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Qu'il est bon d'être futile !

Lundi 14 octobre 2013 à 19:22

En septembre, le Chapelier Fou a choisi pour moi Anna Karénine. Il fait partie des livres que j’ai reçus à Noël dernier, et j’avais très envie de le lire. Seule sa longueur me retenait, et en effet il faut se préparer à y passer longtemps, mais ça vaut complètement le coup. Et un coup de cœur, un ! J’avais déjà lu du Tolstoï au lycée, avec La mort d’Ivan Ilitch, et je n’en garde quasiment aucun souvenir. Par contre, je ne risque pas d’oublier mes impressions sur Anna.
 
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Cette histoire, bien que très connue de nom, demeure assez floue pour de nombreuses personnes, alors je fais un petit résumé du début. Stépan Arkadiévitch Oblonskï, dit Stiva, est dans les ennuis jusqu’au cou. Il a trompé sa femme, Dolly, avec la gouvernante, sa femme l’a appris et a bien envie de le mettre dehors et de demander le divorce. Stiva appelle alors sa sœur à l’aide, Anna Arkadiévna, femme de Karénine, et la fait venir à Moscou pour calmer sa femme. Dans le même temps, Constantin Dmitrich Lévine, dit Kostia, ami de Stiva et de la famille de Dolly, les Stcherbatzkï, est de retour à Moscou avec l’intention de demander à la petite sœur de Dolly, Kitty, de l’épouser. Mais Kitty est amoureuse du comte Vronskï et refuse Lévine. C’est à ce moment qu’Anna fait la connaissance de Vronskï, et que leur vie en est radicalement bouleversée.
 
Déjà dans ce résumé, vous avez pu tiquer un peu sur les noms. Avoir conservé dans la traduction la typologie des noms russes m’a beaucoup plu, ça permet de vraiment s’immerger dans cette ambiance qui m’était peu familière. Je n’ai éprouvé aucune difficulté à suivre qui était qui. Le mieux est de savoir à l’avance comment sont construits les noms russes (je suis allée voir sur Wikipédia au tout début de ma lecture) : il y a le prénom, le nom du père suivi du suffixe masculin ou féminin selon le sexe de la personne et enfin le nom de famille. Plusieurs personnages ont également des surnoms.
Nous avons donc Stépan (prénom) Arkadiévitch (prénom du père) Oblonskï (nom de famille), dit Stiva (surnom). Comme Anna est la sœur de Stépan, son deuxième nom est Arkadiévna, le nom de leur père avec le suffixe féminin. Vous verrez, une fois qu’on s’y est fait, c’est facile et même pratique pour situer les différents persos !
 
Ce roman est tout autant une fiction romanesque qu’une étude de mœurs et de la vie sociale de la Russie dans la deuxième partie du XIXème siècle. Certains passages peuvent de ce fait paraître un peu longs, mais j’en ai remarqué vraiment très peu, la plupart du temps c’est pa-ssio-nnant. Tolstoï a très bien équilibré entre la vie mondaine représentée par Anna, Vronskï, Stiva, le travail des hautes sphères de l’Etat avec Karénine, les questions électorales avec Sviajskï, le travail des paysans et ouvriers agricoles, le travail en tant que propriétaire terrien de Kostia, l’industrialisation avec les chemins de fer, etc… Même au niveau des lieux, on alterne entre la campagne avec la maison de Lévine ou celle de Vronskï, la ville avec Moscou et Pétersbourg, on fait aussi un petit tour par l’Italie… C’est très diversifié. On trouve également quelques passages philosophiques, très intéressants, mais qui peuvent s’avérer ennuyeux lorsqu’on n’est pas d’humeur. Généralement ceux-là sont bien passés, par contre j’ai eu plus de mal avec les questions agricoles que se pose surtout Kostia. De même, ses interrogations existentielles, très présentes à la fin du livre, on finit par m’énerver un peu.
 
Les personnages sont réels, c’est peut-être le plus grand atout de Tolstoï. Aucun n’est parfait, on peut tous les comprendre même si on ne va pas tous les aimer, ça dépendra vraiment de la façon dont on ressent les personnages, de ceux dont on se sent proche et ceux qui ont des défauts que nous ne serions pas capables de pardonner. Peut-on pardonner à Karénine d’être si froid, carré, cynique, prétentieux et plus tard ultra-religieux ? Peut-on pardonner à Vronskï d’être si égoïste, frivole, lâche et incapable d’assumer ses sentiments ? Anna de se perdre sans réfléchir, d’abandonner son fils, de se montrer si peu discrète, d’être si capricieuse ? Kostia de changer si fréquemment d’avis, d’être un peu naïf voire complètement guimauve avec Kitty, de se prendre la tête parfois pour rien du tout, et Kitty d’être souvent vaine et superficielle et souvent aveugle ? Mes persos préférés sont d’abord Anna, car j’ai toujours compris ses femmes qui fautent et chutent, même si je ne les apprécie pas toutes, par exemple je n’aime pas Emma Bovary, mais j’ai pu suivre tout du long l’évolution des pensées d’Anna et la plaindre. Je n’approuve pas toutes ses actions, loin de là, mais nous sommes tellement immergés dans son esprit qu’il est difficile de lui jeter la pierre. Stiva, son frère, parce qu’il me fait trop rire ! Et le prince Stcherbatzkï  aussi. On le voit très peu dans le livre mais il m’a fait penser à Mr Bennet dans sa façon d’être protecteur avec sa fille chérie, et il est railleur, perspicace, observateur. Il y a tout une flopée de persos très secondaires qu’il faut occulter au risque de se perdre au milieu d’eux. En se concentrant sur les Karénine, les Vronskï, les Oblonskï, les Lévine et les Stcherbatzkï, c’est déjà très bien.
 
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Cette histoire m’a passionnée, alors même que je la connaissais déjà grâce au film. J’étais heureuse de constater à quels points certains passages sont fidèles et de découvrir ceux qui ont dû être mis de côté dans le film. Je reverrai bientôt l’adaptation la plus récente et rajouterai un paragraphe sur le côté adaptation dans l’article que j’avais fait lors de la sortie du film. Généralement j’ai préféré les passages consacrés à Anna/Vronskï que ceux consacrés à Lévine/Kitty, même si j’avoue que certains moments dans la construction de leur histoire sont sublimes (la déclaration à la craie, la naissance de Mitia…)
 
J’ai été étonnée de constater à quel point l’écriture de Tolstoï est agréable. J’avais ramé à mort sur un petit roman de Nabokov, mais là ça coulait tout seul. Certes, c’est une belle plume, dans la plus pure tradition XIXème, mais contrairement à Balzac par exemple, qui se complaît dans les descriptions de lieux, Tolstoï préfère décrire une ambiance et décortiquer les caractères et les pensées, ce qui est bien plus passionnant pour moi. Mais ce n’est pas du Proust non plus, il n’y a pas de phrases interminables, mais la pensée est là, telle quelle, et c’est parfois effrayant tant Tolstoï semblait savoir lire dans les âmes. Son écriture est très agréable, avec des détails de la vie courante qui rendent les choses très vraies (le rêve de Stiva tout au début, dans le premier chapitre, m’a beaucoup impressionnée par exemple, ou le raisonnement d’Anna tout à la fin). En plus, il y a de l’humour (surtout grâce à Stiva et ce n’est pas très fréquent, mais c’était tout de même remarquable !) et des passages très forts émotionnellement.
 
"En outre, Stépan Arkadiévitch, qui aimait plaisanter, s’amusait parfois à étonner quelque interlocuteur pacifique en émettant l’avis que, si l’on s’enorgueillit d’avoir des ancêtres, il ne faut pas s’arrêter au prince Rurik, il faut remonter jusqu’au singe."
 
Anna Karénine est pour moi une lecture unique en son genre. Je n’avais jamais rien lu de tel (ou alors j’en ai lu, mais j’étais trop jeune pour m’en rendre compte, allez savoir). J’espère vraiment avoir l’occasion de le relire dans ma vie, en espérant comprendre certains passages qui m’ont échappés. Je ne regrette pas du tout les trois semaines de lecture et les pages cornées par le transport quasi-quotidien du roman, c’était une expérience magnifique et maintenant je sais que la littérature russe peut être abordée, et même qu’elle est belle. Prochaine étape : lire Guerre et Paix (un jour) et découvrir Dostoïevski (bientôt j’espère, j’ai Crime et châtiment dans ma PAL depuis le lycée).
 
 
 
"Il reconnut sa présence à la joie et à la crainte qui saisissaient son cœur. Debout à l’autre extrémité de la piste de patinage, elle causait avec une dame. Il n’y avait rien de particulier dans son vêtement ni dans sa pose, mais pour Lévine, la reconnaître dans cette foule était aussi aisé que de reconnaître une rose parmi les orties. Tout semblait éclairé par elle. Elle était le sourire qui illumine tout son entourage."
 
"Ils devaient mentir, tromper, dissimuler sans cesse, à cause des autres, bien que la passion qui les liait fût si forte que tous deux oubliaient tout ce qui n’était pas cet amour !"
 
"– A l’instant, je pensais la même chose : combien à cause de moi tu dois souffrir. Je ne puis me pardonner ton malheur.
– Moi, malheureuse ! fit-elle en s’approchant de lui et en le regardant avec un sourire plein d’amour. Moi je suis un être qui a faim et à qui l’on donne à manger. Il a peut-être froid, son habit est peut-être déchiré et il en a honte, mais il n’est pas malheureux. Moi, malheureuse ! Non, tu es mon bonheur !"

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Samedi 29 juin 2013 à 12:18

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Comme je suis en Picardie pour tout l’été ou presque, je ne peux pas assister aux réunions du club de lecture L’île aux livres (et donc je ne peux pas voir les copines, snif). Je me tiens tout de même au courant des LC du club. Je n’ai pas eu le temps de lire L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman, et en plus je ne l’avais qu’en VO sous la main, alors je l’ai remis à une date indéterminée. Par contre, quand j’ai vu que la réunion de juillet allait porter sur Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, impossible de passer à côté ! Je voulais relire ce classique que j’avais adoré il y a quelques années mais dont mes souvenirs étaient très flous. Qu’à cela ne tienne, je me suis lancée dans la relecture, mais tant qu’à faire, en VO. C’était absolument génial, mais je ne le conseille pas du tout pour ceux qui tâtonnent encore à lire en anglais, surtout si vous ne connaissez pas déjà l’histoire, car si l’écriture est magnifique, elle est aussi très difficile. Je précise que j’ai commencé ma lecture avec la version numérique gratuite sur ma liseuse, puis, arrivée aux trois-quarts, je me suis rendue compte que j’avais la version papier à Lille, et j’ai terminé comme ça.
 
Je vous fais un petit synopsis, mais je vous préviens, comme c’est un classique, ma chronique contiendra des spoils. Vous voilà prévenus ! Les Hauts de Hurlevent sont la demeure ancestrale de la famille Earnshaw, perdue dans des landes désolées de l’Angleterre. A la fin du XVIIIème siècle, Mr Earnshaw y vit avec son épouse et leurs deux enfants, Catherine et Hindley. Parmi leurs domestiques se trouvent Joseph et Nelly. De retour d’un voyage en ville, il ramène un petit garçon de l’âge de Catherine, dont on ignore d’où il vient, qui sont ses parents, son âge et même son nom. Un enfant probablement abandonné, qui ressemble physiquement à un gitan. Calme et taciturne, le garçon, finalement appelé Heathcliff, se lie d’amitié avec Catherine et s’attire les faveurs de Mr Earnshaw, mais Hindley ne supporte pas que l’affection de sa famille lui soit volée ainsi, et martyrise Heathcliff, qui disparaîtra quelques temps après la décès de Mr Earnshaw. Des années plus tard, il revient, déterminé à rendre la monnaie de sa pièce à tous ceux qui lui ont causé du tort, Hindley le premier, mais aussi les Linton, habitants de Thrushcross Grange et proches de Catherine. Cette histoire nous est racontée par Mr Lockwood, au début du XIXème siècle, alors qu’il est locataire de Thrushcross Grange, et qu’il en apprend tous les détails par Nelly, devenue gouvernante de la demeure.
 
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Parlons d’abord de la structure du récit, qui semble avoir dégoûter plus d’un lecteur au fil des années ! 90% du temps, la narration est une mise en abîme. Les premiers chapitres, c’est Mr Lockwood qui parle. Comme il est curieux et que très rapidement il se retrouve confiné dans sa chambre, il demande à Nelly de lui raconter l’histoire des habitants des Hauts de Hurlevent. La majorité des chapitres sont donc en fait la voix de Nelly, rapportée par Mr Lockwood au lecteur. Et bien sûr, Nelly fait elle-même parler les différents personnages de l’histoire. Ajoutons à cela que l’histoire se déroule sur un laps de temps assez long, et donc sur deux générations, et que la deuxième génération est nommée d’après la première, avec des noms qui se ressemblent ou sont identiques (prénoms ou noms de famille). En général, à ce stade, on a perdu tout le monde. Parce que oui, Les Hauts de Hurlevent est un livre qui demande au lecteur de suivre. Ce n’est pas compliqué ; mais si vous en tentez la lecture à un moment où vous êtes fatigués, ou vous n’avez pas envie, ou vous n’êtes pas du tout bien disposés envers ce roman, bah c’est fini. Par contre, si vous faites un effort, si vous vous laissez emporter par cette histoire violente et cette écriture toute en beauté, vous serez subjugués.
 
Ceci étant dit, passons aux personnages. Mr Lockwood, narrateur officiel et locataire de Thruschross Grange, n’est pas très intéressant de mon point de vue. Je le vois comme figurant le lecteur : il arrive presque à la fin de l’histoire, et nourrit rapidement une fascination assez malsaine pour les drames des Hauts et de la Grange. Il montre un peu ce qu’on est censés penser et ressentir, mais personnellement je ne suis pas toujours d’accords avec lui. D’ailleurs, il se contredit assez facilement. Mais je crois qu’il a été inséré pour nous aider à prendre de la distance de temps à autres par rapport à l’histoire, pour nous secouer et nous ramener quelquefois à la réalité, mais aussi pour que l’on s’interroge sur les réelles motivations des personnages.
 
J’ai beaucoup aimé Ellen Dean, dite Nelly. Si je ne dis pas de bêtise et si j’ai bien tout compris, elle était la sœur de lait de Hindley, le fils de Mr Earnshaw. Elle a vécu la majeure partie de sa vie aux Hauts, et est la mieux placée pour connaître toute l’histoire, et nous la raconter. Sans être bigote, elle possède un grand sens moral et une réserve d’amour et de compassion quasi-inépuisable. Elle est également très courageuse, se battant pour ce en quoi elle croit et pour protéger autant que possible ses maîtres et maîtresses successifs. Dans toute cette folie et cette violence, elle est la voix de la raison et la voie à suivre. Elle m’a émue plus d’une fois dans les sentiments qu’elle porte aux gens qui l’entourent, même lorsqu’ils ne le méritent pas vraiment. Elle m’a par exemple touchée lorsqu’on l’a forcée à abandonner Hareton, dont elle s’occupait depuis la naissance. Sa relation avec Cathy Linton est aussi très belle : nourrice, confidente, amie… Et pas un instant elle ne faillit.
 
Do you believe such people are happy in the other world, sir? I’d give a great deal to know.” (Nelly à Mr Lockwood)
 
Mr et Mrs Earnshaw ont peu d’importance. Ce sont les premiers à mourir, à être emportés par la valse qui nous devient rapidement familière. Cependant, c’est bien Mr Earnshaw qui a tout déclenché en ramenant Heathcliff chez lui et en le traitant comme l’un de ses enfants. On ne voit quasiment pas son épouse, mais il me semble qu’elle se comporte plutôt mal envers le petit gitan entré chez elle, ce qui constitue sûrement l’une des causes de la noirceur d’Heathcliff, leur fils aîné Hindley étant sûrement le responsable principal. Dès le début, il ne peut supporter Heathcliff et le martyrise autant que possible. La placidité du garçon l’énerve encore plus. Il fait tout pour le faire enrager, le faire gronder par les adultes, et pour le séparer de Catherine, qui elle nourrit rapidement une profonde affection pour son nouveau compagnon de jeu. Je ne crois pas qu’Hindley soit véritablement quelqu’un de mauvais. Il nourrit la jalousie des enfants envers ceux qui reçoivent plus d’attention, fait de mauvais choix et finit très mal. Il n’aurait peut-être pas si mal tourné sans le décès de sa femme, Frances, personnage qui ne sert qu'à porter Hareton dans le monde. Et puis l’alcool, ça n’a jamais aidé personne (ni l’addiction au jeu). Je n’arrive tout de même pas à l’apprécier, car à un moment il traite quasiment Heathcliff comme un esclave, et surtout il se comporte très mal envers son propre fils, Hareton. Le passage où il le lâche au-dessus de ma balustrade de l’escalier m’a bouleversée…
 
Dans les serviteurs, celui qui reste tout du long, en plus de Nelly, c’est Joseph. Je crois que c’est le seul personnage que je déteste vraiment. Il est l’exemple type des gens étroits d’esprit, qui se veulent pieux et profondément religieux mais n’ont aucune bonté d’âme et provoquent toujours des catastrophes. Il pousse au vice chaque personne un peu faible qu’il fréquente. C’est le cas pour Hindley, qu’il sert bien mal, mais surtout d’Hareton, qu’il « éduque » de la pire façon possible. Je ne pense pas non plus qu’il ait encouragé la clémence d’Heathcliff… Je ne me souviens plus comment sont traduits les passages où il parle dans la version française, mais en tout cas en VO c’est quasiment incompréhensible, un patois vulgaire de paysan. Je ne comprenais qu’un mot sur trois, mais suffisamment pour saisir le sens (de toute façon toujours méchant) de ce qu’il disait. Ma version papier était pas mal parce qu’il y avait des petites notes qui expliquait certains mots difficiles de vocabulaire. Le dictionnaire d’Oxford dans la liseuse est très pratique aussi, mais pas pour les mots de patois.
 
Il faut que je parle un peu des Linton tout de même. Propriétaires originels de Thrushcross Grange, ils ne sont pas méchants, mais un peu sots, manquent de tact et blessent eux aussi Heathcliff, en se comportant comme s’ils lui étaient infiniment supérieurs, les parents comme les enfants. Il y a une sorte de parallèle avec la famille Earnshaw, car là aussi on trouve deux enfants, l’aîné et la cadette, Edgar et Isabella. Ils sont plutôt d’une nature douce, contrairement aux Earnshaw et à Heathcliff, facilement brutaux. Edgar se révèle un très bon père et semble avoir voué une véritable affection à Catherine, en dépit de son comportement un peu regrettable lorsqu’il était adolescent. Isabella a moins de chance que lui finalement, car elle s’entiche de la mauvaise personne, vit des moments très difficiles et voit son caractère se durcir à force de subir des méchancetés. Elle finit par s’échapper et mettre au monde un fils, mais quel fils… Sa fin est peut-être bien l’une des moins enviables du roman. Seule, exclue de la seule famille qui lui reste… Je vais parler ici rapidement de Linton Heathcliff, son fils donc. Il hérite à la fois de la fragilité physique des Linton et du caractère mauvais de son père, Heathcliff. Là encore, s'il avait vécu avec son oncle Edgar Linton et sa cousine Cathy, peut-être que sa personnalité aurait pu évoluer dans un meilleur sens. Emily Brontë nous fait croire pendant un moment que l'affection que Cathy lui porte pourrait être une bonne chose, nous détournant ainsi du but principal et de l'homme véritablement destiné à Cathy.

 
Don’t be afraid, it is just a boy – yet the villain scowls so plainly in his face; would it not be a kindness to the country to hang him at once, before he shows his nature in acts as well as features?” (Mr Linton à Mrs Linton, à propos d'Heathcliff) Comment voulez-vous qu’un gosse à qui on dit ça grandisse sainement ensuite ?

‘He’s not a human being,’ she retorted; ‘and he has no claim on my charity. I gave him my heart, and he took and pinched it to death, and flung it back to me.’” (Isabella à Nelly, à propos d'Heathcliff)

Heathcliff, if I were you, I’d go stretch myself over her grave and die like a faithful dog. The world is surely not worth living in now, is it? You had distinctly impressed on me the idea that Catherine was the whole joy of your life: I can’t imagine how you think of surviving her loss.” (Isabella à Heathcliff)

Only the deity he implored is senseless dust and ashes” (Isabella à Nelly, à propos d'Heathcliff)
 
Venons-en au noyau dur : Heathcliff, Catherine, Hareton et Cathy. Heathcliff, avec Nelly et Joseph, est le personnage qui vit le plus longtemps dans cette histoire. Tout commence avec son arrivée. Difficile de dire qui il est vraiment. Je pense au départ un être taciturne, facilement solitaire, mais capable de fortes affections et d’une nature très intelligente. Les trop nombreuses vexations subies dans son enfance l’ont transformé en une sorte de monstre humain, où un seul sentiment domine : la passion, sous toutes ses formes. Lors de son retour, les choses auraient pu se passer différemment. Certes, il gardait rancune aux Linton et à Hindley pour ce qu’ils lui avaient fait, mais si Catherine n’avait pas été mariée, s’ils avaient pu s’avouer leurs sentiments, les évènements auraient pris un tour très différent. A sa mort, il ne reste que l’aveuglant désir de vengeance, de soumettre chaque être à un sort aussi peu enviable que le sien propre, précipitant ainsi les Hauts et la Grange dans un cercle de malheur. C’est son personnage qui donne lieu aux plus beaux monologues du roman.

I saw they were full of stupid admiration; she is so immeasurably superior to them – to everybody on earth, is she not, Nelly?” (Heathcliff à Nelly) La candeur d’un jeune garçon amoureux, déjà passionné, et déjà plein de haine envers ceux qui ne sont pas l’objet de son amour exclusif.
 
I’m trying to settle how I shall pay Hindley back. I don’t care how long I wait, if I can only do it at last. I hope he will not die before I do!
‘For shame, Heathcliff!’ said I. ‘It is for God to punish wicked people; we should learn to forgive.’

‘No, God won’t have the satisfaction that I shall,’ he returned. ‘I only wish I knew the best way! Let me alone, and I’ll plan I out: while I’m thinking of that I don’t feel pain.’” (Heathcliff à Nelly) J’ai envie de dire, à ce moment-là (on est au début du roman) c’est déjà le commencement de la fin.
 
I never would have banished him from her society as long as she desired his. The moment her regard ceased, I would have torn his heart out, and drunk his blood! But, till then – if you don’t believe me, you don’t know me – till then, I would have died by inches before I touched a single hair of his head!” (Heathcliff à Nelly, à propos d’Edgar Linton) Petit côté vampire...
 
‘You suppose she has nearly forgotten me?’ he said. ‘Oh, Nelly! You know she has not! You know as well as I do, that for every thought she spends on Linton she spends a thousand on me!’” (Heathcliff à Nelly)
 
Finalement, on voit très peu Catherine en comparaison, car c’est sa mort qui « déclenche » Heathcliff et change le destin des autres personnages. Mais on la voit suffisamment pour comprendre qu’elle est l’exact alter ego d’Heathcliff. La même passion, la même violence, les mêmes humeurs, mais un statut différent : bien née, et femme. L’un des thèmes abordé à travers son personnage m’a cette fois beaucoup marquée, alors que je n’en avais aucun souvenir de ma première lecture, et peut-être même n’avais-je pas compris la chose comme ça. A mon sens, Catherine fait un bon gros déni de grossesse. Elle a épousé Edgar Linton parce que c’était le meilleur parti possible d’un point de vue rationnel, et puis de toute façon Heathcliff s’était barré. Mais elle ne l’aime pas, et c’est à peine si elle a du respect pour lui. Le petite Cathy arrive sans crier gare ou presque, et le sujet est tellement passé sous tabou… Le rapport à la maternité est en général traité de façon très particulière, les mères ne sont pas vraiment aimantes, les grossesses ne sont pas mentionnées ou sont carrément cachées… Peut-être est-ce dû au fait qu’Emily Brontë n’a pas connu de véritable figure maternelle. En même temps, Nelly est une « maman de substitution » géniale, et représente certainement l’idéal d’Emily en la matière.

It would degrade me to marry Heathcliff now; so he shall never know how I love him: and that, not because he’s handsome, Nelly, but because he’s more myself than I am. Whatever our souls are made of, his and mine are the same; and Linton’s is as different as a moonbeam from lightning, or frost from fire.” (Catherine à Nelly) Si ça c’est pas de la déclaration d’amour…
I want to cheat my uncomfortable conscience, and be convinced that Heathcliff has no notion of these things. He has not, has he? He does not know what being in love is!” (Catherine à Nelly) L’incompréhension totale entre deux êtres pourtant si semblables et également amoureux…
 
‘He quite deserted! We separated!’ she exclaimed, with an accent of indignation. ‘Who is to separate us, pray? They’ll meet the fate of Milo! Not as long as I live, Ellen: for not mortal creature. Every Linton on the face of the earth might melt into nothing before I could consent to forsake Heathcliff. Oh, that’s not what I intend – that’s not what I mean! I shouldn’t be Mrs. Linton where such a price demanded! He’ll be as much to me as he has been all his lifetime.'” (Catherine à Nelly) Ces déclarations, ils les déclament à d’autrui, mais l’un à l’autre, jamais ou presque.
 
My great miseries in this world have been Heathcliff’s miseries, and I watched and felt each from the beginning; my great thought in living is himself. If all else perished, and he remained, I should still continue to be; and if all else remained, and he were annihilated, the universe would turn to a mighty stranger: I should not seem a part of it.” (Catherine à Nelly)
 
My love for Heathcliff resembles the eternal rocks beneath: a source of little visible delight, but necessary. Nelly, I am Heathcliff! He’s always, always in my mind: not as a pleasure, any more than I am always a pleasure to myself, but as my own being.” (Catherine à Nelly)

I’m afraid the joy is too great to be real!” (Catherine, quand elle apprend le retour d’Heathcliff)
 
Génération suivante, Hareton et Cathy. Hareton a un bien triste sort : il paye les fautes de son père, Hindley. J’ai toujours un grand moment d’émotion et de stress lors du passage de la balustrade que j’ai déjà mentionné. Pourtant, au début, on pourrait croire que ça va aller, là encore grâce à la bonne Nelly. Mais Heathcliff ne l’entend pas de cette oreille et exerce la majeure partie de sa vengeance sur lui, en le réduisant à l’état de domestique dans sa propre maison, en lui dissimulant son passé, en le spoliant de tous ses biens, et en le privant de la culture la plus élémentaire. Le pauvre Hareton se trouve alors à la portée de Joseph et devient un rustre. Heureusement, les choses finissent bien pour lui, et ça reste un petit bonheur chamallow pour moi.

I kissed Hareton, said good-by; and since then he has been a stranger: and it’s very queer to think it, but I’ve no doubt he has completely forgotten all about Ellen Dean, and that he was ever more than all the world to her and she to him!” (Nelly à Mr Lockwood) Un passage qui m’a vraiment serré le cœur.

Cathy Linton aussi s’en tire très bien par rapport aux autres : son père l’adore littéralement, Nelly lui pardonne tous ses caprices, toutes ses fautes et toutes ses petites méchancetés. On sent combien l'influence de Nelly est bénéfique. Cathy aussi est courageuse, parfois même un peu téméraire, et si elle se montre mauvaise à certains moments, elle garde toujours la capacité d'aimer sans faire souffrir les autres. Elle aussi tombe dans les pièges posés par Heathcliff, mais à un moment où le cercle de la vengeance s’est épuisé. Heathcliff a fait tout ce qu’il pouvait pour tout détruire mais Catherine le hante toujours, et sa dernière solution réside dans la mort. En disparaissant, il laisse le champ libre à Cathy et Hareton, il les libère sans le vouloir (et sans le savoir même, puisqu’il me semble qu’il voulait faire un testament de telle sorte qu’ils n’auraient rien, mais n’en a pas eu le temps). Certes, à part Nelly ils n’ont plus personne, mais il ne tient qu’à eux de bien repartir, de se construire un bel avenir, et c’est comme ça que j’entends la fin du roman.
 
A golden afternoon of August: every breath from the hills so full of life, that it seemed whoever respired it, though dying, might revive. Catherine’s face was just like the landscape – shadows and sunshine flitting over it in rapid succession; but the shadows rested longer, and the sunshine was more transient” (Nelly à Mr Lockwood)
Linton is all I have to love in the world, and, though you have done what you could to make him hateful to me, and me to him, you cannot make us hate each other! And I defy you to hurt him when I am by, and I defy you to frighten me.” (Cathy à Heathcliff)
 
‘I know he has a bad nature,’ said Catherine, ‘he’s you son. But I’m glad I’ve a better, to forgive it; and I know he loves me, and for that reason I love him. Mr Heathcliff, you have nobody to love you; and, however miserable you make us, we shall still have the revenge of thinking that your cruelty arises from your greater misery! You are miserable, are you not? Lonely, like the devil, and envious like him? Nobody loves you – nobody will cry for you when you die! I wouldn’t be you!’” (Cathy à Heathcliff)
 
You have left me so long to struggle against death, alone, that I feel and see only death! I feel like death!” (Cathy à Heathcliff)
 
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Quelques mots sur l’écriture et l’ambiance, tout de même. Une plume superbe, torturée, très imagée et imaginative aussi. Les sentiments sont décrits à la perfection et toujours de manière subtile. Emily Brontë nous fascine pour le destin d’un être qui se comporte très, très mal, et nous interroge sur la nature humaine, dans une espèce de huis clos de landes magistralement mis en scène, malgré la faiblesse de certains personnages qui ne sont pas assez travaillés. On en parle souvent comme d’un roman gothique, dans l’acceptation du XIXème siècle, et je suis d’accord. C’est sombre, ténébreux, avec les résurgences de spectres ici et là, des mentions de créatures folkloriques et des personnages qui perdent de vue le réel pour les fantaisies de l’esprit.
 
Je crois que je vais m’arrêter là, ce n’est plus une chronique, c’est un véritable commentaire de texte ! Maintenant qu’il est fait, je pourrais lire la préface du roman quand j’en aurais envie sans être influencée. J'ai relevé tout un tas de citations pendant ma lecture, j'espère qu'elles vous plaisent autant qu'à moi ! Maintenant que j'ai bien l'histoire en tête, je vais pouvoir enfin regarder les adaptations !
 
 
I’ve fought through a bitter life since I last heard your voice; and you must forgive me, for I struggled only for you!” (Heathcliff à Catherine)
 
I want you to be aware that I know you have treated me infernally – infernally! Do you hear? And if you flatter yourself that I don’t perceive it’, you are a fool; and if you think I can be consoled by sweet words, you are an idiot: and if you fancy I’ll suffer unrevenged, I’ll convince you of the contrary, in a very little while!” (Heathcliff à Catherine)
 
‘Don’t you see that face?’ she inquired, gazing earnestly at the mirror. And say what I could, I was incapable of making her comprehend it to be her own.” (Catherine et Nelly)
 
Oh, I’m burning! I wish I were out of doors! I wish I were a girl again, half savage and hardy, and free; and laughing at injuries, not maddening under them! Why am I so changed? Why does my blood rush into a hell of tumult at a few words? I’m sure I should be myself were I once among the heather of those hills.” (Catherine à Nelly)
 
I’ll not lie there by myself: they may bury me twelve feet deep, and throw the church down over me, but I won’t rest till you are with me. I never will!” (Catherine à Heathcliff)
 
Heathcliff had knelt on one knee to embrace her; he attempted to rise, but she seized his hair, and kept him down. ‘I wish I could hold you,’ she continued, bitterly, ‘till we were both dead! I shouldn’t care what you suffered. I care nothing for your sufferings. Why shouldn’t you suffer? I do!’” (Catherine à Heathcliff)
 
Catherine, you know that I could as soon forget you as my existence! Is it not sufficient for your infernal selfishness, that while you are at peace I shall writhe in the torments of hell?” (Heathcliff à Catherine)
 
‘Let me alone. Let me alone,’ sobbed Catherine. ‘If I’ve done wrong, I’m dying for it. It is enough! You left me too: but I won’t upbraid you! I forgive you. Forgive me!’ ‘It is hard to forgive, and to look at those eyes, and feel those wasted hands,’ he answered. ‘Kiss me again; and don’t let me see your eyes! I forgive what you have done to me. I love my murderer – but yours! How can I?” (Catherine et Heathcliff)
 
And I pray one prayer – I repeat it till my tongue stiffens – Catherine Earnshaw, may you not rest as long as I am living; you said I killed you – haunt me, then! The murdered do haunt their murderers, I believe. I know that ghosts have wandered on earth. Be with me always – take any form – drive me mad! Only do not leave me in this abyss, where I cannot find you! Oh, God! It is unutterable! I cannot live without my life! I cannot live without my soul!” (Heathcliff à Nelly)
 
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Samedi 27 avril 2013 à 14:33

Après avoir adoré Les Hauts de Hurlevent et Jane Eyre, après avoir lu mon premier livre en VO pour de vrai avec The Professor, il me fallait absolument découvrir la troisième sœur Brontë, Anne. Agnès Grey, son premier roman, a été tiré par le Chapelier Fou pour avril, et j’en suis très contente !
 
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Agnès vit avec ses parents et sa sœur dans le presbytère de son père. Quand celui-ci rencontre de graves difficultés financières, elle décide de devenir indépendante financièrement et de mettre un peu d’argent de côté pour eux. Elle n’a pas beaucoup de choix : il lui faudra être gouvernante. Son premier poste, chez les Bloomfield, est le pire des calvaires. Mais Agnès persévère et tente une deuxième fois l’expérience chez les Murray, où elle fera la rencontre d’Edward Weston, vicaire de la paroisse.
 
Je vais commencer par un petit mot sur la traduction. Je l’ai trouvée assez étrange. Par certains égards, elle se voulait très proche de l’anglais, avec des « mistress » et des « parties » (pou dire « soirées »), mais en même temps il était écrit « M. » à la française et non pas « Mr » à l’anglaise. Il y a donc des fois où je tiquais un peu, mais sinon la langue est très belle.
 
Agnès est une héroïne très différente de Cathy ou de Jane Eyre. Elle est calme, mature, sa vie est heureuse dans l’ensemble. Mais elle réfléchit beaucoup. A la place de la femme, au rôle de gouvernante, au rôle des parents dans l’éducation des enfants, à la nature humaine, la vanité des hommes (et surtout des femmes), à la religion, à la société… Tout le roman est donc très interne. On suit les quelques années qu’Agnès/Anne veut nous raconter et en même temps on découvre sa pensée, ses convictions. Plusieurs lecteurs ont été gênés de la place très importante accordée à la religion. Des trois sœurs Brontë, Anne était la plus croyante. Agnès est onc comme elle. En même temps, c’est normal, pour une personne du XIXème siècle. Agnès puise dans Dieu le réconfort et l’espoir dont elle a besoin pour avancer. Elle a besoin de ce support, quand d’autres vont directement s’appuyer sur les espérances qu’ils poursuivent. En outre, il n’y a quand même pas de longs passages où elle explique la Bible ou ce genre de choses. Vraiment, ça ne m’a pas dérangée alors que la religion c’est un truc qui a tendance a rapidement m’énerver.
 
En revanche, il est vrai qu’Agnès est un peu trop parfaite. Anne s’est dépeinte comme la seule bonne âme au milieu d’horribles personnes. Elle nous livre ses défauts à certains moments mais on a envie de lui répondre qu’elle les a bien choisis, ses défauts. La timidité, la réserve, je n’appelle pas ça vraiment des défauts ! C’est un peu la même chose pour sa famille, sauf qu’on la connaît très peu, comme l’autre gentil personnage, Mr Weston. J’aurais aimé que le livre soit un peu plus long et que leurs caractères soient plus développés. Une ou deux « péripéties » supplémentaires auraient été les bienvenues également, surtout en début de roman. Agnès reste chez les Bloomfield un certain temps et ce long passage ne sert que les considérations sur l’éducation des enfants et l’impuissance des gouvernantes face aux parents. J’avais hâte qu’elle arrive chez les Murray, et là encore la rencontre avec Mr Weston s’est faite attendre. A partir de là par contre, j’étais vraiment plongée dans le livre. Anne Brontë alterne avec brio entre des réflexions très intéressantes, l’évolution de la relation entre les deux personnages et les bouleversements dans la vie d’Agnès. J’attendais la fin en frétillant de plaisir à l’avance, et mon seul regret serait qu’elle soit si courte. Le roman se termine par un épilogue, et j’aurais adoré qu’il soit plus long et nous donne plus de détails. Je pense que si Anne ne l’a pas fait, c’est peut-être parce que non seulement ça ne servait pas son propos, mais aussi parce qu’il lui était difficile d’imaginer au-delà.
 
Pour un premier roman, c’est tout de même une véritable merveille. A 27 ans, Anne Brontë avait compris bien plus de choses que la majorité des personnes bien plus âgées. Sa plume est délicate, son histoire, sans être extraordinaire, a ravi mon cœur de romantique. Elle est la digne petite sœur de Charlotte et Emily, et j’ai hâte de me lancer dans son seul autre roman, La Dame du manoir de Wildfell Hall.
 
"Il est possible que nous nous revoyions, dit-il. Cela vous ferait-il ou non plaisir ?"
 
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Mardi 19 mars 2013 à 13:04

Après bien des hésitations, je me décide à faire cet article. Je ne savais pas comment l'aborder, et je vous préviens, ce ne sera pas une chronique littéraire comme j’essaie habituellement d’en faire. Je vais vous parler de La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne de Olympe de Gouges, texte réédité par les éditions Mille et une nuits dans La petite collection, donc petit livre à petit prix. Souvenez-vous, j’avais lu il y a peu Devoirs de Bruxelles de Emily Brontë dans la même collection. En voyant que le Furet du Nord avait dédié toute une étagère à cette collection, j’ai fureté (justement) et je me suis décidée pour cette Déclaration dont je connaissais l’existence mais que je n’avais jamais lue. Le mal est réparé !
 
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Pourquoi vouloir lire ce livre ? Déjà parce que Olympe de Gouges me fascine pas mal. Je ne savais presque rien d’elle avant d’ouvrir ce petit livre, mais associez les mots « femme », « écrire » et « XVIIIème siècle » et généralement vous avez toute mon attention. Olympe était l’une des premières féministes, dont le mouvement naîtra véritablement au cours du XIXème siècle. Je ne sais pas si je suis une féministe. J’en partage sans conteste certains credo, et en même temps je ne suis pas d’accord avec tout ce qui est revendiqué par les différentes mouvances qui le composent. C’est néanmoins une question très intéressante, et revenir aux sources avec un texte qui revendiquait, dans un monde extrêmement patriarcal où la femme était une mineure sous la tutelle du père/frère/mari/fils, qu’au contraire la femme est tout l’égal de l’homme, eh bien c’est passionnant.
 
Quelques mots rapides sur ce que j’ai retenu de l’auteure. Née dans la petite bourgeoisie de province, elle a été mariée contre son gré à un homme qui, fort heureusement, l’a laissée veuve très rapidement. Elle a donc élevé seule son fils et décidé de l’instruire en même temps qu’elle s’instruisait elle-même, car son éducation était restée très sommaire. Elle est montée à Paris et a fait des pieds et des mains pour entrer dans le monde intellectuel. Elle a commencé par écrire des pièces de théâtre, puis des romans, et peu à peu a aiguisé sa conscience de femme. A l’approche de la Révolution, elle a mis les deux pieds en politique en rédigeant de cours textes destinés à éveiller les esprits sur la condition de la femme et de la société en général. Son texte qui a traversé les siècles est cette Déclaration, dédicacé à la Reine et dont elle a demandé l’adoption à l’Assemblée constituante (qui évidemment lui a ri au nez, hein). Autre fait intéressant que je sais depuis ma première année de droit grâce à mes cours d’histoire du droit (qui me manquent, d’ailleurs) : elle s’est proposé pour défendre gratuitement Louis XVI, ce qui lui a été là aussi refusé.
 
Le livre contient également d’autres courts textes qu’elle placardait ans les rues de Paris. De tout ça, je retiens que son écriture était bien celle d’une femme qui n’est pas née une plume dans les mains et qui a fait son chemin avec courage. C’était sans conteste une personne intelligente, et née trop tôt… Un siècle plus tard, elle aurait pu participer au combat avec acharnement et n’aurait pas perdu la tête pour ça (le Comité de Salut public a fini par la trouver gênante et l’a passée sous la Guillotine).
 
La Déclaration d'Olympe de Gouges reprend chaque article de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 et les adapte en prenant compte de l’intérêt des femmes et aussi à quelques moments des enfants, notamment quand elle sous-entend le besoin de réformer la filiation. Sa phrase la plus célèbre, et la plus belle, est « La femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune ». J’ignore si elle avait conscience du potentiel prémonitoire d’une telle phrase, mais je crois qu’elle avait bien conscience des risques qu’elle prenait. Elle espérait que la Révolution, qui se voulait dans un premier temps libérale, serait l’occasion de libérer aussi la femme. Mais comme pour tous ceux qui se lancent dans de telles entreprises, les chances de réussite sont minces et le bout du chemin est souvent sanglant…
 
En bref, La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne a enflammé mon petit cœur de femme, m’a donné envie de mieux connaître Olympe de Gouges (la BD qui lui est dédiée et une ou deux biographies me font de l’œil) et son œuvre. Donc oui, je vous conseille ce titre !
 

Dimanche 17 février 2013 à 13:16

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Dans le cadre du Choix du Chapelier Fou de février, le sort m’a désigné La Petite Fadette, roman de George Sand du baby challenge Classique. Je n’avais jamais lu cette auteure, et n’avais pas la moindre idée de ce dont parlait le roman. Je me suis lancée avec une certaine appréhension…

Le livre s’ouvre sur la naissance de deux « bessons », terme de patois qui désigne des jumeaux. Puis on voit Sylvinet et Landry grandir, devenir adolescents. Tout allait bien jusque là, mais avec les premières amitiés naissent les premières rancœurs…
 
J'ai lu le roman en numérique gratuitement puisque tombé dans le domaine public, la couverture ne sert donc que d'illustration. .Au début, je me suis ennuyée sévère. La petite Fadette n’apparaît qu’après le premier quart du livre, et je ne voyais pas où on voulait en venir. Quand elle arrive, il commence un peu à se passer des choses, mais dans l’ensemble le roman est très descriptif, et très lent. L’action se passe à la campagne, un peu en dehors du temps (il n’y a qu’à la fin qu’on a une indication temporelle), il y a peu de personnages. A part Landry, Sylvinet et la Fadette, aucun n’est vraiment fouillé. On est donc centré sur les relations de ces trois-là. Au début, la relation étudiée est celle des jumeaux. L’auteure insiste beaucoup sur la particularité de ce type de relation, sauf que je trouve que ce qu’elle présente n’est pas exclusif aux jumeaux. La jalousie maladive de Sylvinet existe chez des personnes qui n’ont pas de jumeau, j’en sais quelque chose ! L’auteure avait simplement envie de mettre des jumeaux dans son histoire, mais ça n’a pas de réelle importance, ils auraient pu être simplement frères, ou même juste amis.
 
La Fadette est plus intéressante, avec son histoire moins linéaire que les autres. Par contre, son caractère est trop imprégné de religion à mon goût. La présence de la religion est tout à fait justifiée, j’aurais plutôt tiqué s’il n’y en avait pas eu vu le contexte, mais sa foi se révèle tellement ardente sur la fin que ça en devient improbable (j’ai un passage très précis en tête, mais ce serait faire un mini-spoil, donc je ne précise pas).
 
L’histoire est sympathique, on se retrouve avec une mignonne histoire d’amour adolescente, mais néanmoins sérieuse et vraie. Il n’y a rien d’extraordinaire mais c’est assez plaisant. Sur l’écriture de George Sand, je n’ai pas trouvé que ça cassait des briques. Elle écrit comme toute personne un minimum cultivée au XIXème, elle n’a pas une plume comparable à Maupassant, Flaubert ou Hugo.
 
Je suis donc très mitigée, je ne sais pas vraiment à quoi je m’attendais, mais pas à ça. J’ai encore La Mare au Diable à lire cette année, si j’en ai le temps. J’espère que ce sera une meilleure expérience car pour le moment je ne suis vraiment pas convaincue ! J'essaierai peut-être de visionner une adaptation, voire si je suis plus emballée...
 
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Jeudi 17 janvier 2013 à 18:40

Je crois que j’étais en prépa lorsque j’ai acheté ce petit livre de la collection Mille et une nuits intitulé Devoirs de Bruxelles. Je l’avais acheté après avoir lu La nouvelle de Goethe dans la même collection, que j’avais beaucoup aimé. Ces Devoirs donc sont comme leur nom l’indique des devoirs faits par Emily Brontë, l’avant-dernière des sœurs, lors de son séjour à Bruxelles avec sa sœur Charlotte en 1842. Elles séjournaient dans un pensionnat de jeunes filles pour parfaire leur éducation alors qu’elles avaient largement dépassé l’âge des autres pensionnaires. Ce sont des écrits demandés par leur professeur Constantin Héger pour améliorer leur maîtrise de la langue française. Il existe des devoirs de Charlotte, mais ici seuls ceux d’Emily sont mis en avant. Une préface explique comment ces précieux documents ont été retrouvés.

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Ces devoirs rendent compte de l’imagination d’Emily, de sa capacité à étudier la nature humaine, de son intelligence, de son humour et aussi de sa conscience féministe. On sent aussi son déplaisir à se plier à ces exercices qui se veulent techniques et qui brident son esprit. Le Chat est un texte drôle mais surtout très piquant qui compare cet animal à l’être humain d’une façon très ingénieuse. Le Siège d’Oudenarde n’a d’autre intérêt qu’historique au regard de la Belgique. Le Portrait du roi Harold avant la bataille de Hastings m’a davantage interpellée du fait de mon intérêt pour l’histoire de l’Angleterre et parce qu’Emily prend plus de libertés dans son écriture. Les Lettres montrent tantôt le déplaisir à se plier à des exercices ennuyeux, voire la tristesse et la colère de leur auteure à se trouver loin de chez elle. L’Amour filial et la Lettre d’un frère à un frère sont dans le même état d’esprit, mais mêlent davantage de questions religieuses. Le Papillon est une réflexion sur la vie et sur la religion. Quant au palais de la mort, c’est une dictée de Constantin Héger, qui permet de nous assurer une fois de plus de la maîtrise d’Emily de la langue française. Certes il y a des fautes par moment dans ces textes, mais je ne connais personnellement aucun Français qui serait capable d’écrire anglais avec une telle finesse et en faisait si peu d’erreurs.
 
Les Devoirs sont suivis d’une note d’Augustin Trapenard, qui a établi l’édition de ce livre, où il nous parle des deux sœurs et de l’analyse à faire des textes. Le livre se finit avec une petite biographie d’Emily, dont le seul roman connu à ce jour reste Les Hauts de Hurlevent.
 
J’aime toujours en apprendre plus sur des auteurs que j’apprécie, ce petit livre m’a donc procuré un (court) moment de plaisir. C’était une lecture-métro, pour éviter de balader ma liseuse jusqu’à la fac, et aussi un intermédiaire avant de me lancer dans les deux romans d’Anne Brontë, la plus jeune sœur, que j’ai reçus à Noël. J'ai très envie de découvrir d'autres livres de la collection Mille et une nuits. Les Lettres à Léonie de Victor Hugo me font tout particulièrement de l'œil !
 

Dimanche 13 janvier 2013 à 11:18

 Evidemment, quand j’ai eu fini de lire tous les romans de Jane Austen, je me suis lancée dans la littérature para-austenienne. Et je me suis aussi intéressée à ces auteures qui lui sont souvent comparées, et quand on fait ça, on tombe très vite sur Elizabeth Gaskell. Vu l’apologie faite sur FB de l’adaptation de Nord et Sud de 2004 par la BBC, je me suis décidée pour ce roman-là en premier. Je l’ai fini hier après-midi, après peut-être deux semaines. J’ai déjà téléchargé une bonne partie de sa bibliographie grâce à Amazon, en choisissant les titres qui me parlaient le plus. Bref, Elizabeth Gaskell et moi, ça ne fait que commencer.

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Mais de quoi ça cause, Nord et Sud ? Non, rien à voir avec la guerre de Sécession. C’est l’histoire de Margaret Hale, qui a passé une partie de son enfance à Londres, avec sa tante et sa cousine. Elle revient avec joie vivre chez ses parents à Helstone, au presbytère de son père, dans un magnifique petit village du sud de l’Angleterre, où la vie s’écoule paisiblement. Mais bientôt, un évènement se produit, et la famille Hale part vivre dans le nord du pays, dans la ville industrielle de Milton où les usines sont spécialisées dans le traitement du coton. Margaret a du mal à s’adapter à ce nouvel environnement où la vie est tellement différente de celle qu’elle a connu auparavant et où les gens lui sont étrangers, surtout ce Mr Thornton, le nouvel ami de son père, qui est bel et bien un homme du nord quand elle défend âprement le sud.
 
Donc oui, vous l’aurez compris grâce à mon introduction, j’ai aimé ! Je vais le dire tout de suite par contre : ce n’est pas du Jane Austen, et je préfère Jane Austen. Il y a certes des ressemblances (à commencer par les caractères des deux personnages principaux, la psychologie et l’étude de la société, l’humour aussi) mais les différences sont frappantes (les questions sociales, presque complètement absentes chez Jane Austen, l’environnement où se déroule l’histoire, les péripéties qui ne sont pas du tout du même genre…).
 
Commençons par ce que je n’ai aimé que moyennement dans Nord et Sud. Je pense que ça tient surtout à l’engagement social de Margaret, qui m’a très vite énervée au début. Je suis loin d’être fan de ce genre de sujet, et au début, comme elle débarque, elle ne comprend rien aux choix de Mr Thornton et des patrons en général et passe son temps à défendre bec et ongles les ouvriers comme si c’étaient tous des enfants de chœur. Heureusement, un évènement survient qui fait qu’elle met de l’eau dans son vin et devient plus modérée. Les réflexions qu’on trouve, disons, dans le dernier tiers du roman, deviennent même plutôt intéressantes. N'empêche que l'engagement manifeste de l'auteure a quelque peu gâché ma lecture, j'aurai préféré une analyse plus distanciée, plus objective. C'est pour ça que ce roman n'est pas un coup de cœur. Un autre regret, c’est qu’au final on voit très peu d’autres personnages, on n’apprend pas vraiment à tous les connaître. Par exemple, j’ai a-do-ré Mr Bell, et on le voit cent pages au plus, et avec très peu de détails ! Il y a également un moment où j’avais l’impression que l’auteure y allait un peu dans la surenchère au niveau des évènements dramatiques (ah ça c’est sûr qu’elle joue de malchance Margaret !). Dernière chose : la fin est trop rapide. J’aurai voulu du croustillant moi ! Il faut croire que c’est un défaut des auteurs du XIXème, Jane Austen aussi finissait toujours ses romans trop rapidement à mon goût…
 
Ce que j’ai beaucoup aimé : Mr Bell (ah je l’ai déjà dit ? Pardon. C’est juste que j’ai complètement craqué sur son humour !), Mr Thornton (étonnant, n’est-il pas ?), la romance en général, la longueur du roman (ça m’a pris du temps pour le finir, mais plus c’est long, mieux c’est !), la finesse dans l’étude des sentiments des personnages principaux et le style de l’auteure, qui passe habilement d’un point de vue à un autre (à part une ou deux fois où la transition était mal opérée, mais je chipote). Plus j’avançais dans l’histoire, plus je m’attachais aux personnages. A Mr Hale, à Higgins par exemple. L’évolution de plusieurs personnages est agréable, ils s’améliorent, mais évidemment, il y a aussi ces personnages horripilants qu’on aime ne pas aimer, voire détester (je pense surtout à Fanny là, et dans une moindre mesure aux Lennox et aux Shaw).
 
C’est un très bon roman mêlant la réalité de la révolution industrielle en Angleterre à une belle histoire d’amour. Malgré des évènements durs et tristes, à la fin, bah t’es content. J'ai commencé à visionner la série hier soir. Je suis surprise par le nombre de changements opérés ! J'en reparlerai quand je l'aurai finie.
 
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Mercredi 21 novembre 2012 à 11:18

Lorsque je suis allée visiter l’Écosse, j’ai acheté une petite dizaine de livres en anglais. Il y a un mois, alors que je finissais un roman, je me suis dit qu’il serait bien de commencer à piocher dedans. J’ai finalement choisi l’un des plus courts (250 pages) et surtout un qui avait de fortes chances de me plaire, puisque les sœurs Brontë ont depuis longtemps gagné mes faveurs. Il s’agit de The Professor, premier roman de Charlotte Brontë, qui n’a été publié qu’à titre posthume si je ne m’abuse. Je vous fais un petit résumé de mon cru.

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William Crimsworth, jeune homme orphelin tout juste sorti de l’école, tourne le dos à ses oncles aristos qui souhaitaient le forcer à embrasser une carrière qui ne lui plaisait pas et s’adresse à son frère, de dix ans son aîné, pour l’aider à trouver du travail dans le commerce, comme leur défunt père. Mais ce frère inconnu, s’il lui donne effectivement du travail, le traite comme un moins que rien. Après plusieurs semaines, excédé et aidé par M. Hunsden, un homme un peu marginal, William part pour Bruxelles où il devient professeur dans l’école pour garçons de M. Pelet. Une école pour jeunes filles côtoie celle-ci, où William donne bientôt des cours également, sous la direction de Mlle Reuter. Très vite, un flirt semble naître entre le jeune professeur et la directrice, de quelques années son aînée.
 
Je vous donne volontairement mon propre résumé, car celui de la quatrième de couverture donne beaucoup d’informations, trop à mon goût puisqu’il va jusqu’aux deux tiers du roman ou presque ! Ce roman a été écrit avant Jane Eyre, et à mon avis la qualité de l’histoire n’est pas la même. Jane Eyre m’avait complètement transportée, mais The Professor n’a pas réussi. Par contre, l’écriture est vraiment extrêmement soignée. J’ai choisi un roman court, mais je n’ai pas choisi un roman où l’anglais est facile ! C’est de l’anglais du XIXème, avec énormément de vocabulaire et de tournures de phrases recherchées. Il y a donc des moments où je ne comprenais rien d’autre que le thème général du paragraphe. Néanmoins, je ne pense pas avoir raté un évènement du roman ou avoir mal compris quelque chose. Telle que vous me lisez aujourd’hui, je suis donc très, très fière de moi ! Je n’ai pas appris énormément de nouveaux mots, et ceux que j’ai retenus ne me seront pas très utiles je pense vu qu’ils sont aujourd’hui très désuets voire archaïques. Pour une première lecture, ça a demandé de faire beaucoup fonctionner mes méninges ! C’est pour ça qu’il m’a fallu quasiment un mois pour arriver au bout.
 
Sur l’histoire donc, elle est moins intéressante si on prend le côté romance et péripéties. C’est très linéaire, très lent, et la véritable histoire d’amour arrive très tard dans le roman. Les personnages également ne sont pas très attachants. Même s’il rejette ses ascendances aristocratiques, le narrateur est très fier, arrogant même, il dédaigne la plupart des gens qu’il rencontre (et notamment ses élèves), il critique à tout-va. La vision de la société dépeinte par Charlotte à travers son héros est très négative, et donc un peu déprimante (oui bon, Jane Eyre ce n’est pas la joie non plus, mais c’est si beau…). L’ironie et le sarcasme sont très présents, et à certains moments ça m’a fait sourire. Le seul personnage que j’ai vraiment aimé, c’est Hunsden. Il m’a vraiment fait rire ! Ce type marginal, qui surgit à l’improviste (même si à force je le voyais venir…) est un personnage très intéressant. Néanmoins, on ressent aussi dans ce texte la volonté de Charlotte Brontë de montrer que les femmes comme les hommes peuvent tracer leur propre chemin dans le monde, que lorsque deux âmes sont bonnes, deux personnes intelligentes, qu’importe leur sexe. Et là peut-être l’auteure s’est-elle identifiée à la petite Frances Henri, intelligente, calme, mais capable de tenir tête aux hommes pour défendre ses opinions.
 
Un petit mot encore : les sœurs Brontë parlaient français, comme beaucoup de jeunes filles éduquées de l’Angleterre du XIXème siècle. On le voit d’ailleurs dans Jane Eyre, où l’héroïne parle français avec la pupille de Mr Rochester. Ici, William Crimsworth parle aussi français, et de nombreux dialogues à Bruxelles, quoique courts, sont rédigés dans cette langue. C’était amusant, et j’ai pu constater que les sœurs maîtrisaient bien notre langue ! Les défauts sont peu nombreux, et c’est toujours très compréhensible.
 
The Professor est un roman différent des deux autres des sœurs Brontë que j’ai lus, Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent, il ne traite pas vraiment des mêmes thèmes et par sa volonté affichée de critiquer la société (surtout continentale, les Britanniques sont assez largement épargnés) il se rapproche assez d’un Jane Austen, mais en moins fin, moins drôle, mené d’une écriture moins accessible et avec des personnages moins hauts en couleurs (ça fait beaucoup de moins). Ça n’en reste pas moins un court roman agréable, où la psychologie humaine est finement analysée et où l’amour qui arrive sur la fin peut être touchant parce qu’inhabituel et à mon sens, vraiment moderne, où les partenaires sont sur un pied d’égalité, ou en passe de l’être. La fin est comme on la souhaite, et ça fait plaisir.

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Lundi 29 octobre 2012 à 11:11

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Il y a de cela un moment, plusieurs mois en fait, je vous avais fait un article enflammé sur « Je meurs d’amour pour toi… », un livre de la collection « La lettre et la plume » du Livre de Poche, qui reprenait la correspondance entre Isabelle de Bourbon-parme et sa belle-sœur l’archiduchesse Marie-Christine. Plus qu’enchantée par cette découverte, j’ai cherché les autres livres de la collection et en ai acheté plusieurs, il ne m’en manque que deux ou trois je crois. Il y a quelques jours, je me suis décidée à lire « Quand on a le bonheur d’aimer, tout le reste est vil sur la terre », qui reprend la plupart des lettres retrouvées de la correspondance entre Beaumarchais (l’auteur du Barbier de Séville et du Mariage de Figaro) et sa dernière maîtresse, Amélie Houret de la Morinaie, de plus de vingt ans plus jeune que lui, alors qu’il avait dépassé la cinquantaine.
 
Une introduction de Maurice et Evelyne Lever présente le contexte de ces quelques lettres. Elle est très, très courte, donc très peu détaillée, et ne m’a pas vraiment permis de retenir quelque chose. Les explications sont sorties de leur contexte je trouve. De même, on ne comprend pas très bien d’où sortent ces lettres. C’est dit de manière tellement alambiquée que je n’ai pas bien compris. Apparemment elles ont disparu pendant longtemps et ont resurgi lors d’une vente aux enchères en 2005. Il en manque également beaucoup, qui ont été détruites par les deux correspondants ou qui se sont perdues avec le temps. Dans « Je meurs d’amour pour toi… », Elisabeth Badinter nous exposait mieux les choses, ses notes étaient utiles pour comprendre le creux entre deux lettres. Là, pas de tout ça, on lit avec quasiment aucune linéarité. C’est la deuxième ou troisième fois que je tombe sur un livre d’Evelyne Lever (bon là ce n’est pas elle qui a écrit les lettres, mais elle a rédigé l’introduction et les notes avec son mari), et je suis toujours très insatisfaite quand je la lis ou la vois dans une émission (ma plus mauvaise expérience ayant été un ouvrage de vulgarisation sur Marie-Antoinette, qui présentait un journal intime écrit par Evelyne Lever à partir d’un choix très subjectif d’éléments de la vie de cette reine).

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Il est donc difficile d’apprécier et de bien comprendre les quelques lettres de Beaumarchais et d’Amélie. Les premières datent du tout début de leurs relations, et on y voit la passion s’enflammer. Au fur et à mesure, elle brûle tout, et laisse la place aux disputes (le mot est faible), jusqu’à la mort (naturelle) de Beaumarchais. Amélie, de santé assez fragile apparemment (on n’est pas bien sûr, mais même si elle ne l’était pas à la base, une probable tentative de suicide l’a sûrement affaiblie), est morte quelques semaines après lui. J’ai préféré les lettres de la main de Beaumarchais, cet homme-là savait tourner ses phrases ! Et il m’a semblé plus mesuré quand ils étaient en conflit, peut-être effectivement parce qu’il avait une âme assez libertine, et qu’il n’était pas vraiment tombé amoureux de cette femme, seulement enflammé par elle. 
 
« Nos corps, doux instruments de nos jouissances, n’auraient que des plaisirs communs sans cet amour divin qui les rend sublimes. Crois ton amant, céleste amie, quand on a le bonheur d’aimer, tout le reste est vil sur la terre. » Beaumarchais, p.57. C’est beau !
 
Leur relation amoureuse a duré de 1787 à 1792, et ils ont entretenus des rapports jusqu’à la mort de Beaumarchais, en 1799. C’est une période charnière de l’Histoire, et pourtant elle est à peine mentionnée en introduction, et aucune allusion dans les lettres. Il est dit que toutes les lettres existantes n’ont pas été mises dans ce livre, notamment deux à caractère obscène. Si parmi celles qui n’ont pas été retranscrites certaines permettaient de comprendre le contexte il aurait été bien qu’elles soient insérées. Et même si deux des lettres étaient « obscènes », ça permettrait de comprendre ce que reproche de nombreuses fois Amélie à Beaumarchais ! Les mœurs de l’époque ne sont pas celles d’aujourd’hui, certes, mais étant donné que j’ai lu deux romans de Sade, j’aurais supporté du Beaumarchais je pense. Par contre, j’ai bien aimé les dernières lettres, qui ont été échangées entre la femme de Beaumarchais et la maîtresse. J’ai regretté qu’il y ait peu de lettres, car on n’a pas le temps de comprendre les personnes et encore moins de s’y attacher, contrairement à ce qui m’était arrivé avec isabelle de Bourbon-Parme.
Bref, je suis donc assez déçue de ce petit livre (150 pages), malgré la qualité littéraire indéniable de certaines lettres. Ça n’empêche pas que j’ai toujours aussi hâte de découvrir les autres titres de cette collection ! J’ai déjà dans ma bibliothèque Henri IV, Maupassant et la princesse de Metternich. Il me manque donc Saint-Simon, Sade, Flaubert et Raymond du Baty je crois.
 
http://sans-grand-interet.cowblog.fr/images/Personnages/Beaumarchais-copie-1.jpg[Le tableau le plus connu de Beaumarchais, peint par Jean-Marc Nattier. Il n'y a pas de représentation connue d'Amélie. Le manque d'informations dont on dispose sur cette femme n'aide pas à apprécier à juste valeur sa correspondance je trouve.]

P.S. : Je vous rajoute quelques nouvelles. Je suis en vacances pour une semaine, et ça me ramollit, c'est dingue ! J'ai traînassé tout le week-end, entre livres et séries (Downton Abbey ♥), le 31 je pars quelques jours chez mes parents pour l'anniversaire de mes frangins (et pour profiter de nos billets gratuits au Parc Astérix avant sa fermeture pour la période hivernale). J'ai du boulot à faire pour la fac, mais j'ai pas envie, j'avance à la vitesse d'un escargot sur mon TD. Il faut dire que mes examens de vendredi dernier (deux fois trois heures) ne se sont pas très bien passés, j'ignore si je suis simplement mauvaise ou si je n'ai pas assez révisé. On verra bien les résultats. Sinon je suis toujours dans Anna, où es-tu ? de Patricia Wentworth, et ça me plaît bien, j'espère que le dénouement sera bien ! J'ai commencé (20 pages) The Professor, de Charlotte Brontë. Je l'ai acheté chez un bouquiniste à Glasgow, et c'est pas première "vraie" lecture en anglais (entendez sans que je connaisse déjà l'histoire, comme pour les Harry Potter...). Je suis assez fière de moi parce que pour l'instant je suis bien, on verra si je tiens les 250 pages que comptent ce roman ! J'hésite déjà sur ce que je vais lire ensuite. Je n'ai pas beaucoup avancé sur le challenge littéraire de Noël 2011 (je n'arriverai pas à le terminer), et ça me chagrine. J'ai plein de chroniques de films en retard, mais je n'ai pas très envie de les faire. Je vous referai peut-être un article groupé. Bonne semaine à tous !

Lundi 25 juin 2012 à 14:07

Encore un article programmé, mais je n'ai pas encore décidé quand je le publierai... Bon allez, disons demain lundi. Thérèse Raquin, c'est l'un des premiers romans de Zola, avant les Rougon-Macquart. C'est aussi, si je ne me trompe, une histoire qu'il a publié au fur et à mesure, en feuilleton. C'est l'histoire d'une jeune femme élevée par sa tante, avec son cousin. Son père, militaire en Afrique, l'a eue avec une indigène avant de la confier à sa sœur, Madame Raquin. Elle a un fils, Camille, enfant souffreteux et assez idiot. Thérèse a grandi avec lui, dans l'ambiance propre aux malades, étouffant son tempérament fougueux. Pendant des années, elle ne dit rien, elle reste passive devant son cousin et sa tante. Quand celle-ci décide de marier ses "deux enfants", Thérèse consent encore. Mais bientôt Laurent entre dans sa vie, et là tout bascule.

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Mon édition était précédée d'une préface d'Auguste Dezalay et de la préface écrite par Zola pour la seconde édition. J'ai lu les deux, et je vous conseille, si vous avez aussi ces deux préfaces, de ne surtout pas lire la première, qui spoile absolument toute l'histoire ! C'était très intéressant, mais vraiment ça m'a dégoûtée et de ce fait je n'ai pas eu envie de lire tout le dossier qui suivait le roman, je l'ai seulement parcouru rapidement. Par contre, lisez les quelques pages de Zola, qui m'ont bien fait rire ! Il les a écrites pour répondre aux critiques de l'époque qui avait descendu son histoire. J'ignorais qu'il eût tant d'humour et surtout de mordant. On lui reprochait d'avoir écrit quelque chose d'obscène, d'immoral, de licencieux, et lui répond qu'il a simplement cherché à étudier certains tempéraments à travers une histoire. Au XIXème siècle, les scientifiques se succédaient pour expliquer rationnellement la nature humaine, les caractères, l'influence de l'hérédité et de l'environnement. Zola a été très marqué par ces idées, toute son œuvre en est traversée, comme La Bête humaine, seule autre roman de l'auteur que j'ai lu au lycée, et qui a fait de lui l'un des plus grands auteurs naturalistes. Obscène, Thérèse Raquin ne l'est certainement pas selon nos critères actuels vu toutes les saletés qui pullulent dans notre société de consommation, mais immoral oui, dans un certain sens. Les personnages de Thérèse et Laurent n'ont en effet pas grand chose à voir avec la morale. Thérèse semble contre (immorale), Laurent semble simplement ne pas en avoir (amoral). Mais ce n'est pas comme si Zola encourageait ces comportements, il me semble plutôt que c'est le contraire vu ce qu'il fait vivre à ces deux personnages.

C'est un roman définitivement sombre, sale, fait pour dégoûter des turpitudes auxquelles on peut être tenté de se laisser aller. La mort, la violence, le remords, sont autant de thèmes développés tout au long de l'histoire, et avec une force peu commune ! Zola nous détaille énormément les tréfonds des âmes de Thérèse et Laurent, les étudie avec minutie, et nous livre ses conclusions. Les descriptions se portent davantage sur la psychologie de tous ses personnages que sur les décors dans lesquels ils évoluent, ce roman est donc moins lourd au niveau du style que d'autres de Zola. Quand il nous dépeint le passage du Pont-Neuf, la boutique de Madame Raquin, ce ne sont que reflets de l'état intérieur des caractères qu'il étudie. Il ne tend pas ici à exprimer une vision de la société alors en pleine transformation, mais seulement un drame individualisé à un petit nombre de personnes liées entre elles.

Au niveau de la maîtrise de l'écriture, Zola est époustouflant, comme toujours ai-je envie de dire. Certains mots, qualificatifs, reviennent énormément d'un chapitre à l'autre, donnant un ton lancinant, tragique, empreint de fatalité à l'histoire. Ses descriptions sont minutieuses sans être lourdes, ses mots nous font entrer au cœur du drame qui se joue. Le roman en lui-même ne fait que deux cents pages, une fois les premiers chapitres lus ça va tout seul, surtout que le récit est très rythmé, les chapitres ne font jamais plus de quelques pages.

C'est une lecture que j'ai beaucoup aimée, qui est proprement hallucinante quand on pense que Zola n'avait jamais que 27 ans au moment de la publication. Ce n'est pas le genre de roman que je relis, il est trop déprimant, il manque d'un peu de joie pour me donner envie de le relire, ce qui n'empêche pas que c'est une lecture que je conseille vivement pour ceux qui aiment les auteurs du XIXème !

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