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Qu'il est bon d'être futile !

Jeudi 15 mai 2014 à 19:06

Reprenant ce que j’ai vu chez Fanny (Dans le manoir aux livres) et chez Cassiopée (La tête dans les étoiles), j’ai proposé à DoloresH du blog Et en plus elle lit d’enrichir notre correspondance existante en proposant à l’autre de découvrir un livre, un film et de la musique. Nos thèmes sont libres, il peut ne pas y en avoir du tout. D’ailleurs pour cette première fois nous avons chacune choisi un thème qui nous plaisait sans en avertir l’autre. Nous ne nous imposons pas non plus de délai. Bref, la souplesse et le plaisir sont de mise ! Je suis tellement enthousiaste que j'ai même fait un petit logo.

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C’est par ici pour voir le billet de Fanny et par là pour celui de Cassiopée sur leur premier échange qui m’a inspirée.
 
DoloresH a choisi comme thème « la beauté », dont elle m’a magnifiquement parlé dans sa lettre, mais je ne vous dirai rien de plus sur ce qu’elle contient, c’est entre nous ! Voici ce que j’ai reçu (la carte est à l’envers, je n’ai pas fait attention en prenant la photo...) :
une lettre
une carte « Ce soir tu seras la plus belle »
un petit vernis rose de chez Bourgeois
un marque page « Madame Butterfly »
Et voici ce que j’avais à découvrir :
Livre : Le Libraire de Régis de Sá Moreira
Film : Bright Star de Jane Campion
Musique : l’album Vieux Frères – Partie 1 de Fauve ≠
J’avais posté sur Facebook la photo ci-dessus avec les œuvres à découvrir. Je pense que je vais conserver ce système, sur le blog il y aura chaque fois un billet reprenant toutes mes découvertes.

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Le Libraire
 
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J’avais déjà entendu parler de ce livre, mais sans plus. D’ailleurs, j’étais à peu près certaine que l’auteur, Régis de Sá Moreira, n’était pas français, j’imaginais bien la petite phrase « Traduit du portugais (Brésil) par... », allez savoir pourquoi. L’auteur est bel et bien français et ce livre est son troisième.
 
En moins de deux cents pages, ce livre nous raconte à quoi ressemble une journée ordinaire du libraire. Pas de n’importe quel libraire hein, le libraire.
 
C’est le genre de chronique que j’ai beaucoup de mal à écrire, parce que je sais que je suis loin, très loin même, d’avoir compris le livre. Là où vraiment je suis perdue, c’est sur les trois femmes de sa vie qu’on voit au début et à la fin...
 
L’auteur alterne entre des considérations proches des réflexions qui pourraient se trouver dans un essai sur la lecture et des remarques ou anecdotes plus réalistes, qu’on imagine bien dans la bouche d’un libraire un peu loufoque ou simplement passionné par son métier. Il y a beaucoup d’humour dans ce roman, mais c’est un humour très particulier (et qui manifestement n’a pas su séduire un certain nombre de lecteurs). Personnellement, j’ai ri plusieurs fois et j’ai raconté certaines scènes à mon chéri qui a trouvé ça drôle également. Le libraire m’a particulièrement fait rire lorsqu’il dégaine des phrases à traduire tirées de méthodes de langue pour faire fuir un client emm*rdant, notamment « Il y a beaucoup de choses intéressantes à apprendre sur les icebergs. »
 
Régis de Sá Moreira n’a manifestement pas voulu écrire une histoire vraie. Il n’y a d’ailleurs aucun véritable cadre spatio-temporel dans son roman. Je pense que son livre aborde plein de thèmes sur lesquels il aimerait qu’on s’interroge. Les liens familiaux, par exemple. Le libraire ne voit plus ses nombreux frères et sœurs mais leur envoie des pages de livre qui lui ont fait penser à eux. (Je suis tout de même horrifiée qu’on puisse arracher une page à un livre. À sa place je prendrais ma plus belle plume et je recopierais consciencieusement le passage en question.) Ou encore la beauté : le libraire s’émerveille facilement devant les femmes qui entrent dans sa librairie, et il a raison. Le commerce des livres, et de la culture en général : le libraire ne vend pas « ce qui marche », il vend ce qu’il aime et ce qui l’intéresse. L’auteur nous parle aussi de ces sentiments humains qu’on ne comprend pas, qui n’ont pas vraiment de sens, comme l’abattement soudain et sans raison qui nous assaille parfois et nous laisse sur le carreau, incapables de comprendre ce qui vient de nous arriver. C’est aussi plein de petits bonheurs, comme de comprendre un client et de lui donner exactement ce qu’il veut et/ou exactement ce dont il a besoin.
 
C’est vraiment un livre très particulier, et j’en ai lu très peu de ce genre-là. Chaque fois je ne peux pas dire que je n’aime pas, et même plutôt j’aime bien, mais se sentir passer à côté de nombreux éléments est très perturbant. Je vais jeter un œil à la liste des romans de Régis de Sá Moreira, histoire de voir s’il n’y en a pas un autre qui me tente et que je pourrais essayer.
 
"Peu à peu, le libraire se transformait en un recueil de pages pour son amour perdu, pages plus belles les unes que les autres, et dont la beauté, à mesure qu’il la recueillait, embellissait sans qu’il le sache le libraire lui-même."
 
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Bright Star
 
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DoloresH a très bien choisi avec ce film, non seulement parce qu’il rentre parfaitement dans son thème mais aussi parce que je voulais le voir depuis longtemps et que je l’ai acheté tout récemment ! Comme on dit, les grands esprits se rencontrent. Ça a été l’excuse parfaite pour me caler devant en tout cas.
 
Jane Campion nous conte la relation du poète John Keats avec la jeune Frances (dite Fanny) Brawne de 1818 à 1821.
 
J’ai beaucoup aimé ce film, qui est en effet une ode à la beauté. Les images sont d’un esthétisme parfait à mes yeux, c’est tout à fait le genre de réalisation que j’adore. J’ai trouvé la musique belle également, et très douce, et surtout le thème de fond du film est la beauté. John Keats est un poète de l’esthétique, ses textes ne parlent presque que de ça. Ce long-métrage nous montre l’amour créateur de beauté, car Fanny Brawne n’était pas ce qu’on appelle belle, mais John Keats, amoureux, ne pouvait la voir autrement que comme l’incarnation de la beauté.
 
Vous me connaissez, je suis curieuse et donc je n’ai pas pu m’empêcher d’aller fouiller sur internet pour voir si le film est fidèle à la réalité. En fait, il existe pas mal de controverses sur la relation de Keats et Brawne, et chacun a facilement sa propre interprétation. Jane Campion nous en livre donc une parmi d’autres, basée essentiellement je pense sur la correspondance qu’ils ont entretenue lorsqu’ils étaient séparés et sur le fait que la création littéraire de Keats était à son apogée dans ces années-là. Je trouve simplement dommage que la fin nous induise un peu en erreur quant à ce qu’il s’est passé après 1821 et que la sœur de Keats, également prénommée Frances, soit absente du film. Il y a des petits détails par-ci par-là qui sont inexacts, mais rien de grave. Par contre, je m’interroge sur l’intérêt d’avoir autant développé sur la vie de Brown, l’ami chez qui vit John Keats. En outre, je me demande si Jane Campion n’a pas largement extrapolé sur la « coquetterie » de Fanny Brawne. Elle nous la montre en véritable faiseuse de mode, créant des robes qui donneront le ton des saisons prochaines, mais apparemment elle se contentait de s’y intéresser. Je ne suis pas bien sûre.
 
Personnellement je n’y connais rien en poésie, qu’elle soit française ou anglaise, et a fortiori sur John Keats. Il y a bien quelques poèmes que j’aime bien (Le Dormeur du Val de Rimbaud, Souvenir de la nuit du 4 de Victor Hugo ou encore Spleen de Baudelaire) mais c’est une matière à laquelle j’ai du mal à m’intéresser (je pense que j’ai fait un traumatisme avec les métaphores incompréhensibles de certains poètes, ou avec le symbolisme). Néanmoins, je dois dire que la poésie de Keats n’est pas de celles pour lesquelles il faut un doctorat avant d’y comprendre quelque chose. Il parle de choses évocatrices pour tout le monde, avec une langue belle mais simple. Je me dis que je devrais essayer de lire l’un de ses recueils, mais je ne sais pas si j’aurai le courage. En tout cas, cet aspect du film ne m’a pas déplu, contrairement à une crainte que j’avais tout de même un petit peu.

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Sur l’histoire du film, j’ai bien aimé la relation entre les deux personnages principaux, qui démarre très fort dès leur rencontre. C’est une véritable passion qui les consume, avec ses moments de colère, de jalousie, d’incompréhension mais aussi ceux de joie pure, de beauté et de douceur. John Keats interprété par Ben Whishaw m’a bien plu. J’ai aussi beaucoup aimé le frère et la sœur de Fanny, Samuel et Toots. Samuel est joué par Thomas Brodie-Sangster, qui incarne Jojen Reed dans la série Game of Thrones. J’ai également reconnu Claudie Blakley, Charlotte Lucas dans Pride and Prejudice de Joe Wright, qui fait ici Mrs Dilke, une amie des Brawne. Elle m’a nettement plus plu qu’en Charlotte, mais en même temps c’est ce personnage que je n’ai jamais aimé. Globalement j’ai trouvé tout le monde très bon, mais j’ai des réserves sur Abbie Cornish, qui joue Fanny. Physiquement, j’ai l’impression qu’elle correspond très bien, malgré qu’elle semble un peu plus âgée qu’elle ne devrait l’être : elle n’est pas belle mais peut être jolie sous certains jours, pas trop grande ni trop mince. Le personnage a tendance à avoir mauvais caractère,mais par moments c’était peut-être un peu trop. Et surtout, quelque chose m’a gênée aux moments les plus forts en émotion, en particulier à la fin. Je ne suis pas convaincue par son jeu, c’est dommage. Je pense que ben Whishaw était meilleur et qu’une autre actrice aurait peut-être pu mieux lui donner la réplique, mais ce n’est que mon avis.

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En tout cas un très beau film, que je suis bien contente d’avoir dans ma DVDthèque. Pour finir dessus, voici le poème Bright Star qui a donné son titre au film, en version originale puis traduit.
 
Bright star, would I were stedfast as thou art—
         Not in lone splendour hung aloft the night
And watching, with eternal lids apart,
         Like nature's patient, sleepless Eremite,
The moving waters at their priestlike task
         Of pure ablution round earth's human shores,
Or gazing on the new soft-fallen mask
         Of snow upon the mountains and the moors—
No—yet still stedfast, still unchangeable,
         Pillow'd upon my fair love's ripening breast,
To feel for ever its soft fall and swell,
         Awake for ever in a sweet unrest,
Still, still to hear her tender-taken breath,
And so live ever—or else swoon to death.
 
Brillante étoile ! Que ne suis-je comme toi immuable,
Non seul dans la splendeur tout en haut de la nuit,
Observant, paupières éternelles ouvertes,
De la nature patient ermite sans sommeil,
Les eaux mouvantes dans leur tâche rituelle,
Purifier les rivages de l’homme sur la terre,
Ou fixant le nouveau léger masque jeté
De la neige sur les montagnes et les landes-
Non-mais toujours immuable, toujours inchangé,
Reposant sur le beau sein mûri de mon amour,
Sentir toujours son lent soulèvement,
Toujours en éveil dans un trouble exquis,
Encore son souffle entendre, tendrement repris,
Et vivre ainsi toujours-ou défaillir dans la mort.
 
John Keats, 1819
 
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Vieux Frères – Partie 1
 
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Pour commencer, il faut savoir que je suis totalement à la masse question musique. Je n’écoute pas la radio et traîne très peu sur Youtube et autres sites où on peut avoir de la musique, donc je passe à côté d’à peu près tout, le bon comme le mauvais (mais surtout le mauvais...). Je n’avais donc que vaguement entendu parler de Fauve ≠, et je n’avais jamais écouté un de leurs morceaux. Je ne savais même pas dans quel genre se classait leur musique. Eh bien figurez-vous qu’on appelle ça du spoken word. Ce n’est pas du slam, attention, et il est vrai que le rythme et le phrasé sont différents, mais les deux sont liés en France depuis les années 1990 (à ce que j’ai cru comprendre). Sinon, on parle aussi de style du parlé-chanté, car il y a un peu de chant sur certains morceaux.
 
J’ai écouté l’album consciencieusement, dans l’ordre des chansons, et je dois dire qu’au début je n’étais pas fort emballée. J’entendais surtout le manque de rythme, l’absence quasi-totale de rimes. Les paroles, sans être inintéressantes, me paraissaient un peu faciles. Je pense que le groupe veut faire une musique « populaire », dans le sens où elle parle « à tout le monde », et en effet beaucoup de (jeunes) gens peuvent se retrouver dans la génération désenchantée et le gars moyen paumé décrit par Fauve.
 
J’ai commencé à apprécier quand j’ai écouté Infirmière. Là, j’ai vraiment été touchée, le texte m’a rappelé certains moments passés douloureux de ma vie, et traite de sujets intemporels. La solitude, l’envie d’aimer et d’être aimé, l’incompréhension des autres et de soi... Et puis le refrain est chanté et j’ai vraiment remarqué la mélodie derrière le texte dès la première écoute. Je l’ai d’ailleurs écoutée pas mal de fois depuis (au grand dam de mon chéri qui n’apprécie pas du tout ce groupe). La chanson Lettre à Zoé y fait écho mais m’a moins convaincue.
 
J’ai bien aimé également Tunnel, les paroles sont intrigantes et il y a une part laissée à l’imagination de celui qui l’écoute. Globalement j’ai apprécié cet album, même si ce n’est pas ce que je préfère en musique. Je valide l’attention portée aux textes et les sentiments forts qui s’en dégagent, mais je regrette tout de même la musicalité, souvent aux abonnés absents. J’écouterai la partie 2 de l’album, car ce choix n’est pas courant et s’annonce intéressant, créant une « histoire » racontée par le narrateur en spoken word.
  
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J'ai adoré cette première expérience, alors un grand merci à toi DoloresH ! J'espère la renouveler rapidement ! En attendant, j'attends anxieusement son retour sur ce que je lui avais proposé. À bientôt j'espère pour un autre numéro !
 

Choses � dire

Dire quelque chose

Par DoloresH le Jeudi 15 mai 2014 à 20:07
Oh je suis contente de voir que tu as majoritairement apprécié ce que je t'avais proposé de découvrir. J'admets que le livre et la musique sont des choix particuliers qui peuvent ne pas du tout toucher. Mais justement, là où le pari était risqué, je voulais te faire découvrir deux choses qui m'avaient retourné le coeur. J'ai lu les deux premières pages du livre que tu m'as conseillé. Pas encore écouté la musique ou vu le film (je prépare un salon qui m'a pris beaucoup de temps, et je suis beaucoup sortie, pour me changer les idées. Mais je me dépêche, promis. Tu as été super rapide avec ma lettre, du coup je ne suis pas sûre de l'être autant que toi ! ) Mais cette expérience me plaît. =) Beaucoup.
Par Demoiselle-Coquelicote le Jeudi 15 mai 2014 à 20:23
En même temps, toi tu me conseilles un petit livre tout sympathique et moi je te refile un gros pavé XD C'est normal que tu prennes plus de temps :) Il n'y a pas de deadline ou quoi que ce soit, donc ne te presse pas. J'ai été rapide parce que j'ai pu écouter la musique le matin en allant bosser, j'ai pris une soirée pour voir le film qui était déjà dans ma DVDthèque. La prochaine fois je mettrais peut-être six semaines... Encore merci ♥
Par Marie et Anne le Jeudi 15 mai 2014 à 20:30
C'est très sympathique comme correspondance :D
Par Demoiselle-Coquelicote le Jeudi 15 mai 2014 à 21:03
Ouaiiiiiiiiiiiiiis c'est trop chouette ! Dommage qu'on ne puisse pas faire ça avec toutes nos copines blogueuses, ce serait encore mieux mais juste impossible pour le porte-monnaie et compte-tenu du fait qu'il faut travailler, manger et dormir XD
Par Fanny Danslemanoirauxlivres le Mardi 10 juin 2014 à 19:46
C'est super que vous ayez repris l'idée de Cassie. Je souhaite longue vie à votre correspondance!
Par Demoiselle-Coquelicote le Mardi 10 juin 2014 à 20:12
Heureusement que vous l'avez fait toutes les deux, je n'y aurai jamais pensé sinon ^^ J'espère également qu'elle durera !
Par Scarlett Julie le Mercredi 24 septembre 2014 à 7:57
Ohh, quelle belle idée vous avez eu les filles :)
Bravo à vous !
 

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