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Qu'il est bon d'être futile !

Mercredi 18 mars 2015 à 18:35

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Fanny et moi poursuivons avec avidité notre découverte de la fabuleuse Daphne du Maurier. Je dois dire qu’à chaque lecture ou relecture, je suis un peu plus conquise. Il y avait Bien Ma Cousine Rachel que j’avais un peu moins aimé, mais je suis certaine qu’une relecture en VO un jour suffira à me rabibocher avec ce roman. En attendant, je compte bien continuer mes lectures de cette auteure formidable !
 
Dans Myself When Young, Daphne du Maurier revient sur sa jeunesse, ses premiers essais de nouvelles, d’articles et finalement de romans, et comment sa vie et ses goûts ont influencé son travail, jusqu’à faire d’elle un vrai écrivain.
 
J’ai a-do-ré ce livre, moi qui avais eu horreur des autobiographies lorsqu’on les avait étudiées au lycée. Il faut dire que Rousseau est vachement moins sympathique que cette chère Daphne. Cela reste une autobio, il y a donc fort à parier qu’elle a accentué ce qui la met en valeur et qu’elle est passée plus rapidement sur les épisodes moins reluisants de sa jeune vie. Il n’empêche que, talent d’autobiographe ou véritable honnêteté, ces souvenirs regorgent pour moi de sincérité. Daphne a tenu un journal à partir de 1929 et nous en livre des extraits : tantôt adolescente encore enfant, égoïste, gamine qui se lamente de ne pas être la plus aimée de ses professeurs, tantôt bourgeon de jeune femme à l’intelligence vive et à l’imagination foisonnante, nourrie de ses très nombreuses lectures.
 
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Très tôt, elle s'est mise à noter "I read also" dans son journal, ainsi on sait quels romans elle a lu et aimé, ou trouvé ennuyeux. Comme nous, elle tenait le compte de ses lectures dans sa jeunesse et jetait ses impressions sur le livre à peine fini. Et l’on découvre qu’elle adorait les Brontë, Jane Austen, Katherine Mansfield, R. L. Stevenson, Arthur Quiller-Couch, les romans de son grand-père. Comment ne pas se sentir proche de cette enfant, puis de cette jeune femme qui nous ressemble par tant d’aspects ? Elle voulait au départ titrer ce livre Growing Pains : grandir est douloureux, dire sans cesse au revoir ou adieu à ceux qu’on aime, vivre ses premiers chagrins d’amour, les premières exaltations aussi, douloureuses tant elles nous submergent, la crise d’adolescence, la recherche de soi, les tâtonnements vers l’identité par l’écriture, les échecs, les projets commencés jamais finis... Des dizaines de fois je me suis dit « J’ai pensé la même chose ! Ça m’est arrivé aussi ! » Impossible pour moi de ne pas m’attacher à cette personne qui se livre avec humour et répondait par ce livre à une demande de proches ou d’admirateurs curieux de savoir comment s’est formée l’auteure de The Loving Spirit, Jamaica Inn, Rebecca et tant d’autres.

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L’introduction d'Helen Taylor m’a aussi beaucoup intéressée par sa généralité. On a tendance à prendre Daphne du Maurier pour une auteure de romans avant tout. Pourtant, elle a commencé par des nouvelles, et ce sont ses travaux de biographe qui lui ont valu en premier le succès, avec les livres consacrés à son père Gerald et à sa famille en général, et quelle famille d’ailleurs ! On connaît assez peu Daphne en France, on connaît encore moins Gerald, son père, qui était acteur, ou son grand-père George, écrivain et caricaturiste pour le magazine Punch. Et même Outre-Manche, on connaît encore moins Angela du Maurier, auteur de romans également, « The Other Sister » comme elle le rapporte elle-même dans une biographie de sa célèbre sœur. Une famille mondaine, où l’ont reçoit et où on est reçu, où on côtoie les plus grands (Daphne a dansé avec le Prince de Galles, futur Edouard VIII !), où on baigne dans la culture dès le berceau. Après tout, n’appelait-elle pas J. M. Barrie « Uncle Jim » ? (Il a été le tuteur légal des cousins germains de Daphne.) Oh my, what a family...

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Pétillante, intéressante, fascinante Daphne. On la suit jusqu’à son mariage, en 1932. À ce moment-là, elle avait déjà écrit trois livres : The Loving Spirit (que j’ai adoré), I’ll Never Be Young Again (que j’ai trèèès envie de découvrir de ce fait) et Julius (qui me tente moins, je ne vois pas bien autour de quoi tourne l’histoire). Déjà, les prémices de Jamaica Inn et Rebecca apparaissent. La Daphne de l’époque du journal ne le savait pas encore, mais ses intrusions à Menabilly, la fois où elle a failli se perdre dans la lande, le naufrage d’un navire près de Ferryside sont autant d’événements qui l’ont marquée ineffablement sur le moment, et qui plus tard lui serviraient à écrire ses romans les plus appréciés du grand public. La Cornouailles, la mer, les bateaux, les histoires de famille, ses racines françaises, sont autant de passion qu’elle nous transmet et qui explique que ses romans soient si vrais et si bien décrits : Daphne vivait ces choses.
 
"I'm rapidly coming to the conclusion that freedom is the only thing that matters to me at all. Also utter irresponsibility! Never to have to obey any laws or rules, only certain standards one sets for oneself. I want to revolt, as an individual, against everything that 'ties.' If only one could live one's life unhampered in any way, not getting in knots and twisting up. There must be a free way, without making a muck of it all."

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C’est ma première lecture d’un livre de Daphne du Maurier en anglais sans avoir déjà lu le livre auparavant (j’ai relu avec un immense plaisir Rebecca en VO l’an dernier) et je dois dire que c’est à la fois super bien écrit et très abordable, le pied total quoi. J’en viens à regretter de n’avoir que des traductions dans ma PÀL ! J’espère bien poursuivre ma collection avec des VO.

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J’ai l’impression de n’avoir strictement rien dit dans cette chronique, seulement d’avoir fait passer, de manière tout à fait partiale, mon enthousiasme pour ce livre qui m’a passionnée du début et à la fin. Je me suis d’ailleurs jetée sur The Rebecca Notebook and Other Memories pour ne pas lâcher tout de suite Daphne. Et maintenant je veux visiter la Cornouailles et partir sur les trace de Daphne du Maurier, comme je vais partir en juin sur celles de Jane Austen.
 
"It's funny,' I noted in the diary, 'how often I seem to build a story around one sentence, nearly always the last one, too. The themes are a bit depressing but I just can't get rid of that."

Lundi 2 mars 2015 à 18:02

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Merci beaucoup à Babelio qui me permet régulièrement d’élargir mes horizons littéraires grâce à ses opérations Masse Critique. Cette fois, j’ai reçu le roman Jeanne des falaises de Catherine Ecole-Boivin, publié chez Presses de la Cité, un éditeur que je trouve vraiment de qualité.
 
Jeanne est née en 1912, dans un coin de Normandie taillé dans les falaises où la vie est restée telle qu’elle était au XIXème siècle. De la mort de son père dépendra toute sa vie, car ce décès marquera violemment sa mère et la façon de celle-ci d’élever ses enfants.
 
J’ai remarqué dès les premières phrases la poésie du style de l’auteure, que je ne connaissais pas du tout. Il  y a de très, très beaux passages, qui ressortent dans le texte et nous prennent par surprise, que ce soient des descriptions de paysage ou l’expression de sentiments. En revanche, j’avoue que par moments je n’ai tout simplement pas compris ce que voulait dire l’auteure, des moments complètement opaques pour moi au niveau du sens. C’est arrivé peut-être trois ou quatre fois, mais ça m’a un peu déstabilisée.
 
De même, bien que j’aie apprécié le personnage de Jeanne, j’ai eu du mal à les comprendre, elle et sa relation avec Germain. J’ai bien vu dans le roman qu’elle était comme prise au piège par sa mère et le coin reculé, presque hors du temps, où elle est née, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’elle a manqué de courage et d’audace et qu’elle mérite les injustices subies. J’ai dans ma famille une histoire d’amour contrarié. Si mes grands-parents n’avaient pas écouté leur cœur, comme Jeanne, je n’existerais même pas, alors je ne peux souscrire aux choix de Jeanne.
 
En outre, je ne vois pas bien quel message voulait faire passer Catherine Ecole-Boivin. Ou souhaitait-elle simplement raconter cette histoire vraie douce-amère d’une façon plus romancée, qu’elle semble avoir déjà abordée d’un point de vue plus documentaire avec Jeanne de Jobourg, paroles d'une paysanne du Cotentin ? J’ai en tout cas trouvé la description de la vie sur la presqu’île de la Hague très intéressante. Je ne suis pas Normande mais j’habite en Normandie depuis quelques mois et j’ai vraiment apprécié le patois, les us et coutumes, les paysages décrits… J’irai bien y faire un tour !
 
Jeanne des falaises est un beau roman, qui ne m’a pas convaincue entièrement pour des raisons purement personnelles. Je retiens la très belle plume de l’auteure, que j’espère relire un jour avec un autre ouvrage.
 
"Adulte majeure tu ne deviendras pas. Tu resteras mineure, Jeanne, orpheline de père "mort pour la France" que la Grande Guerre a porté bas. Grande on ne sait toujours pas de quoi."
 
"Les amours contrariées de la littérature me touchent et me rappellent que l'on ne naît pas libre, même si l'on marche sans chaînes. Moi, la terreuse, j'ai sûrement trop aimé ma terre, je n'ai pas su mener ma guerre pour avoir le droit d'aimer l'homme qui souhaitait partager avec moi, près de moi, un peu de temps qui nous est alloué."

Samedi 21 février 2015 à 9:40

En août 2012, j’étais en Écosse et dans chaque librairie où je m’arrêtais (c’est-à-dire toutes celles qui croisaient mon chemin hihi), je voyais les livres de cette trilogie qui faisait fureur chez les anglo-saxons. Et puis le phénomène est arrivé en France, et là plus moyen de s’en débarrasser… Mais surtout, qu’y a-t-il vraiment dans ce livre ? Pourquoi des millions d’exemplaires vendus et des réactions aussi virulentes, qu’elles soient positives ou négatives ? C’est finalement la sortie du film qui m’a poussée à lire le fameux Cinquante Nuances de Grey d’E. L. James, histoire de me faire MON avis.
 
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Ana remplace sa coloc’ et meilleure amie au pied-levé pour une interview à Seattle, avec un jeune PDG à qui tout réussit. Christian Grey est immédiatement très intéressée par Mademoiselle Anastasia Steele, et une relation pour le moins inhabituelle va commencer entre eux.
 
J’ai pu constater dès le premier chapitre qu’en effet, ce n’est pas bien écrit. L’auteure ne fait aucun effort de ce côté-là, c’est du langage parlé, au vocabulaire assez limité, mais ça a l’avantage de se lire très vite et sans effort. Les pages se tournent rapidement et sans y penser. J’ai lu des livres écrits dans un style qui m’ont plus dérangée que ça, et puis j’étais au courant pour Cinquante Nuances, donc je suis passée outre et j’ai continué à lire.
 
Les personnages m’ont bien plus embêtée. Ils sont si caricaturaux, si peu approfondis et souvent si stupides… Ana n’a pas l’air d’être de notre époque. Qu’elle soit vierge au début du roman ne me choque pas, il y a une part non négligeable de la population américaine qui atteint les 30 ans sans avoir fait le « grand saut ». Non, ce qui fait vraiment bizarre, c’est qu’on dirait qu’elle n’y connaît absolument rien et n’a pas la moindre once de curiosité en elle. Elle a traversé l’adolescence apparemment d’une façon normale, idem pour ses années de fac, et elle veut nous faire croire qu’elle n’a jamais pensé au sexe, n’a jamais voulu en savoir plus, que ce soit en embrassant un garçon une fois, en faisait des recherches sur le net ou en essayant de se faire plaisir toute seule ? Franchement, je n’y crois pas. Elle aurait pu être sympathique pourtant, et des lectrices se sont identifié à elle, jeune femme « timide et effacée », mais pour ma part je l’ai trouvée énervante à faire la girouette, et elle n’a aucune force de caractère.
 
Quant à Christian Grey, c’est l’exact opposé. Lui il sait tout, il a tout fait et maîtrise tout, même le « sexe-vanille » qu’il dit pourtant ne jamais pratiquer. On a donc la rencontre explosive entre la nana vierge, qui se trouve en plus être hyper-réceptive et avoir des orgasmes en deux temps, trois mouvements, ce qui existe, notez bien, mais il faut justement que ce soit elle qui tombe sur le dieu du sexe, meilleur que tous les autres hommes réunis – et qui bien sûr a une sexualité particulière, exclusivement articulée autour de la domination-soumission. Et évidemment, ils sont parfaitement compatibles et chaque partie de jambes en l’air est extraordinaire, aucun des deux n’est jamais trop fatigué ou chamboulé pour se rater un peu. Ça fait beaucoup de coïncidences. Ajoutez à ça que Grey est si riche qu’il se permet (« parce que je le peux » répond-il à Ana quand elle lui demande pourquoi il lui achète tel ou tel truc très cher) tous les caprices possibles et imaginables. Zéro normalité ou crédibilité là-dedans, et rien à quoi j’ai pu m’accrocher ou m’attacher.
 
Les personnages secondaires sont complètement creux. Si l’auteure avait pu trouver un moyen d’écrire son histoire sans que d’autres protagonistes que Ana et Christian apparaissent, elle l’aurait sûrement fait. Surtout que le narrateur, c’est Ana. On voit tout par ses yeux et ses pensées, qui ne volent pas bien haut. Au début il y a quelques références littéraires et musicales, mais plus on avance dans la lecture et plus elles se font rares. Ce qui m’a surtout exaspérée, ce sont les luttes incessantes entre sa « conscience » (la voix de la raison quoi, qui lui dit que Grey est dangereux, patati patata) et sa « déesse intérieure » qui ne pense qu’au sexe. À certains moments, ça aurait eu du sens, mais elles sont là à presque toutes les pages…
 
Passons au sujet principal : le SEXE. Comme la plupart des romans de ce genre (j’avais aussi lu le premier tome de la série Crossfire, qui était mieux écrit et avait des personnages un peu plus intéressants, mais dont la richesse m’avait aussi gonflée), c’est une transposition écrite de fantasmes (dixit Sylvia Day dans une interview que j’ai vue à la télé). C’est pour cela que rien n’est crédible. Quand on se fait notre petit film dans notre tête, on ne se soucie pas des détails réalistes – E. L. James non plus. Donc après tout dépend de si vous aimez ou non les romances agrémentées de sexe explicite sans autre sujet, ou pas. Pour ma part, je préfère toujours que l’histoire ne soit pas uniquement axée là-dessus et qu’il y ait en plus une intrigue historique ou fantastique. Néanmoins, j’admets volontiers que les scènes d’amour physique entre Ana et Grey sont émoustillantes et remplissent leur office – tant qu’on n’en arrive pas aux fessées et aux coups de ceinture, là je grimace et je lis vite pour passer à une autre scène.
 
Le livre a conquis des millions de lectrices parce qu’il n’exige rien, il se contente de faire rêver celles qui se brident habituellement, et quelque part il est libérateur en montrant une jeune femme qui attire l’attention de l’homme de ses rêves (à un détail majeur près, mais on ne doute pas que tout cela va s’arranger dans les tomes suivants) et qui prend du plaisir sans complexe et sans être jugée.
 
Donc en résumé, je confirme que ce n’est pas mon genre de bouquin. J’apprécie les bonnes romances et les descriptions de parties de jambes en l’air, mais je m’en tiendrai à l’urban fantasy je crois, qui remplit souvent cet office très efficacement. Charley Davidson en particulier me comble à chaque lecture ! Quant au film, je n'irai pas au cinéma pour le voir, mais je le regarderai quand il sera sorti en DVD.
 

Dimanche 8 février 2015 à 10:18

J’avais passé un excellent moment de lecture avec un roman intitulé en français Meurtres entre sœurs, de l’auteure britannique Willa Marsh. J’avais tout aimé dans ce petit roman. C’est donc en tout logique que j’ai acheté un autre livre du même écrivain, traduit cette fois sous le titre de Meurtres au manoir (j’ai vraiment du mal à comprendre la façon dont les titres sont traduits…).
 
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Clarissa rencontre un homme veuf depuis peu, dans la quarantaine. Son manoir à la campagne exerce un fort attrait sur la jeune femme. Être la maîtresse d »une telle demeure, quel prestige ! Et quelle occasion d’en mettre plein la vue aux copines, et en particulier à sa « meilleure meilleure amie ». Sa nouvelle vie une fois mariée va pourtant rapidement s’éloigner du conte de fée qu‘elle s’était plu à imaginer…
 
Je l’écris d’entrée de jeu : déçue je suis. Je m’attendais évidemment, si ce n’est à un second coup de cœur, au moins à une excellente lecture. Or, ce roman, si court soit-il, m’a paru long ! Je me suis ennuyée, je n’ai pas du tout accroché à l’histoire ni aux personnages. Je me suis dépêchée de le finir seulement pour m’en débarrasser.
 
La quatrième de couverture est un peu trompeuse, dans le sens où elle omet complètement une dimension importante du roman. Peut-être est-ce voulu, une manière de préserve la surprise pour le lecteur, mais je ne l’ai pas ressenti comme ça, alors que c’est quelque chose que j’aime bien d’ordinaire. Mais là non plus, ça n’a pas fonctionné, surtout parce que la façon dont c’est abordé m’a laissé une impression de bâclé : il manquait à l’auteure une motivation, un mobile pour les « deux chères vieilles tantes », et elle a été chercher ça, sans creuser, plaquant juste des idées toutes faites sur une intrigue déjà peu intéressante. J’ai un peu plus apprécié la fin, mais pas suffisamment pour remonter le niveau d’ensemble.
 
Concernant les personnages, je m’attendais bien sûr à en trouver certains machiavéliques, mais finalement, à part un qui m’a vraiment surprise, ils ne sont pas si diaboliques que ça. Bref, ils m’ont déçue. Quant à ceux qui ne sont pas de ce genre-là (je ne veux pas dire les « méchants » et les « gentils », ça n’a pas de sens pour ce type d’histoire), je les ai trouvés fades et inconsistants. Je me fichais royalement de ce qui pouvait bien leur arriver. Les fourbes pouvaient bien l’emporter, je n’en avais que faire ! (Contrairement à Meurtres entre sœurs où j’étais clairement contre la peste.)
 
Enfin, sur l’écriture, elle était relevé dans l’autre roman, par l’humour fin et noir, qui m’avait beaucoup plu ; mais ici, il n’y a pas du tout autant d’humour, j’ai seulement souri deux ou trois fois, et le style se révèle plat, avec des tournures de phrase simples et une narration au présent.
 
Pour conclure, c’est l’une de mes plus grosses déceptions de lectrice, j’avais tellement d’attentes sur un roman de cette auteure ! J’ai peut-être idéalisé Meurtres entre sœurs avec le temps, n’empêche que je vous le conseille bien plus que celui-là.
 

Dimanche 1er février 2015 à 10:35

C’est mal, j’ai traîné avant de faire ma chronique d’Une place à prendre, et maintenant les mots vont être encore plus difficiles à apposer à mon ressenti à la lecture !
 
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Pagford est une petite bourgade du sud de l’Angleterre, le coin typique dont on penserait qu’il ne s’y passe jamais rien. Mais voilà que Barry Fairbrother, conseiller paroissial, meurt subitement. Son décès entraîne une vacance fortuite (a casual vacancy, comme le titre VO du roman) au conseil de Pagford, et bientôt cette place à prendre provoque un déchaînement dans les vies tranquilles des habitants. Le conflit se cristallise rapidement entre ceux qui tiennent notamment à se débarrasser de l’encombrante cité des Champs et de la clinique pour toxicos de Bellchapel, et ceux qui continuent de soutenir ces projets sociaux.
 
Ce qui m’a frappée dès les premières lignes, c’est encore et toujours l’écriture et la narration de J. K. Rowling, sans tache, parfaite. Avant même de distinguer les différentes forces en présence, incarnées à travers la riche galerie des personnages, j’étais déjà coincée dans les mailles du filet de l’auteure, qui a su m’intriguer par sa mise en scène de l’élément déclencheur – la mort de Barry – et sa description de la bourgade. Ensuite, j’ai fait connaissance avec les nombreux personnages : Barry à travers ce que les autres disent de lui, Mary, Sam, Miles, Howard, Shirley, Maureen, Gavin, Kay, Gaia, Terri, Krystal, Tessa, Colin, Fats, Arf, Simon, Ruth, Parminder, Sukhvinder pour les principaux, donc pas moins de 20 personnalités à retenir et d’histoires à relier entre elles. Ça peut paraître top, mais faites confiance à J. K. Rowling, elle gère. Tous ces personnages sont si réalistes, si vrais, qu’on n’a pas de mal à se les approprier. Les chapitres passent de l’un à l’autre et à aucun moment je ne me suis perdue. Je n’ai pas eu à faire d’efforts pour tout me rappeler, car à chaque fois que je lisais, j’étais tellement immergée dedans que le monde extérieur ne m’atteignait plus.
 
Quand je posais le livre, je continuais à y penser, je m’inquiétais ou me réjouissais de ce que je venais de lire, et je voulais continuer. Pour moi, ce roman est un page-turner diaboliquement efficace. J’étais tellement prise dans ma lecture que j’ai donné envie à mon chéri de lire ce bouquin (c’est suffisamment rare pour être souligné !). Les catastrophes, grandes ou petites, s’enchaînent sans temps mort, et les pièges se referment sur les personnages, qu’ils en aient conscience ou pas. On voit parfois certaines choses venir, ou on les pressent – tel plan va forcément foirer, tel autre est bien audacieux… – mais là plupart du temps, j’ai été prise au dépourvu, j’ai retenu mon souffle quand le drame se produit. De nombreux personnages sont antipathiques au début. Certains le restent : Howard, Shirley et Maureen forment un groupe bien désagréable ; Gavin me met hors de moi, chiffe molle qu’il est ; Simon est l’archétype de l’homme auquel je ne ferai JAMAIS confiance… D’autres ont fini par me toucher, car ils sont tout en nuance. Certains de leurs actes ou de leurs pensées ont pu m’horripiler, mais en les voyant en entier, je finis par les comprendre, leur pardonner : Miles et Sam, Kay et Gaia.
 
J. K. Rowling réussit une chose extraordinaire, en nous montrant les personnages sous tous les angles. Jamais je n’avais eu une connaissance si parfaite de personnages. Non seulement on a leur vie intérieure et la façon dont ils veulent se montrer, mais aussi tels qu’ils apparaissent aux yeux de leur entourage, qu’il soit bienveillant ou non à leur égard. Les personnages les plus réussis sont les ados je pense. Tous sont bouleversants de justesse. Leurs pensées m’ont vraiment marquée et m’ont fait réaliser plein de choses sur moi et sur des gens que je connaissais. En outre, ils sont généralement plus sympathiques que les adultes, sauf Fats pour qui j’avais des sentiments neutres au début et qui s’est révélé de plus en plus détestable, jusqu’à ce que je me dise que c’est vraiment bien fait pour sa gueule. Je sais que beaucoup ont été très touchés par Krystal, et il est clair que le sort de sa famille ne m’a pas laissée indifférente. Malheureusement, j’ai du mal à me retrouver dans des situations aussi extrêmes et donc à m’identifier au personnage. C’est Sukhvinder qui m’a vraiment émue, et tout au long du roman j’ai eu peur de ce que l’auteure lui réservait.
 
L’ambiance d’Une place à prendre est évidemment à des années-lumière de celle d’Harry Potter. Je confirme que si vos enfants adorent le jeune sorcier, il ne faut pas les laisser lire ce roman, ni à vos ados d’ailleurs. Je pense qu’il faut une certaine maturité, un certain recul pour comprendre et apprécier ce roman. Si je l’avais lu il y a 3 ans (j’en ai 23 actuellement), je ne suis pas sûre que je l’aurais autant aimé. C’est un livre dur, parfois glauque ou malsain, souvent très cru. Pas de faux-semblant, pas de filtre. Si ça complote, si ça baise, si ça se shoote, si ça se branle, si ça se mutile, si ça fait une dépression, si ça maltraite, si ça viole, c’est dit tel quel. Attention, J. K. Rowling ne fait pas dans la surenchère, non. Elle n’en fait jamais trop, mais elle est honnête. Elle nous empêche de détourner le regard, de fuir la réalité en nous mettant sous le nez les travers des êtres humains et de la société actuelle. Dans mon boulot je travaille avec les collectivités, et c’était intéressant de voir la vision qu’à J. K. Rowling de l’administration territoriale de l’Angleterre, puis de comparer avec ce que je vois au quotidien.
 
Je suis certaine que j’aurais encore des dizaines de points à détailler, mais si je ne vous ai pas déjà convaincus à ce stade, je ne pense pas y arriver avec des paragraphes en plus, alors j’arrête là, en vous conseillant de ne pas vous appuyer sur les avis que vous avez pu lire : lisez Une place à prendre et forgez-vous votre propre opinion. J'ai vraiment hâte de voir la série de la BBC, qui sera diffusée à partir du 15 février !
 

Jeudi 22 janvier 2015 à 18:43

Cet article va être tellement difficile à faire ! Ma lecture des Neiges bleues de Piotr Bednarski a été étonnante à plus d’un titre et plusieurs jours après l’avoir finie, j’en suis encore marquée, sans réussir à bien mettre des mots dessus... Essayons tout de même.
 
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Pieta vit avec sa maman dans un village perdu au milieu de la Sibérie, où le gouvernement de Staline envoie les gens gênants. Ce lieu est une sorte d’anti-chambre du Goulag, et à tout moment chacun sait qu’il peut y être envoyé, ou qu’il peut en voir revenir un être cher longtemps disparu. Pieta nous raconte son quotidien et les événements qui viennent briser sa monotonie.
 
J’avoue volontiers que le sujet ne m’enchantait guère. Je me suis même demandé pourquoi j’avais eu l’idée tordue de mettre ce titre dans le Challenge Cold Winter, ce genre d’histoire étant tout sauf réconfortant ! (En fait, c’est d’une part parce qu’il y a le mot neige dedans, et d’autre part parce que j’ai reçu ce livre de Matilda, que je remercie d'ailleurs, il y a déjà trop longtemps, et que je voulais le sortir de ma PÀL.) Je n’aime pas beaucoup les histoires de déportation, ni celles qui touchent de trop près à la guerre, et en plus ce livre est autobiographique (trop sensible je suis). Pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher d’être happée dès les premières pages par le style. Je ne sais pas à quoi il ressemble en polonais, mais la traduction m’a fait rêver, bravo au collectif d’étudiants qui a assuré cette traduction ! Il y a énormément de beauté, de sensibilité et de sincérité dans la plume de Piotr Bednarski, qui m’a aussitôt séduite. Certains phrases rappellent beaucoup plus la poésie que la prose.
 
Ensuite, je me suis rapidement attachée à Pieta et à ses « aventures ». Les neiges bleues est un roman mais sa composition rappelle aussi le recueil de nouvelles ; chaque chapitre porte un titre propre, est consacré à un événement particulier et beaucoup se terminent par une sorte de chute. Néanmoins, c’est bel et bien un roman, on retrouve les personnages et des références aux autres petites histoires, et on avance dans le temps, jusqu’à la chute ultime, à laquelle j’avoue que je ne m’attendais pas du tout. Le livre oscille sans cesse entre joie et tristesse, toujours dans l’émotion pure, et simple. L’auteur ne s’appesantit pas sur les drames qui jalonnaient alors sa courte existence. Je n’ai pas pu faire autrement qu’être touchée par son courage et sa fragilité, par les petits défis qu’ils lançaient à la vie si dure qu’il menait, par sa capacité à rebondir après chaque épreuve.
 
La vision qu’il nous met devant les yeux m’a toujours plu, même quand elle était cruelle. J’ai suivi avidement l’histoire de sa mère, « Beauté ». L’existence d’une telle personne dans le monde qu’il nous décrit est extraordinaire. Malgré les drames, je ne peux retenir que l’espoir (depuis quand suis-je si optimiste ? Je pense que c’est l’effet que produit l’auteur). Quasiment tous les personnages secondaires sont intéressants, même s’ils ne font souvent que passer. Je reste étonnée de voir la quantité de choses que Piotr Bednarski a réussi à développer en si peu de pages, et de l’intensité qu’elles contiennent.

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Je suis désolée, je trouve cette chronique NULLE en comparaison de ce que j’ai ressenti à ma lecture. J’ai vu qu’un autre titre de cet auteur est paru au Livre de Poche l’an dernier, Un goût de sel, et je ne vais pas manquer de l’acheter. Je ne peux que vous conseiller (c’est bien parce que je ne peux pas vous y obliger) de lire ce petite livre exceptionnel.
 
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Samedi 17 janvier 2015 à 16:36

Toujours pendant les vacances (j’ai pris beaucoup de retard dans mes chroniques !), j’ai lu un roman qui avait beaucoup fait parler de lui : Avant toi, de Jojo Moyes. J’ai décidé de me lancer après avoir apprécié sa petite nouvelle de Noël gracieusement offerte par Bragelonne.
 
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Lou (Louisa) aimait vraiment bien son travail dans un petit café de sa ville anglaise natale, mais du jour au lendemain le patron ferme boutique, et là c’est le drame. Sans qualification particulière, encore hébergée par ses parents, dans une relation amoureuse qui stagne, le chômage est difficile à vivre. Contre toute attente, elle est recrutée comme aide-soignante par Mrs Traynor, dont le fils est tétraplégique depuis deux ans. En aucun cas Will ne va rendre les choses plus faciles pour Lou.
 
J’ai beaucoup aimé cette lecture, plusieurs semaines après j’en garde un bon souvenir, mais j’avoue que des choses m’ont laissée assez perplexe, et en premier lieu les relations au sein de la famille Clarke, c’est-à-dire la famille de Lou. Ses parents lui tiennent régulièrement des propos très blessants. Elle est reléguée tout en bas de la hiérarchie familiale, au profit de sa sœur qui « aurait » mieux réussi si elle avait été à l’université, mais elle n’a pas pu, blablabla. Lou ne commence à être bien considérée que lorsqu’elle rapporte un bon salaire ! De même, sa relation avec Patrick... Comment puis-je croire qu’elle serait restée 7 ans avec un type dont manifestement elle n’a pas grand-chose à faire et avec qui elle n’a rien en commun ? L’auteure a peut-être voulu nous montrer des gens « vrais », qui n’avancent dans la vie qu’en boitillant... Cependant c’était un peu trop. Par contre, ça m’a permis de bien m’attacher à Lou et de vouloir son bonheur.
 
Jojo Moyes a très manifestement voulu créer un contraste entre les Clarke, très modestes, et les Traynor, très riches. Je n’aime jamais beaucoup la mise en avant de personnages ultra-favorisés, ici pas plus que d’habitude. Comment apprécier des gens qui n’ont aucun sens des réalités ? Et malheureusement, Will est comme ça aussi. Je n’ai pas vraiment réussi à l’aimer ; plus que Patrick, ça c’est sûr, mais ce n’est pas difficile. Je suis d’accord avec les propos qu’il tient sur le fond à Lou, mais il fait paraître leur mise en œuvre comme une simple question de bonne volonté. Dans la réalité, combien de personnes rêvent de pouvoir vivre la vie qu’il décrit sans le pouvoir pour la raison pure et simple du manque d’argent ? Ou des responsabilités qui nous incombent ? Et la toute fin du roman m’a laissée un goût semblable, un goût de « c’est trop facile » et de « je n’y crois pas ».
 
MAIS cette histoire a des allures de conte. Pas le conte de fée à la Disney, non, le conte à la Perrault plutôt, avec ses impossibilités inhérentes au genre, ses aspects lumineux et ses parts d’ombre. Une fois intégrée cette idée, je peux ne penser qu’à ce qui m’a plu dans ce roman, et c’est inconsciemment ce que j’ai fait très tôt dans ma lecture. J’ai aimé Lou et sa bonne humeur, ses idées et tenues farfelues, son comportement avec les Traynor. Il y a des ficelles un peu faciles, des choses que l’on voit venir (nan mais sérieux ? quelqu’un a-t-il cru, ou même ne serait-ce que voulu, qu’elle reste avec Patrick ?), d’autres moins, mais Jojo Moyes ne joue pas sur le suspens, plutôt sur ce que chacun a envie de faire de sa vie, quitte à bousculer un peu les questions d’éthique. Quoique, jusqu’à la fin je me demandais si Lou allait y arriver. Je me demandais comment ça allait finir pour Will et sa famille, pour Lou, pour sa sœur aussi (même si celle-ci m’a plus énervée qu’autre chose la plupart du temps !).
 
La façon dont le handicap est traité m’a plu (en dehors du fait récurrent que l’argent change beaucoup de choses...). Je n’ai pas du tout pensé à Intouchables en le lisant, mais maintenant que j’ai vu d’autres chroniques faire le rapprochement, effectivement, il y a des ressemblances. Cependant, Intouchables joue surtout sur l’humour, alors que Avant toi est plus dans l’émotion et la sensibilité, ce que l’auteure gère très bien. Je ne dis pas qu’elle n’y met pas un peu d’humour et de légèreté de temps à autres – j’ai d’ailleurs ri plusieurs fois aux réparties de Lou –, mais on est beaucoup plus sur l’autre aspect, très réussi au demeurant, vu que j’ai bien pleuré. Ce que j’ai vraiment apprécié, c’est que Jojo Moyes nous expose la situation qu’elle a imaginée sans juger, sans  prendre parti. On peut être d’accord et ne pas l’être, les arguments des deux côtés sont abordés, avec chaque fois la douleur qui accompagne les décisions dans l’un ou l’autre sens.
 
En bref, ce que je veux dire, c’est que c’est une belle histoire portée par la plume de Jojo Moyes, qui nous rend facilement attachante son héroïne, nous plongeant dans sa vie et dans ses doutes, avec beaucoup d’espoir et d’optimisme et dont je garde un bon souvenir de lecture qui m’a tenue accrochée les deux jours où j’étais dessus, et ce malgré des facilités qui m’exaspèrent un peu dans les romans contemporains (l’argent à foison de l’un des personnages notamment). Je serai curieuse de voir le film, surtout si le casting dont j’ai entendu parler se confirme, et de lire d’autres romans de Jojo Moyes.
 

Mercredi 7 janvier 2015 à 18:51

Pour le Challenge Cold Winter, je n’avais pas d’idées particulières, alors le titre Fleur de neige, un roman de Lisa See, m’a paru coller à l’hiver, même si j’ignorais totalement de quoi parlait le roman. Il n’y avait pas grand rapport, mais je suis contente d’avoir enfin lu ce titre qui m’attirait depuis longtemps.
 
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Fleur de lis et Fleur de neige sont liées par le destin. Elles sont nées le même jour, portent quasiment le même prénom, leur bandage a commencé le même jour, etc. Alors leurs familles décident de lier leurs vies, en les faisant laotong. Cette alliance élève considérablement Fleur de lis dans la hiérarchie sociale de ce coin de la Chine du XIXème siècle, mais qu’en est-il pour Fleur de neige ? Les épreuves de la vie resserreront-elles leurs liens ou au contraire vont-elles s’éloigner l’une de l’autre ?
 
Fleur de lis est notre narratrice, et par ses yeux, qui s’étonnent quelquefois mais se soumettent toujours à ce qu’ils voient, nous découvrons ce que pouvait être – ce qu’était certainement – la vie des Chinoises encore au XIXème siècle. On peut être choqué des conséquences désastreuses pour le corps et la santé des Européennes du port du corset, mais ce n’est rien à côté de la pratique du bandage des pieds à laquelle on soumettait une grande partie des petites filles Chinoises. Seules les classes très pauvres, dans lesquelles on avait besoin du travail physique des femmes, étaient « épargnées » par cette pratique, mais vivaient dans une misère noire pour la plupart. Dès lors qu’on appartenait à la classe moyenne ou aisée, il n’y avait d’espérance pour un bon mariage qu’à condition d’avoir de tout petits pieds (Fleur de lis est très fière de ses 7 centimètres) – et pour cela les pieds étaient enserrés jusqu’à ce que les os se brisent, les petites filles forcées à marcher sur leurs membres abîmés jusqu’à ce que leurs os se ressoudent, leur donnant ensuite une démarche très particulière. Une fillette sur 10 environ en mourait, des suites des infections.
 
Je ne vous cache pas que ces passages ont été très durs ! Heureusement, ils sont surtout concentrés au début. J’ai trouvé que Lisa See parvenait complètement à se mettre dans la peau de Fleur de lis. Ainsi, son personnage principal a conscience de la brutalité de cette pratique et de ses dangers, mais les accepte vite comme un moyen de s’élever socialement et comme composante de la vie d’une femme... On est donc dans un récit réaliste, où les personnages vivent avec leur époque – Fleur de lis n’est pas une femme émancipée du XXIème siècle coincée dans une Chinoise du XIXème. Cela n’empêche pas qu’elle contourne parfois le système, se bat pour des petites victoires personnelles sur le carcan imposé par la famille et réussit, globalement, à être maîtresse de sa vie.
 
La relation de ces deux femmes – car nous suivons ces deux Fleur toute leur vie – est d’une rare intensité. Là encore, je l’ai trouvée affreusement réaliste. Elle nous jette au visage nos travers, nos erreurs, nos défauts. Des petits mensonges au gros scandale, on suit parallèlement leurs deux vies, avec bien plus de détails du côté de Fleur de lis. Pourtant, certains détails manquent pour réellement s’attacher à elle, en plus du fait que sa façon de penser est très éloignée de la mienne. Par exemple, j’ai eu du mal à comprendre qu’elle fasse vivre à sa fille quasiment le même calvaire que sa mère auparavant, et je ne parle pas que du bandage des pieds. Psychologiquement aussi, ce roman est très dur. À bien des égards, les femmes ne sont rien ; et pourtant elles sont tout. Sans elles, pas d’union avec d’autres familles, pas d’alliances, pas de prestige pour de beaux atours et une maison bien tenue, et surtout pas d’enfants. Malgré tout, difficile de la « suivre » dans ses raisonnements. Mais revenons à son amitié avec Fleur de neige. J’ai été ébranlée, parce que j’ai reconnu dans le comportement de Fleur de lis des tendances qui existent chez moi. Heureusement, je suis encore à un stade de ma vie où je peux me retenir, tout faire pour ne pas me laisser aller aux mêmes errements.
 
Fleur de neige n’est pas forcément plus attachante. Un peu trop secrète, un peu trop fière, mais là encore il faut remettre les choses dans son contexte. Elle m’a toutefois fait beaucoup de peine à la fin. Sur les autres personnages, pas grand chose à dire. Certains m’ont paru vraiment odieux, comme Madame Gao, résolument vulgaire. Ce qui me fait penser que je ne suis pas sûre que je mettrai ce bouquin entre les mains d’un(e) ado. À travers les hommes et femmes qui croisent le chemin de Fleur de lis, c’est en tout cas tout un mode de vie et une époque qui sont présentés, et c’était rudement intéressant, le style de Lisa See nous emportant tout à fait. Elle dit dans la postface qu’elle a sûrement fait des erreurs. Néanmoins, on sent son travail immense, et le résultat est à la hauteur de ses efforts.
 
Un très bon roman, souvent dur, qui peut mettre mal à l’aise, parfois très beau, porté par une plume convaincante et deux Fleur qui vont me rester en tête un moment.
 
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Lundi 22 décembre 2014 à 16:14

Avec Fanny, nous continuons notre approfondissement de l’univers de Daphné Du Maurier avec Mary Anne, un roman un peu particulier, puisqu’il s’agit d’un livre qu’on peut dire historique – il se base sur des faits réels – mais aussi à intrigues, et enfin un roman « familial », car Daphné Du Maurier descend de Mary Anne Clarke par une fille de cette dernière.
 
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Mary Anne, née Thompson, a commencé sa vie à la fin du XVIIIème siècle très bas dans l’échelle sociale. Sa mère, issue de l’illustre clan MacKenzie (oui oui, comme dans Outlander !), a fait un remariage désastreux avec Bob Farquhar et élève ses enfants dans une impasse crasseuse de Londres. Mary Anne grandit bercée des histoires d’avant, où les richesses foisonnent. Maligne et plutôt mignonne, elle va ruser, puis intriguer, comploter pour s’élever dans la hiérarchie sociale, mais à quel prix ? Obtiendra-t-elle ce qu’elle désire pour elle et ses enfants ?
 
Daphné Du Maurier est décidément l’un des écrivains les plus étonnants que je connaisse ! Chacun de ses livres est une surprise. Mary Anne ne ressemble à aucune autre de ses héroïnes. Forte, entêtée, très maligne, il est pour elle hors de question de se contenter de ce que sa mère et son époux ont à lui offrir, non plus que de se plier au monde d’hommes dans lequel elle évolue. J’ai admiré son courage et sa détermination, et j’ai compris sa volonté de donner le meilleur à ses enfants – même si je désapprouve sa préférence pour son fils… Elle a des comportements et des points de vue parfois très féministes, mais c’est une femme de son époque : il ne lui vient pas à l’esprit de changer la condition de ses semblables, et assurer l’avenir de son fils est primordial pour elle, au détriment de ses deux autres enfants.
 
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Le problème majeur que j’ai rencontré dans ce livre est mon manque d’empathie envers les personnages. Or, je viens déjà de lire un roman où j’avais eu le même souci (La Dame du manoir de Wildfell Hall). J’ai généralement besoin de m’identifier et/ou de m’attacher aux personnages pour aimer un livre, et ici cela fait un peu défaut. Au début, j’aimais bien Mary Anne, mais rapidement je l’ai moins appréciée, même si j’ai continué à m’étonner de sa force de caractère et occasionnellement à l’admirer. Les personnages secondaires ne sont pas très sympathiques non plus. Son entourage familial est déplorable (son frère mérite des baffes à longueur de temps, sa mère est une chiffe molle…), ses amis sont des faux-jetons, à part Bill qui lui reste fidèle mais qui ressemble assez à un mollusque humain, et la pléthore des autres personnages sont généralement des intrigants de fort mauvais augure ou absolument ridicules.
 
Par contre, j’ai trouvé le contexte politico-historique assez captivant. Alors oui, il faut connaître un peu l’époque pour s’y retrouver, sinon c’est galère. Je suis bien contente d’avoir lu il y a quelques mois The Royal Line of Succession de Hugo Vickers, qui m’a aidée à suivre sans problème. Les personnages étant très nombreux, il faut faire soi-même le tri entre ceux qui ne font que passer et ceux qui restent importants pour le roman ou dans l’Histoire.
 
J’ai en tout cas appris pas mal de choses, et je comprends maintenant pourquoi Jane Austen a fait le choix de ne parler que de la vie de la gentry ! Celle de la haute société est affreusement compliquée, teintée de scandales quasi-quotidiens, assez rébarbative, et déprimante… Ça n’a pas changé de nos jours, en même temps. En tout cas, ça ne correspond pas au caractère et aux aspirations de notre chère Jane ! Pour ma part, j’ai trouvé cela intéressant dans la mesure où ça éclaire ce que je sais de cette période et où c’est porté par l’écriture et le sens de la narration de Daphné Du Maurier. Je regrette seulement de ne pas savoir exactement où s’arrête l’Histoire et où commence la fiction !
 
Ce n’est pas vraiment joyeux, en particulier parce que dès le début on sait comment ça va finir. Le roman commence à la fin, puis le deuxième chapitre reprend les choses dans l’ordre. Les 600 pages m’ont paru longues en partie à cause de ça et du fait que les persos ne sont pas agréables. Néanmoins, à aucun moment je ne me suis ennuyée ni n’ai envisagé d’abandonner. J’ai juste pris davantage le temps de le lire, pour éviter de m’écœurer.
 
Ce n’est pas le roman que je conseillerais pour découvrir Daphné Du Maurier. En revanche, si vous l’appréciez déjà, ou si vous aimez les intrigues politiques et/ou la période georgienne, vous aimerez certainement Mary Anne !
 
 

Mercredi 19 novembre 2014 à 20:49

À l’été 2013, j’avais lu Rêves de garçons, mon premier roman de Laura Kasischke. Comme j’avais bien aimé, j’ai ajouté d’autres de ses livres à ma PÀL. Avec la sortie du film White Bird in a Blizzard il y a peu, il m’a paru opportun de me lancer dans le livre !
 
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Kat a 16 ans lorsque sa mère disparaît du jour au lendemain. Dans sa vie fiévreuse d’adolescente, lle raconte ce qu’elle sait – et ce qu’elle devine, ou croit deviner – de sa mère, de sa famille et d’elle-même.
 
La construction du récit paraît quelque peu erratique. On commence en janvier 1986, juste après la disparition d’Ève, mais notre narratrice, Kat (surnom de Katrina), remonte le fil de ses pensées. Les souvenirs, récents ou anciens, s’entremêlent pour dresser le portrait de cette famille « modèle » d’une banlieue américaine dans les années 1980. La vision de Kat, forcément biaisée, apporte son lot de sentiments violents et de moments malsains. Sous leurs dehors parfaits de petits banlieusards, vernis à la banalité, que cachent ces gens, leurs voisins, l’inspecteur de police, les meilleures amies ? Que cache la disparition de la mère de Kat ?
 
La force de Laura Kasischke réside encore une fois dans sa façon de nous faire douter, de nous balader dans le quotidien pour mieux nours perdre… Et tout ceci avec un sens du réalisme étonnant, comme emphasé par une écriture magnifiquement imagée et plus d’une fois dérangeante. Mon seul regret, c’est que la fin me paraît un peu… crédule on va dire (j’veux pas spoiler). Non pas que j’aie deviné la fin avant les dernières pages, mais les choses auraient-elles pu se passer ainsi dans la réalité ? Je me le demande. Néanmoins, c’est un excellent roman, qui prend aux tripes et que j’ai beaucoup aimé lire.
 
Laura Kasischke me surprend encore avec Un oiseau dans le blizzard. Malgré les indices disséminés tout au long du roman (mais vraiment PARTOUT), l’habileté de l’auteure nous empêche de percer les dessous de cette histoire. Je recommande, et j’ai hâte de voir le film, dont la BA me semble très prometteuse !
 

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