuis ses jeunes années jusqu’au jour où elle raconte. Elle analyse toutes les choses qui l’ont conduite là. Elle nous parle presque comme si nous étions devant elle, en tout cas comme si nous savions de quoi elle parle. C’est si évident pour elle, qui a grandit en connaissant tout cela, alors pourquoi s’embêter à nous expliquer ? Le lecteur donc s’interroge et rapidement en vient à la conclusion que quelque chose n’est pas normal. Le monde de Kathy semble comme le nôtre, et pourtant…
 
Le roman est subtil et bien mené. Ce n’est pas un livre à péripéties qui tient son lecteur en haleine, mais je ne me suis pas ennuyée une seconde et quand j’étais lancée dans ma lecture, j’avais bien du mal à le lâcher. On s’arrête souvent pendant la lecture, pour réfléchir aux implications de telle phrase, de ce mot. J’ai adoré cette capacité de l’auteur à nous pousser à réfléchir par nous-mêmes plutôt qu’à attendre que ça nous tombe tout cuit dans le bec. Je n’ai pas trouvé la fin très émouvante (je me doutais un peu de la façon dont ça allait tourner) mais elle est marquante, et là encore elle nous encourage à réfléchir. Kazuo Ishiguro fait ça avec une plume simple, presque délicate, mais ne mâche pas ses mots quand c’est nécessaire.
 
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On s’attache facilement à Kathy puisqu’on voit tout par ses yeux et qu’elle nous apparaît comme une personne simple, abordable, gentille. J’ai eu du mal à comprendre son amitié avec Ruth, qui n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler un personnage sympathique, même si ses réactions face à la vie qui leur est réservée sont intéressantes et permettent de faire avancer l’histoire. Quant à Tommy, je suis mitigée. Il est quelque part le plus optimiste, le plus vrai, tout en étant passablement irritable et adorable.
 
J’ai beaucoup aimé ce roman qui aborde de nombreuses questions éthiques de notre époque et qui ne vont faire que se poser de plus en plus, même si elles sont facilement ignorées. je ne sais pas pourquoi ce n'est pas un coup de cœur, mais c'est un super livre.
 
Le film, qu’on trouve généralement sous le titre original Never let me go, est à mon avis bien en-dessous du livre. Déjà, il passe trop vite sur la période à Hailsham, en vingt minutes ou une demi-heure, alors que c’est quasiment la moitié du roman (je pense que c'est pour rentabiliser les trois acteurs adultes, bien plus coûteux que les gosses...). Au lieu de rester dans l’implicite, le réalisateur Mark Romanek a préféré quasiment tout nous dire dès l’ouverture du film, en brodant sur ce qui n’est que sous-entendu par l’auteur (j’ignore s’il a collaboré à la création du film) et en se concentrant par la suite sur l’aspect romance de l’histoire, très mineur dans le livre. Le film aurait mérité d’être un peu plus long (il fait 1h40) et plus développé, plus complet. À mon avis, il manque des éléments très importants, notamment dans une scène proche de la fin. J’ai trouvé Andrew Garfield (Tommy) vraiment mauvais. Je ne l’avais déjà pas aimé en tant que Peter Parker, mais il n’était pas mieux avant. Je trouve qu’il tire même le film vers le bas, car les interactions entre Carey Mulligan (Kathy) et Ruth (Keira Knightley) sont généralement très bonnes. La BO aussi m’a beaucoup plu, je l’ai écoutée plusieurs fois. Petite mention à Bill Weasley, qui apparaît dans le film en tant que Rodney ! On aperçoit aussi Charlotte Rampling qui incarne Madame (dont je n'ai volontairement pas parlé dans la chronique du roman).
 
En bref, cette adaptation n’a pas la profondeur du livre mais n’est pas non plus un mauvais film, je le reverrai à l’occasion.
 
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Mardi 1er juillet 2014 à 16:48

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J’ai découvert en fin d’année dernière L’île des chasseurs d’oiseaux de Peter May grâce à Cassie qui l’avait présenté au club de lecture. Ça avait été une très bonne lecture au final, j’avais donc acheté la « suite » peu après. Peter May a en effet écrit une sorte de « trilogie de Lewis », trois romans mettant en scène Fin MacLeod, principalement sur l’île de Lewis. Dans l’absolu, ils peuvent se lire indépendamment, mais c’est mieux de les prendre dans l’ordre.
 
Dans L’Homme de Lewis, neuf mois ont passé depuis la fin du premier livre. Fin revient sur son île natale et très vite apprend que Tormod MacDonald, le père de Marsaili son amie d’enfance, risque d’être soupçonné de meurtre. Seulement, le vieux homme est sénile et se trouve incapable de livrer ses souvenirs à Fin, qui va devoir chercher la vérité par ses propres moyens.
 
Je le dis d’emblée : j’ai moins aimé que le premier. D’une part, parce que ça fait beaucoup de grosses casseroles en peu de temps sur une si petite île, on y perd en crédibilité ; d’autre part, parce que l’histoire des personnages avance peu et m’a globalement ennuyée plus qu’autre chose ; enfin parce que la fin avait un côté ridicule et n’était, à mon avis, pas plausible (je parle de l’action qui se déroule dans le présent, pas des souvenirs de Tormod, même si là aussi c’est un peu tiré par les cheveux je trouve). Ces trois éléments réunis font que je reste sur une impression légèrement défavorable, surtout par rapport au premier. La psychologie des personnages qui m’avait beaucoup plu est ici passée loin au second plan, et le sujet caché (que je ne vous révélerai pas car à mon avis c’est un spoil, même si c’est un peu révélé sur la quatrième de couverture…) n’est pas aussi bien traité qu’il aurait pu l’être, j’ai eu l’impression que l’auteur cherchait à faire du pathos.
 
À côté de ces aspects négatifs de mon point de vue, on retrouve aussi plusieurs éléments gagnants du premier livre, et notamment les descriptions des Hébrides. On ne reste pas coincé sur Lewis, on voit également Harris et même Eriskay. Nous allons aussi un peu à Édimbourg, ce qui est très sympa. J’aime beaucoup la narration double, avec d’un côté le présent conté par un narrateur extérieur et de l’autre le passé, raconté par Tormod à travers ses souvenirs. Comme je vous le disais, la toute fin de « l’enquête » ne m’a pas convaincue, mais globalement l’aspect policier du roman était pas trop mal (en même temps je ne suis pas hyper exigeante sur ce point). Comme L’île des chasseurs d’oiseaux, ça se lit très bien, je l’ai quasiment dévoré.
 
Une légère déception donc, mais une lecture qui n’est pas désagréable. J’essaierai d’acheter le troisième, Le braconnier du lac perdu, dans peu de temps et de le lire rapidement pour clore cette saga qui a vraiment le mérite de nous emmener dans l’Écosse sauvage, dans le nord des Hébrides.
 
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Mardi 17 juin 2014 à 18:03

Il y a de cela plusieurs mois, Fanny et moi avons décidé de faire ensemble une LC autour d’un roman de Daphne Du Maurier. Après moult réflexions, nous nous sommes décidées pour L’amour dans l’âme, réédité en début d’année par Le Livre de Poche, qui avait déjà publié ce roman sous le titre La chaîne d’amour. J’avais très envie de faire cette lecture, car même si j’ai relu il n’y a pas si longtemps Rebecca et que j’ai eu grand plaisir à regarder l’adaptation de la BBC de L’Auberge de la Jamaïque, cela faisait des années que je n’avais pas découvert une de ses œuvres (je n’ai lu que les deux précédemment citées et Ma cousine Rachel, que j’avais un peu moins aimé, et Le bouc émissaire, que j’ai adoré).
 
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Ce roman est une fresque familiale qui s’étend de 1830 à 1930, en commençant au jour du mariage de Janet Coombe avec son cousin, Thomas Coombe, dans le village de Plyn en Cornouailles. Janet est une jeune fille un peu sauvage, qui rêve de bateaux et de s’échapper sur la mer, mais va-t-elle pouvoir suivre ses envies une fois mariée ? Le destin des Coombe sera-t-il toujours le même ?
 
Le roman est divisé en quatre parties et est précédé d’un arbre généalogique qui nous permet de suivre les Coombe de génération en génération. Je m’y suis référée quelquefois parce que c’est bien pratique mais sans trop regarder, car il peut contenir quelques spoils. On suit tour à tour Janet, puis Joseph, ensuite Christopher et enfin Jennifer. Chacun a sa personnalité, fait face à ses soucis, veut s’évader tout en cherchant sa voie, et tous ont un lien particulier avec la mer et Plyn. Je dois dire que des quatre, c’est Jenny que j’ai préféré, j’ai donc terminé le roman sur une note très positive. Janet m’a plu aussi, particulièrement grâce à l’immense talent de Daphne Du Maurier, qui se manifestait déjà magnifiquement dans ce premier roman paru en 1931. Elle a un don pour décrire une ambiance, pour faire vivre des personnages et leurs sentiments. Revenons-en à Janet. J’ai aimé son parcours (largement intérieur) et c’est la première Coombe qu’on suit, je me suis donc attachée à elle de manière un peu particulière. Un passage (doublé) particulièrement onirique se déroule avec elle, et c’est le personnage qui au final mène tous les autres, c’est le fil rouge de cette histoire, mais je ne peux pas vous dire pourquoi sans en dire trop, donc je me tais. Je regrette un peu qu’elle en soit restée à la procuration, et en même temps les métaphores qui lui sont dédiées sont très belles.
 
J’ai un peu moins accroché avec Joseph, dont j’ai eu du mal à comprendre le comportement, notamment vis-à-vis de ces enfants. J’ai presque envie de dire « ce n’est qu’un homme », un homme du XIXème qui a suivi ses désirs en profitant de son statut de mâle, et qui n’a guère pensé aux autres, même si je l’ai plaint plus d’une fois. La vie a été un peu crasse avec lui, mais il lui a rendu aussi quelquefois. Quant à Christopher, j’ai eu du mal avec lui au début. D’abord un peu trouillard, il se laisse dominer par les souhaits des autres, avance et recule, bref je le trouvais un peu ridicule, jusqu’à ce que sa vie d’adulte prenne un tournant différent, et là j’ai commencé à vraiment l’apprécier, malheureusement ce fut un peu sur le tard, mais l’impression positive que je commençais à avoir sur lui s’est grandement renforcée grâce à Jenny. J’ai réussi très facilement à me glisser dans sa peau. Toutes ses peines étaient les miennes, comme ses joies, et si j’attendais le dénouement de l’intrigue nouée autour d’un autre membre de la famille, c’était surtout pour elle, pour son avenir et son bonheur.
 
J’ai aussi beaucoup aimé la façon de Daphne Du Maurier de traiter des relations familiales et de tout ce qui y a trait. Les liens qui unissent la famille Coombe sont très divers : de l’amour fusionnel qui unit Janet et son fils à la haine de Philippe pour son frère, en passant par l’indifférence, la peur, la simple affection, la solidarité, le devoir... Tous sont illustrés à un moment ou un autre. On ne peut pas lire ce roman attentivement sans passer par la condition des femmes (et son évolution), l’éducation des enfants (j’ai eu envie de fiche des claques à certains personnages tellement leur conduite envers les enfants est destructrice), l’avancée de l’industrie ou encore les relations sociales, par exemple entre époux. Je ne vous cache pas que ce n’est pas un roman joyeux, et pourtant il s’en dégage des moments d’amour qui m’ont attendrie, et des passages émouvants ou tellement plein de réalisme et de vérité sur la vie de l’homme que j’en étais bouleversée. Là encore, la faute à Daphne Du Maurier, qui a une écriture sublime et accessible. À aucun instant je n’ai peiné dans ma lecture, tout est fluide et les cinq cents pages n’ont vraiment pas l’air d’être cinq cents.
 
Je ne veux pas en dire plus, car le mystère quant au contenu de ce livre a participé à ce que j’ai autant apprécié autant de le lire. Je ne peux que vous le recommander, surtout que vous n’avez pas d’excuse depuis qu’il est ressorti et peut se trouver dans toutes les librairies. Aux deux tiers de ma lecture j’hésitais un peu sur ce que j’en penserais au final, et maintenant c’est tout décidé : coup de cœur.

 
 
"La pièce était éclairée par quatre bougies dont les femmes brillaient et dansaient dans le vent frais soufflant par la fenêtre ouverte. Un chat couché près de la cheminée se léchait les pattes. Un buffet ancien, bourré d’objets de porcelaine, occupait un angle de la chambre. Au-dessus, une horloge battait solennellement les secondes. Un bouilloire chantait sur le feu."
 
"N’est-ce pas étrange, John, tous ces gens qui se sont aimés et auxquels il a toujours manqué je ne sais quoi pour que cet amour fût parfait ? Ils sont partis, se sont querellés, se sont perdus… Il y avait toujours quelque chose, quelque part, qui n’allait pas bien pour eux. Ils avaient toujours un sentiment de solitude. J’éprouve la même chose."
 
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Samedi 14 juin 2014 à 14:46

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Kyra avait fait une chronique tellement enthousiaste de ce roman que je me suis dit qu’il serait parfait lorsque j’aurais envie d’une lecture rapide et détente. Je lui avais dit que j’essaierai de le lire en juin, voilà qui est fait !
 
Gabrielle voit la fin de ses droits au chômage arriver et n’a d’autre choix que de postuler à un poste de secrétaire/standardiste pour un cabinet d’avocats réputé de Paris. Elle y rencontre Adrien de Bérail, qui va contre toute attente l’embaucher, mais en tant que nourrice pour ses enfants. Malgré son extravagance, il pense qu’elle pourrait bien être celle qu’il lui faut pour garder Paul et Sophie.
 
Mon premier Sophie Jomain. Vais-je essayer ses autres romans, les séries Noss Head ou Felicity Atcock ? Vraiment je ne sais pas, je suis très mitigée, ce qui surprend mon chéri parce que j’ai pas mal ri pendant ma lecture, il pensait donc que tout allait bien. Et c’est vrai que du point de vue de l’humour, ça m’a beaucoup plu. Globalement le livre donne la patate et il y a de très jolis moments. Les quelques scènes érotiques sont croustillantes et affriolantes, le personnage de Gabi est véritablement attachants, ainsi que ceux du couple Moine et les enfants, Paul et Sophie (l’auteure aurait-elle beaucoup lu la comtesse de Ségur ?). Quant à Adrien, il est le héros-type des romances d’aujourd’hui, je suis donc assez indifférente à son encontre, mais j’ai été touchée par son dilemme et la force de ses choix. Même s’il va trop loin, je comprends. De manière globale, j’ai apprécié les sujets abordés (enfin sauf un) et la façon dont ils étaient traités.
 
Là où ça commence à déraper, c’est avec les nombreuses invraisemblances voire incohérences. Trente-deux mètres carré à Paris et elle se plaint de vivre dans un endroit trop étriqué ? Laissez-moi rire ! J’ai une amie qui vit à Paris en ce moment : 15m², pas de douche ni de sanitaire, pas de quoi cuisiner. De même, le prix de l’appartement me semble très bas pour les prix vraiment pratiqués dans la capitale… Enfin bon, je ne suis pas spécialiste, mais ça m’a fait tiquer. Ensuite, je ne suis pas fortiche en géographie, mais la Normandie, la Baie de Somme et la Côte d’Opale sont certes proches mais pas au même endroit… Je m’interroge également sur ce besoin que l’un des deux personnages principaux (quasiment toujours l’homme en plus…) soit fabuleusement riche. Appartement avenue Foch de plusieurs centaines de mètres carré, jardin de taille appréciable, piscine intérieure… Ça m’a rapidement éloignée des personnages et a contribué à faire que l’ensemble paraissait « too much ». Il  en va de même avec les péripéties. Je pense qu’il aurait fallu trouver autre chose que Martin et son lot de casseroles, ça m’a vraiment ennuyée, fait qui a été accentué par le fait que des passages, bien que toujours racontés par un narrateur omniscient, étaient de son point de vue. L’alternance de ceux-ci est à mon avis ratée. Il aurait mieux valu faire un choix franc, peut-être carrément avec un récit à la première personne alternant uniquement entre Gabi et Adrien, ou rester avec un narrateur certes omniscient, mais plus distant. Bref, dans ce cas trop de focalisation interne a tué la focalisation interne (je ne me sens pas très claire dans mon propos mais je me comprends !).
 
Il est indiqué un peu partout que l'histoire est inspirée d'un conte d'après Grimm sur la jeune femme avisée. En cherchant un peu, j'ai vu que le titre du conte de Grimm serait L'Intelligente Fille du paysan. Je vais essayer de le lire, ça a attisé ma curiosité. Terminons sur des questions de forme. Sophie Jomain a une plume plutôt dynamique, son livre se lit très vite et très facilement, mais il n’y a pas de quoi se rouler par terre. Certaines tournures de phrase sont vraiment moches, la vulgarité n’est pas souvent bien employée, j’ai vu beaucoup trop de fautes et de coquilles (une spécialité de J’ai Lu). La couverture par contre est très chouette et correspond parfaitement au début du livre et à l’ambiance générale. Dommage qu’on n’ait pas revu M. Piou-Piou d’ailleurs.
 
En conclusion, je ne peux pas dire que c’était une mauvaise lecture, ce serait mentir, et vu comment je l’ai avalée c’est bien que j’y ai pris du plaisir, mais sitôt le livre terminé ses défauts m’ont sauté à la figure et j’ai commencé à ronchonner. Je pense donc que la part de subjectif dans cette chronique doit être encore plus importante que d’habitude. Je donnerai une autre chance aux livres de Sophie Jomain, avec Noss Head, car on m’a trop mise en garde contre Felicity !
 

Jeudi 27 mars 2014 à 11:14

Chaque nouvelle parution agite la toile d’une manière ou d’une autre. Celle de Fangirl, un roman américain de Rainbow Rowell traduit chez Milady il y a peu, avait retenu mon attention pour une raison assez floue. Ayant eu envie à un moment de lire quelque chose de facile, je me suis lancée dans cette histoire, sans trop savoir à quoi m’attendre. Je vous donne le résumé tout fait parce que je n’ai pas trop d’idées pour en faire un différent.
 
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"Cath est fan de la série Simon Snow, comme le reste du monde. Sauf qu’elle ne se contente pas d’endosser le costume de son héros favori à chaque avant-première, elle va jusqu’à écrire la suite des aventures du jeune mage, et publie ses histoires sur un site où sa fanfiction est suivie par des milliers de lecteurs.
Tout bascule le jour où Wren, sa sœur jumelle, qui partage sa passion depuis toujours, décide de faire chambre à part sur le campus universitaire. Alors que Wren s’apprête à profiter dignement des joies de la vie étudiante, Cath est soudain projetée dans un univers hostile où elle va devoir se confronter à des gens bien réels : son père, publicitaire qui frise le surmenage, une prof de littérature qui méprise la fanfic, et une coloc un peu revêche, au petit ami omniprésent..."
 
J’ai vraiment apprécié cette lecture, et en même temps je reste un peu mitigée, sans trop savoir dire pourquoi. La façon dont le récit est mené est un peu surprenante. L’histoire commence le jour où Cath s’installe dans sa chambre sur le campus universitaire, et on est projeté dans sa vie sans pouvoir poser de question. Bien sûr, on va en apprendre plus sur Cath et sa famille au fur et à mesure, mais il y a vraiment quelque chose d’étonnant dans la façon dont c’est fait, et je ne saurais pas dire en quoi. Néanmoins, dès le début je me suis attachée à Cath. Je me suis souvenu de mes angoisses à chaque rentrée, de mes difficultés à rencontrer des gens, de mes peurs irraisonnées… Cath est comme ça, comme moi, mais en pire, car elle vivait auparavant dans un milieu assez sécurisant, entre son père et sa jumelle. En plus, elle adore, adule la série Simon Snow.
 
Cette saga inventée par Rainbow Rowell n’est pas sans rappeler Harry Potter : un orphelin vient suivre des cours dans une école où on enseigne la magie et il est celui qui doit vaincre le grand ennemi des mages. L’auteure tout à la fois se moque gentiment de ces fans qui virent un peu foufous et qui ne voient parfois même pas les aspects un peu too much de leur passion et nous amène à les comprendre. Cath vit pour Simon et Baz, elle vit pour les faire vivre eux, à travers ses fanfictions. Et elle est vraiment douée pour ça, mais la fanfiction n’a pas vocation à devenir un métier, un auteur de fanfic ne peut pas être publié. Pour Cath, écrire autre chose est impensable, et c’est pourtant bien ce que Mme Piper, la prof d’écriture de fiction, lui demande. On la voit lutter tout au long du roman contre les autres et contre elle-même, perdue quant à ce qu’elle veut faire et ce qu’elle peut faire.
 
Ses relations avec les autres m’ont généralement beaucoup touchée. J’ai beaucoup aimé sa coloc Reagan, qui est une forte tête au bon cœur. Lévi avec son sourire jusqu’aux oreilles est LE type qu’il faut rencontrer en première année, quand on est paumé et qu’on a besoin d’aide pour s’adapter. Le père de Cath m’a aussi fait beaucoup de peine. Il fait de son mieux pour tout gérer, mais ça ne suffit pas toujours. Son amour pour ses filles est vraiment beau. Quant à Wren, c’est avec elle que j’ai eu le plus de mal (si on met de côté Nick et Courtney qui sont nuls de toute façon). Elle veut grandir, mais elle fait n’importe quoi, se comporte de manière encore plus égoïste que Cath et au final fait du mal à tout le monde. J'évite de vous en dire plus parce que j'ai peur de gâcher des pans entiers du roman à ceux qui ne l'ont pas lu.
 
En fait, ce que j’ai aimé, ce sont les personnages, souvent touchants, drôles et vrais, la façon dont est abordée cette période délicate de la vie entre l’adolescence et l’âge adulte (je suis en plein dedans en même temps) et le thème de la fanfiction, sur lequel l’auteure nous livre plein de réflexions intéressantes. Je suis plus circonspecte sur le style, qui a vraiment un truc étrange. C’est bourré de références actuelles et de moments sympathiques. Un bon roman pour les jeunes gens, à mi-chemin avec une romance, et qui m'a donné envie d'essayer d'autres romans de Rainbow Rowell, peut-être en VO.
 
"Pourquoi écrivons-nous de la fiction ? [...] Pour que tout s'arrête, pensa Cath. Pour ne plus être qui que ce soit... où que ce soit..."

"Cela dit, je peux te faire quelque chose si tu veux. Des œufs, par exemple.
Lévi sourit de toutes ses dents.
- Je pourrai te regarder les pondre ?
Cath sourit.
- Pathétique.
"

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