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Qu'il est bon d'être futile !

Dimanche 1er mars 2015 à 13:06

Pour la LC du Challenge XIXème siècle sur Elizabeth Gaskell, j’avais Cranford dans ma PÀL. Comme on me dit aussi beaucoup de bien de la série télé, cette lecture était aussi un premier pas vers son visionnage ! Cependant, comme la série mélange divers textes de l’auteure, je vais attendre d’avoir lu le dernier qui me manque, My Lady Ludlow, avant de me plonger dans l’adaptation.
 
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Cranford, c’est au départ une parution en feuilletons, comme cela se faisait beaucoup au XIXème siècle. Une narratrice nous conte la vie de ce village anglais dans lequel la « bonne société » est régie par des vieilles dames, veuves ou célibataires.
 
Les épisodes ont chacun un sujet, une petite intrigue particulière. Devenus chapitres, ils conservent leur « indépendance » vis-à-vis les uns des autres, mais après quelques-uns, on retrouve les mêmes personnages, on identifie mieux leurs relations et des liens sont faits d’une histoire à l’autre.
 
Dès le début, j’ai adoré la plume, porteuse de beaucoup d’humour, capable de pointer le ridicule sans méchanceté et, au contraire, avec affection, et d’inspirer la compassion. Les premiers chapitres alternent les personnages pour nous présenter un peu tout le monde. J’ai eu l’impression pendant un moment qu’on n’allait pas se fixer, surtout qu’il n’y a pas de véritable ligne directrice. Heureusement, on finit par voir que la narratrice, dont on apprend très tardivement le nom, Mary Smith, est très proche de Miss Matty Jenkyns, autour de qui vont tourner plusieurs intrigues, surtout sur la fin, où plusieurs chapitres se suivent vraiment et lui sont consacrés. Donc j’ai beaucoup aimé le début, mais j’avais du mal sans trame principale, et j’ai vraiment adoré la fin. En plus, plusieurs passages dans le dernier tiers ont sur m’émouvoir.
 
J’ai particulièrement apprécié le côté à la fois fantasque et très réaliste de ce roman. Être plongé dans le quotidien de ces dames aux humbles moyens nous apprend beaucoup de choses sur la façon de vivre au XIXème siècle, mais Elziabeth Gaskell parvient, en plus de décrire ce qui relève à l’époque du quotidien et non pas de l’Histoire, à insérer quelques péripéties dans la vie de ses héroïnes toutes simples, bienvenues pour rompre la monotonie. Elle nous rend très attachante Miss Matty, la si gentille vieille fille qui a le cœur sur la main, à qui on pardonne volontiers ses calmes excentricités, et qui affronte courageusement tout ce qui peut se présenter.
 
Ce petit roman, aggloméré de feuilletons dans lesquels on sent par moments l’influence de Dickens, est un très agréable moment de lecture grâce à la plume et aux personnages d’Elizabeth Gaskell. Ma prochaine lecture d'elle : My Lady Ludlow (en VO je pense, je n'ai pas connaissance d'une version française récente) ou Les Amoureux de Sylvia.
 
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Samedi 14 février 2015 à 15:33

Que c’est dur, d’écrire la chronique d’un livre qu’on n’a pas aimé, d’une auteure qu’on a par ailleurs adorée… C’est pourtant bien ce qui se passe avec Villette.
 
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Lucy Snowe, jeune femme anglaise, n’a ni famille, ni argent. Elle doit subvenir à ses besoins et sur un coup de tête, quitte l’Angleterre pour le continent, le Royaume de Labassecour pour être précis (la Belgique déguisée), et pour être plus précis encore, pour Villette, la capitale (Bruxelles donc).
 
Les romans des sœurs Brontë m’enthousiasment généralement beaucoup. Si vous tapez « Brontë » dans la barre de recherche du blog, vous trouverez plusieurs de mes chroniques sur leurs romans. Mais là, ça a vraiment été difficile. Déjà parce que Villette est un pavé. Donc quand, au bout de cent pages, je n’aimais déjà pas beaucoup, je me sentais un peu découragée d’en avoir encore six cents à lire… Tout est long et lent dans ce livre. L’intrigue n’est pas très présente, la plupart du temps on se contente de lire une succession de petits évènements de la vie dans la pension de Mme Beck et les pensées (souvent inintéressantes, j’en suis désolée) que cela inspire à Lucy, qui est la narratrice.
 
Cette fille est tellement fade. Alors que son caractère effacé, sa soi-disant timidité aurait pu me la rendre sympathique, sa haute opinion d’elle-même, qu’elle se défend d’avoir mais qui transparaît dans chacun des jugements qu’elle porte sur les autres, son étroitesse d’esprit, sa rigidité, sa fierté, sa passivité, et tant d’autres choses encore, me l’ont rendue absolument insupportable. J’en suis presque venue à la détester. Tous les défauts de Charlotte Brontë transparaissent dans cette « héroïne », avec en bonne place son orgueil démesuré. Jane Eyre n’est pas parfaite non plus et peut se montrer très dure envers les autres également, mais ce n’est rien en comparaison de cette pimbêche de Lucy, certaine de détenir les clés de compréhension de l’univers. Elle passe une bonne parti du roman à se plaindre de sa situation mais elle ne fait rien, elle attend que les choses passent et se fassent sans elle. On ne sait quasiment rien de son passé (on assiste à une petite période de sa vie lorsqu’elle est adolescente puis on la retrouve directement dans la vingtaine, quand elle cherche un moyen de gagner sa vie, sans explication sur ce qui s’est passé entre-temps, ça m’énerve !), ce qui a contribué à m’empêcher de m’attacher à elle. J’ai également détesté son côté religieux, qui se double d’une forte intolérance à l’égard des croyances et des rites des autres. Il paraît que Charlotte Brontë a beaucoup souffert, lors de son voyage en Belgique, de se trouver entourée de catholiques, et c’est ce qu’elle transpose ici, mais franchement je m’en contrefiche. Je n’ai rien contre le fait de critiquer intelligemment une religion (bien au contraire…), mais s’y opposer systématiquement par principe, simplement parce qu’on en suit une autre, c’est pile poil le genre de choses qui me fait sortir de mes gonds. Donc les réflexions pseudo-philosophico-religieuses de Lucy, très peu pour moi.
 
Les autres personnages ne m’ont pas beaucoup plus emballée. Pourtant, je reconnais qu’ils sont très développés, tout en nuances. Rien n’est noir ni blanc, et Lucy reconnaît les qualités et défauts de chacun, mais d’une façon si moralisatrice… Elle ne note que ce qui lui apparaît bon ou mauvais. On ne voit donc les autres personnages qu’à travers le prisme de cette jeune femme « coincée », pour employer une expression moderne. J’ai néanmoins bien aimé Mme Bretton et Mme Marchmont (qu’on ne voit qu’un chapitre). Les deux principales figures masculines m’ont laissée froide, et Lucy qui fait la girouette tant qu’elle ne sait pas s’ils peuvent l’aimer, ne me les a pas rendus plus sympathiques. Ils ne sont pas non plus crédibles en tant qu’êtres humains, notamment parce que Lucy passe d’un excès à l’autre dans l’opinion qu’elle a d’eux.
 
J’ai été presque choquée des nombreux passages, quasiment insultants, et certainement pleins de mépris, pour tout ce qui n’est pas anglais. À quelques exceptions près (on aura bien compris que Charlotte Brontë haïssait les pensionnats anglais, à juste titre après ce qu’elle y a vécu), l’Angleterre, et surtout les Anglais et les Anglaises, surpassent le monde entier. On peut être patriote et aimer son pays sans avoir besoin de dire que tous les autres ne valent pas un crottin de cheval. Il suffit de voir comment elle a renommé la Belgique… « Labassecour »… Elle a donné le titre de « Dindonneau » à l’héritier du couple royal aussi. Charmant, n’est-ce pas ? C’est majoritairement la Belgique qui s’en prend plein la tête vu que c’est là que se déroule la majeure partie du roman, mais Charlotte Brontë, à travers Lucy Snowe, n’épargne pas non plus la France ou l’Espagne, lorsqu’elle a l’occasion de glisser une pique ou deux. Je n’ai pas arrêté de penser : puisque le mode de vie et la personnalité des continentaux lui déplaisent tant, pourquoi ne retourne-t-elle pas en Angleterre ?
 
Sur l’histoire en elle-même, elle n’est développée réellement que dans la deuxième moitié. Les quelques péripéties m’ont paru souvent peu crédibles, alors que c’était bien dosé dans Jane Eyre. Par exemple, Lucy arrive à Villette, catastrophe sa malle n’est pas arrivée avec elle, elle est sans le sou dans une ville inconnu dont elle ne parle pas la langue, et pourtant dès le premier soir elle trouve un toit. Chapeau ! Et dire qu’en plus elle se plaint de sa malchance ! (Tout en insistant sur le fait que c’est Sa Volonté bien sûr, et que donc elle s’y plie avec joie… Pouah !) J’ai espéré tout au long du roman qu’au moins la fin me plairait, mais je suis dubitative. Déjà parce que je l’ai devinée dès l’un des premiers chapitres, et qu’une « péripétie » dans les derniers chapitres m’a confirmée ce qu’allait être la toute fin. Mais j’aurais au moins voulu de l’émotion, un peu de développement pour me faire compatir, quelque chose quoi ! Je veux dire, elle a écrit sept cents pages dont la majorité est creuse, et elle ne pouvait pas écrire plus de quatre pages et demi sur la conclusion ?!
 
Ai-je des choses positives à dire ? Oui, une, par rapport au style, très XIXème. Charlotte Brontë a puisé dans son expérience bruxelloise pour écrire ce roman. Lors de son deuxième séjour à Bruxelles, elle a vécu une période de grave dépression, qu’elle rend ici d’une manière qui m’a serré le cœur. Ses mots pour conter le désespoir, la solitude et la douleur étaient parfaits. Les descriptions, tant celles du temps, des lieux que des sentiments, sont aussi souvent très belles et très visuelles. Il est quand même dommage qu’il y ait si peur d’émotions positives dans ce roman. J’ai plutôt apprécié les passages avec un accent fantastique, Charlotte Brontë avait beaucoup de talent pour ça. J’aurais aimé qu’elle écrive quelques romans clairement fantastique, mais je crois qu’elle trouvait ça en-dessous d’elle, ce qui est bien dommage parce que de ce fait ces passages finissent par relever de la superstition.
 
Je ne peux pas dire que c’est un mauvais roman, parce que c’est magnifiquement écrit, manifestement très réfléchi et très important pour l’auteure, et que la souffrance qui y transparaît n’est pas à prendre à la légère, mais honnêtement quasiment rien ne m’a plu, et j’ai rarement eu tant de peine à venir à bout d’un roman, a fortiori d’un roman d’une des sœurs Brontë. Il me reste Shirley à lire, j’espère qu’il sera meilleur…
 
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Samedi 13 décembre 2014 à 11:02

Je continue avec joie à découvrir les textes des sœurs Brontë. Cette fois, ça a été en compagnie de Scarlett, pour une LC autour de La Dame du manoir de Wildfell Hall d’Anne Brontë.
 
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Gilbert Markham n’est au départ pas très curieux de Mrs Graham, la nouvelle arrivée dans le voisinage, qui s’installe à Wildfell Hall, un manoir passablement délabré, avec seulement une servante et son petit garçon. La personnalité particulière de cette femme alimente rapidement les commérages. Mr Markham va peu à peu se rapprocher de cette femme singulière, et connaître bien des émotions.
 
Malgré ses presque six cents pages, je n’ai pas trouvé ce roman long. C’est très bien écrit, les chapitres sont assez courts, et on est rapidement fasciné par Helen, comme l’est Gilbert. Connaître son passé devient vite une obsession, et une fois cette curiosité satisfaite, on veut savoir quel sera son avenir ! Ce livre parle de beaucoup de choses avec habileté, dont beaucoup sont très modernes ou toujours d’actualité : la place de la femme dans la société, l’alcoolisme, l’éducation des enfants, l’art, le respect… Helen est un personnage fort, qui se place en marge des autres. Éduquée, réfléchie, elle a appris de ses erreurs de jeunesse et ne dévie plus de sa ligne de conduite. Son intransigeance est parfois excessive, mais me paraît tout à fait réaliste vu son histoire personnelle et le contexte historique, encore très marqué par la religion. Helen se tourne un peu trop souvent vers Dieu à mon goût et se fait presque moralisatrice à l’occasion. Là, il ne faut pas oublier que le père d’Anne était révérend, et qu’à l’époque être quelqu’un de bien demandait quasi-systématiquement ‘être aussi « un bon chrétien ».
 
J’ai donc bien aimé Helen, mais c’est le seul personnage qui a reçu mes faveurs (à l’exception de son petit garçon, sa servante et quelques amies, qui sont trop secondaires pour être développés). Je n’ai pas pu apprécier Mr Markham. Il s’améliore à partir d’un moment, mais je n’arrive pas à croire qu’il soit vraiment un homme bien, alors même qu’il est le narrateur principal du roman (cependant, une partie importante est racontée par un autre personnage, via un autre biais). Anne Brontë maîtrisait très bien les procédés narratifs qui permettent d’accrocher le lecteur. En effet, Mr Makham écrit à l’un de ses amis (dont on apprend l’identité qu’à la fin, et même si c’est secondaire ça m’a bien plu de découvrir de qui il s’agit), à la première personne. Le lecteur a donc facilement l’impression que l’histoire est racontée pour lui.
 
Bref, retour aux personnages. Mr Huntington est évidemment détestable ; mais ce genre d’hommes existe, c’est tout à fait réel, et encore aujourd’hui. Avec ce personnage et ses amis, et aussi avec le voisinage de Wildfell Hall, Anne Brontë écrit sans concession son époque. On est loin des gentilles critiques et moqueries de Jane Austen. Ici, l’auteure montre ce qui peut être mauvais chez un « gentleman », mais sans aller trop loin, sans tomber dans un excès d’aventure avec viol et meurtre à la clé par exemple. Non, ici la violence est psychologique et domestique, parfois physique, affreusement vraie. Eliza Millward, la sœur et la mère de Markham pour ne citer qu’elles sont un autre genre de parasite, des femmes étroites d’esprit, qui ne savent que cancaner et dire du mal des autres. Superficielles voire carrément stupides, elles ne font que perpétrer un modèle sociétal qui opprimait les femmes.
 
Rassurez-vous, tous les personnages ne sont pas si désespérants ! Anne Brontë nous donne aussi quelques exemples de personnes qui, après avoir suivi un mauvais chemin, réussissent à rattraper leur vie, et à trouver le bonheur. Je regrette néanmoins de ne pas avoir eu de coup de cœur pour un perso comme cela peut m’arriver dans d’autres romans. C'est uniquement ce point qui fait que je ne mets pas La Dame du manoir de Wildfell Hall en coup de cœur.
 
Je le disais plus haut, c’est vraiment très bien écrit, j’ai adoré le style, plus recherché que ce dont je me souviens pour Agnes Grey. Les descriptions des tableaux de Mrs Graham m’ont époustouflée par exemple. À aucun moment je n’ai trouvé ça lourd, et malgré certains passages qui tirent un peu en longueur, je ne me suis pas ennuyée une minute.
 
Je ne peux que vivement vous conseiller cet excellent roman, dont je me souviendrai longtemps je pense ! Anne mérite d’être connue, sa plume vaut bien celles d’Emily et Charlotte, et les sujets qu’elle traite sont passionnants. Il existe une adaptation avec Toby Stephens en Gilbert Markham, j'espère la voir bientôt !
 
"Je me rends compte que le dos des croquis faits par des jeunes filles est aussi intéressant que les post-scriptum de leurs lettres, qui sont souvent la partie la plus intéressante de toute une longue missive."
 
"Si j’en juge par les apparences, pour lui, la femme doit aimer son mari et rester au foyer, elle doit le servir, l’amuser, le réconforter de toutes  manières imaginables s’il lui plaît de rester au logis ; lorsqu’il est absent, elle doit veiller à ses intérêts domestiques et autres, et attendre patiemment son retour, sans se soucier de savoir ce qu’il fait entre-temps."
 

Dimanche 9 novembre 2014 à 15:48

Pour Halloween, j’ai voulu me lancer dans un classique parfois oublié de la littérature fantastique/horrifique : Frankenstein ou le Prométhée moderne, de Mary W. Shelley. Il traînait depuis plusieurs années dans ma PÀL, il était temps de l’en sortir !
 
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Walton a entrepris de découvrir les mystères que la Nature cache encore loin au Nord. Un jour, un traîneau accoste son bateau sur l’océan de glace, un homme qui va lui raconter une étrange histoire.
 
En commençant le roman avec les lettres de Walton à sa sœur Margaret, je me suis attendue à un roman épistolaire mais finalement ce n’est qu’une façon de donner la parole à Walton. Après quelques dizaines de pages, c’est Victor Frankenstein qui raconte son histoire à Walton, lequel retranscrit toute l’histoire pour l’envoyer à sa sœur. Au sein du récit de Frankenstein, un autre personnage prendra la parole sur plusieurs chapitres, constituant ainsi un récit par mises en abîme successives. La narration respecte ainsi une sorte de jeu de miroirs. J’ai trouvé cette construction très intéressante, d’autant plus qu’elle est éclairée par la préface (que j’ai bien pris garde de lire après le roman cette fois, et j’ai bien fait sinon j’étais spoilée !).
 
J’hésite un peu quant à ce que je dois penser du fond du roman. Je crois qu’au final, l’auteure met en garde les lecteurs contre les dérives de la science et ainsi fait la promotion d’une certaine éthique de l’être humain. Cependant, son message est un peu confus à mes yeux vu l’ensemble des personnages qu’elle a mis en scène. Pendant ma lecture, j’ai cru plusieurs fois qu’elle nous proposait un modèle à travers l’un des protagonistes, mais au final il n’y en a pas un à qui j’aimerais ressembler, et aucun que j’ai aimé. Beaucoup sont décrits comme les gens les plus vertueux qui soient mais font preuve au final de défauts bien plus rédhibitoires que ceux de héros plus récents. Je préfère croire qu’elle a voulu se moquer des personnes qui se croient supérieures aux autres, mais j’avoue que son texte me laisse un peu perplexe, et les explications de la préface qui mêlent des éléments biographiques et des analyses littéraires ne m'éclairent pas tout à fait.
 
Le rythme est très lent, et même ma curiosité ne suffisait pas toujours pour me faire reprendre ma lecture, j’ai dû me « forcer » un peu. Le style assez lourd ne m’a pas aidée non plus il faut dire. L’auteure insère plein de petits récits au sein de l’histoire plus générale de Frankenstein, et certains sont vraiment ennuyeux. J’ai eu du mal à en saisir l’intérêt, surtout qu’on en revient à la même chose. En revanche, je comprends très bien l’effroi qu’a pu susciter ce roman à l’époque. En s’appuyant sur des éléments réels (comme ses visites en Suisse ou les travaux de scientifiques de son époque), Mary Shelley a créé une histoire qui devait paraître affreusement vraisemblable, et donc, effrayante. Aujourd’hui certains éléments convainquent moins car nos vies sont désormais bien éloignées de celle des bourgeois européens du début du XIXème siècle, mais l’ensemble est bien conçu.
 
En résumé, c’est une lecture intéressante mais certainement pas passionnante, qui souffre de lenteurs, de lourdeurs d’écriture et du passage du temps, mais dont certains aspects universels valent le détour. Je ne regrette pas ma lecture mais je ne pense pas le relire un jour.
 
"Un être humain qui veut se perfectionner doit toujours rester lucide et serein, sans donner l'occasion à une passion ou à un désir momentané de troubler sa quiétude. Je ne pense pas que la poursuite du savoir constitue une exception à cette règle. Si l'étude à laquelle vous vous appliquez a tendance à mettre en péril vos sentiments et votre goût des plaisirs simples, c'est que cette étude est certainement méprisable, c'est-à-dire, impropre à la naturehumaine. Si cette règle avait toujours été observée, si les hommes renonçaient à toute tâche qui serait de nature à compromettre la tranquillité de leurs affections familiales, la Grèce n'aurait pas été asservie, César aurait épargné son pays, l'Amérique aurait été découverte par petites étapes, sans que fussent anéantis les empires du Mexique et du Pérou."
 
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Dimanche 14 septembre 2014 à 11:08

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Parmi les auteurs du XIXème, Prosper Mérimée m’était encore inconnu. Il était temps que je le découvre, mais je dois dire qu’il s’agit plutôt d’un rendez-vous manqué pour ma part.
 
Dans La Vénus d’Ille, le narrateur (dont on ignore le nom mais qui pourrait aussi bien être l’auteur lui-même) revient d’un voyage en Espagne. La frontière traversée, il prévoit de s’arrêter dans un petit village où on l’a recommandé à un notable local, M. de Peyrehorade. Avant même son arrivée à Ille, son guide lui parle d’une mystérieuse sculpture que M. de Peyrehorade a trouvée, une idole des temps anciens.
 
J’ai apprécié le style, légèrement désuet, un peu malicieux, ainsi que la façon de Mérimée de mener son histoire (et son lecteur). Toutefois, sur le fond… Cet auteur m’a l’air d’être un peu condescendant par moments (en tout cas le narrateur l’est, même s’il n’a pas toujours tort quant aux jugements qu’il porte). Plusieurs grands thèmes du XIXème sont abordés (les avancées en archéologie et le progrès en général, les différences entre la province et Paris, les changements qui s’opèrent sur les croyances…), mais sans être fouillés. Le texte est de toute façon plus au format nouvelle que roman. Je ne sais pas pourquoi, mais je m’attendais à plus, à quelque chose qui sorte vraiment de l’ordinaire, mais pour ce genre de petites histoires avec une touche fantastique, je préfère largement Edgar Allan Poe. Je n’ai d’ailleurs pas aimé la fin de La Vénus d’Ille, ce n’est pas fait d’une façon que je peux apprécier.
 
Le deuxième texte, La Partie de trictrac, est un récit de marin. Des hommes sur un bateau s’ennuient, et le narrateur nous explique que les histoires contées sont toujours les mêmes et deviennent insupportables à entendre, jusqu’à ce que le capitaine commence un récit qu’il n’a jamais entendu, sur un ami d’antan, Roger.
 
Mouais. Déjà que je n’avais pas des masses accroché avec la première nouvelle, celle-là est encore moins passée, je me suis véritablement ennuyée, et les explications jointes à mon édition ne m’ont pas davantage convaincue. La « chute » est faite un peu dans le même moule que pour La Vénus, les personnages ne sont à nouveau pas très sympathiques, je n’ai pas été emportée par le récit, malgré la toujours très belle maîtrise linguistique de Mérimée. Il est rare que je dise cela d’un texte bien écrit, mais vraiment là ça manque de consistance à mon goût, et j'ai trouvé ça glauque en plus...
 
Je regrette de ne pas avoir aimé cette lecture plus que ça. Je viens de voir que Mérimée a principalement écrit des courts textes comme ceux-ci, et seulement un roman, historique (c’était à la mode…). J’ai encore Carmen dans ma PÀL. Je le lirai, et si je n’accroche pas non plus, après Mérimée ce sera fini pour moi !
 
"Il y a dans son expression quelque chose de féroce, et pourtant je n'ai jamais vu rien de si beau."
 
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Mercredi 13 août 2014 à 15:46

Cela faisait des années que je voulais lire Au Bonheur des Dames de Zola. Déjà parce que c’est un sacré classique, l’un des romans les plus connus de cet auteur, l’une des pierres angulaires de sa saga des Rougon-Macquart, mais aussi parce qu’une série s’inspirant de ce roman me faisait de l’œil, The Paradise. Je vais enfin pouvoir la regarder ! Je sais qu’elle n’est pas fidèle, mais je voulais quand même connaître l’histoire de Zola avant.
 
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Denise Baudu arrive à Paris avec ses deux jeunes frères suite à la mort de leur deuxième parent, sans argent en poche. Ils se réfugient d’abord chez leur oncle qui tient un petit commerce de draps et autres tissus, mais juste en face, le Bonheur des Dames fait une rude concurrence à tous les artisans du quartier, en vendant des articles divers à des prix très bas. Aussitôt Denise se sent attirée par ce grand magasin et veut y travailler pour pourvoir aux besoins de sa petite famille.
 
Le « problème » qu’il y a eu avec ce roman, c’est que plusieurs personnes m’avaient dit que j’avais bien choisi, que c’était un Zola « joyeux ». Mouais. Je n’ai rien contre quelques péripéties dramatiques, mais ce livre n’a rien de joyeux, je l’ai trouvé plutôt déprimant tout du long. Même la fin ne relève pas le niveau de gaieté général. En même temps, Zola est fidèle à lui-même, il est naturaliste. Il observe et retranscrit dans ses romans les problèmes de son temps, et il faut dire que le XIXème n’était pas majoritairement heureux. Ne vous y trompez pas, j’apprécie cet auteur, mais il manque un fond de beauté dans ses œuvres, que je trouve chez Hugo en revanche. Au moins, dans ce volume des Rougon-Macquart le principe l’hérédité n’est pas mis en avant. J’en ai horreur ; cela revient à dire que dès notre naissance, notre destin est tracé du fait de nos ancêtres. Si votre mère était folle, vous le serez aussi par exemple. Heureusement que ce n’est pas comme cela, que chaque individu est défini par une multitude de facteurs et a un libre arbitre. Cela dit, j’avais adoré La Bête Humaine, où cette théorie est bien davantage au centre de l’histoire, mais ce roman-là se lit presque comme un thriller, ça ne m’avait pas dérangée. J’étais plus jeune aussi.
 
Maintenant que j’ai râlé sur la tristesse accablante de ce livre, je peux parler du reste. Ce fut une très bonne lecture. J’ai admiré (comme toujours avec les auteurs de ce siècle) la magnifique maîtrise de l’écriture par Zola, qui vire adroitement d’un dialogue vers une description ou une explication du fonctionnement du grand magasin. S’il est parfois très précis (trop peut-être par moments ?), il n’est jamais ennuyeux. Il est difficile de savoir s’il fait entendre sa voix par la bouche de ses personnages. Je ne connais pas assez bien sa vie pour savoir s’il était plutôt du côté des grandes enseignes ou des petits artisans. J’espère en revanche qu’il n’était pas aussi misogyne que le personnage de Mouret le laisse entendre ! Je ne pense pas, car le personnage principal, celui qu’on ne perd jamais de vue, c’est bien Denise. Au fur et à mesure que le roman avance, tout tourne de plus en plus autour d’elle. Je dois dire que je l’ai trouvée un peu fade. Zola ne fait pas des héroïnes, il fait des portraits, tristes eux aussi. Pendant quasiment les deux premiers tiers, j’avais envie de la prendre par les épaules et de la secouer. Quelle idée de se laisser faire à ce point ! Il y a des limites à la douceur et à l’humilité, mais Denise ne les connaît pas. J’imagine qu’il faut retenir au final que si on reste vertueux et droit, on s’en sortira toujours. Ça m’étonne de Zola justement ! Je me demande s’il n’avait pas envie de la laisser tomber à la fin, mais on a dû lui dire qu’il valait mieux faire une fin à peu près heureuse. Elle est assez incertaine en fait, il pourrait se passer beaucoup de choses après de pas très chouettes… Bref, j’aurais davantage apprécié Denise si elle avait été moins extrême dans sa ligne de conduite. Son ascension sociale a un côté conte de fée assez étonnant, tout en n’étant pas assurée à mon avis, car à monter très vite, on peut aussi descendre ensuite très bas, encore plus bas qu’elle a été dans la première moitié du roman.
 
Il y a peu de personnages attachants en fin de compte. J’ai bien aimé Pépé, mais on le voit trop peu. Jean m’a mise sur les nerfs, quel gamin irresponsable ! Pauline m’a plu globalement, elle est pragmatique, la tête sur les épaules et gentille avec Denise dès le début, ce qui contraste avec l’attitude de tous les autres envers elle. Mouret est, il faut bien le dire, un gros c*nn*rd. Intelligent, très fin, charismatique, pas méchant bougre au fond, mais si plein de suffisance et de dédain pour les femmes ! J’étais presque peinée de toutes les voir tomber dans ses pièges de vendeur. C’est vrai, beaucoup de femmes sont saisies de temps à autre d’une folie acheteuse. Les hommes ne sont-ils pas enclins aux mêmes folies, mais sous des formes un peu variées ? Je crois que si. Pourtant, seules les femmes en prennent pour leur grade. Cependant, Zola est très fort. Ses descriptions du magasin, de ses expositions spéciales, font vraiment rêver. Je pensais facilement à la démesure des Galeries Lafayette, mais là c’est encore plus énorme. Rien que visiter le bâtiment doit être extraordinaire, pas besoin d’acheter (d’ailleurs quand je visite lesdites Galeries je garde mes sous, vu les prix !). Et puis, le thème du consumérisme n’a pas fini d’être actuel je crois…
 
Comme vous le voyez, Zola a provoqué en moi des sentiments souvent ambivalents, dus surtout au fait que je ne sais pas ce qu’il souhaitait que son lecteur retire de ce roman. Pour cela il me faudrait mieux connaître l’auteur, malheureusement je n’ai pas le temps de faire des recherches à ce sujet en ce moment.
 
Au Bonheur des Dames est un roman très précis, considérablement bien écrit, qui donne à réfléchir à la nature de l'homme tout en suivant une histoire entourée de plusieurs petits récits. Les fanfreluches affichées très souvent et le personnage principal n’en feront pas mon roman préféré ni une lecture à refaire d’urgence mais c’est un assurément un beau classique du XIXème, accessible et entraînant.
 
"– Ayez donc les femmes, dit-il tout bas au baron, en riant d’un rire hardi, vous vendrez le monde !
Maintenant, le baron comprenait. Quelques phrases avaient suffi, il devinait le reste, et une exploitation si galante l’échauffait, remuait en lui son passé de viveur. Il clignait les yeux d’un air d’intelligence, il finissait par admirer l’inventeur de cette mécanique à manger les femmes. C’était très fort. Il eut le mot de Bourdoncle, un mot que lui souffla sa vieille expérience.
– Vous savez qu’elles se rattraperont.
Mais Mouret hausse les épaules, dans un mouvement d’écrasant dédain. Toutes lui appartenaient, étaient sa chose, et il n’était à aucune. Quand il aurait tiré d’elles sa fortune et son plaisir, il les jetterait en tas à la borne, pour ceux qui pourraient encore y trouver leur vie. C’était un dédain raisonné de Méridional et de spéculateur."
 
"Mais elle souffrait davantage encore des importunités de la rue, de la continuelle obsession des passants. Elle ne pouvait descendre acheter une bougie, sur ces trottoirs boueux où rôdait la débauche des vieux quartiers, sans entendre derrière elle un souffle ardent, des paroles crues de convoitise ; et les hommes la poursuivaient jusqu’au fond de l’allée noire, encouragés par l’aspect sordide de la maison."
 
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Lundi 30 juin 2014 à 17:03

Ce sera une petite chronique, normal vu qu’Un musicien déchu est une nouvelle de Tolstoï, achevée en 1858. Son sujet principal en est, bien sûr, la musique… Lors d’une soirée privée qui s’est éternisée jusqu’aux dernières heures de la nuit, où le beau monde de Saint-Pétersbourg essaie de se divertir, une sorte de vagabond fait irruption et se met à jouer du violon, remuant jusqu’à l’âme des personnes présentes. Délessov n’y sera pas insensible et va décider de l’aider à sortir de la rue.
 
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J’adore cette petite collection chez Mille et une nuits, les ouvrages sont généralement pleins de petites choses intéressantes. Ici, il y a d’abord le texte tel que finalisé par Tolstoï, puis une annexe comprenant un passage qu’il n’a pas décidé de garder mais qui était pleinement rédigé. On trouve aussi une petite explication qui éclaire la nouvelle et une chronologie de la vie de Tolstoï. Tout ce qu’il faut pour apprécier au mieux ce court texte !
 
On retrouve la structure que j’avais remarquée chez Anna Karénine : des chapitres courts et des phrases bien construites, jamais trop longues. La lecture est donc très fluide, facile et agréable. Il n’était pas encore au sommet de son art mais son écriture était déjà magnifique.
 
Sur le fond, c’est une nouvelle vraiment très riche. Tolstoï y retranscrit son rapport très particulier, très passionné à la musique. Il s’est inspiré d’un homme qu’il avait rencontré et qui était presque fou de son art, et qui n’avait pu faire autrement que de chuter jusqu’à vagabonder malgré son talent incommensurable. La musique qui touche l’âme, transporter le lecteur dans des visions presque oniriques, réfléchir à la place de l’art, mais aussi à la vanité à travers le personnage de Délessov, qui veut se sentir bien au sujet de lui-même en aidant Albert. On n’est donc pas ici dans la peinture d’une société mais bien dans une nouvelle réflexive, où l’auteur plonge en lui-même et nous invite à faire de même. C’est très intéressant et court mais pas forcément facile d’accès sans les clés de compréhension, heureusement données dans cette édition.
 
Encore un beau texte de Tolstoï, qui me fait penser que je devrais me bouger pour relire La Mort d’Ivan Ilitch et pour découvrir Guerre et paix
 
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Dimanche 2 mars 2014 à 15:32

Tout d'abord, un immense merci à Babelio pour m'avoir fait confiance pour la première fois lors de la dernière opération Masse Critique ! En plus, m'envoyer un livre des sœurs Brontë, c'est vraiment un cadeau pour moi... Le Palais de la Mort est un recueil de textes écrits en français par Charlotte et Emily Brontë alors qu'elles étaient à Bruxelles, dans un pensionnat de jeunes filles dirigé par les Héger. Le recueil est publié par les éditions Hermann. Je commence à connaître un peu cette famille étonnante, j’ai lu pour l’instant quatre livres des trois sœurs et quelques éléments biographiques de-ci de-là. J’avais également lu les Devoirs de Bruxelles d’Emily Brontë, publié aux éditions Mille et une nuits.
 
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Le livre commence par une introduction qui nous explique comment deux des trois sœurs Brontë en sont venues à écrire de courts textes en français. Elle est suivie d’une chronologie indiquant les principales dates concernant Charlotte et Emily. Les indications données sont claires et suffisamment détaillées pour comprendre l’intérêt des textes et les apprécier, surtout pour un lecteur néophyte de ces auteures, mais pour ceux qui les connaissent déjà pas mal, c’est un peu faible. Il est également dommage d’y trouver des coquilles laissées suite à la traduction…
 
Globalement, je reste très impressionnée (comme lors de ma lecture des Devoirs de Bruxelles) par la qualité littéraire de ces textes. C’est incroyable la vitesse à laquelle ces deux jeunes femmes anglaises ont appris à écrire un beau français. J’ai peut-être une légère préférence pour les textes d’Emily, mais ça se joue à très peu de choses. Ce que je n’ai pas trop apprécié, c’est le côté très religieux et moralisateur de certains textes. Quant à l’édition, je regrette le manque d’explications sur les textes. On ne connaît précisément les consignes du professeur, Constantin Héger (qu’il appelle « matière »), qu’une seule fois, pour Le Palais de la Mort justement, mais peut-être qu’elles n’ont pas été retrouvées, je l’ignore. Je vais détailler un peu mon avis pour chaque texte.
 
L’Ingratitude et Le Chat : Bien qu’écrits à quelques mois d’intervalle, ces deux textes me semblent poursuivre le même but, à savoir critiquer un aspect de la nature humaine en prenant des animaux comme prétexte. J’ai apprécié L’Ingratitude de Charlotte, qui parle d’un jeune rat, mais sans plus ; j’ai beaucoup aimé relire Le Chat d’Emily, qui est très juste.
 
Le Siège d’Oudenarde : Ce texte raconte un épisode de l’histoire belge, survenu au XVIème siècle si c’est bien ce que j’ai trouvé sur internet (« Oudenarde » s’orthographie plus couramment « Audenarde » apparemment). J’ai l’impression que le but de l’exercice était d’encenser le personnage dont il est question, le comte de Lalaing, donc les descriptions sont partiales, le ton un peu grandiloquent. Je préfère la version d’Emily, qui profite du sujet pour glisser une remarque quasi-féministe.
 
Le Roi Harold avant la bataille de Hastings et Portrait de Pierre L’Hermite : Le but était ici de faire un portrait du même ton que celui de Victor Hugo avec "Mirabeau à la Tribune" (j’ai voulu lire ce texte mais je ne l’ai pas trouvé). Je ne sais pas si ce sont Charlotte et Emily qui ont choisi le personnage dont elles allaient faire le portrait ou si les sujets ont été imposés par leur professeur, mais en tout cas je préfère largement Le Roi Harold d’Emily. Harold est le roi qui a combattu Guillaume le Conquérant, alors que Pierre L'Hermite est un chevalier qui a été très engagé dans les guerres saintes et la religion en général. Le texte de Charlotte s’appesantit un peu trop sur des considérations morales et religieuses à mon goût.
 
Le Papillon et La Chenille : Je regrette particulièrement de ne pas connaître la consigne pour ces textes, qui met très clairement en concurrence les deux sœurs, plus que pour les précédents je trouve. Le début du Papillon d’Emily est très beau, avec des descriptions travaillées, mais le soudain élan religieux à la fin m’ennuie. Dans La Chenille, c’est bien pire encore, donc là aussi je préfère la version de la cadette.
 
Le Palais de la Mort : La consigne est ici très précise et indiquée au début des textes. On sent clairement la rivalité qui pouvait opposer deux femmes désireuses d’écrire et d’être la meilleure. Les deux versions sont très bonnes, je ne saurais dire laquelle je préfère pour le coup.
 
Les derniers textes sont de Charlotte uniquement, Emily n’ayant pas voulu retourner à Bruxelles après la mort de sa tante.
La chute de feuilles, La Mort de Napoléon et Athènes sauvées par la Poésie : le premier texte traite du génie et du travail du poète, il ressemble à un mini-essai. Le deuxième reconnaît la période d’excellence de Napoléon, mais elle fut éphémère et le texte finit par une mini-hagiographie du Duc de Wellington, grand héros anglais du début du XIXème siècle. Le dernier est plus long, il fait une dizaine de pages et m’a beaucoup plu. Pour sauver Athènes du carnage suite à la victoire des Spartiates, un poète prête sa voix à Électre, fille d’Agamemnon. Il y a de jolies descriptions et j’ai beaucoup apprécié les éléments un peu fantastiques et de mythologie.
 
En résumé, c’est un recueil qui je pense intéressera beaucoup les fans des Brontë mais qui aura du mal à toucher un autre public. Encore merci à Babelio pour m’avoir permis de faire cette lecture !
 
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Lundi 27 janvier 2014 à 20:11

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J’adore véritablement la collection du Livre de Poche La lettre et la plume. J’ai tous les titres, même si je n’en ai lu que trois, en comptant celui-ci. J’ai voulu piocher dans ce vivier pour une lecture dans le cadre du challenge XIXème siècle, histoire de changer un peu des austeneries ! « Je ne suis pas jolie, je suis pire » est un recueil de souvenirs de la princesse de Metternich, pendant la période où son mari était ambassadeur d’Autriche à Paris, de 1859 à 1871. Nous la suivons donc depuis sa rencontre avec le couple impérial jusqu’à la démission de son époux, après l’établissement d’un gouvernement républicain.
 
J’ai beaucoup aimé, mais certaines choses m’ont tout de même un peu chagrinée. D’abord, contrairement à « Je meurs d’amour pour toi... », la biographie au début du livre, qui est ici plutôt une simple mise en contexte, est très succincte. J’aurais eu besoin de plus de détails, parce que la période Second Empire est longue et il s’y est passé beaucoup de choses, tant en France qu’ailleurs en Europe et dans le monde. Au final, j’ai réussi à suivre, mais non sans un peu de mal par moments. Ensuite, une fois que les souvenirs commencent, on est littéralement débordés de notes. Il y en a 70 pages à la fin du livre, il faut donc sans cesse faire des allers-retours. Ça ne facilite pas la lecture. Je ne pouvais pas lire dans le métro par exemple, ayant besoin de mes deux mais pour tenir le livre, et il me fallait deux marque-pages, sinon je perdais beaucoup de temps à rechercher où j’en étais dans les notes. Et je dois dire que leur utilité est parfois discutable… La plupart du temps, elles servent à nous détailler un personnage mentionné par Pauline von Metternich. Certaines sont très intéressantes et j’ai appris des choses,  mais beaucoup ne font que nous embrouiller et nous noyer sous le nombre incroyable des familiers de la cour impériale.
 
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La lecture a été assez ardue jusqu’à la moitié, surtout que les souvenirs de la princesse ne sont pas toujours passionnants et que j’attendais de voir son fameux esprit vendu en quatrième de couverture. Ses récits des nombreuses fêtes et soirées – les lundis de l’impératrice, les séries à Compiègne et à Fontainebleau – m’ont un peu ennuyée. Elle en vient ensuite à raconter des anecdotes plus précises, et là elle a vraiment commencé à me plaire et à me faire rire. Par contre, j’ai été très étonnée de ne pas trouver la phrase qui sert de titre dans ces souvenirs, à moins que je l’ai ratée, ce qui n’est pas impossible vu l’état de fatigue ans lequel j’étais pendant les deux semaines qu’a duré ma lecture, ou alors peut-être se trouve-t-elle dans une autre partie des souvenirs non jointe dans ce recueil. En tout cas, j’ai vraiment adoré la partie consacrée à Louis Ier de Bavière, quel phénomène celui-là ! Je ne le connaissais pas du tout, j’ai plutôt entendu parler de son très fantasque petit-fils, Louis II de Bavière. J’ai aussi beaucoup apprécié le récit de la visite de l’empereur François-Joseph (l’époux de Sissi) et le passage consacré aux Dumas, j’ai appris beaucoup de choses sur eux et ça me motive bien à enfin les découvrir vraiment, l’un comme l’autre.
 
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Hormis à la toute fin, les sujets ne sont pas sérieux, car Pauline n’était pas sérieuse, elle aimait plaisanter et rire et ne se prenait pas elle-même au sérieux, même s’il ne fallait pas abuser avec le rang, mais par exemple elle n’a pas hésité à remettre à sa place le prince impérial qui faisait des bêtises. C’est léger, on ne parle quasiment pas de politique, sauf à la fin où la guerre et la chute de l’Empire assombrissent le tableau tout à coup. Mais c’était vraiment intéressant, l’ambassadrice fait vraiment passer de l’émotion dans ses souvenirs, surtout qu’elle était véritablement attachée au régime, à l’empereur Napoléon III et à son épouse l’impératrice Eugénie. De ce point de vue, j’ai trouvé le livre très abordable, il n’y a pas vraiment besoin de connaître tout l’échiquier politique de l’époque pour apprécier les souvenirs de Pauline, ce qui est paradoxal avec ce que je soulevais plus haut. Pauline était autrichienne mais sa maîtrise du français est vraiment admirable, elle est très agréable à lire.

J’ai trouvé au final qu’elle se mettait très peu en avant dans ses souvenirs, et c’est remarquable, même si ça signifie qu’on n’a pas autant de ses traits d’esprit qu’on aimerait en avoir ! Elle est arrivée très jeune en France et ne se montre pas intimidée du tout par les grandes personnalités qui l’entourent, elle a vraiment de la répartie et se fichait pas mal de savoir qu’on disait d’elle qu’elle était moche (selon les critères de l’époque, et malheureusement, selon ceux d’aujourd’hui aussi). Il est vrai qu’elle n’a pas été gâtée par la nature, mais les portraitistes de l’époque, Winterhalter le premier (les deux portraits que je mets ici sont de lui, sauf erreur de ma part), ont su la peindre sous un beau jour. Je ne vous mets pas de photo d’elle, parce que là effectivement, elle n’est pas jolie. Je me demande si ce n’est as dû en partie à son hérédité. Quand on sait qu’elle a épousé son oncle (ils n’avaient que sept ans d’écart), on peut se demander si elle-même n’est pas issue d’une longue tradition de consanguinité qui généralement n’aide pas le physique (il n’y a qu’à voir les rois d’Espagne ou les rois de France à une certaine époque), même si pour le coup ça n’aurait pas du tout affecté son intelligence.
 
En conclusion de cet assez long article, je dirais que j’ai vraiment aimé découvrir cette femme dont j’ignorais jusqu’à l’existence avant d’acheter ce livre. Elle est très intéressante, amatrice d’arts et de bons mots, l’époque où elle a vécu également (même si c’est loin d’être ma période préférée de l’Histoire de France !) et je ne regrette pas du tout ma lecture, malgré les quelques désagréments de lecture surtout dus à la forme.
 
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Samedi 18 janvier 2014 à 11:18

Au début de l'année dernière, j'ai découvert Elizabeth Gaskell avec son roman le plus connu, Nord et Sud. Depuis, je n’ai pas lâché l’idée de mieux connaître cette auteure anglaise du XIXème siècle. Je n’ai pas résisté lorsque je suis passée au Furet je ne sais plus quand, et j’ai acheté Les confessions de Mr Harrison, un tout petit roman de 150 pages.
 
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Le roman s’ouvre lors d’une soirée. Mr Harrison (de son prénom Will, ou Frank, l’auteure elle-même semble s'être embrouillée !) reçoit Charles (son frère ? cousin ? il me semble que ce n’est pas précisé, mais il s’agit d’un membre de sa famille proche), qui lui demande comment il s’est dégoté une épouse aussi agréable. Ainsi commence le récit de Mr Harrison de son arrivée et de ses premiers mois dans la petite bourgade de Duncombe…
 
Je dois dire que j’ai été très surprise par ce livre. La quatrième de couverture annonce un roman léger, où les femmes pépient et se battent pour le nouveau célibataire en ville. Je m’attendais à une histoire vraiment frivole, vu qu’elle couvre peu de pages. En fait, c’est vraiment un roman complet, qui comprend tout ce que j’attends d’un bon livre. Au début de ma lecture, j’étais assez neutre, je lisais avec plaisir mais sans empressement, sans réelle curiosité pour la demoiselle qui remporterait la main du jeune homme, qui est en plus un nouveau médecin en ville. Et puis, au fur et à mesure, j’ai été vraiment prise dans l’histoire.
 
Elizabeth Gaskell sait nous dépeindre avec vivacité cette petite communauté où Mr Harrison apprend à évoluer. Certes, il y a des personnes vraiment futiles dans son entourage et Mr Harrison a ses défauts aussi, mais le roman en lui-même est loin d’être futile. L’épisode du petit Walter, par exemple, est tout ce qu’il y a de plus sérieux, ainsi que le passage sur John Bouncker. La pratique de la médecine, au-delà de l’aspect technique, n’est pas chose aisée et l’auteure non seulement l’a bien compris, mais le fait aussi bien comprendre à son lecteur. Les personnages sont nombreux pour une petite histoire, mais bien identifiés. On les cerne rapidement, grâce aux précisions pertinentes du narrateur, et on se concentre sur ceux qui vont avoir un rôle à jouer dans le destin de Mr Harrison.
 
Le résumé promettait un livre drôle, et au début je ne trouvais pas vraiment, encore moins avec les deux passages cités ci-dessus. Et puis d’un coup, la situation a basculé, et là je n’ai pas cessé de rire, et en même temps je m’inquiétais vraiment pour ce pauvre Mr Harrison, qui se retrouve dans une situation vraiment cocasse mais aussi très difficile à démêler. La fin m’a pleinement satisfaite et contrairement à ce qui m’arrive souvent, je n’ai pas trouvé que le roman se finissait trop rapidement ou brutalement. J’étais très contente en refermant le roman. Evidemment, comme cette lecture m’a beaucoup plu, j’aurais voulu que le livre fasse le double de pages, et en même temps il est très bien ainsi, Elizabeth Gaskell a parfaitement géré son affaire.
 
Vous ne retrouverez pas dans ce roman ce qui plaît tant dans Nord et Sud parce qu'il ne s'agit pas du tout du même type d'approche. Pas d’histoire d’amour magnifique (même si Mr Harrison est vraiment cute en amoureux éperdu), pas de psychologie des personnages extrêmement approfondie (mais présente tout de même dans une juste mesure), mais un roman drôle et émouvant, très vif dans sa peinture d’une petite communauté, et un roman qui mérite vraiment d’être lu et apprécié.

"[...] [Mr Morgan] me fit don d’un crâne à poser au sommet des rayonnages […] où tous mes ouvrages médicaux, bien alignés, garnissaient les étagères les plus en vue, alors que Miss Austen, Dickens et Thackeray étaient adroitement déposés par Mr Morgan lui-même, avec une apparente négligence, la tête en bas ou le dos contre le mur."
 
"« Quel plaisir de vous voir, Mrs Munton, commença Mrs Rose, vous qui êtes si rarement assez bien portante pour sortir. » Par la porte mal fermée, j’entendis le murmure indistinct de Mrs Munton : Patati, patata, blablabla, gnagnagna."
 
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