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Qu'il est bon d'être futile !

Mardi 15 mai 2012 à 18:35

Je commence mon article d'aujourd'hui (qui promet d'être assez long) en vous parlant de la réunion du Club de lecture Alille.com qui s'est déroulée hier soir à La Porte des Mondes, boutique tenue par Cindy rue de Lille à Roubaix, et qui vend, entre autres, des mangas, des bandes dessinées, des livres en occasion, des figurines, des peluches, des jeux... Un petit paradis quoi ! La réunion a commencé, comme à son habitude, par un petit tour des présentations car plusieurs nouvelles têtes étaient présentes. Puis est venu le tour de la présentation es mangas/BDs/comics/romands graphiques qui étaient le thème de cette réunion exceptionnelle. Pour ma part j'ai présenté Gate 7 dont j'avais déjà parlé ici, et finalement c'est le manga Ikigami, Préavis de mort qui a été choisi. J'en ai commencé la lecture ce matin par scans car je n'ai pas l'intention de l'acheter. Il va falloir que je note mes impressions au risque de ne plus me souvenir de ma lecture lors de la prochaine réunion ! Ensuite nous avons grignoté un peu, car la consigne était aussi de rapporter à boire et à manger. Puis nous avons pu discuter avec Augustin Popescu, dessinateur chez Soleil. J'ai appris beaucoup de choses intéressantes et je suis toute prête à acheter l'une de ses futures BD dont on a vu quelques planches sublimes, si son projet est retenu... Puis nous avons discuté des Liaisons dangereuses, livre retenu la dernière fois suite à ma présentation (je suis trop passionnée je crois, et ça se voit !). Dans l'ensemble, les gens étaient contents, c'est l'essentiel !

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Avant de parler de ce livre trop-top-génialissime, je fais une petite parenthèse pour vous dire que deux nouveaux livres sont sortis de ma wishlist pour aller se mettre au chaud dans ma biblio et dans ma PAL, car mon chéri est vraiment un amour, et il m'a offert Le Koala tueur et autres histoires du bush, de Kenneth Cook, que nous avons découvert récemment à travers son second recueil. Et bien voilà, nous avons le premier aussi ! Et Le second livre est Meurtres entre sœurs de Willa Marsh, celui-là même qui faisait l'objet de mon On my Wishlist n°5 ! Je suis donc tout à fait ravie ! Vont certainement bientôt rejoindre ma bibliothèque un ou deux livres de petites éditions vendus à La Porte des Mondes.

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J'en viens (enfin !) au sujet de mon article, Les Liaisons dangereuses. Petit résumé pour ceux qui ont un trou de mémoire : Cécile de Volanges est une très jeune fille qui vient de sortir du couvent et découvre le monde. Sa mère, Madame de Volanges, souhaite la marier au comte de Gercourt. La Marquises de Merteuil fut autrefois la maîtresse de celui-ci, et elle garde une dent bien acérée contre lui. Elle ourdit donc un plan consistant à pervertir Cécile et ruiner la réputation de Gercourt. Sous ses dehors avenants d'aristocrate de bonnes mœurs, c'est une libertine particulièrement fourbe, et seul Valmont est au courant de son secret. Elle va profiter de sa position d'amie de Madame de Volanges pour se mettre Cécile dans la poche, et va charger son grand ami et ancien amant le Vicomte de Valmont de s'occuper de "l'éducation" de la jeune fille lors de son séjour chez Madame de Rosemone, une vieille parente à lui. S'y trouvent aussi Madame de Volanges et une amie commune aux deux femmes, la Présidente de Tourvel, une femme belle, jeune, et connue pour sa très grande vertu. Valmont se lance alors le défi de la séduire, un challenge à sa hauteur et qui doit lui permettre de gagner une nuit avec la Marquise...

http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Personnages/verrou.jpg[Le verrou, de Jean-Honoré Fragonard, 1778. J'aime ce tableau pour illustrer la couverture des Liaisons dangereuses ! À voir au Musée du Louvre.]
 
Je n'ai pas pu relire le roman avant d'y aller faute de temps, et puis je l'avais prêté, je ne l'ai récupéré qu'il y a quelques jours, mais j'avais regardé le film avec mon chéri il y a peu. J'avais donc bien l'histoire en tête, et puis il faut dire que je l'ai déjà lu plusieurs fois, même si ma dernière lecture remonte un peu. Ce roman paru en 1782 est celui qui m'a fait aimer les classiques. Avant je ne lisais que de la littérature jeunesse, je n'aimais pas les longueurs, et les gros livres lisibles se résumaient pour moi à Harry Potter. C'était également mon premier roman épistolaire. Je n'en ai pas lu beaucoup d'autres depuis parce qu'au final ils ne sont pas légion... Pourquoi j'ai adoré ? Parce que ce roman tient autant à son intrigue passionnante qu'à sa sublime écriture. De nos jours, les romans tiennent davantage par leur histoire originale ou bien ficelée que par les qualité de la plume de leurs auteurs, et je trouve ça dommage. Laclos avait un sens de la formule, un don pour tourner ses phrases qui font honneur à son siècle. Et pour exercer ce talent, il a choisi un sujet de société dont on ne parlait pas à mots ouverts : le libertinage. Mais à travers cela, c'est toute la société de l'époque qui est analysée. On voit ainsi les conséquences désastreuses que pouvaient avoir l'éducation au couvent des jeunes filles, et les mariages arrangés, sans amour ni affection et parfois franchement non consentis. La place de la femme est également examinée, et l'auteur, sans être un "féministe" (cela n'existait pas encore), montre clairement à travers la Marquise de Merteuil que les femmes sont tout aussi capables que les hommes, elles ont la même intelligence et les mêmes capacités, et leur situation inférieure n'est pas justifiée.

http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Personnages/MariethereseLouisedeSavoieCarignanprincessedeLamballeJosephSi-copie-1.jpg[La Princesse de Lamballe par Duplessis, XVIIIème siècle, à voir au Musée des Beaux-Arts de Metz. J'aime bien aussi comme illustration !]

Ce roman est également une parfaite réussite au niveau de la psychologie de ses personnages. En le lisant, on pourrait réellement croire que ces lettres sont vraies : les personnages sont tellement humains ! Leurs travers et leurs bontés sont montrés de la façon la plus vraie qui soit. Les lettres sont le choix le plus pertinent pour rentrer dans leur tête, dans leur vie, se mettre à leur place. La maîtrise de l'écriture de Laclos est telle qu'après quelques lettres, on distingue sans peine rien qu'au style quel personnage parle. Enfin, les deux personnages principaux, Merteuil et Valmont, sont tels qu'ils fascinent le lecteur. On peine à croire les horreurs qu'ils font subir aux autres pour leur propre convenance, mais dans le même temps on admire leur machiavélisme, leur habileté à parvenir à leurs fins ! En parlant de fin... Quand on pense aux romans de cette époque et à ceux qui vont suivre, au XIXème, elle est assez classique, ce n'est pas une happy end. Mais il n'en demeure pas moins qu'elle est excellente, surtout dans le sort réservé à la Marquise. Comme on le disait à la réunion, il est regrettable que le film de Stephen Frears de 1988 n'ait pas suffisamment développé la fin de chacun des personnages, l'incertitude qui plane fait mauvaise figure. J'ai également à reprocher à ce film - fort bon par ailleurs - de ne pas suffisamment retranscrire la force et la profondeur des sentiments développés dans le roman. Je prends toujours comme exemple la lettre de rupture écrite par Mertueil et envoyée par Valmont à la Présidente de Tourvel. L'effet rendu n'est pas du tout le même dans le film (notamment à cause du choix des mots employés), la lecture de la lettre me bouleverse alors que le passage du film me laisse de marbre. Et bien sûr, un film peut être bon, mais il sera toujours incapable de rendre le style magnifique de Laclos et de ses lettres. Film à voir tout de même si ce n'est pas déjà fait, et si le livre vous tente, n'hésitez pas à vous lancer nonobstant la grosseur du bouquin qui peut décourager !

http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Films/936fulldangerousliaisonsscreenshot.jpg[Dangerous Liaisons, film réalisé par Stephen Frears avec Glenn Close en Marquise de Merteuil (ci-dessus à gauche), John Malkovich en Valmont, Uma Thurman en Cécile de Volange (ci-dessus à droite), Michelle pfeiffer en Présidente de Tourvel et Keanu Reeves en Chevalier Danceny.]

Extrait de la lettre 141 (CXLI) :
« On s’ennuie de tout, mon Ange, c’est une loi de la Nature ; ce n’est pas ma faute.
« Si donc je m’ennuie aujourd’hui d’une aventure qui m’a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n’est pas ma faute.
« Si, par exemple, j’ai eu juste autant d’amour que toi de vertu, et c’est sûrement beaucoup dire, il n’est pas étonnant que l’un ait fini en même temps que l’autre. Ce n’est pas ma faute.
« Il suit de là, que depuis quelque temps je t’ai trompée : mais aussi, ton impitoyable tendresse m’y forçait en quelque sorte ! Ce n’est pas ma faute.
« Aujourd’hui, une femme que j’aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n’est pas ma faute.
« Je sens bien que te voilà une belle occasion de crier au parjure : mais si la nature n’a accordé aux hommes que la constance, tandis qu’elle donnait aux femmes l’obstination, ce n’est pas ma faute.
« Crois-moi, choisis un autre amant, comme j’ai fait une autre maîtresse. Ce conseil est bon, très bon ; si tu le trouves mauvais, ce n’est pas ma faute.
« Adieu, mon ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret : je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute. »

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- Dawn

Mardi 17 avril 2012 à 18:47

Quelles nouvelles... Rien depuis la dernière fois. C'est l'anniversaire d'un copain de chéri aujourd'hui, et on lui avait proposé d'aller fêter ça au restau. On n'a pas de réponse pour l'instant, ce qui est bien dommage car je serais bien allée dîner à La Ducasse ce soir, moi. Si vous êtes sur Lille et que vous n'y êtes jamais allé, réparez-ça vite ! Le restaurant se trouve sur la rue Solférino, tout près du Match. Mon estomac me commande plus que mon cerveau ces temps-ci... Aujourd'hui je vais vous parler d'un petit livre dont j'avais déjà parlé sur mon précédent blog, et dont je parle assez souvent en règle générale parce qu'il m'a beaucoup touchée. Je ne l'ai pas en ce moment parce que je l'ai prêté à ma maman (elle ne m'en a encore rien dit, j'en déduis qu'elle n'a pas dû aimer, mais ce n'est pas sûr, la connaissant elle n'a peut-être simplement pas pensé à m'en parler) mais je serai ravie de vous le prêter quand elle me l'aura rendu, c'est-à-dire ce week-end (si vous faites partie de ces blogueurs que je connais un petit peu).

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Le livre s'appelle "Je meurs d'amour pour toi". Ce sont des lettres, des billets et des petits mots écrits par Isabelle de Bourbon-Parme à sa belle-sœur l'archiduchesse Marie-Christine, introduits par une préface d'Elisabeth Badinter. Ce petit livre est à mon sens une vraie merveille. La préface permet de bien se situer dans le contexte historique par une biographie de quelques dizaines de pages qui nous fait découvrir Isabelle, petite-fille de deux rois, Louis XV de France et de Philippe V d'Espagne. Intelligente et très cultivée, elle fut mariée au futur empereur Joseph II, fils de l'impératrice d'Autriche Marie-Thérèse et frère aîné de Marie-Antoinette (et oui, tout se croise, et tout se recoupe !). Lors de son passage à Versailles avec sa mère, elle gagne le cœur de son grand-père de roi et éblouit tout le monde. La mort de sa mère alors qu'elle n'a que 17 ans la laisse amère, ses réflexions déjà la poussent à des pensées morbides. Elle assure plusieurs fois qu'elle ne vivra pas longtemps. À son arrivée à Vienne, elle séduit autant qu'à Versailles, si ce n'est plus, et toute sa belle-famille l'adore, y compris son époux, pourtant réputé peu aimant.  Elle analyse la cour, les gens autour d'elle, et sait par quel bout les prendre. Mais très vite une chose inattendue se produit : elle tombe amoureuse de l'une de ses belles-sœurs, Marie-Christine.
Après une introduction passionnante, Elisabeth Badinter nous laisse avec la plume d'Isabelle. Ses lettres et billets ont été précieusement conservés par par Marie-Christine après sa mort. Car en effet elle mourut jeune, même pas 22 ans.  La variole la frappe peu après son second accouchement et elle décède en quelques jours. Sa deuxième fille est morte lors de l'accouchement, la première survivra sept ans à sa mère avant de mourir de pneumonie. Elle meurt en laissant son marie désespéré, qui se remariera pourtant mais n'aura pas de descendance.
Malheureusement, le livre ne nous donne que les mots d'Isabelle. Il semble que Marie-Christine ait détruit ses propres réponses, apeurée sans doute des conséquences si quelqu'un venait à les lire, bien qu'elle n'ait jamais répondu positivement à l'amour d'Isabelle, resté ardent mais à sens unique, et platonique. Les lettres sont rangées par ordre chronologique autant que possible, car certaines ne sont pas datées ou très abîmées.
Leur lecture m'a amenée juste à côté d'Isabelle, dans son cœur même, qu'elle bride mal finalement, dans son amour impossible mais magnifique, difficile à comprendre à l'époque et toujours aujourd'hui. Je me suis sentie extrêmement proche de cette jeune femme torturée, elle me fascine par son intelligence et sa sagesse malgré son jeune âge (d'où l'habillage qui lui est consacré). J'aimerais beaucoup en apprendre encore plus sur elle, malheureusement peu d'ouvrages portent sur ce sujet. Celui-ci est très bien écrit, plaisant à lire et facile d'accès. Je le conseille à tout le monde, y compris ceux qui ne sont pas passionnés par l'Histoire, car il pourrait bien les faire changer d'avis. J'ai extrêmement hâte d'acheter d'autres livres de cette collection "La lettre et la plume", ils ont l'air tous aussi passionnants les uns que les autres.

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Fiche :
"Je meurs d'amour pour toi" de Isabelle de Bourbon-Parme, préfacé par Elisabeth Badinter
Collection : La lettre et la plume chez Le Livre de Poche
256 pages
Prix : 6,10€
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[Isabelle enfant avec sa mère Elisabeth, fille aînée de Louis XV]

Mardi 8 novembre 2011 à 8:30

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Le dernier livre que j'ai fini, c'est Jane Eyre, de Charlotte Brontë. Cela faisait un long moment que je voulais le lire, depuis que j'ai lu celui de la soeur, Emily, qui s'intitule Les Hauts de Hurlevent. Le livre fait environ cinq cents pages, c'est donc un ouvrage assez conséquent, pourtant chaque fois que j'ai pu m'y plonger j'avançais très vite. Il a été publié pour la première fois en 1847, c'est devenu un grand classique de la littérature britannique, à raison.

L'histoire commence lorsque Jane Eyre est enfant. Elle orpheline de ses deux parents et pauvre. Elle vit chez la femme de son oncle qui a déjà trois enfants de son défunt époux et qui ne l'aime pas beaucoup, parce qu'elle est trop différente, tant par son physique que son caractère. On sent très tôt un tempérament passionné chez cette petite personne. Elle quitte la maison de sa tante pour une institution réservée aux jeunes filles pauvres et destinée à les former. Au début les choses ne se passent pas au mieux à cause de l'influence indirecte mais néfaste de sa tante. Finalement elle trouve sa place mais perd sa première amie qui décède des suites d'une longues maladies. Après six ans comme élève et deux ans comme maîtresse, elle décide de quitter l'école et se fait engager par une gentille veuve agissant pour le compte du maître de Thornfield-Hall, Mr Rochester, pour être l'institutrice de la pupille de celui-ci. La vie de Jane Eyre va alors radicalement changer.

Par certains aspects, le style rappelle celui de Jane Austen, l'histoire aussi. Mais le roman contient des éléments plus noirs, une sorte d'ambiance mystérieuse, surtout avec ce troisième étage dont s'échappent des bruits inquiétants et un rire presque inhumain. La narration est à la première personne, ce qui permet d'entrer au coeur de Jane Eyre, et de la psychologie de l'auteure elle-même. On a tour à tour le privilège de lire ses descriptions somptueuses, de plonger dans la vie de cette époque, dans ses analyses de la société. Certains personnages sont très profonds, extrêmement intéressants, mais d'autres sont à peine survolés, presque des clichés, ce qui est dommage. On ressent parfois que l'auteur était encore jeune, emprisonnée par ses émotions et certains préjugés. Sans doute aurait-elle gagné à mûrir, mais elle n'en eut pas le temps. Il est dit qu'elle avait commencé à chercher un nouveau sujet de roman mais elle mourut d'une cause inconnue, alors qu'elle était certainement enceinte de son premier enfant, à 38 ans.

Mon seul regret est que l'oeuvre de Charlotte Brontë ne soit pas plus fournie. Ses autres ouvrages sont peu nombreux et difficiles à trouver en France il me semble, mais je suis vraiment ravie de cette lecture, je sais que je le relirai un jour.
 

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