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Qu'il est bon d'être futile !

Jeudi 26 février 2015 à 18:48

J’étais absolument ravie en découvrant que Lise Syven proposait une nouvelle dans l’univers de sa saga La Balance Brisée, intitulée Tombeau et pâtés de sable. Je ne suis pas sûre de pouvoir lire le tome 2 tout de suite par manque de temps, mais comme j’avais adoré le tome 1, c’était super d’avoir une nouvelle pour me faire patienter.
 
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Nous sommes l’été qui suit l’année scolaire où Élie a découvert ses pouvoirs et commencé les leçons pour apprendre à s’en servir. Avec sa tante Mag et son frère Karl, ils sont partis passer quelques semaines en Bretagne. Et Élie s’ennuie à mourir... Mais des rencontres avec d’autres adolescents et une étrange chapelle en ruine pourraient bien rehausser l’intérêt du séjour !
 
Quel plaisir de replonger dans cet univers magique, où la plume et l’imagination de l’auteure vous font obligatoirement passer un bon moment ! J’ai énormément aimé cette nouvelle. Le début était un peu mou, je ne voyais pas trop où l’intrigue allait, mais bientôt Syven tire sur ses fils et les éléments se mettent en place pour nous divertir. La lecture a donc été très agréable, mais comme toujours trop rapide, on en voudrait plus !
 
Outre les retrouvailles avec Élie et sa famille, on fait la connaissance de nouveaux personnages, sympathique ou tête-à-claques, c’est selon. Les autres personnages de Subliminale m’ont un peu manqué, je l’avoue. J’avais hâte de revoir Mirza, malheureusement elle n’est pas du voyage ! Plusieurs sont mentionnés, et des allusions sont faites au premier tome. Cette nouvelle numérique est une bonne façon de se familiariser avec le style et le genre d’intrigues que Lise Syven privilégie dans cette saga, mais attention, elle risque de vous frustrer de ne pas comprendre les références et de vous forcer à acheter Subliminale, puis Phénoménale !
 
C’est clairement la petite histoire développée dans Tombeau et pâtés de sable qui m’a le plus séduite. C’est une formidable aventure de vacances, justement dosée entre mystère, danger, magie et découvertes. J’ai lu le premier tiers tranquillement, mais j’ai dévoré le reste !
 
Phénoménale est commandé dans une librairie proche de mon boulot, et j’ai hâte de l’avoir dans mon PAL pour pouvoir l’en sortir dès que j’aurai besoin d’une lecture divertissante, car cette nouvelle me convainc encore une fois du talent de Lise Syven pour la jeunesse ! Mais surtout, je trépigne de voir arriver à la maison Le Lion à la langue fourchue, deuxième tome de son diptyque fantasy Les Chroniques de Siwès.
 
"Maître Dörst m'abrutirait d'une litanie de ces gentillesses dont il a le secret s'il était là. Du genre, "mais ma pauvre fille, un lapin de garenne a plus d'imagination que toi !""

Vendredi 6 février 2015 à 18:26

Je suis tombée par hasard sur Amazon sur une nouvelle de Gail Carriger intitulée The Curious Case of The Werewolf That Wasn’t, The Mummy That Was and The Cat in a Jar. Évidemment, avec un tel titre, je me suis dit qu’il y avait certainement un rapport avec son univers steampunk, et bingo puisque ce texte est consacré à Allessandro Tarabotti, le papa de notre chère Alexia, héroïne de The Parasol Protectorate !
 
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Alessandro Tarabotti, accompagné de son fidèle majordome Floote, se trouve à Louxor pour une mission concernant un chat dans un bocal. Des choses intéressantes ne vont pas tarder à se produire…
 
J’ai adoré retrouver le monde créé par Gail Carriger – fait d’une intégration dans l’Histoire de l’existence bien réelle d’êtres surnaturels (et pas seulement) –, à tel point qu’aussitôt après ma lecture, je me suis lancée dans le tome 2 de sa série Finishing School. Avec cette nouvelle, on se retrouve cette fois plusieurs décennies avant The Parasol Protectorate.
 
J’ai eu le plaisir de découvrir des éléments en lien avec la série qui en approfondissent certains aspects ou en tout cas donnent des détails supplémentaires, et aussi de voir enfin ce fameux Alessandro Tarabotti. On entend souvent parler de lui dans The Parasol Protectorate sans le voir, puisqu’il est mort à ce moment-là.  Ici, apprendre un peu à le connaître est très sympa, ça permet de se faire une opinion sur lui. Certes il est drôle et s’intègre parfaitement à l’univers, mais je ne sais pas si j’aimerais qu’il fasse partie de mes connaissances !
 
L’intrigue en elle-même n’est pas extraordinaire mais elle est accroche et elle est dynamique. Par contre, la nouvelle fait plein de clins d’œil et de lien avec The Parasol Protectorate, et parle de choses qui interviennent dans le dernier tome. Je pense donc que sa lecture est plus agréable pour ceux qui ont déjà lu la série.
 
En tout cas j’ai adoré, j’ai vraiment passé un excellent moment. Je vous parle bientôt de Curtsies and Conspiracies, que je suis en train de lire !
 

Mercredi 24 décembre 2014 à 10:07

Le groupe Bragelonne propose pas mal de choses très sympas ces derniers temps (même si leurs prix, en particulier sur le numérique, me font souvent m’étouffer...). J’ai ainsi pu télécharger gratuitement sur Internet (plusieurs sites l’ont) La liste de Noël, une courte nouvelle de Jojo Moyes, auteure britannique dont j’ai beaucoup entendu parler cette année et l’an passé. Le format court et la période étaient idéaux pour la découvrir ! Je vous mets le synopsis ci-dessous, mais je vous conseille de faire comme moi, de la lire sans regarder de quoi ça parle. Le titre est déjà suffisamment évocateur, et elle ne fait que 15 pages, vous ne perdrez pas beaucoup de votre temps.
 
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Veille de Noël. Chrissie fait ses derniers achats dans l’effervescence de Londres.
Pour Noël, elle reçoit sa belle-mère. Alors que, sur ordre de son mari, elle se met en quête d’un parfum introuvable et du seul fromage que tolère sa belle-mère, sa rencontre avec un chauffeur de taxi lui ouvre les yeux. Elle n’a aucune envie de passer Noël en famille cette année...
 
J’ai beaucoup aimé cette petite nouvelle, tout à fait dans l’esprit « moderne » de Noël. On ne prépare plus du tout cette fête dans les mêmes conditions qu’auparavant. La ruée dans les magasins au dernier moment parce qu’on a oublié telle chose, la préparation du dîner « en famille », la pression sociale... Vu comme ça, Noël ne fait pas rêver ! Et pourtant, est-ce que cette fête (oui oui, je le redis, même si c’est une corvée pour certains) devrait nous mettre dans des états pareils ? Est-ce normal de se laisser faire, de se conformer à ce qui est attendu, quitte à passer un mauvais moment ? Bien sûr que NON !
 
Et ce petit texte nous le montre à merveille, avec un esprit très Christmassy (l’équivalent de ce moment en français m’est inconnu). Je n’ai pas été frustrée de ne pas avoir de « suite », je pense que la nouvelle peut se suffire à elle-même. Après, si on me dit qu’il y a un roman entier consacré à Chrissie, y’a moyen que je mette mon nez dedans, parce que cette première approche de Jojo Moyes m’a fait du bien. Je me suis plu à imaginer comment Chrissie en était arrivée là dans sa vie, et même si on ne la connaît pas longtemps, non plus que le chauffeur de taxi, on en vient vite à les apprécier. Tout aussi rapidement, on en vient à détester David et Diana... La fin est agréable, donne un petit coup de fouet.
 
Très jolie découverte avec ce petit texte, exactement ce qu’il faut en cette période de Noël ! Jojo Moyes me laisse une première impression très positive, j’espère lire bientôt un de ses romans qui a beaucoup fait parler d’elle : Avant toi.
 

Samedi 13 septembre 2014 à 15:42

Comme on peut le voir dans les catégories d’articles, même si je suis très éclectique dans mes lectures, il y a des genres que je lis moins, beaucoup moins que d’autres. Et celui que je ne lis vraiment presque pas, c’est la poésie. J’ai eu un mini-traumatisme avec le symbolisme au lycée, je n’arrive absolument pas à comprendre les poèmes et encore moins à les apprécier. Mais je me souvenais aussi de Baudelaire, qui m’avait plu sans que j’en aie beaucoup de souvenirs. Alors cet été, j’ai voulu me lancer en solo, en prenant mon temps, et je crois que j’ai vraiment bien fait de me tourner vers Victor Hugo, dont j’apprécie déjà les romans et le théâtre.
 
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Pendant des Châtiments, également rédigé en exil (le poète a quitté la France suite au coup d’État de Napoléon III), Les Contemplations est un recueil avec une double structure : Autrefois et Aujourd’hui, dont la rupture est le décès de la fille de Hugo, Léopoldine ; le recueil est en plus découpé en six livres. Chacun a un thème principal, et pour chaque partie j’ai relevé mes poèmes préférés. Je vais vous parler de tout ça.
 
Mon édition est du Livre de Poche, et je l’ai trouvée vraiment géniale. Elle m’a bien aidée à comprendre le contexte du recueil, m’a donné des éléments sur la vie d’Hugo que j’avais un peu oubliés, et les notes de bas de page sont extrêmement utiles, sans non plus tout nous expliquer (faut réfléchir un peu soi-même  quand même !). Comme la préface, elles nous donnent des clés pour comprendre par nous-mêmes et réussir à analyser les poèmes. Le dossier à la fin contient notamment des extraits de critiques de l’époque où le recueil a été publié, très intéressants, et un tableau qui donne les dates réelles d’écriture des poèmes et les dates fictives choisies par Hugo pour son poème. La temporalité est donc décalée. Le recueil est entièrement autobiographique mais a aussi une valeur universelle, car le poète souhaite que le lecteur se retrouve dans ses mots, comme il le dit lui-même dans la préface de son recueil. J’ai aussi remarqué dès le début à quel point l’auteur est cultivé. Tacite, Chateaubriand et Térence, rien que dans la préface ! J’ai moins aimé le côté religieux, souvent présent notamment à travers des références fréquentes à la Bible et à l’Ancien Testament, même si Hugo a développé des croyances bien à lui, qui s’éloignent parfois beaucoup du catholicisme.
 
Aurore, le premier livre, parle de la jeunesse du poète, de ses premières amours adolescentes, et aussi de son éveil à la poésie, une poésie douce et bucolique, où les soucis n’existent guère. J’ai beaucoup aimé Mes deux filles, où on sent très fort l’amour du poète pour ses enfants. Lise m’a plu aussi pour sa fraîcheur et sa candeur, ce poème respire le bonheur. Vere Novo est très bucolique, on constate que l’auteur a une solide culture antique. Ça m’a rappelé quelques textes que j’avais faits en cours de latin ! La Coccinelle est un poème tout léger, mignon, avec un joli trait d’esprit pour finir. Le romantisme des jeunes années est omniprésent dans ce premier livre et c’était un plaisir de commencer le recueil ainsi.


La Coccinelle (I, XV)
 
Elle me dit : « Quelque chose
Me tourmente. » Et j'aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.
 
J'aurais dû – mais, sage ou fou,
A seize ans on est farouche, –
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l'insecte à son cou.
 
On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.
 
Sa bouche franche était là :
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s'envola.
 
« Fils, apprends comme on me nomme, »
Dit l'insecte du ciel bleu,
« Les bêtes sont au bon Dieu,
« Mais la bêtise est à l'homme. »
 
Paris, mai 1830.
 
 
Dans L’âme en fleur, Hugo se place encore du temps de sa jeunesse. On y retrouve l’amour, sa vision de la poésie et de la nature et les liens entre ces sujets. Les thèmes restent plutôt joyeux mais les poèmes semblent gagner en maturité. Il y a un peu moins d’innocence, c’est le début des grandes réflexions, et déjà la mort fait son apparition. Le II ressemble à une chanson d’amour, j’adore la mélodie qui s’y niche. Le VII est un poème d’amants aussi, avec une forte note sensuelle absente d’Aurore, et de nouveau on retrouve des références à l’Antiquité. Le XVI met en parallèle l’homme amoureux et l’oiseau et donne un joli petit poème où une pointe d’érotisme se cache aussi. Après l’hiver est un peu plus long et lie le printemps à la naissance du désir amoureux. C’est un poème qui joue sur les contrastes et que j’ai trouvé très beau. Crépuscule, comme son titre l’indique, est plus sombre. Le recueil bascule lentement vers l’obscurité. La nature, la mort et l’amour sont inextricablement liés. Ce poème préfigure la mort de Léopoldine, qui approche dans le recueil. On ressent un peu l’urgence d’aimer car on ignore quand la mort peut frapper. C’est vraiment un poème typiquement romantique.


Épitaphe (II, XV)
 
Il vivait, il jouait, riante créature.
Que te sert d’avoir pris cet enfant, ô nature ?
N’as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs,
Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l’onde amère ?
Que te sert d’avoir pris cet enfant à sa mère,
Et de l’avoir caché sous des touffes de fleurs ?
 
Pour cet enfant de plus tu n’es pas plus peuplée,
Tu n’es pas plus joyeuse, ô nature étoilée !
Et le cœur de la mère en proie à tant de soins,
Ce cœur où toute joie engendre une torture,
Cet abîme aussi grand que toi-même, ô nature,
Est vide et désolé pour cet enfant de moins !
 
Mai 1843.


 II, XXV
L'enfant, voyant l'aïeule à filer occupée, 
Veut faire une quenouille à sa grande poupée. 
L'aïeule s'assoupit un peu ; c'est le moment. 
L'enfant vient par derrière et tire doucement 
Un brin de la quenouille où le fuseau tournoie, 
Puis s'enfuit triomphante, emportant avec joie 
La belle laine d'or que le safran jaunit, 
Autant qu'en pourrait prendre un oiseau pour son nid.
 
Cauteretz, août 1843.
 
 
Avec Les luttes et les rêves, on arrive dans du sérieux. Victor Hugo développe sa pensée politique et poétique. J’ai marqué beaucoup de poèmes dans ce livre, c’est donc qu’il m’a plu ! En tout cas, il aide à réfléchir, et l’engagement d’Hugo était très intéressant à suivre. On y sent aussi son talent de conteur et de rhéteur en plus de la poésie. Melancholia est un long poème qui introduit la pensée d’Hugo sur les pauvres gens, sur son siècle de travail et d’industrie qui oublie l’humain. La Chouette est une condamnation des superstitions, qui renforcent l’ignorance et peuvent faire beaucoup de mal, et une défense des animaux soi-disant mauvais ou dangereux simplement parce qu’ils sont différents. À la mère de l’enfant mort est très triste, touchant de justesse. Même si chronologiquement le poème est inséré avant le 4 septembre 1843, le poète y pleure sa fille. Le texte est de toute façon à destination de tout parent qui a perdu un enfant. Épitaphe crie l’insensé de la mort d’un être si jeune, en s’en prenant à la nature. Là aussi, j’ai été émue par la violence de la douleur qui se dégage des vers. Le Maître d’études est probablement un hommage rendu au surveillant qui a encouragé Hugo alors qu’il était collégien à écrire des poèmes. Il parle de l’injustice de cette condition et quelque part a une dette envers cet homme. Chose vue un jour de printemps traite aussi de la thématique du deuil en y adjoignant une composante plus sociale. Le Revenant est vraiment magnifique, la fin m’a laissé les larmes aux yeux tellement il est bien construit et écrit (allez le lire !).  Apparemment il a beaucoup attiré l’attention des critiques à sa parution et je peux comprendre pourquoi. Un petit poème plus léger a aussi retenu mon attention, il s’agit du XXV. C’est une scène quotidienne, très courte, toute en malice. Le Poëte est un beau mais sombre hommage à Shakespeare. La Nature est très engagé politiquement car il ache un écrit en faveur de l’abolition de la peine de mort et de l’adoucissement des peines. Ce discours d’un arbre m’a beaucoup plu.
 
On passe ensuite à Pauca Meae, sur le deuil, le vrai, l’inénarrable. Deux poèmes se déroulent, puis la date du décès s’étale, fait la rupture. Le poème précédent, 15 février 1843, dit adieu à Léopoldine lorsqu’elle épouse Charles Vacquerie, mais Hugo fait aussi de manière anticipée son adieu en tant que vivant à la morte. Veni, vidi, vixi (Je suis venu, j’ai vu, j’ai vécu) hurle le désespoir et le désir du poète de mourir lui aussi. S’il a vu sa fille partir, c’est qu’il a bien assez vécu, comme il le dit au premier vers. Le XIV marque le temps qui passe malgré son caractère figé pour le père toujours pris dans sa douleur. C’est la visite sur la tombe, et encore le désir de la rejoindre. À Villequier s’adresse directement à Dieu. Le poète comprend que la mort doit survenir mais ne peut l’accepter dans son absurdité et réclame le droit de pleurer son enfant. J’ai beaucoup aimé le dernier poème du livre intitulé Charles Vacquerie. Hugo aurait pu en vouloir à son gendre, car c’est en partant avec lui faire une promenade en bateau sur la Seine que Léopoldine s’est noyée. Mais il a sauté à l’eau pour la sauver, et est mort lui aussi. Hugo lui rend hommage et en fait un héros. Le couple Charles-Léopoldine se retrouve de l’autre côté et leur amour devient éternel, ce qui n’est pas sans rappeler Roméo et Juliette.


Le Mendiant (IV, IX)
 
Un pauvre homme passait dans le givre et le vent.
Je cognai sur ma vitre ; il s'arrêta devant
Ma porte, que j'ouvris d'une façon civile.
Les ânes revenaient du marché de la ville,
Portant les paysans accroupis sur leurs bâts. 
C'était le vieux qui vit dans une niche au bas 
De la montée, et rêve, attendant, solitaire, 
Un rayon du ciel triste, un liard de la terre, 
Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu. 
Je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu. 
Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme
Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. »
Et je lui fis donner une jatte de lait.
Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait, 
Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre. 
« Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre, 
Devant la cheminée. » Il s'approcha du feu. 
Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu, 
É talé largement sur la chaude fournaise,
Piqué de mille trous par la lueur de braise,
Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé. 
Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé 
D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières, 
Je songeais que cet homme était plein de prières, 
Et je regardais, sourd à ce que nous disions, 
Sa bure où je voyais des constellations.
 
Décembre 1834
 
 
Le cinquième livre, En marche, figure l’exil du poète, aussi bien politique (suite à l’avènement du Second Empire et de Napoléon III) et intérieur (toujours lié au décès de Léopoldine, il s’exile des vivants en cherchant à se rapprocher d’elle, et aussi par rapport à son objectif d’atteindre à la contemplation). Le premier poème, À Aug. V. (Auguste Vacquerie, frère de Charles) est en miroir du poème précédent mentionné ci-dessus. Charles a accompagné Léopoldine dans la mort, Auguste a accompagné Victor dans l’exil. Écrit en 1846 est un poème politique, où Hugo explique comment de royaliste il est devenu républicain. Ce n’est pas le seul poème de ce genre dans le recueil, mais j’ai trouvé que c’était le plus didactique et le plus intéressant. Le Mendiant explique très clairement la vision d’Hugo sur la misère. Il y voit toujours de la beauté, de la grandeur, qui est toute fausse chez les plus aisés. Il fait partie de ces poèmes qui rappellent Les Misérables (toujours pas lu, c’pas bien), publié quelques années plus tard. Dolorosae parle au nom d’Hugo et de sa femme, toujours accablés par le deuil de longues années après le drame. L’éloignement physique de l’exil n’atténue pas la douleur. Les Malheureux entreprend de parler des pauvres gens, notamment en les opposant aux fats, aux injustes qui vivent pourtant dans de bien meilleures conditions. Il est tout à fait dans la continuité du Mendiant.
 
Le dernier livre, Au bord de l’infini, est aussi celui que j’ai le moins aimé. Hugo y exprime sa vision de la mort. Le livre est fortement imprégné de sentiments religieux et se perd dans des réflexions qui ne m’ont pas toujours intéressée. Néanmoins, j’en retiens l’idée qu’on ne peut connaître la joie sans passer par la tristesse, et que la beauté ne peut se dévoiler qu’en ayant vu l’hideux. Hugo n’aurait jamais accédé à ces contemplations sans les épreuves qu’il a traversées. Seuls deux poèmes m’ont marquée. Claire est un hommage à la fille décédée de Juliette Drouet, la maîtresse d’Hugo pendant des dizaines d’années. C’est un assez long poème en quatrains, où l’on sent toujours le fort désir de retrouvant les disparus, éventuellement en les rejoignant. Dans En frappant à une porte, le poète revient sur toutes les pertes qu’il a subies. Son premier enfant, mort à trois mois ; ses parents ; ses deux frères ; Léopoldine… Au final, seule sa fille Adèle (qui était folle) lui a survécu. Tous ses autres enfants sont morts, sa femme aussi, même sa maîtresse je crois, et lui est parti à 83 nans. En lisant ce poème, j’ai éprouvé beaucoup de peine pour lui, comme de nombreuses autres fois au cours de ma lecture.


En frappant à une porte (VI, XXIV)
 
J’ai perdu mon père et ma mère,
Mon premier né, bien jeune, hélas !
Et pour moi la nature entière
Sonne le glas.
 
Je dormais entre mes deux frères ;
Enfants, nous étions trois oiseaux ;
Hélas ! le sort change en deux bières
Leurs deux berceaux.
 
Je t’ai perdue, ô fille chère,
Toi qui remplis, ô mon orgueil,
Tout mon destin de la lumière
De ton cercueil !
 
J’ai su monter, j’ai su descendre.
J’ai vu l’aube et l’ombre en mes cieux.
J’ai connu la pourpre, et la cendre
Qui me va mieux.
 
J’ai connu les ardeurs profondes,
J’ai connu les sombres amours ;
J’ai vu fuir les ailes, les ondes,
Les vents, les jours.
 
J’ai sur ma tête des orfraies ;
J’ai sur tous mes travaux l’affront,
Aux pieds la poudre, au cœur des plaies,
L’épine au front.
 
J’ai des pleurs à mon oeil qui pense,
Des trous à ma robe en lambeau ;
Je n’ai rien à la conscience ;
Ouvre, tombeau.
 
Marine-Terrace, 4 septembre 1855.
 
 
Cette expérience avec la poésie d’Hugo était très enrichissante et m’a énormément plu, en plus de faire tomber mes appréhensions quant à ce genre. Je suis absolument ravie de m’être lancée. L’édition que j’ai du Livre de Poche était en plus parfaite pour une novice en la matière comme moi. Je ne compte pas m’arrêter là mais je ne sais pas encore avec quel poète et quel recueil continuer ma découverte de la poésie ! Je ne peux pas mettre tous les poèmes dont je vous ai parlé dans cet article (j'en ai sélectionné courts), aussi je vous invite à aller voir ceux que je n'ai pas reproduits.

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Jeudi 10 juillet 2014 à 20:50

Voulant découvrir de nouveaux horizons littéraires, j’ai demandé Les âmes égarées, recueil de l’auteur irlandais Joseph O’Connor, à la dernière Masse critique de Babelio, que je remercie pour cette découverte. Sur les trois fois où j’ai été sélectionnée, ça fait deux mauvaises surprises, chaque fois des auteurs que je ne connaissais pas du tout, alors je crois que je vais me montrer plus prudente désormais !
 
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Je vous mets le résumé parce que je ne sais pas trop commenter présenter ce livre. « Deuxième recueil de nouvelles de Joseph O’Connor, après Les Bons Chrétiens paru chez Libretto en 2010 et préfacé par Hugo Hamilton, Les âmes égarées se compose de sept nouvelles et d’une novella qui traduisent l’essence d’une Irlande à la fois éternelle et contemporaine. Sombres, et soudain lumineuses, elles parlent de solitude, de désespoir, mais aussi de foi en l’avenir et en l’homme, d’amitié et d’amour, sentiments que l’auteur analyse et décrit en maître.
Ralliant le Londres et le Dublin d’aujourd’hui au New York du XIXe siècle, tantôt avec ironie, tantôt avec la plus grande simplicité, les nouvelles de Joseph O’Connor incarnent les rêveurs et les âmes perdues de notre monde dans ces moments magiques de la vie où tout semble possible. »
 
Contrairement à mon habitude, je ne chroniquerai pas nouvelle par nouvelle, parce que je n’ai rien à en dire. Il y a seulement une nouvelle (Orchard Street, à l’aube) et la novella (Un garçon bien-aimé) qui sont un peu sorties du lot, tout le reste est du pâté dans mon esprit. Je n’en ai rien retenu et n’ai rien de vraiment positif à en dire, hormis que j’ai senti, ou cru sentir en tout cas, que l’auteur a bossé ces textes. Ils sont parus sur divers supports en Irlande et ailleurs et ont été réunis pour la traduction et l’édition française. Le titre original indiqué en première page est Where have you been, titre que je n’ai pas compris je dois dire. Je comprends un peu mieux le titre français, mais bon…
 
Je me suis franchement ennuyée et la quasi-totalité des propos n’avait aucun intérêt à mes yeux, toujours à l’exception des deux textes susmentionnés qui ont pu me réveiller un peu avec des sujets tels que l’immigration des Irlandais en Amérique au XIXème et leur vie là-bas, la perte d’un enfant pour la nouvelle ; la quête de soi, de son avenir, la dépression, le rôle de l’écriture pour la novella. Mais même ainsi, les textes n’ont pas su me toucher, ni par le style ni par le fond. Les personnages ne sont pas attachants  (c’est déjà difficile de s’attacher dans un format si court). J’ai eu l’impression que l’auteur faisait exprès de mettre en scène des personnages d’une fadeur extrême ou carrément stupides et/ou méchants. Je n'ai pas non plus apprécié le style, plat et ennuyeux à la lecture, sans relief, vide.
 
De plus, l’auteur a la manie de ne pas « finir » ses histoires. Je ne demande pas tous les détails et ne suit pas contre le fait de laisser en suspends quelques éléments, mais il faut un minimum qui manque ici. Si j’apprécie beaucoup la culture gaélique (que je connais encore très peu) et si visiter l’Irlande pour ses sites magnifiques fait partie de mes projets de voyage, je dois dire que son histoire récente et la facette présentée dans ce livre me sont vraiment désagréables.
 
Ce recueil n’était tout simplement pas pour moi. Je regrette de ne pas avoir pu l’apprécier mais c’est ainsi.
 

Samedi 21 juin 2014 à 11:55

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On dit que la chance tourne, et je pense que c’est vrai ! Par moments, on enchaîne les bonnes nouvelles, et à d’autres les mauvaises. J’ai été chanceuse récemment en gagnant un exemplaire du spin-off de Stéphane Soutoul à sa série Anges d’Apocalypse, La Mort qui rôde. Cette nouvelle publiée sous forme de petit fascicule à seulement une centaine d’exemplaires n’était offerte qu’aux personnes présentes sur le Salon du Livre (je n’ai pour ma part jamais eu la possibilité d’y aller) et à celles qui avaient précommandé le tome 3 en version papier (j’achète les versions numériques pour cette série). Donc si je ne l’avais pas gagnée, je ne l’aurais jamais eue (mais je l’aurais sûrement lue grâce à la gentillesse de Fanny qui avait proposé de me la prêter). Merci encore Au Boudoir Écarlate !
 
On suit le personnage d’Eve dans cette nouvelle d’une vingtaine de pages. Après avoir fait un rêve angoissant, la jeune femme sort par le toit de l’Annex et part se promener dans la nuit de Toronto.
 
J’ai bien aimé me replonger pour quelques minutes dans l’univers d’Anges d’Apocalypse, surtout que La Mort qui rôde nous permet de découvrir une nouvelle « créature » et de développer un peu plus le personnage d’Eve, en lui donnant la parole.
 
Je pensais que cette petite histoire avait un rapport avec un certain agissement d’Eve dans le tome 2 de la série, mais en fait il n’en est rien. L’auteur nous emmène sur un autre terrain, peut-être plus dangereux, en donnant à Eve une occasion qu’elle n’a pas souvent.
 
Je me demande si cela aura un impact visible dans la suite de la série. Je suis en tout cas contente de l’avoir lue et j’espère me pencher bientôt sur le tome 3 !

Dimanche 20 avril 2014 à 18:00

En traînant sur Amazon (comme bien trop souvent en ce moment…), j’ai vu qu’il y avait des occasions intéressantes, notamment sur un roman d’Estelle Faye, auteure que je veux découvrir depuis plus d’un an maintenant. Avant de me lancer, j’ai acheté et lu une nouvelle republiée en numérique par Moutons électriques qui s’appelle La Suriedad.
 
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Ce texte a déjà quelques années mais il est vraiment très bien, ce qui me fait dire que ce qu’écrit l’auteure aujourd’hui doit ne pas être mal. L’histoire se situe, j’imagine parce que ce n’est pas précisé, à la grande époque des corsaires, donc au XVIème ou au XVIIème siècle. J'ai tout de suite pensé au Déchronologue de Stéphane Beauverger, mais si ici la fantasy est présente, il n'y a pas d'éléments SF avec des failles dans le temps comme c'est le cas pour ce très bon roman. Nous lisons le témoignage de Vreck sur ce qu’il a vécu depuis qu’il a été rescapé en mer par un marin nommé Joey. Probablement naufragé, Vreck a perdu la mémoire mais porte une étrange marque sur le torse, son destin…
 
C’est une nouvelle d’un peu plus d’une vingtaine de pages, qui m’a embarquée dès le début. C’est immédiatement intriguant, on veut en savoir plus sur ce monde proche du nôtre mais différent, et sur Vreck. Il y a une vraie fin, mais l’auteure ne nous donne pas toutes les réponses, laissant au lecteur le loisir d’imaginer les conséquences du récit du narrateur. C’est une nouvelle que je trouve très satisfaisante, elle ne laisse pas le lecteur trop frustré malgré sa brièveté et est très bien menée. J’ai trouvé l’écriture agréable et la rapide esquisse des personnes m’a intéressée. J’ai aussi apprécié les différents thèmes abordés, mais je n’en dis pas plus afin de ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir ce texte à votre tour.
 
A présent j’ai hâte de lire La dernière lame, qui devrait bientôt arriver dans ma BAL ! J’aimerais aussi beaucoup lire Porcelaine, qui me fait de l’œil depuis sa sortie mais dont le prix me freine… Et j'espère que l'auteure sera présente aux Imaginales !
 
"Joey se tut. Je demandais : "Qu'est-ce que tu penses de tout ça ?
- Je crois que les pires ténèbres se terrent dans le cœur et l'âme des hommes." Pour la première fois, je vis une ombre passer devant son regard, pour s'effacer aussitôt. Il me sourit et conclut : "Je crois que c'est aussi là que naissent les plus grands espoirs.
"
 
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Mardi 15 avril 2014 à 18:56

J’ai choisi d’acheter l’anthologie des Editions du Riez dirigée par Valérie Lawson et Charlotte Bousquet intitulée Cœurs de loups car j’ai toujours aimé cet animal, et je ne comprends vraiment pas le foin fait autour de leur réintégration en Europe occidentale et surtout en France. Le but d’une chronique n’étant pas de d’engager une polémique mais de donner son avis sur un texte littéraire, j’ajouterais seulement qu’une partie des bénéfices va à l’association Ferus, engagée pour la protection des loups mais aussi des ours et des lynx.
 
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Globalement, je dois bien l’avouer, je suis plutôt déçue. Contrairement à 2012, fin de monde..., cette anthologie n’est pas issue d’un concours (pas à ce que j’ai compris en tout cas), la plupart des auteurs y ayant participé ont donc déjà de l’expérience. Je suis par conséquent plus exigeante. Je ne dis pas que tout est à jeter, loin de là, mais je comprends les nombreuses critiques mitigées voire négatives. Outre la faiblesse littéraire de certains textes, il est vrai que le lecteur a rapidement l’impression de tourner en rond, et la défense des loups prend parfois la tournure de l’éloge, flatteur et peu sincère, et parfois un peu ridicule. De même, j’aurais aimé une présentation plus poussée, plus intéressante. Au final, je n’ai rien appris. Petite remarque inutile mais bon j’ai envie de le dire : je ne suis pas fan de la couverture, qui ne fait vraiment pas joli de près.
 
Hormis deux ou trois textes, ils sont tous beaucoup trop courts. Une anthologie de seize textes qui ne fait que 150 pages, c’est insatisfaisant pour le lecteur je pense. Il aurait également fallu mettre les informations sur les auteurs après leur texte, cela aurait été plus logique vu que certains paragraphes comprennent des informations relatives à la nouvelle. Enfin, j’ai également trouvé certains titres un peu ridicules… Au bout d’un moment, les « jeux de mots », ça ne convainc plus du tout. Je n’aurai pas grand-chose à dire sur certains textes mais je vais essayer de dire un mot sur chacun. En faisant la chronique, je me rends compte que j’ai du mal à me souvenir de quoi parlent la majorité des nouvelles, c’est dire le souvenir qu’elles m’ont laissé…
 
Prière de mon moulin d’Hélène Pedot : A mon sens, ce texte n’est pas une nouvelle. C’est plus une sorte de mini-essai ou de pamphlet pour la défense des loups. Aller chercher Alphonse Daudet et Pierre Gringoire, ça ne fait rien d’autre que « rabaisser » le lecteur qui ne comprend pas les références. Il se sentira pris pour un idiot. Commencer le recueil par ce texte était vraiment une mauvaise idée, sans compter que son intérêt était vraiment limité juste après la présentation…
 
Le roi de la clairière de David Bry : J’ai bien aimé celui-là. C’est une sorte de conte, où les animaux et l’homme se réunissent au fil des siècles. La chute était bien, marquante sans en faire trop. Un texte simple mais assez percutant.
 
Loup de source de Nadia Coste : L’idée est sympathique, retournement d’une croyance populaire. Je n’ai pas trop aimé en revanche la retranscription des pensées des loups, même si je comprends l’intention.
 
Fin de loups de Sophie Guth : Je suis très mal placée pour parler de ce texte, car il s’agit d’un poème, et s’il y a bien un domaine que je ne lis pas et ne maîtrise pas non plus, c’est bien la poésie. Je n’ai jamais trop aimé ça. Ici, je ne peux pas dire que c’était mauvais, c’était simplement court, avec une même triste rengaine.
 
Empreinte de Manon Fargetton : C’est une nouvelle un peu plus développée que les précédentes, mais elle se termine tout de même trop rapidement et laisse un sentiment de frustration. On a l’impression que ce nouvelle n’est que le prélude à quelque chose de plus long. C’est sympathique, mais assez classique dans le genre bit-lit.
 
Fleur de loup d’Anne Ferrier : Nouvelle à l’écriture assez poétique, qui réussit à émouvoir un peu le lecteur. C’était joli, j’ai bien aimé, mais là encore très court.
 
La Bête de Jean-Luc Marcastel : Incontestablement ma préférée ! Le talent de Jean-Luc Marcastel se confirme pour moi à travers cette nouvelle qui entre tout à fait dans son univers (j’ai lu les deux premiers tomes de Louis le Galoup). Une belle écriture, une intrigue menée rondement sur un peu plus de pages que d’autres textes et une fin inattendue, bref c’était très bien. 
 
Le choix de Carina Rozenfeld : Ma deuxième préférée. Egalement l’une des plus longues nouvelles du recueil, elle met en scène une histoire qui ne déparerait pas tout à fait en dystopie. J’aurais aimé en lire plus, car l’histoire ne semble pas terminée. Je ne m’étais jamais intéressée aux romans de Carina Rozenfeld, mais je vais peut-être m’y intéresser un peu plus à présent (l’ennui, c’est que ce ne sont que des grands formats…).
 
Anthropolycie de Fabien Clavel : Je n’ai pas du tout aimé celle-là, même si je comprends ce qu’a voulu faire l’auteur. Ça n’a simplement pas marché sur moi. Je n’ai jamais apprécié ce genre de procédé littéraire. En outre, il n’y a aucune explication quant à ce qui se produit, ce qui n’est pas non plus pour me plaire.
 
Un conte de loups de Sophie Dabat : Sans m’avoir convaincue tout à fait, cette nouvelle était tout de même plaisante. J’ai bien aimé la reprise des éléments habituels du conte, mais j’ai trouvé l’écriture un peu faible, ce qui nuit au fond. J'aurais aimé que cette nouvelle me donne envie de découvrir la saga de l'auteure également publiée aux Editions du Riez.
 
Les loups du Beg d’Anne-Sophie Silvestre : Je n’ai pas du tout accroché celle-là, je l’ai même trouvée un peu dérangeante dans le sens où il y avait quelque chose de légèrement malsain dans la façon dont j’ai ressenti les choses. Pas du tout convaincue.
 
Boussole de Samantha Bailly : J’aurais aimé découvrir Samantha Bailly avec un autre texte, parce que là on part sur d’assez mauvaises bases. A peine quatre pages, qui m’ont donnée l’impression d’être bâclées, pas vraiment d’histoire, bref rien.
 
Lunatique de Marie Caillet : J’ai bien aimé, mais mais… Quelque chose m’a déplu, et je ne saurais pas dire quoi. L’idée est bonne, ça change des autres textes du recueil. Peut-être, là encore, une écriture qui ne m’a pas emportée.
 
Tous-les-chants de Meredith Blixen : Comme pour la nouvelle de Fabien Clavel, la forme ne m’a pas plu du tout. Le fond n’avait rien de particulier pour la rattraper, donc je suis passée dessus avec indifférence.
 
La promesse de Marika Gallman : L’une des meilleures nouvelles du recueil également, deuxième ex-æquo je dirais ! L’auteure a soigné le fond et la forme, on aimerait en avoir plus, savoir ce qui arrive à Tess ensuite… Ça me donne envie de lire la suite de Maeve Regan qui m’attend sagement dans ma PAL. 
 
Un loup pour l’homme… de Sandy Julien : C’était pas mal, mais un peu confus. Avec une forme un peu lus aérée, un peu plus claire, ça aurait été mieux. Pas inoubliable mais loin d’être le pire texte du recueil.
 
Faisons le bilan : Trois vraiment bons textes, sept pas trop mal et six que je n’ai vraiment pas aimé. C’est pas brillant… Certains textes valent d’être lus, mais je ne vous conseille pas l’achat du recueil, à moins que vous n’ayez une âme militante pour donner un peu de sous à Ferus en plus d’avoir un nouveau livre dans votre bibliothèque.
 
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Mardi 25 mars 2014 à 13:26

Il y a quelques années, j’avais lu plusieurs textes ayant inspiré les studios Disney pour leurs films d’animation, dont Le Livre de la jungle, de Rudyard Kipling. J’en gardais un souvenir assez flou et, pour tout dire, pas très agréable. Lors de la dernière réunion du club de lecture L’île aux livres (où j’étais absente) sur le thème de l’Inde, c’est ce livre qui a été choisi. J’ai hésité à le relire, ou à n’en relire que certaines histoires, mais finalement j’ai tout relu, histoire de pouvoir participer entièrement à la réunion du club. Je n’ai pas beaucoup plus apprécié cette relecture que ma première lecture, mais au moins je peux en faire une chronique !
 
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Le Livre de la jungle, c’est un recueil de sept histoires écrites par Rudyard Kipling, un Anglais qui a grandi dans les Indes britanniques.
 
Petit topo général, comme d’habitude. Le problème majeur avec ce livre, c’est qu’il est d’un ennui… Ce n’est pas très long, ça se lit plutôt vite, mais ce n’est pas accrocheur je trouve. On n’a pas vraiment envie de tourner les pages. Je me suis carrément endormie dessus en lisant la dernière histoire, ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant. Le livre date de la toute fin du XIXème siècle mais le style n’a rien à voir avec celui des auteurs que je lis régulièrement. Il y a des chants au début ou à la fin de chaque histoire. Le style d’écriture n’est pas naturel, j’ai eu une impression de forcé. Ce n’est pas vraiment agréable à lire. Je me demande s’il faut « blâmer » la traduction, ou si c’est simplement que nous ne sommes pas habitués à lire ce genre de choses. Quand je pense que c’est un livre à destination des enfants, je me dis que l’instruction a énormément changé en un siècle. La sensibilité des lecteurs d’aujourd’hui est très différente. J’ai trouvé le livre très sérieux et rigide en quelque sorte, il n’y a quasiment pas d’humour. J’imagine que dans chacune de ses histoires, l’auteur veut faire passer un certain message, mais il est bien difficile à percevoir. Que peuvent bien en déduire les enfants ?
 
Je n’ai pas réussi à m’intéresser aux intrigues, à m’attacher aux personnages. Kipling connaît pourtant bien son sujet. On voit qu’il s’est intéressé à la faune du pays, qu’il a lu des encyclopédies ou des ouvrages de ce genre et il a réussi à rendre le « caractère » de chaque espèce animale. Mais en même temps, tout devient rapidement caricatural. Quant à l’Inde, on la voit peu : vaguement un village proche de la jungle indienne, des camps militaires, un bungalow privé… On apprend très peu de choses sur ce pays et sa culture. Il faut que j’admette que ce n’est pas l’un de ces pays qui m’attirent, mais tant qu’à faire, puisque je le lisais, j’aurais aimé que ce soit plus intéressant de ce point de vue. Il est aussi très étrange d’avoir une histoire avec des phoques dans un recueil intitulé Le Livre de la jungle… Aux dernières nouvelles, on ne rencontre pas de phoques dans la jungle. Etant donné que Kipling a écrit dans livres, d’autres recueils, il aurait été plus pertinent de mettre celle-ci ailleurs.
 
Les Frères de Mowgli, La Chasse de Kaa, « Au tigre ! au tigre ! » : Je mets ces trois histoires ensemble parce qu’elles concernent toutes Mowgli et se suivent dans le recueil. Les studios Disney ont utilisé des éléments des trois histoires pour créer leur film. Dans la première, Mowgli (mot qui signifie grenouille) est « adopté », tout petit, par une mère louve qui le sauve de Shere Kan, le tigre boiteux. En grandissant, il apprend les règles et les langues de la jungle, mais Shere Kan a juré de le dévorer. Avec l’aide du chacal Tabaki, il parvient à retourner le clan des loups contre Mowgli. Malgré la victoire du petit d’homme sur le tigre grâce à une branche enflammée, il est exilé et part vivre dans un village d’hommes. La chasse de Kaa introduit le personnage de ce long serpent, extrêmement dangereux. Son pouvoir d’hypnose est franchement flippant et les singes, au cœur de cette histoire, n’ont rien de drôle. C’est une aventure arrivée à Mowgli pendant qu’il prenait ses cours sur la jungle avec Baloo. Les singes le kidnappent, Baloo et Bagheera vont chercher Kaa pour les aider à libérer Mowgli. Quant à la troisième histoire, c’est celle de la victoire définitive de Mowgli sur Shere Kan, et son retour auprès du peuple loup. Au final, ces trois histoires sont très déprimantes et je ne vois pas ce qu’on peut en tirer en termes de « morale ». Faut-il y voir le thème de la tolérance ? Mowgli n’appartient à aucun des deux mondes, ni celui des hommes, ni celui de la jungle. En tout cas, je préfère très largement la version créée par les studios Disney, que je trouve hilarante.
 
Le Phoque blanc : Cette histoire se déroule dans la mer de Behring, située entre l’Alaska et la Sibérie en gros. Un jeune phoque blanc, Kotick, assiste à l’écorchement de centaines de jeunes phoques comme lui, et décide de trouver pour les phoques un lieu où l’homme ne risque pas de les massacrer. Là, au moins, on sent un engagement derrière le texte, une volonté de protéger les animaux de la folie destructrice de l’homme. Ce n’est quand même pas très très passionnant.
 
Rikki-tikki-tavi : Une mangouste est sauvée par une famille (britannique j’imagine) récemment installée dans un bungalow. Dans le jardin, trois serpents se partagent l’autorité et terrorisent tous les autres animaux. Fidèle et reconnaissante envers les humains qui l’ont recueillie, la mangouste décide de les mettre en sécurité en éliminant les dangereux reptiles. Là aussi, je ne vois pas trop ce qu’il faut en retenir. Kipling écrivait-il à destination des petites Anglais qui vivaient dans les Indes britanniques, pour les mettre en garde contre certains animaux qui peuvent les blesser, ou pire ?
 
Toomai des Éléphants : Cette histoire-là est pour moi la plus ennuyeuse. On suit un enfant issu d’une famille de cornacs pour l’armée, qui va voir une chose extraordinaire. Je n’ai rien à en dire de plus, ça ne m’a vraiment pas intéressée du tout.
 
Service de la Reine : Je pense avoir compris le message de ce dernier texte. Un soldat de l’armée britannique stationnée en Inde est tiré de sa tente en pleine nuit car les chameaux se sont encore emballés et cassent tout dans le camp. Il s’installe un peu à l’écart pour finir sa nuit, lorsqu’il entend tout près un mulet discuter avec un chameau (oui, le soldat comprend le langage des animaux domestiques), justement l’un de ceux qui ont mis le camp sens dessus dessous. Un cheval de troupe les rejoint, puis deux bœufs et enfin un éléphant. Ils se disputent pour savoir quelle espèce fait le mieux la guerre et laquelle est la moins peureuse. L’éléphant leur fait finalement comprendre qu’ils ont tous leurs atouts et leurs peurs propres. L’histoire s’achève sur une sorte d’ode à l’obéissance et à l’armée de l’Empire britannique…
 
Tout ça pour expliquer que lire des textes pour plonger aux racines des Disney, ce n’est pas toujours une bonne idée. Il existe un Second Livre de la jungle, mais bizarrement je ne me sens pas très motivée.
 

Mercredi 5 mars 2014 à 17:52

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Comme à peu près tous les gens de mon âge, j’ai découvert l’histoire de La Belle et la Bête avec le film d’animation des studios Disney. En grandissant (et notamment en étudiant les Contes de Perrault pour le bac), je me suis intéressée doucement à ce genre particulier, et j’ai regardé d’où venaient mes Disney préférés, à commencer par mon favori, La Belle et la Bête. Il y a quelques années, j’ai lu la version de Madame Leprince de Beaumont, parce que généralement on tombe d'abord sur celle-là, puisque ce serait celle dont Cocteau s’est inspiré pour son film avec Jean Marais, et Disney pour leur dessin animé. J’en gardais un mauvais souvenir. A mon anniversaire l’année dernière, Dawn et Cassie ont eu la bonne idée de m’offrir la première version française de ce conte, celle de Madame de Villeneuve, que je voulais depuis longtemps. J’ai décidé de la lire ce week-end, et j’ai enchaîné avec une relecture de la version de Madame Leprince de Beaumont, d’où cet article.
 
La version de Madame de Villeneuve date de 1740 et se trouve dans son ouvrage La Jeune Amériquaine et les contes marins (je vous rassure, je ne me suis pas trompée d'orthographe). Celle de Madame Leprince de Beaumont date de 1757 dans son livre Le Magasin des enfants. Il ne faut pas s’y tromper : les contes appartiennent à tout le monde, cette histoire remonte probablement à l’Antiquité, Apulée serait l’un des premiers à l’avoir racontée. Madame Leprince de Beaumont a aimé l’idée de base reprise par Madame de Villeneuve et en a réécrite une version, beaucoup plus courte (elle écrivait plus à destination des enfants), en se basant sur la version précédente et faisant de grandes coupes dedans. J’ai tout de suite moins de sympathie pour Leprince de Beaumont, que je n’aimais déjà pas beaucoup suite à ma première lecture de son conte. Le coup de cœur de cet article est bel et bien pour la version de 1740.

Madame de Villeneuve
 
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Le conte de Madame de Villeneuve fait plus de cent pages. Il est organisé en deux parties. La première s’arrête lorsque la Belle revient rendre visite à son père. La deuxième partie explique en fait tout le background de l’histoire, après les retrouvailles de la Belle et la Bête et la fin de la malédiction. Les adaptations s’attardent en réalité sur la première partie de l’histoire de Madame de Villeneuve, avec la façon dont Belle se retrouve à vivre dans le château et la façon dont elle et la Bête s’apprivoisent l’un l’autre. C’est une partie réellement enchanteresse. J’ai adoré suivre d’abord les déboires de la famille de Belle, et de son père en particulier, puis son arrivée au château, et la découverte pour le lecteur de ce lieu magique. L’imagination de Madame de Villeneuve est fertile et ses descriptions m’ont fait rêver, surtout qu’elle a une très belle plume (et plutôt accessible). J’ai apprécié le personnage de Belle, qui est très développé. Elle est attachante et malgré mes premières craintes, on y croit. C’est vrai quoi, elle est parfaite ! Et pourtant je l’ai trouvée vraie, parce qu’elle a des peurs, qu’elle évolue, qu’elle souffre même par moments.
 
"Le marchand, qui dans un instant perdit de vue ce fatal palais, ressentit autant de joie qu’il avait eu la veille de plaisir à l’apercevoir, avec cette différence que la douceur de s’en éloigner était empoisonnée par la cruelle nécessité d’y retourner."
 
La deuxième partie m’a beaucoup étonnée parce qu’on ne la connaît pas du tout ! Je n’avais jamais entendu parler de cet aspect de l’histoire. J’étais donc très curieuse d’avoir toutes les explications, et ne croyez pas qu’elles ne portent que sur la Bête, loin de là… La Bête est vraiment un monstre physiquement. Elle a une trompe (oui, vous avez bien lu !) et des écailles qui font un bruit horrible quand elle marche. Si elle parle sous le coup d’une émotion, elle produit des sons effrayants. Elle est lourde, pataude. Bref, elle fiche quand même la trouille au début, et pour qui ne connaîtrait pas l’histoire (même si ce ne doit pas être fréquent !), on pourrait penser qu’elle va vraiment bouffer Belle dès son arrivée (ça n’aurait rien d’extraordinaire dans un conte…). Il y a bien une morale (mais pas formalisées comme chez Perrault), elle est diffuse et reprise plusieurs fois dans le conte, au travers des rêves de Belle et bien sûr à la fin. C’est une morale, donc elle donne une leçon, apprend quelque chose au lecteur, mais elle n’est pas moralisatrice. L’auteure s’est placée « dans un pays lointain », et de ce fait la religion n’a pas sa place dans ce conte. On est sur l’être humain, les éléments fantastiques ne sont là que pour les mettre en lumière, montrer leurs qualités ou leurs défauts. Je termine cet éloge de la version de Madame de Villeneuve en disant que la version Folio à 2€ fait précéder le texte d’une introduction très intéressante et que j’ai pris grand plaisir à lire.
 
"Il est plus avantageux d’avoir un mari d’un caractère aimable que d’en avoir un qui n’ait que la bonne mine pour tout mérite. Combien de filles à qui l’on fait épouser des Bêtes riches, mais plus bêtes que la Bête, qui ne l’est que par la figure, et non par les sentiments et par les actions ?"

Madame Leprince de Beaumont
 
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Quant à la version de Madame Leprince de Beaumont… c’est une autre affaire. Déjà, c’est une version beaucoup plus courte. Je l’ai lue en ebook, je ne sais donc pas combien de pages elle fait, mais je dirais une dizaine. En si peu de temps, seul l’essentiel pour la compréhension de l’histoire est gardé. Pas de développements, pas non plus de descriptions. La Bête est décrite comme un monstre, mais on ne sait pas du tout à quoi elle ressemble. Du château, presque rien non plus, juste mention d’une ou deux choses luxueuses. On ne voit pas non plus l’évolution des sentiments de Belle : elle est tellement gentille et pure comme fille que tout de suite elle accepte d’épouser la Bête (j’exagère à peine). Ensuite, il y a cette moralisation qui me hérisse le poil, avec le catholicisme qui te pousse aux fesses. Ça dégouline de fausse vertu (bah oui, pour moi à force d’être si parfaite, Belle n’a plus l’air vraie et honnête, je suis sûre qu’elle fait tout ça juste parce que le curé lui a dit que c’était ainsi qu’elle irait au Paradis) et les méchants sont punis. Vous me direz que les frères Grimm aussi sont spécialistes des punitions limite gore (voyez les affreuses belles-sœurs de Cendrillon par exemple), n’empêche qu’eux ne me donnent pas cette impression (ils me font plutôt penser à des idoles de Tarantino, ils se faisaient un plaisir de se déchaîner à la fin sur les vilains !). Avec Leprince de Beaumont, on est vraiment dans une sentence chrétienne, en tout cas c’est l’impression que j’ai, et ça ne me plaît pas du tout. Ce conte m’ennuie en fait, je ne prends pas de plaisir à la lecture. En plus, ce n’est pas particulièrement bien écrit, c’est très simpliste (écrire pour les enfants n’est pas une bonne raison pour ne pas faire d’efforts). Je précise que lors de ma première lecture, j’avais poussé plus loin en lisant d’autres contes de l’auteur, pour lui donner une chance, mais tous sont du même acabit. J’essaierai peut-être de lire ceux récupérés dans l’édition gratuite de ses Contes de fées, mais vraiment je vais devoir me forcer.
 
"Non, mon père, lui dit la Belle avec fermeté ; vous partirez demain matin, et vous m’abandonnerez au secours du Ciel ; peut-être aura-t-il pitié de moi."
 
"[…] il épousa la Belle, qui vécut avec lui fort longtemps et dans un bonheur parfait, parce qu’il était fondé sur la vertu."
 
Disney et les contes originaux
 
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Enfin, qu’y a-t-il chez Disney ? Je pense que l’histoire est tirée de la version Leprince de Beaumont. Les studios aux grandes oreilles n’ont pris que la trame principale : une jeune femme, Belle, prend la place de son père auprès de la Bête pour le sauver. Au départ effrayée et dégoûtée, elle apprend à la connaître. Elle rentre chez elle pour voir son père et revient pour sauver la Bête. L’amour de la Belle la délie de son enchantement et elle se transforme en prince. Ensuite, Disney a fait ce qu’il a voulu. Pour donner au château l’aspect enchanté qui n’est pas détaillé dans le conte, il a inventé que les serviteurs de la Bête ont également subi un enchantement qui les a transformés en objets animés. Ça existe dans la version de Madame de Villeneuve : à la fin, les belles statues qui ornent les jardins redeviennent des humains, figés le temps que leur prince était un Bête. L’idée de Disney est en tout cas excellente. La rose qui dans les deux versions du conte est coupée par le père pour l'offrir à Belle a une place bien différente, mais encore plus importante et plus magique je trouve. Tout le côté luxueux, présent dans les deux contes, est complètement mis de côté. Au contraire, pour accentuer le côté torturé de la Bête, le château est assez largement en état de délabrement (excepté la bibliothèque !). On ne voit pas non plus la fée venue récompenser Belle pour sa bonté : le film parle de lui-même. En bref, Disney, comme toujours, réécrit sa propre histoire à partir d’un conte qui appartient au folklore.
 
Vous l’aurez compris, je suis complètement tombée amoureuse du conte de Madame de Villeneuve, et j’aimerais beaucoup avoir une édition complète de l’œuvre à laquelle appartient La Belle et la Bête. Je continuerai bien sûr à voir très souvent le film d’animation de Disney, qui reste mon préféré. J’ai aussi très envie de lire d’autres réécritures de cette histoire, notamment la version d’Eloisa James et celle de Robin McKinley. J’espère que cet article vous a plu !
 
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